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Décès de Farley Granger (27 mars 2011)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Farley Granger est décédé dans un relatif anonymat le 27 mars 2011 à New York, à l'âge de 85 ans. 

 

Né le 1er juillet 1925, à San José, Farley Granger fut découvert à l'âge de 18 ans par le producteur Samuel Goldwyn, qui l'introduisit dans le cinéma grâce au film L'étoile du Nord, de Lewis Milestone. Réalisateur qu'il retrouva l'année suivante pour Prisonniers de Satan, avant de s'engager dans la marine.

 

Après la guerre, il tourna sous la direction d'Alfred Hitchcock dans La corde (1948), puis obtint le premier rôle des Amants de la nuit, de Nicholas Ray (1949). En 1950, il joua dans La rue  de la mort, d'Anthony Mann (réédité cette semaine en DVD dans la collection Les introuvables, chez Wild Side). Il retrouva ensuite le maître du suspense dans L'inconnu du Nord Express (1951), où il se vit confier le rôle du joueur de tennis Guy Haines. Après avoir été dirigé par Vincente Minnelli dans Histoire de trois amours, il se retrouva à l'affiche de Senso, de Luchino Visconti, aux côtés d'Alida Valli. En 1955, il joua encore dans La fille sur la balançoire, de Richard Fleischer. 

 

A partir de 1955, Farley Granger se consacra essentiellement au théâtre et à la télévision. Il revint tout de même au cinéma au début des années 1970 (On l'appelle Trinita, d'Enzo Barboni ou Le serpent, d'Henri Verneuil). Son dernier film est la comédie The next big thing, de P J Posneren (2001). 

 

En 2007, l'acteur publia ses mémoires (Include me out : my life from Goldwyn to Broadway), rédigés en collaboration avec le producteur Robert Calhoun (son compagnon depuis 1963), texte dans lesquel il révèle son ambivalence sexuelle et ses relations avec Shelley Winters, Ava Gardner ou Leonard Bernstein. 

 

Filmographie complète sur IMDB. 

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L'agence (The adjustment bureau)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
David Norris (Matt Damon), homme politique au parcours brillant, brigue un siège au Sénat. Les sondages lui donnent une confortable avance sur son adversaire. Cependant, un malheureux incident renverse brutalement le rapport de force. Le triomphe annoncé se transforme le jour des élections en défaite cuisante. Malgré sa déception, David doit s’adresser à ses partisans. Mais alors qu’il répète le discours que lui a préparé son équipe de campagne, il fait la connaissance d’une jeune femme, Elise (Emily Blunt). L’interrogeant sur ce qu’elle pense de son allocution, elle lui avoue trouver son ton trop convenu et lui recommande d’être plus honnête, plus original. Charmé par son naturel, il échange bientôt un baiser avec elle. La mystérieuse inconnue disparaît toutefois soudainement, sans lui révéler son nom, ni son adresse. Inspirée par ses propos, David décide néanmoins de suivre son conseil et s’adresse à son auditoire avec sincérité. Une attitude qui lui vaut d’être le favori de la prochaine élection. Quelques mois plus tard, David, qui n’a pas oublié Elise, la recroise fortuitement dans un bus. Déterminé cette fois-ci à ne plus la perdre de vue, il ne va pas tarder à s’apercevoir que des hommes veillent à ce que ce désir soit contrecarré… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h46
Réalisation : George Nolfi
Scénario : George Nolfi
Image : John Toll
Avec Matt Damon (David Norris), Emily Blunt (Elise), Florence Kastriner (Suburban Mom), Michael Kelly (Charlie Traynor), Anthony Mackie (Harry Mitchell)...
 


Critique 
 
Adaptation d’une nouvelle de Philip K Dick, Adjustment team, L’agence est un curieux mélange de comédie romantique, de thriller paranoïaque et de science-fiction. Malheureusement, George Nolfi -auteur des scénarios de Prisonniers du temps, Ocean's twelve, The sentinel ou encore La vengeance dans la peau- n’est pas taillé pour un si ambitieux projet. Incapable de jouer sur les trois tableaux, il fait donc un choix, privilégiant la romance au détriment de l’action, assez poussive, et de la réflexion sur le destin et le libre-arbitre (sans doute l’aspect le plus intéressant du récit de Dick), simplifiée à l’extrême. 
 
