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Notre petite sœur (Hirokazu Kore-eda)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Notre petite sœur (Hirokazu Kore-eda)

Pas de vaine virtuosité de mise en scène, pas d’esbroufe scénaristique dans cette chronique simple de quatre sœurs. Et pourtant, toute la vie semble être dans ce film lumineux, dont l’infinie douceur n’élude pas les questions existentielles douloureuses.

On se laisse porter par ce quatuor féminin, dont les hommes ne sont cependant pas exclus. Leur absence est une présence, en creux. Ainsi, sans le père, pas de « petite sœur ». Et en dépit de ses carences, il a offert à ses trois autres filles ce « trésor », comme la surnomme l’un des personnages du film.

Un autre dit, au seuil de la mort : « Je suis heureux de pouvoir encore reconnaître la beauté de la vie ». Je le suis également, de pouvoir être sensible à celle de ce film, illuminé par la grâce de ses interprètes, et par des scènes magiques, telle cette séquence, belle à pleurer, où la jeune fille découvre le tunnel de fleurs… Et quel havre de paix que cette vieille, mais idéale demeure, ce « dortoir pour filles », selon l’expression de l’une des sœurs !

Comme, il y a quelques semaines, son compatriote Kurosawa avec l’enchanteur Vers l’autre rive, Kore-eda nous livre ici un authentique chef-d’œuvre de douceur, de beauté, sans mièvrerie. Rien n’est plus apaisant que de s’éloigner de notre cinéma occidental, aujourd’hui si narcissique, si gonflé d’orgueil de sa technique et de ses dollars, si émerveillé de son savoir-faire, qu’il en oublie ses personnages et leurs émotions, en sorte qu’il ne nous dit, souvent, plus rien. Du moins rien d’essentiel. Un John Ford n’avait pas honte de porter un regard bienveillant sur ses personnages, n’avait pas honte de se laisser aller à un peu de tendresse - c'est sans doute pour cela que cet imbécile de Tarantino déteste son cinéma. Le faire, aujourd’hui, dans notre société, c’est s’exposer à la moquerie… Il faut faire des films dépressifs et cyniques pour être pris au sérieux. Nous sommes d’ailleurs si bien habitués à cette tendance qu’à tout moment j’ai craint qu’un rebondissement ne vienne rompre l’harmonie de cette histoire. Par Bonheur, il n’en fut rien…

Bref, une œuvre aérienne, un art en état de grâce, n’en déplaise aux amateurs de sensations fortes…

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