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Birdman (Alejandro González Iñárritu)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Birdman (Alejandro González Iñárritu)

Séance de rattrapage dans le cadre du festival Télérama.

Un propos intéressant sur ce qu’est devenu Hollywood aujourd’hui (une machine à fabriquer des produits dérivés). Une réflexion également captivante sur le métier d’acteur, la célébrité, sur le rôle des critiques, les limites et frustrations de ces derniers, la notion de prise de risque. Michael Keaton est juste. Le rôle se prêtait au cabotinage, à l’autodérision outrée. Il connait parfaitement les limites à ne pas franchir.

Il est donc regrettable que la mise en scène d’Iñárritu ne soit pas au diapason de cette simplicité, de cette réserve. Comme toujours, le cinéaste mexicain se croit obligé d’épater la galerie, afin de satisfaire le goût prononcé des jeunes cinéphiles pour le clinquant facile. Hier, cela passait par les puzzles scénaristiques d’Arriaga. Aujourd’hui, ce penchant s'exprime par la virtuosité aussi factice que vaine d’un long plan-séquence – un procédé pour moi antinomique du cinéma, qui est un art reposant sur le montage. Factice, car, contrairement à L’arche russe de Sokourov, il s’agit d’un faux plan-séquence. Vain, parce qu’il n’apporte rien au film, si ce n’est un détournement d’attention du spectateur, dont le regard est rapidement accaparé par la recherche des failles – nombreuses – susceptibles de révéler l’imposture.

Bien sûr, j’entends déjà l’antienne du labyrinthe mental, dont cette technique serait la traduction visuelle – un argument d’autant plus fort, pour certains, que le motif du tapis des loges fait écho à celui de Shining. La différence entre Kubrick et ceux qui s’en réclament (ou lui font références), c’est que sa maîtrise n’était pas ostentatoire : entièrement au service de l’histoire, elle était à peine perceptible. Elle se fondait dans le décor. Aujourd’hui, Iñárritu, mais aussi Villeneuve, Nolan ou Fincher, nous la jettent à la face, comme pour nous dire : « Voyez comme nous sommes talentueux ! ». Il en ressort une impression d’autosatisfaction, de leur part, assez irritante.

Birdman ne manque pas de qualités, même s’il m’a paru assez bavard (l’influence de Tarantino, qui a exactement le même âge qu’Iñárritu ?). Je trouve néanmoins ce film très surévalué.

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