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Pour cette première réalisation, Nolfi ne démérite pourtant pas. Il nous propose même quelques beaux moments de cinéma, distordant la géographie new-yorkaise avec une virtuosité qui vaut bien -le tape-à-l’œil en moins- la rue de Paris repliée sur elle-même d’Inception (mince, j’avais promis de ne plus y revenir !) : ainsi, telle porte de la Cinquième avenue nous transporte-elle instantanément à l’American museum of natural history, telle autre nous propulse en plein Central Park, au Yankee stadium ou au pied de la statue de la Liberté. Une métamorphose de la ville dont l’étrangeté m’a séduit. Tout comme le couple formé par Emily Blunt et Matt Damon. Le charme malicieux de la première (pour moi, les plus beaux yeux du cinéma actuel, avec Zooey Deschanel et, bien sûr, Eva Green !) est irrésistible. Quant à Matt Damon, il confirme, après Au-delà et True grit, la très grande variété de son talent. L'un des meilleurs acteurs de sa génération.
 
Bref, sans un être un chef-d'oeuvre (ce qu'il ne prétend pas être), L'agence est un film plutôt agréable et original, en dépit de ses maladresses. Mais il est préférable que j'arrête là, car cela fait près d'une heure qu'AlloCiné n'a pas planté. Cela relève du miracle ! Aussi, comme au jeu, est-il préférable que je me retire avant que la chance ne tourne... 
 
Ma note - 3/5

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Décès d'Elizabeth Taylor (23 mars 2011)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Les yeux violets d’Elizabeth Taylor se sont clos à jamais. L’interprète légendaire de Cléopâtre est en effet morte aujourd’hui, 23 mars 2011, des suites d’une insuffisance cardiaque. Avec sa disparition, c’est une page du cinéma qui se tourne.

 

Née le 27 février 1932, à Hampstead, en Angleterre, Elizabeth Taylor commença sa carrière à l’âge de dix ans dans There’s one born every minute (Harold Young). Elle décrocha ensuite le rôle de Priscilla dans Fidèle Lassie (Fred M Wilcox). Après deux apparitions non-créditées dans Jane Eyre (Robert Stevenson) et Les blanches falaises de Douvres (Clarence Brown), elle obtint son premier rôle important dans Le grand national (également de Brown), aux côtés de Mickey Rooney. Le film, qui fut un succès, lui permit de signer un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer. Dès lors, la jeune fille ne cessa d’enchaîner les tournages. Elle retrouva ainsi en 1946 la mascotte de la MGM, la chienne Lassie, puis devint l’une des Quatre filles du docteur March (Mervyn LeRoy). 

 

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Elle a à peine 17 ans lorsqu’elle se vît confier ses premiers rôles adultes. En 1949, elle fut l’épouse de Robert Taylor dans Guet-apens (Victor Saville). L’année suivante, elle joua les jeunes mariées dans Le père de la mariée, de Vincente Minnelli, film qui connut une suite en 1951 (Allons donc, papa !). Elle tourna ensuite dans Une place au soleil (George Stevens), aux côtés de Montgomery Clift, puis devint l’héroïne d’Ivanhoé (Richard Thorpe).

 

A partir de 1956, année où elle partagea l’affiche de Géant avec Rock Hudson et James Dean, elle entama une décennie de chefs-d’œuvre. Elle devint d’abord l'inoubliable Maggie dans La chatte sur un toit brûlant (Richard Brooks), aux côtés de Paul Newman. Elle retrouva un an plus tard l’univers de Tennessee Williams dans Soudain l'été dernier (Joseph L Mankiewicz). Enfin, l’année suivante, elle obtint l’Oscar de la meilleure actrice pour La Vénus au vison (Daniel Mann). 

 

Cléopâtre (Joseph L Mankiewicz) représenta un tournant dans la carrière et la vie d’Elizabeth Taylor, puisque ce film fit d’elle l’actrice la mieux payée de son époque et marqua sa rencontre avec son futur mari, Richard Burton, avec lequel elle tourna sept films, dont Qui a peur de Virginia Woolf ? (Mike Nichols), qui lui valut un second Oscar.

 

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D’autres grands rôles suivirent, parmi lesquels La mégère apprivoisée, comédie de Shakespeare adaptée par Franco Zeffirelli, puis Reflets dans un œil d’or (John Huston), avec Marlon Brando, et deux films de Joseph Losey : Boom (une nouvelle fois d’après Tennessee Williams) et Cérémonie secrète (avec Robert Mitchum et Mia Farrow). 

 

A partir des années 1970, Elizabeth Taylor tourna surtout pour la télévision. Son dernier rôle au cinéma fut celui de Pearl Slaghoople, dans Les Pierrafeu (Brian Levant), pour lequel elle fut nommée -avec une certaine cruauté- aux Razzie awards. 

