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Hunger games (The hunger games)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l'Amérique du Nord, le Capitole, la capitale de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille -les Tributs- concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s'être rebellée et stratégie d'intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les participants doivent s'affronter jusqu'à la mort. L'unique survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss (Jennifer Lawrence), 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy (Woody Harrelson), qui gagna l’épreuve quelques années plus tôt, mais n'est plus à présent qu'une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l'arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l'amour... 
 
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Film américain
Année de production : 2012
Durée : 2h22
Réalisation : Gary Ross
Scénario : Gary Ross, Suzanne Collins, Billy Ray  
Image : Tom Stern
Avec Stanley Tucci (Caesar Flickerman), Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Willow Shields (Primrose Everdeen), Elizabeth Banks (Effie Trinket)...   
 

 
Critique 
 
La trilogie dystopique de Suzanne Collins contient des thématiques qui -du moins en se fondant sur le pitch du film, car je ne l’ai pas lue- semblent lui conférer une maturité assez inhabituelle pour de la littérature destinée aux adolescents. Surtout, elle est moins pernicieuse -toujours d’après l’argument de l’adaptation cinématographique- que les imbuvables mormoneries de Stephenie Meyer. Ainsi y avait-il matière pour que cette transposition à l’écran fût, en plus d’un survival convulsif, l’occasion de mener une réflexion éthique. Les romans ont-ils cette ambition ? Peu importe, en vérité : la base est là. Et au nom de la liberté de l’artiste, il était possible d’orienter le récit dans ce sens. Ce que savait très bien faire, par exemple, un cinéaste comme Dreyer, qui était capable de tirer de livres parfois fort médiocres des œuvres puissantes. 
 
Hélas ! le réalisateur d’Hunger games, Gary Ross (seulement six films en vingt-cinq ans de carrière, mais ici secondé par Steven Soderbergh, son producteur de Pleasantville) s’en tient à ce que la trame romanesque a –apparemment- de plus basique. L’auteur ayant été associé à l’écriture du scénario, il faut croire que cette vision est conforme à l’esprit de sa saga. On peut aussi imaginer que les porteurs du projet, par crainte de heurter le public qui a fait le succès de cette série, ont préféré lisser les possibles aspérités du récit (sans voir que c’est précisément elles qui en faisaient l’intérêt). Une précaution marketing inutile autant que fâcheuse. Par le biais d’Internet, les adolescents ont en effet aujourd’hui facilement accès à des spectacles choquants. Et ils ne s’en privent pas. Je ne dis pas que l’on doive se réjouir de cette situation. C’est toutefois la réalité. Cette pudeur me paraît par conséquent anachronique avec les mœurs de notre temps. Enfin, ce n’est pas parce que l’on s’adresse à des jeunes gens qu’on a le droit de mépriser leur intelligence, et de se croire autorisé à reléguer le fond au second plan… 
 
Hunger games 2 
Sur le plan narratif, Hunger games est assez maladroit. Hormis quelques lignes d’introduction avant le générique, on ne sait rien de Panem, cet état fascisant si évocateur du régime nazi. En découvrant le lieu où se déroule la sélection des jeunes gens du District 12, il est impossible, en effet, de ne pas songer à un camp de concentration : le grillage, les bâtiments recouverts de tôle ondulée, les échafaudages de la structure scénique, dressés, comme des miradors, au-dessus de l’arène où sont rassemblés les Tributs, éveillent dans la mémoire de sinistres images. De même, le décorum de cette nouvelle entité étatique, ses cérémonials, sont dignes des rites nationaux-socialistes. L’enceinte où arrivent les candidats sur des chars, pour leur présentation au public, rappelle ainsi le Zeppelinfeld du Reichsparteitagsgelände, à Nuremberg, tristement célèbre pour sa cathédrale de lumière. 
 
On ne sait pas non plus grand chose de son dirigeant, Coriolanus -on pourrait faire une rime riche avec son nom…- Snow, personnage fantoche (on le voit dans son jardin entretenir ses rosiers, geste évidemment essentiel à la compréhension de ses motivations…), alors qu’il règne de toute évidence en tyran charismatique sur Panem.

