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Mes meilleures amies (Bridesmaids)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Mes meilleures amies 2
 
Synopsis
 
Annie (Kristen Wiig) a la poisse. Son fiancé l’a quittée et son nouvel amant est un goujat. Lillian (Maya Rudolph), sa meilleure amie, file quant à elle le parfait amour. Lorsqu’elle lui annonce son futur mariage, Annie oublie ses soucis pour se consacrer à son rôle de témoin et transformer les préparatifs en un moment magique et privilégié. Mais c’est sans compter sur les autres amies de Lillian, l’insatiable et athlétique dragueuse Megan (Melissa McCarthy), la candide Becca (Ellie Kemper), l’ex-beauté Rita (Wendi McLendon-Covey) et l’ultra-snob Helen (Rose Byrne)… toutes incontrôlables et décidées à donner de la voix pour imposer leurs choix dans l’organisation de l’enterrement de vie de jeune fille. Débute alors une délirante aventure…      
   
Fiche techniqueMes meilleures amies - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h05
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Kristen Wiig, Annie Mumolo
Image : Robert D Yeoman
Avec Kristen Wiig (Annie Walker), Rose Byrne (Helen Harris), Maya Rudolph (Lillian), Melissa McCarthy (Megan), Ellie Kemper (Becca)...   
 


Critique
 
Avec ce Very bad trip au féminin, Paul Feig ne fait pas dans la dentelle. On est dans la lignée du cinéma de Judd Apatow (ici producteur) ou des frères Farrelly. Autant dire que l’humour n’est pas des plus légers et frise souvent le mauvais goût ! C’est la raison pour laquelle on peut être quelque peu surpris par l’accueil très élogieux que la critique professionnelle française réserve à Mes meilleures amies. Même les journaux les plus exigeants -ou les plus prétentieux, c’est selon le point de vue- sont dithyrambiques. Le Monde, par exemple, parle à son propos de cimes burlesques inexplorées...

Mais peut-être ce point de vue n’est-il pas si étonnant. On pourrait même y voir une tendance de fond. Que l’on se souvienne du dossier de plus de vingt pages consacré à Judd Apatow par les Cahiers du cinéma en octobre 2009. La critique hexagonale affiche depuis quelques années -par snobisme ?- une sorte de vénération pour les comédies les plus trashs produites outre-Atlantique, percevant derrière le grotesque, la scatologie, la vulgarité, une critique acerbe de la société américaine, voire un discours social. Fabien Reyre, sur le site Critikat, écrit ainsi : De même, le discours social sur fond de crise (l’héroïne a dû fermer sa pâtisserie) ancre Mes meilleures amies dans un contexte qui, s’il peut paraître un brin opportuniste, a le mérite de donner un bref aperçu des angoisses de l’Américain(e) moyen de 2011
 
 Mes-meilleures-amies-3.jpg
 
Que l’on me pardonne mon approche beaucoup plus terre-à-terre, mais pour ma part j’attends seulement d’un tel film qu’il soit drôle. Mes meilleures amies y parvient incomplètement. Quelques scènes devraient certes rester dans les mémoires pour leur exubérance burlesque, comme celle de l’essayage. L’interprétation de Kristen Wiig (auteur du scénario), parfaite en paumée à qui rien ne réussit, l’abattage de Melissa McCarthy, presque aussi allumée et incontrôlable que Zach Galifianakis (pour poursuivre la comparaison avec Very bad trip) sont également à porter au crédit de ce film. Mais l’ensemble comporte trop de ruptures de rythme (l’histoire finit comme une banale comédie romantique) pour totalement convaincre et justifier l’adjectif hilarant du San Francisco Chronicle apposé sur les affiches… Ah ! j’oubliais : il y a Rose Byrne. Définitivement délicieuse…
 
Ma note - 2/5

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Pour gagner sa vie (Making a living)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Synopsis 
 
Un gentleman (Charles Chaplin) confie à un homme rencontré dans la rue (Henry Lehrman) les malheurs dont il a été victime. Emu par sa situation, ce dernier lui donne un peu d’argent. Mais le gentleman est en fait un escroc, qui va utiliser cette somme pour acheter une bague et séduire la fiancée de son bienfaiteur (Virginia Kirtley). Plus tard, il s’emparera de son appareil photographique et de ses notes, ce qui lui permettra de livrer au journal qui l’emploie un reportage sensationnel sur un accident de voiture, obtenant ainsi la place de l’infortuné… 
 
Fiche techniqueCharles-Chaplin-1.jpg
 
Film américain
Année de production : 1914
Durée : 0h13 
Réalisation : Henry Lehrman
Scénario : Reed Heustis
Avec Charles Chaplin (L'escroc), Virginia Kirtley (La fille), Alice Davenport (La mère), Henry Lehrman (Le reporter)... 
 

 
Critique 
 
Henry Lehrman, acteur de nombreux films de David Wark Griffith et réalisateur aujourd’hui tombé dans l’oubli, mérite quelque attention de la part des cinéphiles, puisqu'il fut le premier à diriger Charles Chaplin au cinéma.

L
e créateur de Charlot aurait été repéré par Mack Sennett, qui dirigeait la Keystone, à la fin de l’année 1912, alors qu’il jouait à l’American theatre de New York A night in an english music hall, dans la troupe de Fred Karno. Une autre version laisse entendre qu’il fut découvert par Adam Kessel, ou son frère, Charles, propriétaires de la société-mère de la Keystone, la New York motion pictures. Une autre source affirme encore que ce fut Harry Aitken, détenteur de la majorité des actions de la Keystone, qui subtilisa Chaplin à Karno après l’avoir vu joué au théâtre Pantage de Los Angeles.
    Pour gagner sa vie 1

Dans ce premier rôle, Chaplin apparaît vêtu d’une redingote, d’un gilet à carreaux et d’une cravate à pois. Un chapeau haut-de-forme, un monocle et une canne complétaient son costume de faux dandy. Il incarne ici un personnage aux antipodes de celui qui fera son succès. Pourtant, son jeu (en particulier sa démarche) et certaines de ses expressions évoquent déjà Charlot. On peut relever également quelques gags typiquement chaplinesques, telle cette scène où, après avoir refusé avec dédain la pièce qu’on lui tend, il s’en saisi avidement dès que le journaliste fait mine de la remettre dans sa poche. Le reste du film est conforme aux productions de la Keystone, avec bagarres, situations vaudevillesques -voir la séquence où le dandy et le reporter se battent dans la chambre à coucher d’une femme- et une poursuite finale qui constitue la raison d’être des comédies produites par le studio.

Pour gagner sa vie 2

Le tournage de Pour gagner sa vie eut lieu entre le 5 et le 9 janvier 1914. Chaplin détestait ce film, reprochant à Lehrman d’avoir coupé au montage ses meilleurs effets comiques. Ce que le réalisateur semble avoir reconnu ultérieurement. Malgré tout, il fut bien reçu lors de sa sortie en salle, le 2 février 1914. Un critique de The moving picture world nota d’ailleurs à propos de sa prestation qu’il est un comédien de la plus belle eau, qui joue avec un naturel confondant… Le public à la recherche d’une bonne soirée hurlera de rire.
 
Le film est disponible dans le splendide coffret consacré aux films tournés par Charles Chaplin pour la Keystone et distribué en France par la société Lobster.

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The man from nowhere (아저씨)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The-man-from-nowhere-1.jpg

 

Synopsis 

 

Cha Tae-sik (Bin Won) est un ancien agent des forces spéciales reconverti, à la suite d’un drame ayant entraîné la mort de sa femme, en prêteur sur gage. Il mène une existence solitaire. L’un de ses rares contacts avec l’extérieur est Jeong So-mi (Sae-ron Kim), la fille d’une de ses voisines. Mais cette dernière s’est emparée d’une livraison d’un parrain de la drogue, un geste qui va la placer au cœur d’une lutte entre deux gangs de trafiquants. Lorsque la jeune femme et son enfant sont enlevés par deux frères, Man-seok (Kim Hee-won) et Jong-seok (Kim Sung-oh), Cha décide de sortir de sa retraite…

 

Fiche techniqueThe-man-from-nowhere---Affiche.jpg

 

Film coréen

Année de production : 2010

Durée : 1h59

Réalisation : Jeong-beom Lee 

Scénario : Jeong-beom Lee 

Image : Tae-yoon Lee 

Avec Bin Won (Cha Tae-sik), Sae-ron Kim (Jeong So-mi), Hee-won Kim (Man-seok), Thanayong Wongtrakul (Ramrowan), Seong-oh Kim (Jong-seok)... 

 


 

Critique 

 

Grand prix du troisième Festival international du film policier de Beaune, The man from nowhere n’a pas eu les honneurs d’une exploitation en salle. Une décision pour le moins incompréhensible, car le cinéma coréen a aujourd’hui un public fidèle…

 

Cette histoire n’est pas sans évoquer -en mode mineur cependant- Breathless. On retrouve en effet chez Cha Tae-sik la même incapacité à communiquer que chez Sang-hoon, le héros du film de Yang Ik-Joon, même si celle-ci s’exprime de manière différente. Dans les deux cas, c’est par l’amitié, avec une fillette pour l’un (contrairement à certains commentateurs, je n'ai pas vu dans cette relation d’autres sentiments, plus ambigus), une adolescente pour l’autre, que le rempart d’insensibilité et de solitude dont se protègent les deux hommes se fissure peu à peu. La violence y est également tempérée par l'humour et des fulgurances d'émotion assez inhabituelles dans ce genre.

 The-man-from-nowhere-2.jpg

 

D’une manière plus générale, The man from nowhere reprend les recettes les plus éprouvées du polar made in Corée du Sud : mise en scène très stylisée, nombreuses séquences nocturnes, vision très sombre de la société coréenne, et notamment de l’action policière… Néanmoins, jamais Jeong-beom Lee n’atteint le niveau de virtuosité de ses compatriotes les plus illustres, comme Na Hong-jin (The chaser, The murderer). La première partie manque même un peu de rythme, tandis que l’intrigue n’est pas toujours des plus claires. Des défauts que font toutefois oublier -partiellement- l’attendrissante relation entre Cha Tae-sik et Jeong So-mi et quelques scènes très efficaces (le combat dans les sanitaires du night-club ou l’affrontement au couteau entre Cha Tae-sik et Ramrowan). 