 

Au-delà de sa vie privée tumultueuse (elle se maria à huit reprises, dont deux fois à Richard Burton), on retiendra encore son action en faveur de la lutte contre le SIDA, engagée peu après la mort de son ami Rock Hudson, en 1985. 

 

Filmographie complète sur IMDB.

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L'assaut

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Le 24 décembre 1994, à l'aéroport Houari Boumediene d'Alger. Quatre hommes se présentent à l’embarquement du vol Air France 8969. Se faisant passer pour des policiers, ils procèdent à une vérification des passeports des passagers. Mais les autorités algériennes, inquiètent de l'immobilisation prolongée de l'avion, envoient bientôt sur la piste un groupe d’intervention. Constatant son approche, les quatre hommes prennent aussitôt le contrôle de l'avion en déclarant être membres du Groupe islamique armé. Ils font alors connaître leurs revendications : ils exigent la libération de deux responsables du Front islamique du salut, Abbassi Madani et Ali Belhadj. Devant le refus des autorités, les preneurs d'otages exécutent un premier passager sur la passerelle avant de l'avion… 
 
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Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h35
Réalisation : Julien Leclercq
Scénario : Simon Moutairou, Julien Leclercq  
Image : Thierry Pouget
Avec Vincent Elbaz (Thierry), Grégori Derangère (Commandant Denis Favier), Mélanie Bernier (Carole Jeanton), Philippe Bas (Didier)...
 


Critique
 
L’assaut met en scène un évènement que tout le monde -du moins ceux qui étaient nés à l'époque- garde encore en mémoire. Car ce fut sans doute l’une des premières fois (avec la guerre du Koweït) où la télévision donna à voir à des millions de personnes l’Histoire en marche. Et ce, près de sept ans avant les attentats du 11 septembre 2001.
 
Pour évoquer ce fait historique, Julien Leclercq fait le choix d’une reconstitution précise, froide, comme la photographie délavée de Thierry Pouget. Ici, peu de place à l’émotion. Le point de vue des otages est relégué au second plan. D’ailleurs, à part les trois passagers assassinés (le policier algérien, le diplomate vietnamien, Bui Giang To, et l’employé de l’ambassade de France, Yannick Beugnet), une jeune femme voyageant avec ses parents et quelques membres de l’équipage, la plupart n’ont pas de visage clairement identifié. Le réalisateur de Chrysalis préfère nous faire vivre ces évènements à travers trois personnages aux intérêts divergents : Thierry (Vincent Elbaz), un homme du GIGN, Abdul Abdallah Yahia (Aymen Saïdi), le meneur des terroristes, et Carole Jeanton (Mélanie Bernier), une jeune diplomate ambitieuse du Quai d’Orsay. Cette construction, qui permet de découvrir le dessous des cartes (même si le temps cinématographique a obligé le cinéaste à prendre quelques libertés avec la vérité), garantit un certain suspense, alors que l’issue est connue de tous.

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Concernant la psychologie des principaux protagonistes, j’ai trouvé que Julien Leclercq évite avec intelligence le piège de la caricature. Certes, il ne se livre pas ici à une analyse fine de leurs motivations (mais ce n’est pas son propos), néanmoins, jamais il ne cède à la tentation d’héroïser exagérément les membres du GIGN ou de diaboliser les terroristes, comme aurait pu le faire un réalisateur américain. Seul le portrait de Carole Jeanton peut paraître un brin chargé.
 
Quant à l’assaut, vers quoi tend tout le film, les premières secondes m’ont d’abord un peu décontenancé par leur manque de rythme. J’étais déjà en train de me demander ce qu’aurait pu en faire un Paul Greengrass. Puis Julien Leclercq trouve son rythme, nous plongeant, grâce à une caméra épileptique et un montage nerveux, au cœur de l’action. Une scène donc parfaitement aboutie, sans être outrageusement lyrique (merci de ne pas nous avoir abrutis avec une musique à la Brian Tyler (voir World invasion : battle Los Angeles)), dont l’efficacité justifie pleinement le déplacement.
 
Ma note 2,5/5

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Stanley Kubrick's Napoleon : the greatest movie never made (Collectif)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Depuis une quarantaine d’années, les admirateurs de Kubrick s’interrogent sur le film que le réalisateur projetait de consacrer à Napoléon Bonaparte. A la fois étude de caractère et épopée grandiose, avec scènes de bataille et figurants par milliers, cette œuvre ne vit jamais le jour, les grands studios, d’abord la MGM, puis United Artists, ayant jugé l’aventure trop risquée. 