Le roman est-il aussi laconique sur ces éléments, ou bien est-ce le scénario qui pèche par des raccourcis trop abrupts ? Quoi qu’il en soit, on aurait aimé en savoir davantage sur ces sujets. D’autant que
Gary Ross avait le loisir de le faire : son film est assez long pour cela (2h22)…
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Hunger games
se révèle également assez répétitif et moyennement efficace dans sa partie action, qui s’étire en longueur. En plus, l’essentiel de la violence est située hors du champ de la caméra, ce qui édulcore inopportunément le propos du film. Je sais que l’équilibre est difficile à trouver. Et je ne suis pas fanatique d’images exagérément violentes. Cependant, si on ne donne rien à voir, on enlève de la force au propos. Mais des choix plus radicaux auraient probablement fait perdre quelques millions de dollars à Lions Gate Film… 
 
Côté photographie, par contre, c’est un sans faute, avec un Tom Stern -le chef opérateur de Clint Eastwood depuis Créance de sang- toujours autant inspiré.

Une partie de la distribution est également à mettre au crédit du film, en particulier Jennifer Lawrence, révélée par le magnifique Winter's Bone de Debra Granik, où elle évoluait dans un environnement bien plus effrayant que dans Hunger games, celui des monts Ozarks et de ses rudes habitants, les Hillbillies. Son partenaire principal, Josh Hutcherson, offre aussi une prestation honnête. Tous les deux forment un couple beaucoup moins niaiseux, comme disent nos amis Québécois, que Stewart et Pattinson dans Twilight, pour établir un parallèle avec une autre série à succès, à laquelle on pense immanquablement en regardant ce film. Mention spéciale encore à Woody Harrelson, méconnaissable dans la peau du personnage le plus intéressant, Haymitch Abernathy.

Stanley Tucci et Elizabeth Banks sont en revanche si grotesquement affublés qu’ils se croient obligés de cabotiner (mais peut-être est-ce cohérent avec ce que nous dit le roman de Caesar Flickerman et Effie Trinket). Donald Sutherland, quant à lui, voit son rôle tellement réduit, qu’il n’a guère l’occasion d’exprimer son talent. Dommage…
 
 Hunger games 6
 
A trop vouloir ratisser large, Hunger games est devenu un produit impersonnel, relevant plus de la démarche marketing que de la création. Pourtant, cette histoire inspirée du mythe de Thésée -A l'époque, écrit Virgile dans le sixième livre de l’Enéide, un châtiment fut imposé aux Cécropides, qui, ô malheur !, sacrifiaient chaque année sept de leurs fils [au Minotaure]- aurait pu donner au cinéma d’anticipation un classique. Rien à voir avec Battle royal, donc, le chef-d’œuvre de Fukasaku. Juste un divertissement vite oublié, même si on le regarde sans ennui… 
 
Un dernier mot. L’image principale illustrant cet article représente Amandla Stenberg, la jeune interprète de Rue. Une manière pour moi de dénoncer la polémique ayant agité de soi-disant fans du livre sur Twitter au sujet de sa couleur de peau (la controverse vise également Lenny Kravitz, qui incarne ici Cinna). Honteux… 
 
Ma note - 2/5

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Quatrième Festival international du film policier de Beaune (28 mars 2012-1er avril 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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La quatrième édition du Festival international du film policier de Beaune se déroulera du 28 mars au 1er avril 2012.

Cet évènement, qui a récompensé l’année dernière The man from nowhere (Grand prix) du Coréen Jeong-beom Lee, et Bullhead (Prix du Jury) de Michaël R Roskam, mettra à l’honneur Londres, ce qui permettra de (re)découvrir une sélection de films emblématiques de la capital britannique : Les forbans de la nuit (Jules Dassin), Le voyeur (Michael Powell), Frenzy (Alfred Hitchcock), Arnaques, crimes et botanique (Guy Ritchie), Layer cake (Matthew Vaughn) et Les promesses de l’ombre (David Cronenberg).
 

 

La compétition officielle proposera des œuvres venues de tous les horizons, tels Shadow dancer de James Marsh (séance d’ouverture), Citizen gangster de Nathan Morlando (Canada), Colombus circle de George Gallo (Etats-Unis), Headhunters de Morten Tyldum (Norvège), Headshot de Pen-ek Ratanaruang (Thaïlande-France), Kill list de Ben Wheatley (Royaume-Uni), Margin call de J C Chandor (Etats-Unis), Miss bala de Gerardo Naranjo (Mexique) et No rest for the wicked d’Enrique Urbizu (Espagne). 