 

The man from nowhere n’est donc pas un monument d’originalité. Il est aussi inégal dans sa forme. En sorte qu’il souffre de la comparaison avec les principales réussites du cinéma policier coréen. Le résultat est pourtant très loin d’être infâmant et n’explique pas le choix des distributeurs d'une sortie directe en DVD… 

 

Ma note - 2,5/5

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Restless

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Restless 1
 
Synopsis
 
Bien qu’en phase terminale d’un cancer, Annabel Cotton (Mia Wasikowska) est animée d’un amour profond de la vie et de la nature. De son côté, Enoch Brae (Henry Hopper) a cessé d’avoir envie de faire partie du monde depuis que ses parents sont tragiquement morts dans un accident. Lorsque ces deux êtres à part se rencontrent à un enterrement, ils se découvrent d’étonnants points communs. Pour Enoch, dont le meilleur ami se trouve être le fantôme d’un pilote de guerre kamikaze (Ryo Kase), et Annabel, qui voue une fascination à Charles Darwin et à la vie de toute créature, c’est le début d’une relation exceptionnelle. En apprenant la mort imminente d’Annabel, Enoch propose de l’aider à vivre ses derniers jours avec intensité, au point de défier le destin, les traditions et la mort elle-même.
 
Fiche techniqueRestless - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h31
Réalisation : Gus van Sant
Scénario : Jason Lew
Image : Harris Savides
Avec Mia Wasikowska (Annabel Cotton), Henry Hopper (Enoch Brae), Ryo Kase (Hiroshi Takahashi), Schuyler Fisk (Elizabeth Cotton)...
 


Critique
 
Cette histoire d’amour est évidemment touchante. Le couple formé par Mia Wasikowska et Henry Hopper est certes très mignon. Quant aux couleurs de l’automne portlandais, elles flattent indubitablement la rétine. Cependant, soyons honnête, si ce film était signé d’un obscur tâcheron hollywoodien, et non pas d’un auteur respecté, on crierait au mélo ! Car il faut bien reconnaître que Gus van Sant nous a habitués par le passé à un peu plus d’audace que cette guimauve douceâtre…
 
Restless 2
 
Restless est très fadement mis en scène. Les dialogues véhiculent quelques platitudes, pour ne pas dire des clichés assez lourdauds. C’est le cas de l’échange entre les deux médecins dans un couloir de l’hôpital, qui se donnent rendez-vous au golf, à 17 heures : on se croirait dans un sketch des Inconnus ! Plus problématique est cette vision immature -bien sûr, les deux héros sont adolescents, mais tout de même- de la maladie et de la mort. On ne meurt pas ainsi, même à cet âge. Je sais d’expérience –récente- que le cancer n’a rien de romantique. Ce n’est pas un calme endormissement dans des limbes délicieux où les lumières de l’esprit s’éteignent, où le corps, délivré de son tyran, s’abandonne aux joies délirantes de la liberté (Honoré de Balzac, La peau de chagrin). Aussi préfère-je –et de loin- le regard porté sur ce fléau par Valérie Donzelli dans La guerre est déclarée. Ce qu’elle nous dépeint est crûment réaliste, sans pour autant être désespéré…

Le jeu d’Henry Hopper ne m’a pas plus convaincu. Son dandysme lymphatique m’a même donné envie de le souffleter copieusement. Mia Wasikowska n’est pas plus à son avantage. En fait, le seul personnage véritablement incarné du film est, paradoxalement, Hiroshi, le fantôme du pilote japonais, interprété par Ryo Kase, vu il y a quelques années dans Lettres d’Iwo Jima. Bon, un autre point positif tout de même, Restless dure seulement 1h31. C’est un moindre mal !
 
Ma note - 2/5

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Clarine Seymour (1898 - 1920)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Clarine Seymour est née le 9 décembre 1898, à Brooklyn, comme Clara Bow, dont j’ai déjà parlé. Cependant, à la différence de celle-ci, elle grandit dans un milieu aisé. A l’âge de 18 ans, ses parents déménagent à New Rochelle, dans la banlieue nord de New York. Son père, malade, est alors contraint de vendre l’entreprise qu’il dirigeait. Pour aider sa famille, la jeune fille décide de travailler. Elle obtient bientôt un emploi à la Thanhouser Film Company (la même année que Jeanne Eagels), pour laquelle elle tourne quelques films (Pots-and-Pans Peggy, It happened to Adele…). En 1917, elle apparaît dans un serial d’Astra Film, The mystery of the double cross. Elle rejoint ensuite la Rolin Films, qui la fait jouer dans une douzaine de courts métrages (souvent signé Hal Roach, auteur de nombreux films d’Harold Lloyd), dont Just rambling along, aux côtés de Stan Laurel.

 

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La carrière de Clarine tarde toutefois à décoller. Elle envisage même un temps d’y mettre un terme. Jusqu’au jour où elle rencontre David Wark Griffith, qui lui offre un petit rôle dans The girl who stayed at home. Le réalisateur d’Intolérance la fait de nouveau tourner dans True heart Susie, film dans lequel elle partage l’affiche avec Lillian Gish, puis dans Scarlet days et The idol dancer (avec Richard Barthelmess).

L’avenir de la jeune femme semble enfin assuré. Elle signe même un contrat de quatre ans avec la société de production de Griffith. En 1920, elle entame le tournage de Way down east, où elle retrouve Richard Barthelmess et Lillian Gish. Elle ne verra jamais ce film terminé (Mary Hay reprendra son rôle), puisqu’elle succombe brutalement à une infection intestinale contractée lors d’une opération, le 25 avril 1920.

 

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True heart Susie, David Wark Griffith (1919)

   

Clarine n’apparaît donc que dans une vingtaine de films, dont trois sont disponibles en France en DVD, chez Bach Films (The girl who stayed at home, commercialisé sous le titre Dans la tourmente, True heart Susie et The idol dancer). Ces éditions, si elles ont le méritent d'exister, sont cependant d'assez médiocre qualité. True heart Susie est par ailleurs visible sur YouTube.

 

Filmographie complète sur IMDB.

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L'Apollonide : souvenirs de la maison close

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
L’Apollonide est une maison close installée dans une demeure d’apparence luxueuse. Quelques habitués s’y rendent le soir, pour retrouver dans un cadre feutré une dizaine de jeunes femmes obligées de vendre leurs charmes pour rembourser leurs dettes à la tenancière de l’établissement (Noémie Lvovsky). Il y a là Samira (Hafsia Herzi), Clotilde (Céline Sallette), Julie (Jasmine Trinca), Léa (Adèle Haenel), Madeleine (Alice Barnole)... Leur vie s’écoule entre attente, satisfaction des fantasmes des clients, crainte de la maladie et menace d’expulsion…
 
Fiche techniqueL-Apollonide---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h02
Réalisation : Bertrand Bonello
Scénario : Bertrand Bonello
Image : Josée Deshaies
Avec Hafsia Herzi (Samira), Céline Sallete (Clotilde), Jasmine Trinca (Julie), Adèle Haenel (Léa), Alice Barnole (Madeleine), Noémie Lvovsky (Marie-France)... 
 


Critique
 
L’Apollonide évoque a priori le très controversé -et néanmoins magnifique- film de Louis Malle, La petite. Ce n’est cependant qu’une illusion. Car bien que ce dernier traitât d’un sujet extrêmement grave (la prostitution enfantine), il y avait quelque chose de lumineux et de presque joyeux dans son traitement. Ici, au contraire, hormis une échappée impressionniste au bord d’un étang, on reste confiné dans le clair-obscur spleenétique de la maison close, sorte de serre tropicale étouffante et privée de lumière où s’étiolent peu à peu, sous les effets conjugués de l’ennui, de la syphilis, du champagne et des vapeurs d’opium, les femmes-fleurs qui y sont emprisonnées. Le plaisir y est un poison mortifère. On songe bien sûr au poème de Baudelaire, Femmes damnées : 
 
 L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.
 
L’univers de l’auteur des Fleurs du mal traverse d’ailleurs tout le film. Ainsi, lorsque la Juive -surnom de l’une des pensionnaires de l’établissement- se voit infliger une blessure qui laissera son visage figé dans un sourire éternel et tragique, pense-t-on à cette autre pièce : 
 
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma sœur !
 
 L-Apollonide-3.jpg
 
L’apollonide est sans doute l’un des films les plus ardemment féministe qu’il m’ait été donné de voir. Si la chair des femmes y ait blessée, souillée, humiliée, c’est pour mieux en clamer la beauté, le mystère, mais aussi pour mieux dénoncer la domination exercée par les hommes -et plus globalement la société- sur elle depuis la nuit des temps. Deux scènes mettant en scène la Juive illustrent douloureusement ce propos. La première, particulièrement éprouvante, concerne sa mutilation par un client. La seconde, tout aussi cruelle, même si elle est moins violente en apparence, la met en scène dans une soirée libertine où elle est exhibée comme un monstre. L’une des participantes, une femme d’un certain âge, demande très dignement que l’on pince ses seins afin de vérifier qu'elle continue à sourire, malgré la douleur… Malgré de nombreuses scènes de nudité, ce film est donc tous sauf sensuel. Ce que semble regretter l’un des critiques de Télérama : Vu le sujet, le comble est de priver le film de toute sensualité. Autant dire qu’il n’a rien compris aux intentions de Bertrand Bonello…

L'Apollonide 1
 
Au-delà du propos, qui m’a profondément touché, j’ai admiré la qualité de la reconstitution. L’esprit de l’époque est subtilement rendu au travers de bribes de conversation tenues hors-champ (affaire Dreyfus, inauguration du métro…), de même que l’esthétique. Le récit, construit tel une mosaïque complexe où se répètent certaines scènes, et la mise en scène ne manquent par ailleurs pas d’audace (on notera en particulier le recours, inhabituel dans un film historique, au split-screen). Tout comme la bande originale, qui utilise quelques musiques modernes. Cependant, à la différence de Sofia Coppola dans Marie-Antoinette, il ne s’agit pas ici de faire dans le dépoussiérage branché. Cet anachronisme permet de marquer l’intemporalité de la condition de ses femmes, que la dernière scène rend magnifiquement, même si elle peut surprendre… 
 
L'Apollonide 4
 
L’interprétation est au diapason. Côté féminin, il est impossible de détacher une actrice plutôt qu’une autre, tant elles forment un groupe cohérent, ce que recherchait le réalisateur : Il fallait que les filles fonctionnent ensemble, en synergie. J’étais beaucoup plus obsédé par l’idée de former un groupe que par avoir un premier rôle. On soulignera tout de même la performance d’Alice Barnole, dans un –premier- rôle très difficile (la Juive). On relèvera également, côté masculin, la présence de nombreux cinéastes, dont Xavier Beauvois, parfait d’ambigüité perverse… 
 
L’Apollonide est un grand film, certes parfois glaçant, mais nécessaire. Pour l’instant, le meilleur film français de cette année, avec La guerre et déclarée. 
 