 

Pour écrire son scénario, Kubrick se lança dans d’intensives recherches. Grâce à la collaboration d’une dizaine d’assistants, d’un spécialiste de Napoléon enseignant à Oxford, il rassembla ainsi un matériau d’une valeur documentaire sans égale, qui inclut notamment environ 15 000 photos de repérage et quelques 17 000 diapositives sur l’iconographie napoléonienne. A l’initiative de la maison d’édition Taschen, ce corpus documentaire a été mis à la disposition des amateurs (fortunés !) de Kubrick en 2009, sous la forme d’un ensemble de dix volumes réunis dans un étui imitant la reliure d’un ouvrage d’histoire napoléonienne. Le tout pour la modique somme de... 1 000 euros !

 Napoléon - Taschen - Kubrick 2

 

Une version plus accessible (49,99 euros) est aujourd’hui mise en vente. Le lecteur pourra ainsi parcourir une partie de la correspondance et du matériel de recherche de Kubrick sur le sujet, notamment diverses études de costumes, photos de repérage et versions du scénario, dont l’ultime mouture est reproduite en fac-similé. Le cahier consacré aux textes se compose d’études replaçant le scénario dans un contexte historique et esthétique, d’un article de Jean Tulard sur Napoléon au cinéma et d’une retranscription des entretiens entre Kubrick et l’historien Felix Markham. Cet ouvrage offre enfin un accès exclusif à une base de données permettant de consulter et de télécharger l’intégralité du dossier iconographique de Kubrick.

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Never let me go

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Kathy (Carey Mulligan), Ruth (Keira Knightley) et Tommy (Andrew Garfield) sont depuis leur enfance pensionnaires à Hailsham, une école coupée du monde. Ils mènent là une existence idéale, où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Un monde dont le caractère idyllique s’effondre le jour où l’un des gardiens de l’institution (c’est ainsi que sont surnommés les enseignants), miss Lucy (Sally Hawkins), leur révèle leur véritable raison d’être : ils ne sont en fait que des clones destinés, une fois l’âge adulte atteint, à faire don de leurs organes à leur original

 

Fiche techniqueNever let me go - Affiche

 

Film britannique, américain

Année de production : 2010

Durée : 1h43

Réalisation : Mark Romanek

Scénario : Alex Garland

Image : Adam Kimmel

Avec Carey Mulligan (Kathy), Keira Knightley (Ruth), Andrew Garfield (Tommy), Charlotte Rampling (Miss Emily), Sally Hawkins (Miss Lucy)... 

 


 

Critique 

 

Adaptation d’un roman de Kazuo Ishiguro, Never let me go est d’une brûlante actualité, puisque ce film sort sur les écrans moins d’un mois après la naissance en France du premier bébé-médicament -ou enfant du double espoir, comme le disent par euphémisme certains. Cette dystopie ne fait cependant qu’effleurer les questions éthiques soulevées par son sujet. De fait, elle ne s’interroge pas en profondeur sur la dimension morale de l’instrumentalisation de la vie humaine. Ni sur ses conséquences psychologiques. Mark Romanek préfère se concentrer -à l’image du livre ?- sur le triangle amoureux formé par Kathy, Ruth et Tommy : J’étais moins intéressé par le thème du clonage en lui-même que par le fait de m’en servir comme arrière-plan pour m’interroger sur ce qui est vraiment important, ce qui compte réellement dans une vie, explique le réalisateur dans le dossier de presse. L’histoire traite donc avant tout de l’amitié, de l’amour et de ce que vous choisissez de faire du temps qui vous est imparti. Cette approche assez inhabituelle pour un film de science-fiction donne à cette œuvre sa singulière et troublante beauté mélancolique.

 

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Mais si Never let me go réussit si bien à nous émouvoir, c'est aussi -et surtout- parce que son auteur s'appuie sur des interprètes en état de grâce. Carey Mulligan, découverte l’année dernière dans Une éducation, livre ici une prestation d’une grande intensité. Tout comme Andrew Garfield (Deux sœurs pour un roi, The social network), dont la sensibilité à fleur de peau illumine chaque scène où il apparaît. On retiendra particulièrement celle où, se fondant sur les rumeurs qui agitaient l'imagination des élèves d’Hailsham, il vient apporter à Madame (Nathalie Richard) la preuve de son amour sincère pour Kathy, espérant ainsi obtenir un délai avant son dernier don. Keira Knightley m’a en revanche un peu moins touché. Peut-être est-ce dû à son personnage. 