 

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Headshot, Pen-ek Ratanaruang

 

Côté Sang neuf (sélection destinée à mettre en avant de jeunes réalisateurs), la compétition réunira cinq titres : Acab, all cops are bastards (Stefano Sollima), Aux yeux de tous (Cédric Jimenez), Behold the lamb (John McIlduff), Days of grace (Everardo Gout), Hanaan (Ruslan Park) et The odds (Simon Davidson). 

 

Le jury, présidé par Jean-Loup Dabadie, sera composé de Naidra Ayadi, Pascal Bonitzer, Karim Dridi, Nadia Farès, Julie Ferrier, Tony Gatlif, Jean Ollé-Laprune, Nicolas Saada et Jonathan Zaccaï. 

 

L’invité d’honneur de cette édition sera Jean Reno. Par ailleurs, un hommage sera rendu à Richard Donner et une leçon de cinéma donnée par Joel Schumacher. 

 

Programme complet sur ce lien

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Que viva Mexico ! (Да здравствует мексика !)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Que viva Mexico ! 1
 
Synopsis
 
C'est l'histoire du Mexique éternel, tel que le présent le reflète. C'est aussi celle du Mexique à venir, que préparent les luttes populaires de la fin du régime autoritaire de Porfirio Díaz…
 
Fiche techniqueQue-viva-Mexico-----Affiche.jpg

Film américain, mexicain
Année de production : 1979
Durée : 1h30
Réalisation : Grigori Alexandrov 
Scénario : Sergeï Mikhaïlovitch Eisenstein, Grigori Alexandrov
Image : Edouard Tissé
Avec



Critique

En 1929, Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein, qui venait d’achever La ligne générale, quitta l’Union soviétique avec Grigori Alexandrov (son scénariste et assistant) et Edouard Tissé (son chef opérateur) pour accomplir un voyage d’études -en particulier sur le cinéma sonore- en Europe. Début septembre, ils gagnèrent la Suisse, où ils participèrent à un congrès de cinéastes indépendants à La Sarraz. Expulsés de ce pays, le trio passa ensuite par l’Allemagne (où Eisenstein fit la connaissance de Joseph von Sternberg), la Belgique, l’Angleterre.

Fin novembre, les trois hommes arrivèrent en France où, pour survivre (ils avaient quitté leur pays avec vingt-cinq dollars en poche), ils acceptèrent un projet d’un émigré russe, Léonard Rosenthal, qui leur proposa de produire une œuvre dans laquelle Mara Giriy, sa maîtresse, tiendrait le rôle principal. Mais invité par la Paramount à Hollywood, Eisenstein abandonna en cours de route le tournage de ce poème musical impressionniste, dont il confia l’achèvement à Alexandrov.

Le résultat n’est pas digne de la réputation de l’auteur d’Octobre. De ce travail alimentaire, il dit lui-même au critique français Léon Moussinac : Vous savez bien qu’il n’y a pas beaucoup (pour ne pas dire plus) de moi là-dedans, excepté les principes et possibilité d’application du son qui y sont popularisés. […] En tous cas, on a eu de ce film ce que l’on a voulu […] on a pu tenir financièrement à Paris, jusqu’au voyage transatlantique. Il dut néanmoins assumer la paternité de cette œuvre, Rosenthal ayant menacé de ne pas payer le travail effectué si son nom ne figurait pas au générique.
 
Que viva Mexico ! 2

Eisenstein et Tissé quittèrent Cherbourg à bord de l’Europa le 8 mai 1930. Quatre jours plus tard, ils étaient à New-York. Après avoir donné une série de conférences dans de grandes universités (Boston, Harvard, Columbia, Princeton), ils atteignirent Hollywood le 16 juin, où ils rencontrèrent Chaplin, von Stroheim, Fairbanks, Disney, Griffith, Lubitsch, Flaherty, Dietrich…

La Paramount proposa alors à Eisenstein d’adapter La Tragédie américaine de Theodore Dreiser. Des désaccords profonds sur le discours du film se firent cependant bientôt jour entre le cinéaste et le studio américain, qui finit par résilier son contrat le 23 octobre. Le projet échut finalement à Josef von Sternberg (à noter qu’une seconde version, signée George Stevens, sortira en 1951 sous le titre Une place au soleil, avec Montgomery Clift, Elizabeth Taylor et Shelley Winters). Le 18 novembre, le Département d’Etat refusa de prolonger le permis de séjour du trio (Alexandrov avait finalement rejoint ses deux compatriotes). Les trois hommes n’avaient plus d’autre choix que de retourner dans leur pays. Une solution se présenta toutefois à eux grâce à l’écrivain Upton Sinclair, qui leur offrit de produire un film au Mexique.