Ma note - 4,5/5

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Décès de Paulette Dubost (21 septembre 2011)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La doyenne du cinéma français, Paulette Dubost, s’est éteinte le 21 avril 2011, à presque 101 ans.

 

Née le 8 octobre 1910 à Paris, Paulette Dubost fit ses début au cinéma en 1926 dans l’adaptation du roman de Zola, Nana, signée Jean Renoir (une apparition non recensée sur sa fiche IMDB). Partenaire de Buster Keaton dans Le roi des Champs-Elysées de Max Nosseck, elle interpréta la femme de Bernard Blier dans Hôtel du Nord, avant d’incarner Lisette, la camériste de La règle du jeu. Elle tourna également sous la direction de Marcel L’Herbier (Le bonheur, Au petit bonheur), André Cayatte (Roger la honte, La revanche de Roger la honte) Max Ophüls (Le plaisir, Lola Montès), François Truffaut (Le dernier métro) ou encore Louis Malle (Milou en mai).

 

Paulette-Dubost.jpg

 

La comédienne fut aussi une figure incontournable du cinéma populaire des années 1950-1960 (Julien Duvivier, Henri Verneuil, Jean Delannoy, André Hunebelle, Gérard Oury, Georges Lautner, Henri Decoin, Edouard Molinaro, Claude Autant-Lara, Denys de La Patellière, Gilles Grangier, Philippe de Broca…). Sa dernière apparition à l’écran remonte à 2007, où on la vit aux côté de Daniel Prévost dans un court métrage d’Alexandre Moix (Curriculum). 

 

Paulette Dubost, qui compte près de 200 rôles (cinéma et télévision), n’a jamais reçu aucun prix pour son travail. Il faut rappeler cependant que le Festival de Cannes  lui rendit en 1989, à l’occasion du cinquantenaire de La Règle du jeu, un hommage qui a tourné au plébiscite.

 

Filmographie complète sur IMDB.

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Warrior

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Warrior-1.jpg

 

Synopsis 

 

Ancien Marine ayant servi en Irak, Tommy Conlon (Tom Hardy) est de retour au pays. Il reprend bientôt contact avec son père (Nick Nolte), qui l’entraînait lorsqu’il était enfant à la lutte. Malgré tout ce qui les sépare, il lui demande de le préparer à un tournoi d’arts martiaux mixtes qui lui permettrait de gagner cinq millions de dollars. Mais au même moment, le frère de Tommy, Brendan (Joel Edgerton), en proie à d’importantes difficultés financières, décide lui aussi de s’engager dans la compétition…

 

Fiche techniqueWarrior---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 2h20

Réalisation : Gavin O'Connor

Scénario : Gavin O'Connor, Anthony Tambakis, Cliff Dorfman 

Image : Masanobu Takayanagi

Avec Joel Edgerton (Brendan Conlon), Tom Hardy (Tommy Conlon), Nick Nolte (Paddy Conlon), Jennifer Morrison (Tess Conlon), Frank Grillo (Frank Campana)... 

 


 

Critique 

 

Warrior n’est pas toujours d’une originalité folle. Gavin O'Connor reprend en effet les ficelles les plus usées du genre (les combats ne voient pas le triomphe de la force brute, mais de la volonté soutenue par un noble dessein), rendant ainsi son récit très transparent. On devine donc très vite l’identité des deux adversaires qui s’affronteront en finale du tournoi et l’issue de celle-ci. Le réalisateur de Miracle accumule par ailleurs les poncifs, sur la rédemption, l’honneur, la famille… Il se trouve même parfois au bord de la rupture, avec quelques scènes proches du ridicule (voir celle où les Marines présents dans le public entonnent un hymne patriotique au moment où Tommy entre dans l’arène). 

 

Warrior 2 

Malgré ses défauts, et en dépit de sa durée (2h20), Warrior n’en retient pas moins l’attention. C’est que l’histoire familiale des deux héros, leur opposition, donnent au film un air de tragédie grec qui ne peut que toucher. De plus, les combats sont très efficacement filmés -beau travail de Masanobu Takayanagi, à qui l’on doit, entre autres, la photographie de Babel- et Tom Hardy, déjà stupéfiant dans Bronson de Nicolas Winding Refn, signe encore une fois une composition monstrueuse. Son regard et ses épaules de taureau feraient presque baisser les yeux du spectateur ! Joel Edgerton n’est pas en reste, dans en rôle pourtant moins évident. Des deux frères, il est le gentil, celui qui a fondé une famille et mène une vie bien rangé de professeur de physique aimé de ses élèves. Il est toujours plus facile de susciter l’empathie lorsqu’on incarne un écorché vif que la vie n’a pas épargné. Nick Nolte est également particulièrement émouvant. Seul bémol concernant l’interprétation : comme trop souvent dans ce genre de film (Fighter de David O. Russell fait à cet égard figure de louable exception), le personnage féminin joué par Jennifer Morrison -Allison Cameron dans Docteur House- est mal exploité.

 Warrior-3.jpg

 

Warrior ne manque pas non plus d’une certaine subtilité. Il ne se limite en effet pas à une succession de combats (sauf dans la seconde partie), son propos est parfaitement ancré dans l’Amérique d’aujourd’hui, avec l’évocation de la crise économique et de la guerre en Irak. S’ajoute à cela quelques références culturelles plutôt inattendues dans un tel film, lui confèrant ainsi un ton singulier : Théagène de Thasos, l’un des athlètes les plus fameux de la Grèce antique, dont les 1 400 couronnes faisaient rêver Tommy lorsqu’il était enfant, ou encore les entraînements sur fond de musique classique dans l’académie dirigée par Frank Campana (Frank Grillo)… Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes qui font de Warrior un film plaisant, même s’il n’atteint pas, pour moi, le niveau de Fighter

 

 Ma note - 3/5

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Les Nibelungen : la mort de Siegfried (Die Nibelungen : Siegfried)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Siegfried de Xanten (Paul Richter) quitte son pays pour la cour des Burgondes, où il espère conquérir le cœur de Kriemhild (Margarete Schön), la sœur du roi Gunther (Theodor Loos). En chemin, il croise le terrible dragon Fafner, qu’il parvient à mettre à mort au terme d’une lutte acharnée. Un oiseau lui révèle alors qu’il deviendra invulnérable s’il se baigne dans le sang du monstre. Le prince s’empresse de suivre son conseil. Mais dans un dernier sursaut de vie, la queue de l’animal effleure le tronc d’un tilleul, faisant tomber une feuille qui se colle au dos du jeune homme, empêchant le sang de toucher cette partie de son corps. 

 

Siegfried traverse ensuite le pays des Nibelungen, où il est attaqué par Alberich (Georg John), le roi des elfes, qui le surprend grâce à un heaume magique. Malgré cet artifice, Siegfried réussit à avoir le dessus sur son adversaire. Celui-ci le supplie alors de l’épargner, lui offrant son casque aux propriétés prodigieuses -il a le pouvoir de rendre invisible et autorise toutes les métamorphoses- et les fabuleuses richesses dont il a la garde. Le jeune homme se laisse convaincre de lui laisser la vie sauve et le suit dans son repaire secret, perdu dans la montagne. Arrivé dans la salle du trésor, Alberich lui désigne, au milieu des bijoux entassés dans une immense vasque d'albâtre portée par des nains, l’épée Balmung, qu’il prétend avoir été forgée dans une fournaise sanglante et dont le pouvoir serait unique. Siegfried s’en empare. Cependant, tandis qu’il en apprécie la finition, le roi des elfes se jette sur lui et tente de l’étouffer. Le jeune prince le repousse en le frappant violemment à la tête. Mortellement touché, Alberich s’écroule. Mais dans un dernier souffle, il le voue au malheur. 

 

Devenu maître du trésor des Nibelungen, Siegfried conquiert douze royaumes, avant d’atteindre la forteresse de Worms, où il demande audience à Gunther. Hagen de Tronje (Hans Adalbert Schlettow), principal héraut de la maison royale burgonde, exhorte son maître à ne pas le recevoir. Le roi, toutefois, rejette son conseil et donne ses ordres pour qu’on lui ouvre les portes. Siegfried se présente bientôt devant lui, entouré de ses vassaux, et demande la main de sa sœur. Un marché est finalement conclu entre les deux hommes : le souverain autorisera le mariage du preux étranger avec Kriemhild, à condition qu’il l’aide à conquérir Brünhild (Hanna Ralph), une vierge guerrière régnant sur l’Islande…

 

Fiche techniqueLes-Nibelungen---Affiche.jpg

 

Film allemand

Année de production : 1924

Durée : 2h23

Réalisation : Fritz Lang

Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou
Image : Carl Hoffmann, Günther Rittau,
Walter Ruttmann

Avec Paul Richter (Siegfried), Margarete Schön (Kriemhild), Hanna Ralph (Brünhild), Theodor Loos (Roi Gunther), Hans Adalbert Schlettow (Hagen de Tronje)...