 

On regrettera tout de même la tentation esthétisante à laquelle succombe par instant Mark Romanek. Celui-ci se laisse en effet aller à quelques plans au romantisme un peu trop accentué (voir la course de Kathy et Tommy sur le ponton). Un manque de sobriété dû au fait qu'il vient du monde du clip vidéo et de la publicité ? Toujours est-il qu'en agissant ainsi, il semble ne pas faire entièrement confiance à la force de son histoire. Dommage...

 

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Malgré cette réserve, Never let me go est un beau film porté par de grands comédiens en devenir, sur un sujet grave, même s'il n'est abordé qu'en arrière-plan. Il vaut donc que l'on s'y abandonne. Et ce d'autant plus que la soumission de ces jeunes gens à leur sort, suite à l'endoctrinement dont ils ont été l'objet, nous donne à réfléchir, par métaphore, sur notre propre inertie face aux discours des politiques et des médias...

 

Ma note - 3/5

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Winter's bone

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Ree Dolly (Jennifer Lawrence), 17 ans, vit dans les monts Ozarks, une région isolée du Missouri. En l’absence de son père, Jessup, qui purge une peine de prison pour trafic de méthamphétamine, elle s'occupe de sa mère, malade, et élève son jeune frère et sa petite sœur. Cependant, tout bascule le jour où Jessup, à peine remis en liberté, disparaît. Car l’homme a hypothéqué la bicoque familiale pour payer sa caution. Or, s’il ne réapparaît pas, la jeune fille et sa famille seront expropriées. Ree n’a donc d’autre choix que de partir à la recherche du fuyard pour le convaincre de se présenter au tribunal. Mais pour retrouver sa trace, il lui faudra affronter une communauté de Hillbillies qui semble dissimuler un honteux secret…

 

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Film américain

Année de production : 2010

Durée : 1h40

Réalisation : Debra Granik

Scénario : Debra Granik, Anne Rosellini

Image : Michael McDonough

Avec Jennifer Lawrence (Ree), Isaiah Stone (Sonny), Ashlee Thompson (Ashlee), Valerie Richards (Connie), Shelley Waggener (Sonya), Garret Dillahunt (Le shérif Baskin)... 

 



Critique 

 

Je finis par me méfier des films estampillés cinéma indépendant américain. Derrière ce label, en effet, se cache souvent des productions si formatées qu’elles offrent une vision des plus conservatrice -pour ne pas dire caricaturale- des faits de société qu’elles abordent (voir à ce sujet le récent Tout va bien - The kids are all right, de Lisa Cholodenko). A cet égard, Winter’s bone, doublement récompensé en 2010 au Festival de Sundance, fait figure de louable exception.

 

Adapté du roman éponyme de l'américain Daniel Woodrell, ce second long métrage de Debra Granik nous offre une peinture de l’Amérique des laissés-pour-compte dont la noirceur oppressante a quelque chose de terrifiant : terrains boueux, paysages désolés, masures menaçant ruines… On se croirait presque dans un décor de La route, de John Hillcoat. Sauf qu’ici la réalisatrice ne nous décrit pas des territoires ravagés par une apocalypse, seulement un monde rural sinistré par la crise, comme dans Les raisins de la colère. On retrouve d’ailleurs dans ce film les mêmes thématiques que chez Ford : la violence, le courage, la famille, l’espoir. Signe des temps, celui-ci ne réside plus dans la perspective de cueillir des oranges en Californie, mais dans les 40 000 dollars offerts par l’armée pour un engagement de cinq ans... 

 

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Avec un tel programme, le risque était grand de basculer dans le sordide. Mais par sa photographie crépusculaire (je garde en mémoire un somptueux plan d’arbres décharnés sur fond de ciel hivernal), par la grâce de Jennifer Lawrence, sorte de Rosetta du Middle West, à la fois fragile et déterminée, Winter’s bone trouve son équilibre entre naturalisme et poésie. L’interprétation est d’ailleurs l’une des grandes qualités du film. On relèvera surtout la performance de John Hawkes (Sol Star dans la série Deadwood), ici tellement ambigu qu’on ne sait pas jusqu’à la fin s’il sauvera sa nièce... ou la perdra. On retiendra aussi, parce qu’elle se fait trop rare sur les écrans, la présence fugace de Sheryl Lee (Laura Palmer dans Twin Peaks).

 

Bref, une œuvre belle et intense, dans la lignée du cinéma des frères Dardenne. Et mon film préféré de ce début d’année, avec Black swan, même si l’on est dans des registres très différents. Mais c’est cela la magie du cinéma !

 

Ma note - 4,5/5 

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