Que viva Mexico ! 3
 
Le tournage de Que viva Mexico ! commença le 13 (selon Steven Bernas) ou le 14 décembre (Barthélemy Amengual) par des prises de vue de la fête de la Vierge de Guadalupe et d’une course de taureaux, ce qui valut à Eisenstein d’être arrêté par la police (il filmait sans autorisation). Rapidement libéré, il rencontra plusieurs artistes mexicains, tels David Alfaro Siqueiros, Roberto Montenegro, Diego Rivera et José Clemente Orozco -ce dernier ayant fortement influencé l’esthétique de l’épisode Maguey (autre nom de l’agave américain)- ainsi que le peintre français Jean Charlot.
 
Le 14 janvier 1931, l’avion transportant la petit équipe de tournage survola Oaxaca de Juárez au moment précis où un tremblement de terre détruisait la ville : Le 14 janvier 1931, survint le séisme le plus dévastateur de la métropole : de nombreuses habitations s’effondrèrent et des édifices publics, tel le Palais du Gouvernement, subirent de graves dommages. Les répliques du séisme semèrent la terreur parmi les survivants, et l’on vit les gens dormir dans les rues et les parcs pour ne pas être surpris par les mouvements sismiques (Memorial des agravios, Jorge Pech Casanova, 2006). Les images du cataclysme, immortalisée par Tissé, furent projetées à Mexico huit jours plus tard.
 
Que viva Mexico ! 4

Pendant plus d’une année, Eisenstein parcourut le pays en avion, accumulant un important matériau documentaire. Mais les retards accumulés et l’importance des sommes engagées décida in fine Sinclair à interrompre le tournage en janvier 1932. Vous savez, écrivait le 27 janvier le réalisateur à Zalka Viertel (scénariste de plusieurs films de Greta Garbo, tel La reine Christine, Anna Karénine ou Marie Walewska), qu’au lieu des quatre mois prévus et d’un budget de 25 000 dollars, qui n’auraient produit qu’un pitoyable documentaire touristique, nous avons travaillé treize mois et avons dépensé 53 000 dollars, mais nous sommes en possession d’un grand film et nous avons développé l’idée originale. Pour réaliser ce développement, nous avons fait face à d’incroyables difficultés que nous ont causées le comportement et la mauvaise gestion du beau-frère d’Upton Sinclair, Hunter Kimbrough.

Dans le même courrier, il reprochait à celui-ci de s’immiscer dans son travail et de le faire passer auprès de Sinclair pour un menteur. Il ne lui manquait, affirmait-il, que 7 ou 8 000 dollars pour achever son film. Il se disait cependant près à tout accepter pour le mener à terme. Il concluait en suppliant sa correspondante d’intercéder en sa faveur : Aidez-nous, Zalka ! Non pas nous, notre œuvre, sauvez-là de la mutilation.

Que viva Mexico ! 5
 
Salka Viertel ne réussit pas à convaincre Sinclair et Mary Craig, sa femme. Pas plus que David O Selznick, qui proposa pourtant de couvrir toutes les dépenses déjà engagées par le couple et de financer la fin du tournage. Selon Grigori Alexandrov, le choix de Sinclair fut motivé par ses ambitions politiques : Alors que nous étions sur le point de terminer les prises de vue, affirme-t-il dans Le cinéma soviétique par ceux qui l'ont fait, […] Upton Sinclair […] voulant se faire élire gouverneur de Californie, a cru que notre film pourrait nuire à sa réputation lors des élections. Il nous a donc coupé les vivres. Nous n’avons pas pu trouver d’autres subsides financiers. L’écrivain, pour sa part, donna une explication sensiblement différente dans son autobiographie, expliquant qu’il rompit avec Eisenstein sous la pression de son épouse et de la riche famille de celle-ci.
 