 


 

Critique 

 

Fritz Lang et Théa von Harbou, scénariste et compagne du réalisateur, signent ici une adaptation fidèle d'une vieille légende scandinave, La chanson des Nibelungen, reprise par les bardes germaniques et développée au cours du XIIème siècle. Sans doute l’un des projets les plus ambitieux des premiers temps du cinéma, avec les fresques de Giovanni Pastrone (Cabiria), David Wark Griffith (Intolérance), Cecil B DeMille (Les dix commandements) ou encore Fred Niblo (Ben-Hur : a tale of the Christ), et pour moi l’une des œuvres les plus abouties de l’histoire du Septième art, en raison de son incroyable beauté plastique, de l’extrême rigueur de sa narration et de la grande richesse de ses sources d’inspiration. Il faut dire que Lang s’est entouré ici d’une équipe de techniciens chevronnés et de grands créateurs. Tel est le cas de Carl Hoffmann, l’un des directeurs de la photographie du film, un fidèle du cinéaste, qu’il rencontra dès 1919 sur le tournage de Halbblut. Les deux hommes se retrouvèrent ensuite sur Der Herr der Liebe (1919), Die Spinnen - Der Goldene See (1919), Harakiri (1919) et Dr Mabuse der Spieler (1922). Fritz Lang fit plus tard l’éloge de son travail sur les Nibelungen, affirmant qu’il avait su donner réalité à tout ce qu’il avait pu rêver visuellement. 

 

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Günther Rittau et Walter Ruttmann étaient les autres opérateurs du film. Fritz Lang vanta la science du premier, lequel, rapporta-t-il, passait ses nuits à faire des expériences avec Hoffmann, embrassant l’aspect plastique du cinéma par le détour des mathématiques. On lui doit notamment l’étonnant effet de pétrification des nains dans la grotte au trésor d’Alberich (photo). La solution imaginée par Rittau, explique l’historienne Lotte Eisner, consista à faire une surimpression du bas vers le haut, donnant ainsi l’impression que leur visage était encore vivant, alors que leur corps était déjà figé dans la pierre. Walter Ruttmann est quant à lui l’auteur du cauchemar prémonitoire de Kriemhild avant l’arrivée de Siegfried à la forteresse de Worms, un court film d’animation mettant en scène deux aigles noirs menaçant une colombe.

 

Que l’on me permette ici une petite digression. C’est en effet le moment de corriger une information erronée d’AlloCiné au sujet du dernier film de Danny Boyle. Le site affirme ainsi que pour enrichir l'aspect visuel de 127 heures, le réalisateur britannique a décidé d'engager deux opérateurs, chose qui n'avait encore jamais été faite dans toute l'histoire du cinéma. Les Nibelungen nous offre l’exemple d’une collaboration de trois directeurs de la photographie. Et ce, dès 1924…

 

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La direction artistique fut confiée à Otto Hunte et Karl Vollbrecht, deux autres fidèles de Lang, qui travaillèrent sur Dr Mabuse der Spieler, Metropolis, Les espions, La femme sur la Lune. Les deux hommes furent, entre autres, les concepteurs du dragon, avec le décorateur de plateau Erich Kettelhut. La maquette de l’animal -une carcasse faite de cercles de métal auxquels était fixée une charpente en hêtre- faisait seize mètres de long : quatre hommes étaient installés dans chaque patte, deux se trouvaient à l’intérieur de la tête. Une boîte en fer blanc reliée à un mécanisme d’allumage et à une chambre à air était disposée dans le crâne pour produire des flammes à partir de poudre de lycopode, du soufre d’origine végétal. Pas de pixels, donc, mais des trésors d’ingéniosité… 

 

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Lotte Eisner s’étonne que ce film passe aujourd’hui pour expressionniste : Où est la distorsion extatique, s’interroge-t-elle dans le livre qu’elle consacre à Lang, où sont les lignes obliques et brisées du décor de Caligari et de Raskolnikoff ? De fait, il n’y a rien de commun entre les décors équilibrés, symétriques des Nibelungen, et ceux du chef-d’œuvre de Robert Wiene ou de Von morgens bis Mitternacht de Karl Heinz Martin. On doit toutefois se souvenir que l'abstraction à outrance des films expressionnistes fut de courte durée. Pour autant, sans appartenir à cette forme primitive, nombre de productions des années 1920 ou 1930 furent influencés par l’esthétisme et les thématiques de ce mouvement artistique. Il faut, disaient les expressionnistes, se détacher de la nature et s’efforcer de dégager l’expression la plus expressive d’un objet. C’est bel et bien ce que l’on retrouve dans Les Nibelungen, où un arbre en fleur se transforme progressivement en tête de mort (photo), où l’ombre de Hagen apparaît après la mort de Siegfried comme celle d’un inquiétant oiseau de proie (photo).

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Le film de Lang est en réalité l’exemple parfait de la deuxième période de l’Expressionnisme, que Laurent Mannoni et Marianne de Fleury définissent dans un entretien accordé à la Cinémathèque française comme le résultat de la synthèse entre ce courant d'avant-garde et les peintures romantiques de Friedrich et Füssli, la littérature fantastique de Goethe, Chamisso, Novalis, Hoffmann, le clair-obscur de Max Reinhardt, la psychologie allemande, volontiers morbide, son attirance vers les fondements même de l'être. 

 

Dans cette œuvre où tout est soumis à une composition plastique (Lang fit des études d’architecture et de peinture), les influences sont cependant multiples. Ainsi relève-t-on une filiation évidente entre Le silence de la forêt, d’Arnold Böcklin, et la chevauchée de Siegfried à travers la forêt baignée de brume et de soleil (photo). Mais le cinéaste et le créateur des costumes, Paul Gerd Guderian, s'inspirèrent surtout des compositions de l’artiste autrichien Carl Otto Czeschka, du groupe de la Sécession viennoise (Sezessionsstil ou Wiener Secession), qui illustra en 1909 une édition en allemand moderne des Nibelungen. 

 

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 Les Nibelungen, Carl Otto Czeschka (1909)  

 

Selon l’analyse du critique Siegfried Kracauer, Lang ambitionnait avec Les Nibelungen de construire un document national pour populariser la culture allemande. Par national, on ne doit pas entendre nationaliste. Pour comprendre ce terme, il faut en fait se remémorer ce que disait Henrich Heine en 1833 à propos de la psychologie allemande : Laissez à nous autres Allemands les horreurs du délire, les rêves de la fièvre et le royaume des fantômes, l’Allemagne est un pays qui convient aux vieilles sorcières, aux peaux d’ours morts, aux golems de tout sexe. Ce n’est que de l’autre côté du Rhin que de tels spectres peuvent réussir ; la France ne sera jamais un pays pour eux...

 

Malheureusement, les Allemands des années 20 se méprirent sur les intentions du réalisateur, ne voyant dans son film que l’aspect héroïque teutonique, pour reprendre l’expression de Lotte Eisner. En témoignent les critiques de l’époque : Que cette grande œuvre exceptionnelle soit une arme rayonnante de la foi allemande, qui plane au-dessus du monde, indomptée et invaincue, chant glorieux d’une humanité pure et libre. Si l’on ajoute à cela que ce film était le préféré d’Hitler et de Goebbels, on pourra légitimement nourrir de la méfiance à l’égard de son message. Pourtant, l’on doit se rappeler ici que Lang fit partie des cinéastes qui quittèrent l’Allemagne peu de temps après l’arrivée des Nazis au pouvoir. Ce qui devrait lever tout soupçon le concernant. Quant au personnage de Siegfried (celui de la légende), on se souviendra qu'Engels le considérait non pas comme un héros national guerrier, mais comme l'incarnation de la jeunesse contestaire. Rien à voir avec le national-socialisme par conséquent (sur ce sujet, je renvoi à la très belle analyse publiée sur le site De son coeur le vampire). 

 

A noter avant de conclure que le diptyque des Nibelungen a été présenté en version restaurée et colorée en avril 2010 à Berlin. Selon Anke Wilkening, de la Fondation Murnau, cette version réalisée à partir de dix-huit copies donne une idée très précise de l’originale. En attendant une -éventuelle- nouvelle édition DVD, on se contentera de celle commercialisée par MK2, de très bonne facture.

Album du film



Ma note - 5/5

 

A lire : Fritz Lang, Lotte H Eisner (Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma-Cinémathèque française, 2005)
De Caligari à Hitler, Siegfried Kracauer (L’âge d’homme, 2009)
Le cinéma expressionniste allemand : splendeur d’une collection, Marianne de Fleury, Laurent Mannoni, Bernard Eisenschitz, Thomas Elsaesser (Editions de La Martinière, 2006)

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Jeanne Eagels (1890 - 1929)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Jeanne Eagels est née le 26 juin 1890 à Kansas City. C’est dans cette ville qu’elle commence sa carrière d’actrice, apparaissant dès son plus jeune âge dans plusieurs spectacles. A l’âge de 12 ans, elle intègre le théâtre itinérant des frères Dubinsky et participe à des tournées dans le Midwest.

Peu après la mort de son père, Jeanne s’installe à New York, où elle devient une Ziegfeld Girl. Mais la jeune femme rêve avant tout de devenir comédienne. Une ambition satisfaite en 1915, où elle apparaît pour la première fois au cinéma, dans The house of fear de John Ince et Ashley Miller. L’année suivante, elle tourne sous la direction de Frank Lloyd dans The world and the woman. Dans le même temps, elle joue à Broadway The great pursuit au Shubert Theatre.

