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L’odeur de la mandarine (Gilles Legrand)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L’odeur de la mandarine (Gilles Legrand)

Hanns Johst, dramaturge allemand, et officier SS, auteur de la pièce Schlageter, faisait dire à l’un de ses héros : « Quand j’entends parler de culture, je relâche la sécurité de mon Browning ! », phrase que l’on attribue souvent à tort, sous une forme un peu déformée (« Quand j'entends le mot culture, je sors mon révolver »), à différentes personnalités nazies… De même, mais avec des conséquences évidemment moins désastreuses, il semble que certains critiques, dès qu’un film en costumes sort sur nos écrans, se croient obligés de sortir leur « encaustique », pour reprendre une formule chère à l’inénarrable Serge Kaganski (voir mon article consacré à Mr. Turner). D’ailleurs, son confrère aux Inrocks, Théo Ribeton, trouve au film de Gilles Legrand, non pas un parfum de mandarine, mais une odeur de grenier. On dirait une position de principe, pour ne pas dire idéologique, des auteurs de cette revue, dont le cœur -c’est-à-dire la capacité à être ému- apparaît comme anesthésié, enveloppé d’une gangue, tant les infatue leur intelligence…

Pour ce qui me concerne, j’ai trouvé ce film gorgé de vie, même si l’horizon des personnages paraît hanté de spectres, même si leurs nuits palpitent des ombres âcres de la guerre, si proche. C’est à un combat contre la mort, contre la pulsion de mort, à une lutte entre Eros et Thanatos, que Charles et Angèle se livrent, parfois avec violence, sous le regard majestueux et énigmatique d’un cerf, animal chargé de symbole, de force vitale. Pierre Moinot, en préface à son Anthologie du cerf, relève à son propos : « Par la chute et la repousse de ces os branchus qui croissent avec une rapidité végétale, la nature affirme que sa force intense n’est qu'une perpétuelle résurrection, que tout doit mourir en elle et que pourtant rien ne peut cesser. Aussi a-t-elle lié les bois du cerf à l’élan dont elle est tout entière la pérennité. La profusion de la sève qui les nourrit rejoint en lui la richesse de la semence, de sorte qu’il représente l’immémoriale vigueur fécondante, la puissance d’une inlassable sexualité ». Ce texte résume L’odeur de la mandarine, que la photographie d’Yves Angelo, trois fois césarisé, et l’interprétation sensible, autant que pudique, d’Olivier Gourmet, Georgia Scalliet (révélation de cette œuvre, qui fit ses premières armes au Grenier de Bourgogne, à Dijon, où elle a grandi), et Hélène Vincent -dont le personnage aurait pu être caricatural- magnifient. A noter aussi l’amusante scène du mariage, qui nous offre le plaisir de revoir Michel Robin, en curé un peu désorienté…

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Claire 07/10/2015 20:02

Jolie petite chronique qui n'en dit pas trop tout en remettant à leur place certains critiques grincheux ;) Séance programmée incessamment sous peu pour ce film qui semble se démarquer dans le paysage des films de cet automne!

CHRISTOPHE LEFEVRE 07/10/2015 20:39

Merci pour ton commentaire :) J'espère que tu prendras autant de plaisir que moi en voyant ce très beau film :)