Les trois hommes quittèrent le Mexique le 17 février 1932. Ils emportèrent avec eux l’ensemble des rushes, pour les monter à Moscou. Selon Alexandrov, la pellicule a été expédiée dans nos bagages et elle arrivée jusqu’au Havre, où elle a été saisie et renvoyée aux Etats-Unis à la demande de Sinclair. Eisenstein s’est querellé avec l’écrivain, qui nous proposait de retourner à Hollywood pour y monter le film. Eisenstein a refusé et n’est retourné en Amérique que pour liquider nos affaires. Barthélemy Amengual indique dans Que viva Eisenstein ! que les négatifs furent interceptés à Hambourg.

Quoi qu’il en fût, Eisenstein ne pouvait guère protester, son contrat stipulant très clairement que son travail au Mexique était la propriété de Mary Craig Sinclair : Eisenstein de plus s’engage à ce que tous les films faits ou dirigé par lui au Mexique, toutes les copies négatives ou positives, et tout l’argument et les idées incarnés dans ledit film mexicain, soient la propriété de madame Sinclair, et qu’elle puisse les mettre sur le marché de quelque façon et à quelque prix qu’elle le désire.

Que viva Mexico ! 6
 
Qu’advint-il du matériau tourné ? Le scénariste Vsevolod Vichnevski prétendit, dans un opuscule apologétique consacré au cinéaste soviétique, que le négatif fut réduit en poudre. En réalité, il fut conservé à la cinémathèque du Museum of Modern Art de New-York. Mais une partie des rushes furent développés et montés. Au cours des années, différentes versions virent ainsi le jour. La première, signée Sol Lesser (un producteur de séries B, connu notamment pour avoir financé une quinzaine de films de la série Tarzan), sortit en 1933 sous le titre Thunder over Mexico. La même année, il livra Eisenstein in Mexico, puis quelques mois plus tard Death day, qui reprenait des éléments documentaires.

En 1939, Marie Seton, une journaliste britannique, biographe du réalisateur, et Paul Burnford, présentèrent Time in the sun. Steven Bernas reconnais l’application des auteurs de cette tentative à suivre le scénario original. Il ne la regarde pas moins comme une trahison des intentions d’Eisenstein, rappelant que ce script était un leurre destiné à la censure. Ce que confirme un texte du réalisateur : [Cette première ébauche] est naturellement encore superficielle, pas encore affuté, pas encore ciselé, ni dans ses détails, ni dans ses intentions, ni dans ses tendances. Il est même volontairement édulcoré, lissé de toutes les manières puisque le texte était destiné au groupe coiffé par Upton Sinclair, qui finançait l’entreprise et craignait par-dessus tout que le film ne laisse filtrer quoi que ce soit de trop radical. Par ailleurs, tout aussi sourcilleuse à l’égard du scénario, il y avait la censure gouvernementale du Mexique de l’époque. […] Il nous fallait adoucir le ton du scénario en nous réservant la possibilité pendant le tournage de développer, de mettre en relief ce qui n’était dit que par allusion ou au détour d’une phrase.

En 1958, Jay Leyda (assistant réalisateur d’Eisenstein sur Le pré de Béjine, en 1937) monta Eisenstein’s mexican project, un assemblage de rushes dans l’ordre chronologique du tournage.
 
Que viva Mexico ! 7

Grigori Alexandrov
 
Grigori Alexandrov, de son côté, ne perdit jamais l’espoir que les négatifs du film fussent restitués à son pays. Après des années de démarches infructueuses, en raison des tensions politiques de la Guerre froide, ses efforts furent tout de même récompensés à la fin des années 1970. Les archives Gosfilm d’URSS en reprirent finalement possession, ce qui permit au scénariste et assistant d’Eisenstein de proposer sa propre vision, composée à partir des montages de Lesser et Seton, d’images inédites, du scénario, des écrits et des dessins de l’auteur d’Ivan le terrible.