 

Jeanne mène alors une double carrière, enchaînant tournages et apparitions au théâtre. Elle devient rapidement l’une des vedettes de Broadway, triomphant notamment dans Rain, une pièce adaptée d’une nouvelle de William Somerset Maugham, qu’elle joue 904 fois entre novembre 1922 et mars 1926. Face au succès, le dramaturge britannique écrit pour elle une autre pièce, The letter, portée à l’écran par Jean de Limur en 1929. L’actrice reprend pour l’occasion le rôle qu’elle avait créé, une prestation qui lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice en 1930. La première de l'histoire à titre posthume…

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Car Jeanne Eagels est morte d’une overdose le 3 octobre 1929. Epuisée par son rythme de travail, la jeune femme souffrait depuis plusieurs années de nombreuses addictions : médicaments, alcool, drogues... La nouvelle de sa mort fut rapportée par le New York Evening Graphic, un journal de New York. L’auteur de l’article n’est pas un inconnu, puisqu’il s’agit de… Samuel Fuller.

L’auteur d’Au-delà de la gloire, qui était alors journaliste, raconte dans son autobiographie comment il reçu un soir d’octobre une information l’invitant à se rendre dans l’un des funérariums de Manhattan : Le funérarium était divisé en deux pièces, le salon or et le salon rouge. Il y régnait un silence de mort. Dans le salon or, j’ai vu un très beau cercueil avec six poignées en cuivre poli. Des montagnes de fleurs avaient été placées tout autour sur une estrade. J’ai soulevé le couvercle massif du cercueil. A l’intérieur se trouvait le plus beau corps que j’avais jamais vu et, croyez-moi, j’en avais vu pas mal. J’ai cessé de respirer et j’ai regardé Jeanne Eagels, l’une des actrices les plus célèbres de Broadway. J’avais du mal à croire que c’était elle. Elle était pourtant là, allongée dans une robe du soir magnifique, ses cheveux décolorés parfaitement coiffés, comme si elle s’apprêtait à sortir dans le monde. Elle n’allait nulle part. Elle était morte. J’étais bouleversé. […]Toute cette beauté et tout ce talent s’étaient maintenant éteints. Il ne restait plus qu’un corps froid, dans un magnifique putain de cercueil. […] Je me souviendrai toujours de l’expression angélique sur le visage de Jeanne Eagels dans ce maudit cercueil.

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Fuller explique ensuite comment les autorités tentèrent de dissimuler les causes de la mort de la jeune femme : Le chef des légistes a confirmé que c'était bien Eagels, mais qu'aucune déclaration officielle ne serait faite avant que la cause exacte de la mort ne soit déterminée. Shainmark suspectait les autorités d'essayer de gagner du temps pour dissimuler une overdose. A cette époque, l'abus d'alcool était couramment mentionné dans les journaux, mais à cause des réactionnaires moralistes, le mot drogue restait tabou dans la presse. [...] Nous savions très bien que la consommation de drogues, probablement de l'héroïne, était d'usage dans l'entourage de Jeanne Eagels. Finalement, la cause officielle de sa mort a été : intoxication alcoolique, détérioration des organes. Quelqu'un tentait de protéger la réputation d'Eagels et faisait un très bon boulot. Plus tard, la cause a été modifiée et est devenue : auto-administration de sédatifs.

 

Le destin tragique de Jeanne Eagels a inspiré plusieurs films, dont Un seul amour, un biopic signé George Sidney, avec Kim Novak dans le rôle titre. D’après Fuller, il semble que Joseph Mankiewicz se soit également inspiré d’elle pour le personnage de Margo Channing (Bette Davis) dans Eve

 

Filmographie complète sur IMDB.

 

Carrière à Brodway sur IBDB.

A lire : Un troisième visage, Samuel Fuller (Allia, 2001)

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Habemus Papam

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Peu après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Parmi les Papabile, le cardinal Gregori (Renato Scarpa). Cependant, au terme de plusieurs scrutins, c’est finalement Melville (Michel Piccoli) qui est élu. Après un instant d’hésitation, l’homme accepte la charge. Mais au moment de faire son apparition au balcon central de la basilique Saint-Pierre, le nouveau souverain pontife est soudain pris de panique. Incapable de se présenter aux fidèles, il s’enfuit dans ses appartements. Face à cette situation insolite, le collège des cardinaux accepte à contrecœur le secours de la psychanalyse… 

 

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Film italien, français

Année de production 2011

Durée : 1h42

Réalisation : Nanni Moretti

Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Federica Pontremoli

Image : Alessandro Pesci

Avec Michel Piccoli (Le Pape), Nanni Moretti (Le psychanalyste), Jerzy Stuhr (Le porte-parole), Renato Scarpa (Cardinal Gregori)... 

 


 

Critique 

 

J’avais un certain nombre d’appréhensions en abordant ce film. Je craignais tout d’abord que Nanni Moretti traitât son sujet uniquement sur le mode de la farce. Ensuite, j’avais des doutes sur l’interprétation de Michel Piccoli. La carrière de ce comédien est certes immense, cependant sa présence dans un film m’incommode. C’est une attitude évidemment irrationnelle et stupide, mais c’est ainsi : j’ai le plus grand mal à le dissocier de certains de ses rôles les plus déplaisants, voire malsains.

Sur le premier point, le cinéaste italien a eu l’intelligence de trouver un juste équilibre entre grotesque et gravité, évitant ainsi de tomber dans une charge trop lourde contre l’institution vaticane. Si tel avait été le cas, cela m’aurait autant embarrassé que le discours bigot de Malick dans The tree of life. En matière de religion, je n’aime pas les excès…

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Si Nanni Moretti évite cet écueil, c'est qu'il porte ici un regard tendre sur ses personnages, qu'il les rend éminemment humains. Une humanité qui transparaît dans la très belle scène du Conclave, où les pensées des cardinaux se percutent dans leurs différentes langues, pour supplier Dieu de ne pas les désigner. C’est magnifique ! Elle se manifeste également dans toutes les séquences mettant en scène l’attente angoissée des prélats : la séance de psychanalyse publique du nouveau Pape, les conseils pharmacologiques du thérapeute, la mauvaise humeur de certains lorsqu’ils perdent aux cartes, la joie enfantine des trois joueurs de l’équipe d’Océanie au moment où ils marquent un but, pendant le tournoi de volley… L'auteur de La chambre du fils s'amuse certes des petites faiblesses de ces hommes. Jamais il ne se moque d’eux.

 

L’interprétation de Michel Piccoli m’a fait réviser mon point de vue sur cet acteur. Il est tout simplement sublime. Son regard, lors du décompte des voix, mélange de douceur et de terreur, est incroyablement bouleversant. Tout comme son cri juste avant sa présentation aux fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre par le cardinal protodiacre... J'attends avec impatience la prestation de Jean Dujardin dans The artist. Piccoli pourrait toutefois lui voler la vedette aux prochains César...

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Je sais qu’on reproche à Nanni Moretti de ne pas avoir été assez corrosif, d’avoir éludé les scandales auxquels l’Eglise est confrontée depuis plusieurs années. Critiques injustifiées, puisque ce n’est pas le sujet d’Habemus Papam ! Le réalisateur nous parle d’un être qui n’a jamais douté de sa mission, mais qui se trouve soudain écrasé par le poids de responsabilités nouvelles, qu’il n’avait pas souhaitées. Et sur ce point, le portrait qu’il nous livre est infiniment touchant… 

 

Ma note - 4/5

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Beau Geste

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Alors qu’elle pénètre à l’intérieur du fort Zinderneuf, une colonne de la Légion étrangère commandée par Henri de Beaujolais (James Stephenson) découvre que tous les hommes de la garnison ont été tués, victimes d’une attaque touareg. Parmi les cadavres se trouve celui d'un sergent, dont le corps est transpercé par une baïonnette. Il sert dans sa main une lettre dans laquelle il confesse le vol d’un célèbre saphir, le Blue water, appartenant à la famille Brandon. Le commandant de Beaujolais se souvient alors que, quinze ans auparavant, il avait été reçu par son amie Lady Patricia (Heather Thatcher) à Brandon Abbas, où il avait pu admirer cette fameuse pierre précieuse. Il avait également fait la connaissance de trois orphelins recueillis par son hôtesse : Michael (Garry Cooper), dit Beau, John (Ray Milland) et Digby Geste (Robert Preston)… 

 

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Film américain

Année de production : 1939

Durée : 1h52 

Réalisation : William A Wellman 

Scénario : Robert Carson 

Image : Theodor Sparkuhl, Archie Stout 

Avec Gary Cooper (Michael Beau Geste), Ray Milland (John Geste), Robert Preston (Digby Geste), Bryan Donlevy (Sergent Markoff), Heather Thatcher (Lady Patricia Brandon), Susan Hayward (Isobel Rivers)... 

 


 

Critique 

 

Cette transposition à l’écran du roman éponyme de Percival Christopher Wren -la troisième après celles d’Herbert Brenon (Beau Geste et Beau ideal) et de John Waters (Beau sabreur), avec déjà Gary Cooper, mais dans le rôle d’Henri de Beaujolais- s’inscrit dans un genre très en vogue pendant l’Entre-deux-guerres. Ayant pour cadre la Légion étrangère, il compte, entre autres réussites, Morocco, de Josef von Sternberg (encore avec Gary Cooper…) ou La bandera, de Julien Duvivier. On pourrait aussi ajouter à cette liste, même si ces films mettent en scène une patrouille britannique, Lost patrol, de Walter Summers, et son remake américain, The lost patrol, de John Ford, qui baignent dans le même climat exotique et héroïque.

 

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 Beau Geste, Herbert Brenon (1926)

 

Beau Geste est à la fois une très belle ode à la fraternité, qu’illustre le proverbe arabe cité en exergue (L'amour d'un homme pour une femme croît et décroît comme la lune. Mais l'amour d'un frère pour un frère est immuable comme la parole du Prophète), une évocation pittoresque de la vie des légionnaires et un palpitant film d'aventure. Ce dernier aspect repose sur quelques scènes particulièrement intenses (telle celle où la colonne de secours décrouvre, en position de combat sur les créneaux du fort, les soldats morts) et l'affrontement entre les Geste et le sergent Markoff (remarquable Brian Donlevy), dont la cupidité et le sadisme forment un contraste puissant avec la noblesse de coeur des trois frères.

 

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Bien sûr, quelques grincheux ne manqueront pas de reprocher à ce film son côté un peu suranné, ses sentiments d'un autre temps (sens de l'honneur, du sacrifice...). Mais c'est ce qui fait aussi son charme, surtout à notre époque cynique... 

 

A noter pour conclure que trois des acteurs du film tourneront en 1942 sous la direction de Cecil B DeMille dans Les naufrageurs des mers du sud, dont j'ai parlé il y a peu : Ray Milland, Robert Preston et Susan Hayward. Par ailleurs, ce film bénéficie depuis le 7 septembre 2010 d'une nouvelle édition DVD (Universal Classics), malheureusement dépourvue de bonus. Si le confort de visionnage est assez satisfaisant, l'image manque cependant de contraste et est troublée par quelques scories. 

 

Ma note - 3,5/5

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Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Michael Powell reste un cinéaste encore méconnu. La faute en partie aux critiques de la Nouvelle vague, pour qui le cinéma britannique se résumait à Hitchcock… Cependant, grâce à quelques éditeurs, on peut depuis quelques années redécouvrir son œuvre. L’Institut Lumière a ainsi édité deux magnifiques coffrets où l’on retrouve ses principaux chefs-d’œuvre (Colonel Blimp, A Canterbury tale, Le narcisse noir, Les chaussons rouges...). C’est au tour d’Opening de rendre accessible aux cinéphiles trois films tourné par le réalisateur anglais au début des années 1930 : Fire raisers, Red ensign et The phantom light.
 
Fire Raisers (1933) - Dans le jargon des assurances britanniques, un Fire raiser désigne un escroc à l'assurance incendie. Une arnaque que connaît bien Jim Bronson, expert pour les compagnies d'assurances. Ambitieux et obsédé par l'appât du gain, Bronson s'associe à un gang d'incendiaires…

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Red ensign (1934) - Pendant la grande dépression des années 1930, David Barr est employé dans une entreprise de construction navale, dont les affaires ne sont guère florissantes. Il a un projet de navire extrêmement novateur, qui pourrait relancer l'entreprise. Mais tous ses collègues ne partagent pas son enthousiasme. Pour arriver à ses fins, Barr est prêt à tout : affronter physiquement les dirigeants syndicaux, écraser ses concurrents, manipuler la femme qu'il aime… 
 
The phantom light (1935) - Sur la côte galloise, un gardien de phare a été assassiné dans de mystérieuses conditions. La détective Alice Bright est chargée de l'enquête, alors que se produisent d'étranges évènements : des naufrages se succèdent, des navires disparaissent et une mystérieuse lumière est aperçue. Un marin et un gardien de phare apporteront à Alice Bright une aide précieuse… 

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Toujours concernant Michael Powell, je signale la sortie en Blu-ray, en novembre prochain, des Chaussons rouges (Carlotta). Pour conclure, je formule un vœu : que L’espion noir, première collaboration de Michael Powell et Emeric Pressburger, dont j'ai déjà parlé, intéresse lui aussi un éditeur... 

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Neds

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
John McGill (Gregg Forrest) est sur le point d’entrer au collège. C’est un écolier brillant. Mais dans une société figée dans ses préjugés, il lui faut faire oublier ses antécédents familiaux : son frère aîné, Benny (Joe Szula), est un chef de gang, un NED (non-educated delinquent), qui a sévi dans l’établissement où l'adolescent est à présent scolarisé. Aussi, en dépit de ses excellents résultats, le place-t-on d’abord dans une classe d’élèves en échec. Les années passent. Malgré les obstacles, John réussit à faire la démonstration à ses professeurs de ses qualités. L’espoir d’échapper à la misère sociale dans laquelle il a été élevé semble possible. Jusqu’au jour où la famille de son meilleur ami le rejette en raison de son origine…
 
Fiche techniqueNeds - Affiche
 
Film britannique, français, italien
Année de production : 2010
Durée : 2h04
Réalisation : Peter Mullan
Scénario : Peter Mullan
Image : Roman Osin
Avec Conor McCarron (John McGill), Peter Mullan (Monsieur Mc Gill), Greg Forrest (John jeune), Joe Szula (Benny McGill), John Joe Hay (Fergie)...
 

 
Critique 
 
Peter Mullan, dont c’est ici la troisième réalisation, nous propose avec Neds une œuvre radicale, sans concession. John McGill ne peut échapper à son destin. Il est prédestiné par son origine sociale. Et même lorsque le système éducatif semble lui offrir une seconde chance, on devine très vite qu’il s’agit seulement d’une illusion (en fait, on le placera dans la section des laissés-pour-compte, reléguée dans un bâtiment préfabriqué), qui précipitera sa chute finale. Le cinéaste d’origine écossaise refuse par conséquent à son héros la possibilité d’une rédemption miraculeuse, à la manière hollywoodienne. 
 
Mais cette glaçante peinture naturaliste d’une jeunesse sans repère -qui n’est pas sans évoquer, dans un genre différent, l’éprouvant Eden Lake de James Watkins- porte en elle les défauts de ses qualités. Démonstrative, d’un symbolisme parfois un peu trop appuyé (la scène du calvaire, pour mieux signifier le chemin de croix du jeune homme), souvent manichéenne, elle sombre peu à peu dans un jusqu’au-boutisme outrancier, qui culmine dans un combat de rue un peu grotesque, où John se mue en une sorte de Wolverine, scotchant des couteaux à ses poignets pour affronter les membres d’un gang adverse… 
 
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Malgré ses imperfections et ses excès, Neds n’en est pas moins une œuvre puissante, notamment grâce à l’interprétation de Conor McCarron, dont c’est ici la première apparition au cinéma. Le jeune homme donne à son personnage une densité incroyable, avec un jeu pourtant minimaliste. Son prix d’interprétation au Festival de San Sebastian est à cet égard pleinement justifié. Peter Mullan, qui joue le père de John, livre également une composition remarquable, nous rappelant ainsi le très grand acteur qu’il est (on se souvient qu’il fut récompensé à Cannes en 1998 pour son rôle dans My name is Joe de Ken Loach). On regrettera par contre l’inconsistance des personnages féminins... 
 
Ma note - 3/5

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Les naufrageurs des mers du sud (Reap the wild wind)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

1840 en Floride. Avant l'arrivée du chemin de fer, seuls les grands voiliers ont la possibilité, d'assurer la liaison entre le nord-est des Etats-Unis et la vallée du Mississipi. Mais le trajet est dangereux, en raison des récifs qui bordent les côtes. Aussi les naufrages sont-ils fréquents. A Key West, les sauveteurs se tiennent prêts à récupérer les équipages et les cargaisons de leurs navires. Certains sont surtout motivés par ces dernières. C’est le cas notamment de King Cutler (Raymond Massey), avocat et homme d’affaires indélicat, qui soudoie l’officier en second du Jubilee pour le faire échouer. Le capitaine de ce dernier, Jack Stuart (John Wayne), est sauvé par Loxi Claiborne (Paulette Goddard), dont il tombe bientôt amoureux.

 

Profitant d’un voyage à Charleston, Loxi essaie de rencontrer le commodore Devereaux (Walter Hampden), propriétaire de la compagnie qui emploie Jack, pour le convaincre de lui confier le commandement du Southern Cross, un bateau à vapeur. Ses démarches l’amène à croiser le chemin de Steve Tolliver (Ray Milland), l’avocat de la compagnie, qui ne tarde pas, lui aussi, à tomber sous le charme de la jeune femme, lui proposant même le mariage. Mais celle-ci refuse. Les deux prétendants n’auront alors de cesse de s’opposer, jusqu'au naufrage du Southern Cross, qui entraînera la mort de la cousine de Loxi, Drusilla Alston (Susan Hayward), montée à bord clandestinement pour retrouver Dan (Robert Preston), le frère de Cutler, qu'elle aime. Ce drame révélera la vraie nature des différents protagonistes…

 

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Film américain

Année de production : 1942

Durée : 2h03

Réalisation : Cecil B DeMille 

Scénario : Alan Le May, Charles Bennett, Jesse Lasky Jr 

Image : Victor Milner, William V Skall 

Avec Ray Milland (Steve Tolliver), John Wayne (Capitaine Jack Stuart), Paulette Goddard (Loxi Claiborne), Robert Preston (Dan Cutler), Susan Hayward (Drusilla Alston)...  

 


 

Critique

 

Les naufrageurs des mers du sud a été réalisé par Cecil B DeMille en 1942. Tourné entre Les Tuniques écarlates (1940) et L'Odyssée du docteur Wassell (1944), ce film combine avec bonheur tous les éléments du cinéma d’aventures, sans être englué dans les valeurs morales généralement exaltées par son auteur : décors exotiques magnifiés par l’emploi du technicolor, rebondissements multiples, affrontement entre deux héros sur fond de rivalités amoureuses, trahisons… Le tout servit par un scénario signé par un trio qui laisse rêveur : Alan Le May, auteur du roman qui inspira à John Ford La prisonnière du désert, Charles Bennett, scénariste de nombreux films d’Hitchcock (L’homme qui en savait trop, Les 39 marches, Quatre de l’espionnage, Jeune et innocent, Correspondant 17…) et Jesse Lasky Jr, le fils du cofondateur de la Paramount (voir mon article sur Clara Bow), un habitué de l’univers de DeMille (Pacific express, Les tuniques écarlates, Les dix commandements). 

 

Les scènes d’action paraîtront à certains un rien désuètes, cependant on aurait tort de les juger à l’aune des productions actuelles, saturées de pixels, mais souvent dépourvues d’âme. Elles témoignent ici d’une créativité et d’une poésie qui, me semble-t-il, sont en train de disparaître. Que l’on se rapporte ainsi à la séquence sous-marine où Steve Tolliver et Jack Stuart affrontent une pieuvre géante, séquence qui permit à Farciot Edouard, Gordon Jennings et William L Pereira de remporter en 1943 l’Oscar des meilleurs effets visuels.