Bernas est assez sévère sur le travail d’Alexandrov, dont il dit : [Il] a bâclé son montage et a signé du nom d’Eisenstein au lieu d’admettre qu’il est le même faussaire que les autres. Plus loin, il observe : Saisir cette part de pouvoir de l’auteur mort signale de quelle autorité les monteurs veulent s’emparer. Quel qu’en soit les défauts, c’est cette version que je commenterai ici, car elle est actuellement la plus accessible. C’est surtout la seule que je connaisse…
 
Que viva Mexico ! 8

Avec ce projet, l’objectif d’Eisenstein était de montrer l’asservissement des peuples primitifs par les colonisateurs de l’église catholique. Un propos qu’il prévoyait de structurer en quatre récits encadrés par un prologue et un épilogue, illustrant grosso modo la chronologie de l’histoire mexicaine.
 
Le prologue met en scène un Mexique éternel, où le passé triomphe encore du présent, annonce le script. Par une succession d’images d’une puissance visuelle rare, le réalisateur s’attache à montrer la ressemblance entre les habitants du Yucatán contemporain et les figures sculptées de leurs ancêtres Mayas. Il recourt pour cela au montage alterné, qui lui permet de mettre en perspective les profils hiératiques des vivants (photo) et les idoles de pierre (photo). Parfois, il les rassemble dans un même plan (photo). Comme pour montrer que, malgré l’effondrement des civilisations, l’oppression espagnole, la dictature de Porfirio Díaz, le peuple du Mexique est immortel, puisqu’il survit à toutes les épreuves. Même à la plus ultime d’entre elles : la mort. Car si Que viva Mexico ! s’ouvre sur une cérémonie funéraire (l’enterrement d’un jeune homme emmené par les siens à travers une étendue désertique plantée d’agaves), il se clôt sur la fête du Jour des morts, où les Mexicains, après avoir honoré leurs défunts, adressent un pied de nez à la camarde. Une manière de mieux signifier leur vitalité.
 
Que viva Mexico ! 9

Dans le premier épisode, Zandunga, Eisenstein célèbre justement cette vigueur, à travers un récit imprégné de sensualité. Il le situe pour cela dans le milieu primordial de l’isthme de Tehuantepec, qui signifie colline du jaguar en Nahuatl (la langue des dieux). L’eau en est l’élément dominant (photo). Par son caractère ethnologique, il se rapproche des films de Robert Flaherty. On songe également au Tabou (1931) de Murnau, auquel collabora l’auteur de Nanouk l'Esquimau. On retrouve la même nonchalance lascive (photo), la même effervescence des corps dans un environnement naturel, aquatique (photo) et végétal (photo), dont se parent les nudités frémissantes. La dimension animale n’est pas absente. Elle s’incarne notamment dans l’image d’un jaguar observant les deux amants (photo). Cet animal occupe une place fondamentale dans le panthéon des civilisations mésoaméricaines. On l’associe en particulier à la fertilité, thème central de Zandunga.
 
Le montage d’Alexandrov fait commencer cet épisode par la romance entre Abundio et Concepcion. Un choix en contradiction avec le scénario, qui le fait débuter juste après l’enterrement du prologue : Le soleil levant envoie son irrésistible appel à la vie. Ses rayons qui pénètrent tout s’infiltrent au plus profond de la forêt tropicale ; et les habitants s’éveillent avec le soleil et au son de la brise marine matinale. Des vols de perroquets crient (photo), battent des ailes bruyamment dans les branches des palmiers réveillant les singes (photo) qui se bouchent les oreilles de colère et descendent en courant vers le fleuve. En chemin, ils font tressaillir les vénérables pélicans en retrait du rivage […]. De jeunes Indiennes se baignent dans le fleuve. Etendues sur le lit sableux et peu profond du fleuve, elles chantent une chanson. […] De petites barques desséchées par le soleil glissent lentement sur la surface brillante du fleuve. Cette liberté -ce n’est pas la seule, comme on le verra- légitime le jugement sévère de Steven Bernas sur le travail d’Alexandrov.

Que viva Mexico ! 10
 
La transition avec la seconde partie de ce récit s’opère par deux fondus enchaînés d’une grande beauté : une parure de fleurs devient un collier (photo), qui lui-même épouse -au propre comme au figuré- la forme d’un hamac au balancement duquel s’abandonne mollement un homme (photo). La première image symbolise l’amour instinctif, primitif, la seconde l’amour social (le mariage). Le bijou, constitué pièce après pièce par la jeune fille grâce à son labeur, lui permettra en effet de trouver un époux. Le réalisateur exalte ici une société matriarcale où ce sont les femmes qui travaillent, choisissent leur compagnon, qu’elles accueillent chez elles. A l’inverse, les hommes apparaissent comme des créatures indolentes (photo), le plus souvent reléguées au second plan (photo). Sous l’œil d’Eisenstein, le Mexique est une société féminine…
 
Fiesta est le second épisode de la version d’Alexandrov (le troisième dans le scénario). Il est celui de la confrontation des cultures maya et espagnole. Cette rencontre est illustrée par la fête de Notre-Dame de Guadalupe, célébration commémorant l’apparition de la Vierge à un indigène du nom de Juan Diego, en 1531. Eisenstein met d’abord en scène une procession se déroulant sur les pentes d’une antique pyramide. Ce troublant mélange de paganisme et de religion nous montre des pénitents gravissant à genoux le Golgotha païen (photo), autrefois lieu de sacrifices (in)humains. D’autres portent sur leurs épaules une tige de cactus (photo).

Aux convulsions d’un peuple longtemps martyrisé par l’Inquisition (photo), le cinéaste oppose ici les visages replets et obscènes des dignitaires de l’église (photo), qu’il compare cyniquement -là encore par un montage alterné- aux masques sépulcraux portés par des danseurs de la bacchanale (photo) organisée en marge de la cérémonie religieuse, comme pour annoncer la mort prochaine de ces oppresseurs. Dans cette séquence, l’influence d’El Greco se fait sentir dans quelques plans d’une beauté saisissante, qu’il est impossible de traduire par des mots. On songe, en particulier, au Saint-François recevant les stigmates du peintre crétois (photo).
 
Que viva Mexico ! 11
La confrontation entre les deux civilisations se poursuit avec une corrida, filmée à la manière d’un ballet, parfois en caméra subjective (photo). Dans cet épisode où la violence est érotisée -voir les œillades adressées par l’une des spectatrices au matador (photo)-, l’air est l’élément primordial, que ce soit au sommet de la pyramide, conçue comme l’ultime étape avant le ciel, où sur le sable de l’arène, vibrante de lumière.
 
A la cruauté du spectacle se déroulant dans l’amphithéâtre répondent, dans Maguey, les atrocités commises par les grands propriétaires d’origine espagnole contre les péons indiens. Mais si le taureau a finalement toutes ses chances dans son combat contre l’homme, le peuple n’en a aucune face aux puissants. L’action se situe cette fois dans les champs d’agaves de Los Llanos de Apam, la principale région de production du pulque, une boisson issue de la fermentation de la sève du maguey. Eisenstein aborde dans cet épisode le western, avec l’histoire de Sebastian, un paysan se révoltant pour venger sa fiancée, Maria, victime d’un viol. Arrêté, il se verra infligé, avec deux de ses compagnons, un terrible châtiment : enterrés jusqu’aux épaules (la terre est donc l’élément constitutif de ce récit), ils mourront piétinés par les chevaux des hommes de l’hacendado.

Cette scène n’a rien à envier aux films de Sergio Leone. L’auteur d’Il était une fois dans l’Ouest a-t-il eu connaissance de l’une des versions montées dans les 1930 ? Je ne suis pas en mesure de répondre, mais la violence brute, frontale, proposée ici (photo), le traitement visuel, avec de gros plans sur les visages (photo), les regards (photo), indiquent une parenté si évidente entre Que viva Mexico ! et l’œuvre de Leone que le hasard ne semble pas y avoir sa place. A noter que cette séquence fait l’objet dans le scénario d’une description très édulcorée, sans doute par crainte de la censure : Œil pour œil… [les péons] paieront leur audace de leur vie. C’est parmi les magueys où Sebastian a travaillé et aimé qu’il trouve sa fin tragique.
 
Que viva Mexico ! 12
 
Pour la partie ethnologique de Maguey, Eisenstein emprunta à diverses sources picturales. Une lithographie du peintre José Clemente Orozco semble ainsi l’avoir particulièrement inspiré. Intitulée Magueyes, nopal y figuras, elle montre des ouvriers agricoles cheminant, ployés sous le faix, à travers un champ d’agaves. Le cinéaste ne répugne pas non plus à s’approprier l‘iconographie religieuse. De même que Fiesta faisait allusion à des représentations de la Passion du Christ (photo), l’image de Maria et Sebastian se rendant à l’hacienda renvoie en effet au voyage de Marie et Joseph à Bethleem pour le recensement ordonné par César Auguste (photo).
 