 

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Sans être une œuvre majeure, Les naufrageurs des mers du sud est un classique du genre, qui ravira sans doute les nostalgiques de La dernière séance, émission dans laquelle ce film fut présenté en décembre 1994, en seconde partie de soirée, après Le Fils d'Ali Baba, de George Marshall. A cet égard, une chaîne de télévision serait bien inspirée de reprendre ce programme, qui nous a fait découvrir tant de chefs-d’œuvre ! 

 

Ceux qui aimeraient en savoir plus sur Cecil B DeMille pourront consulter l'excellent dossier que la revue Positif lui a consacré dans son numéro 578 (avril 2009). 

 

A noter enfin que ce film est disponible dans un coffret DVD (Universal) proposant également Cléopâtre (1934) et Les croisades (1935). 

 

Ma note - 3,5/5

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Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L'Amérique en guerre

 

Les éditions Montparnasse proposeront à la vente, le 4 octobre prochain, un coffret L’Amérique en guerre, comprenant six DVD et un livret. Il s’agit d’un ensemble exceptionnel -14 heures de programmes !- de films documentaires et de propagande sur la Seconde guerre mondiale, réalisés par les plus grands cinéastes hollywoodiens de l’époque (John Ford, John Huston, Frank Capra, William Wyler, John Sturges, George Stevens...).

 

De la prise du pouvoir par Hitler en 1933, au procès de Nuremberg en 1946, ces œuvres uniques explorent les différents aspects du second conflit mondial : évènements politiques et militaires des fronts européen, russe, moyen-oriental et chinois, guerre du Pacifique, vie des soldats, horreur de la guerre... C’est donc un formidable témoignage sur l’un des évènements majeur de l’histoire du XXème siècle.

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Soirée D W Griffith (France 3, 12 septembre 2011 à partir de 00h45)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Comme en août 2010, le Cinéma de minuit proposera dans la nuit de dimanche à lundi prochain une soirée D W Griffith, au cours de laquelle seront diffusés six courts métrages du maître du cinéma muet américain. On retrouve dans ces films quelques-uns des acteurs fétiches du cinéaste, tel Lionel Barrymore, Blanche Sweet, Lilian Gish ou Alfred Paget. 

 

La bataille  (The battle, 1911 - Vidéo)

 

Le cœur d’un avare  (The miser's heart, 1912 - Vidéo) 

 

Cœur d’Apache (The Musketeers of Pig Alley, 1912 - Vidéo).

 

Coeur d'Apache 2

 

Le commerce pour l’un, le crime pour l’autre (One is business, the other crime, 1912 - Vidéo) 

 

Le marathon de la mort (Death's marathon, 1913 - Vidéo) 

 

Le massacre (The massacre, 1914 - Vidéo) 

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This must be the place

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Cheyenne (Sean Penn), une ancienne star du rock, mène une existence retirée dans un château de la région de Dublin. Il vit dans le remords d’avoir causé, par ses chansons, le suicide de deux de ses fans. La mort de son père, avec qui il avait coupé toute relation, va cependant l’obliger à quitter sa retraite pour rejoindre New-York. Sur place, il découvre que cet ancien déporté avait consacré sa vie à rechercher le gardien du camp qui l’avait persécuté, Aloise Lange. Il décide alors de le traquer à travers les Etats-Unis…
 
Fiche techniqueThis-must-be-the-place---Affiche.jpg
 
Film italien, français, irlandais
Année de production : 2011
Durée : 1h58
Réalisation : Paolo Sorrentino
Image : Luca Bigazzi
Avec Sean Penn (Cheyenne), Frances McDormand (Jane), Judd Hirsch (Mordecai Midler), Eve Hewson (Mary), David Byrne (Lui-même)...
 

 
Critique 
 
Ce n'est pas sans hésitation que je suis allé voir ce film. A l'origine de ma réticence : la dégaine improbable de Sean Penn, largement inspirée de celle de Robert Smith. L’avoir choisi pour interpréter un personnage arborant un tel look m’apparaissait a priori comme une grossière erreur de casting. Je m’étais trompé. L’acteur y est une nouvelle fois bluffant. Par la justesse de son jeu, il rend Cheyenne attachant, notamment dans sa relation avec sa femme (Frances McDormand, trop rare sur les écrans depuis Burn after reading des frères Coen). Tout autre que lui aurait sans doute sombré dans le ridicule...
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Paolo Sorrentino propose avec This must be the place, titre inspiré d’une chanson des Talking Heads (David Byrne, le fondateur de ce groupe, fait d’ailleurs une apparition assez mémorable dans le film), un mélange des genres audacieux : portrait d’une star du rock asthénique, road movie initiatique, mémoire de la Shoah. Le résultat est imparfait, toutefois la sincérité de son auteur ne saurait être mise en doute. En sorte qu’on lui pardonne quelques maladresses assez lourdes, pour ne pas dire contreproductives (voir par exemple la scène où l’ancien bourreau d’Auschwitz, devenu un vieillard faible et émacié, est abandonné nu dans la neige, transformant ainsi l'ancien criminel en victime).
 
Pour ma part, j’ai surtout été sensible à l’errance de Cheyenne sur les routes de l’Amérique profonde. Dans la lignée de Paris, Texas, le réalisateur d’Il divo nous offre une galerie de portraits savoureuse et quelques belles rencontres, dont celle avec la fille de Lange, Rachel (Kerry Condon), un personnage qui aurait mérité un développement plus ample.
 
Au regard de mes appréhensions, This must be the place s'avère donc une bonne surprise. Pas inoubliable, mais plaisant…
 
Ma note - 2,5/5

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La femme du pharaon d'Ernst Lubitsch (Arte, 26 septembre 2011 à 00h15)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Après Gribiche de Jacques Feyder, diffusé le mois dernier, Arte fait un nouveau cadeau aux cinéphiles en proposant, dans une version restaurée, La femme du pharaon (Das Weib des Pharao), l’avant dernier film tourné par Lubitsch en Allemagne. Il sera d’abord présenté en première mondiale le 17 septembre 2011 au Neues Museum à Berlin (visible en direct sur Arte Live Web à partir de 21h00). On pourra également le découvrir sur la chaîne franco-allemande le 26 septembre prochain.
   
La femme du pharaon 3
Pour ce film, dont le tournage se déroula dans le sud de Berlin, Lubitsch fit construire des décors gigantesques et engagea des milliers de figurants. L’ampleur de ce projet s’explique par le fait que le cinéaste allemand était désireux de convaincre de son talent les studios hollywoodiens, où il espérait faire carrière. Pari réussi, puisque La femme du pharaon rencontra le succès lors de son avant-première le 22 février 1922 à New York. L’année suivante, Lubitsch coréalisait avec Raoul Walsh Rosita, avec Mary Pickford en vedette... 
 
La femme du pharaon est une satire du pouvoir, dans une contrée d’Orient imaginaire. Le roi éthiopien Samlak (Paul Wegener) offre sa fille Makeda (Lyda Salmonova) en mariage au puissant pharaon Amenes (Emil Jannings) pour sceller la paix entre leurs pays. Mais le calcul diplomatique va se transformer en intrigue amoureuse. Au lieu de s’éprendre de Makeda, le vieux pharaon s’intéresse à sa belle esclave Theonis (Dagny Servaes), qui de son côté est depuis longtemps amoureuse du jeune Egyptien Ramphis (Harry Liedtke). Déçu, Samlak part en guerre contre Amenes… 
 
Pour tout savoir sur la restauration du film, voir le site d’Arte.
 

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La double énigme (The dark mirror)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Double énigme 2

 

Synopsis 

 

Le docteur Peralta est retrouvé assassiné dans son logement. Très vite, les soupçons de la police se portent sur son amie, Terry Collins (Olivia de Havilland). La jeune femme possède toutefois un solide alibi, plusieurs personnes pouvant témoigner de sa présence à Jefferson Park au moment des faits. Cependant, l’inspecteur  chargé de l’enquête, Stevenson (Thomas Mitchell), découvre bientôt que la jeune femme à une sœur jumelle, Ruth. L’une des deux a donc forcément commis le meurtre. Mais impossible de déterminer laquelle. Pour résoudre ce crime apparemment parfait, Stevenson fait appel au docteur Scott Elliott (Lew Ayres), un psychiatre spécialiste en gémellité…

 

Fiche techniqueDouble énigme - Affiche

 

Film américain

Année de production : 1946

Durée : 1h25 

Réalisation : Robert Siodmak

Scénario : Nunnally Johnson

Image : Milton R Krasner 

Avec Olivia de Havilland (Terry collins/Ruth), Lew Ayres (Docteur Scott Elliott), Thomas Mitchell (Lieutenant Stevenson), Richard Long (Rusty)...  

 


 

Critique 

 

La double énigme est un bijou assez méconnu du film noir, signé Robert Siodmak. Sans doute n’atteint-il pas l’excellence des Tueurs, chef-d’œuvre du cinéaste allemand tourné la même année. Il n’en est pas moins une merveille de virtuosité, notamment grâce au magicien Eugen Schüfftan. Par un jeu complexe de miroirs (procédé déjà expérimenté, entre autres, sur les tournages des Nibelungen et de Metropolis), il produit des effets bluffants de réalisme. Même un visionnage attentif ne permet pas de déceler le moindre défaut lors des confrontations entre les deux sœurs, interprétées par la même actrice. Un exploit pour l’époque (1946) !

 

Toutes proportions gardées, cette œuvre est à situer dans la lignée de La maison du docteur Edwardes (Alfred Hitchcock) et du Secret derrière la porte (Fritz Lang), autres thrillers ayant pour toile de fond la psychanalyse, sujet très apprécié alors à Hollywood. L’intrigue, inspirée d’un roman de Vladimir Pozner, est habilement construite par Nunnally Johnson. Ce scénariste de Ford (Je n’ai pas tué Lincoln, Les raisins de la colère, La route du tabac…) et de Lang (La femme au portrait) parvient en effet adroitement à préserver jusqu’à la scène finale l’identité de la meurtrière. 

 

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La double énigme offre par ailleurs à Olivia de Havilland l’occasion de mettre en valeur ses talents dramatiques. Jusque-là réduite à incarner des personnages sans grande épaisseur (elle existe à peine face à la fiévreuse Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent), elle se voit enfin confier ici un rôle complexe, où elle montre pour la première fois un visage déplaisant, voire même inquiétant, de manipulatrice perverse qui, par jalousie, n’hésite pas à tourmenter mentalement sa jumelle. Quant on connaît la relation tendue, pour ne pas dire de rivalité, que la comédienne entretient depuis l'enfance avec sa propre sœur cadette, Joan Fontaine (les deux femmes ont rompu toute relation depuis 1975), on peut presque voir dans dans sa composition une part autobiographique. 

 

Ce film marque aussi le retour en grâce de Lew Ayres (Paul Bäumer dans A l’ouest rien de nouveau), qui avait disparu des écrans à la suite de sa prise de position pacifiste au moment de l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941. On relèvera également l'interprétation débonnaire de Thomas Mitchell, sans doute l’un des meilleurs seconds rôles du cinéma hollywoodien de l’époque. Oscar dans cette catégorie en 1939 pour La Chevauchée fantastique, il fut dirigé par Howard Hawks dans Seuls les anges ont des ailes, Frank Capra dans Monsieur Smith au sénat, La vie est belle et Milliardaire d’un jour, Victor Fleming dans Autant en emporte le vent et L’aventure, Raoul Walsh dans La rivière d’argent, Fred Zinnemann dans Le train sifflera trois fois, Fritz Lang dans La cinquième victime ou encore John Sturges dans Par l’amour possédé.

 

Double énigme 1 

Réunion incroyable de talents (j’aurais aussi pu parler de la belle partition de Dimitri Tiomkin), La double énigme est disponible dans la collection Les introuvables de Wild Side. Un passionnant entretien avec Hervé Dumont, directeur de la Cinémathèque Suisse et auteur du livre Robert Siodmack, le maître du film noir, est proposé en bonus.
 

Ma note - 4/5

 

Robert Siodmak sur ce site : Le signe du cobra     

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Blackthorn

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Blackthorn 1
 
Synopsis 
 
Présumé mort depuis 1908, Butch Cassidy (Sam Shepard) se cache en réalité en Bolivie sous le nom de James Blackthorn. Au crépuscule de sa vie, il n’aspire plus qu’à rentrer chez lui pour rencontrer le fils qu’il a eu avec Etta Place (Dominique McElligott). Aussi, après avoir passé une dernière nuit avec sa compagne, Yana (Magaly Solier), vend-il tout ce qu’il possède, puis prend la direction de son pays natal. Mais son chemin croise bientôt celui d’un jeune ingénieur, Eduardo (Eduardo Noriega), qui vient de braquer la mine dans laquelle il travaillait. Poursuivi par son ancien employeur, l’un des hommes les plus puissants du pays, il propose à Butch Cassidy une partie de son butin s’il accepte de l’aider. L’ancien hors-la-loi, qui a perdu à cause de lui son cheval et son argent, se laisse convaincre… 
 
Fiche techniqueBlackthorn - Affiche
 
Film espagnol, américain, bolivien, français
Année de production : 2011
Durée :1h32
Réalisation : Mateo Gil
Scénario : Miguel Barros
Avec Sam Shepard (Butch Cassidy/James Blackthorn), Eduardo Noriega (Eduardo), Magaly Solier (Yana), Dominique McElligott (Etta Place), Stephen Rea (Mackinley)...
 

 
Critique
 
Selon certains esprits chagrins, le western serait un genre moribond, dont le dernier chef-d’œuvre serait Impitoyable. C’est effacer d’un revers de main un peu rapide des films comme L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik), Appaloosa (Ed Harris), True Grit (Joël et Ethan Coen) ou encore La dernière piste (Kelly Reichardt). Blackthorn s’ajoute à cette liste pour prouver qu’il a encore un bel avenir devant lui…
 
Mateo Gil, scénariste de la plupart des films d’Amenábar (dont Agora, si injustement méprisé par la critique à sa sortie), se fonde ici sur l’incertitude entourant les circonstances de la mort de Butch Cassidy -la sœur de ce dernier, Lula Parker Betenson, ayant affirmé dans un livre que son frère avait vécu anonymement aux Etats-Unis bien après sa mort supposée à San Vincente, en Bolivie- pour revisiter l’histoire et imaginer la vieillesse du légendaire hors-la-loi. Un point de vue qui confère à cette œuvre une dimension nostalgique bouleversante. Ce qui range Blackthorn dans la catégorie des westerns crépusculaires. Mais d’une manière atypique, compte tenu de son esthétique, de la lumière presque aveuglante dans laquelle il baigne. A cet égard, les auteurs de sous-titres seraient bien inspirés de composer leurs textes avec un lettrage de couleur adapté au fond de l’image ! La transcription des dialogues étaient parfois à la limite de la lisibilité. J'avais connu le même problème avec Battle for Haditha, de Nick Broomfield... 
 
Blackthorn 3 
S’il excelle à construire une ambiance, le cinéaste espagnol nous propose également quelques scènes d’anthologie, qui lui permettent de soutenir la comparaison avec quelques-unes des plus belles réussites du genre (et je ne parle pas seulement des plus récentes). On citera notamment la chevauchée désespérée de Butch Cassidy et d’Eduardo dans le Salar de Uyuni. Leur fuite à travers ce désert de sel situé sur les hauts-plateaux boliviens est en effet d’une stupéfiante beauté. On doit sur ce point saluer le travail du directeur de la photographie, Juan Ruiz Anchía. 
 
Voilà donc un film parfaitement maîtrisé, auquel l’immense Sam Shepard prête son incroyable charisme. Quelques commentateurs affirment cependant qu'il souffre de la comparaison avec Butch Cassidy et le Kid, de George Roy Hill. Un tel parallèle me semble assez incongru, tant ces deux oeuvres sont différentes. Mais si l'on veut s'amuser à mettre en balance les mérites de l'une et de l'autre, je trouve au contraire que Blackthorn donne un terrible coup de vieux à son prédécesseur, que j'ai revu il y a quelques mois et qui m'a semblé très daté esthétiquement. Pourtant, nul n'ignore mon intérêt -ma passion, devrais-je dire !- pour le cinéma de patrimoine...
 
Ma note - 4/5 

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La guerre est déclarée

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Roméo (Jérémie Elkaïm) rencontre Juliette (Valérie Donzelli) dans une soirée. C’est aussitôt le coup de foudre. De leur amour naît bientôt un enfant, prénommé Adam. Cependant, en grandissant, le petit garçon présente des symptômes préoccupants : vomissements fréquents, difficulté à marcher, asymétrie faciale… Les médecins diagnostiquent finalement une tumeur au cerveau. L’opération est possible, mais les chances de guérison incertaines. Avec une volonté folle, le jeune couple va alors entrer en guerre pour vaincre la maladie… 
 
Fiche techniqueLa-guerre-est-declaree---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h40
Réalisation : Valérie Donzelli
Image : non renseigné
Avec Valérie Donzelli (Juliette), Jérémie Elkaïm (Roméo), Brigitte Sy (Claudia), Elina Löwensohn (Alex), Michèle Moretti (Geneviève), Béatrice de Staël (Docteur Prat)... 
 

 
Critique 
 
Un enfant atteint d’un cancer : difficile, a priori, de trouver histoire plus sombre et déprimante ! Que l’on se rassure, ce n’est pas le sujet de La guerre est déclaré. Certes, la maladie est bien présente dans ce second long métrage en partie autobiographique de Valérie Donzelli. Elle n’en est toutefois que la toile de fond. La réalisatrice nous parle surtout de soif de vivre, d’espérance, d’amour... Il en résulte une incroyable énergie, à l’image de l’affiche, qui nous montre Juliette et Roméo s’étourdissant sur un manège. 
 
Bien sûr, compte tenu de son sujet, ce film ne manque pas de scènes bouleversantes. S’il n’est pas pour autant larmoyant, c’est que l’auteur a l’intelligence -rare- de dédramatiser les situations les plus poignantes. Citons la séquence où la pédiatre note l’asymétrie faciale d’Adam. C’est un moment fort. Pourtant, la tension retombe aussitôt, car en cherchant à contacter l’un de ses confrères, le médecin se trompe de téléphone et utilise un jouet en plastique posé sur son bureau… 
 
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Audacieux dans sa manière très décalée d’aborder un thème aussi dramatique, La guerre est déclaré l’est également sur la forme, puisqu’il a été tourné avec un appareil photo. Un choix qui donne à cette œuvre une spontanéité évocatrice de la Nouvelle vague. Ce n’est d’ailleurs pas le seul rapport avec ce mouvement (utilisation de la voix off, dimension autobiographique…). Ce film foisonne en outre d’idées magnifiques : la musique de la fête où se rencontrent Roméo et Juliette, dont les basses font échos au bruit du dernier IRM d’Adam ; la liste des peurs dressées par les deux jeunes gens la veille de l’opération de leur fils… Chaque rôle est par ailleurs parfaitement caractérisé. Mention spéciale tout de même à Béatrice de Staël.
 
Lecteur attentif (note ma modestie, qui m'oblige à employer le singulier), sans doute as-tu remarqué que j’ai utilisé l'adjectif audacieux pour qualifier ce film. Tu n’as peut-être pas oublié ma récente diatribe contre le cinéma français -voir The murderer et Les biens-aimés- et la principale critique que je lui adressais (l’absence de prise de risque). Il semblerait que j’aie été un peu trop vite en besogne… D’un autre côté, La guerre est déclaré fait sacrément figure d’OVNI dans le paysage cinématographique hexagonal actuel… 
 
Ma note - 4/5

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