Le sexe, force vitale plus ou moins explicite traversant tout le film, n’est pas absent de cette section. Il apparait notamment dans les scènes documentaires évoquant la production du pulque, où l’on voit les péons aspirant la sève de la plante, qu’ils rejettent ensuite dans une calebasse : Debout au cœur de la plante, écrit Barthélemy Amengual, le coupe-coupe érigé à hauteur de sexe, le péon semblait forniquer avec elle, se mettant, aussitôt après l’avoir percée, à la téter.

Magueyes, nopal y figuras - José Clemente Orozco
 
Magueyes, nopal y figuras, José Clemente Orozco (1929, lithographie)
 
En raison du conflit avec Sinclair, le dernier épisode, Soldadera, ne fut pas tourné. Il devait avoir pour toile de fond les incessants mouvements d’armées, de batailles et de trains militaires qui succédèrent à la révolution de 1910, jusqu’à l’instauration de la paix et du nouvel ordre dans le Mexique moderne. Les soldaderas étaient les femmes des soldats de l’armée révolutionnaire. Pour Eisenstein, cette évocation de la naissance du Mexique libre devait donner au film son unité et garantir son impact dramatique : Sans cette séquence, le film perd tout son sens […]. Il n’est plus qu’une présentation d’épisodes sans cohésion. Pour la mettre en scène, il avait obtenu du gouvernement mexicain qu’il mît à sa disposition 500 soldats, 10 000 fusils et 50 canons.

On peut avoir une idée de ce que projetait le réalisateur grâce à la lettre qu’il adressa à Zalka Viertel, déjà citée : Nous aurions alors un film […] avec des scènes de foule qu’aucun studio ne pourrait prétendre produire actuellement. Imaginez 500 femmes dans un désert sans fin de cactus, qui traînent, dans des nuages de poussière, leurs affaires : leur lit, leurs enfants, leurs blessés, leurs morts, tandis que les suivent les soldats paysans vêtus de blanc et coiffés de chapeaux de paille. Nous montrons leur entrée dans Mexico, la cathédrale espagnole, les palais ! Le feu -celui de la poudre, et, par métaphore, celui de l’embrasement révolutionnaire- aurait sans doute été l’élément fondamental de Soldadera
 
Que viva Mexico ! 14

Que viva Mexico !
s’achève sur le Jour des morts. Une fête qui, au Mexique, présente deux faces, telle une médaille : l’une réservée aux commémorations, à la mémoire des défunts, aux prières ; l’autre festive, où la vie triomphe. Cette victoire sur la mort, les Mexicains la manifestent en se livrant à une exultante danse macabre, où l’on se nourrit de crânes en sucre (photo), de cercueils en chocolat…

Ce dépassement carnavalesque de la mort est l’une des raisons du voyage d’Eisenstein au Mexique. Je l’avoue en toute objectivité et bien sincèrement, reconnaît-il dans la postface du scénario, c’est lui, le Jour des morts, ou plutôt ce j’en savais, qui m’a inspiré bien avant que j’ai l’occasion d’aller au Mexique. Sans doute voyait-il dans cette attitude de défi à la loi la plus implacable de la nature comme un symbole de la lutte sociale. D’ailleurs, si le peuple du Mexique se moque de la mort, il s’amuse aussi à habiller des squelettes de costumes de ministre (photo) ou de généraux (photo), les représentants des classes moribondes…
 
Que viva Mexico ! 15

L’épilogue s’intéresse particulièrement aux fameuses calaveras, ces décorations représentant des crânes humains, utilisées le Jour des morts. Souvent en sucre, elles peuvent prendre aussi la forme de lithographies ou d’eaux-fortes, dont les plus célèbres, signées Manuel Manilla et José Guadalupe Posada, ont à l’évidence inspiré le réalisateur russe (photo)…
 
Je ne me risquerai pas à fantasmer ce qu’aurait pu être Que viva Mexico !, si Upton Sinclair avait accordé à Eisenstein les 7 à 8 000 dollars nécessaires à l’achèvement de son projet. Reste cependant des images d’un lyrisme et d’une beauté rarement égalés. Ce qui suffit à placer ce squelette de film parmi les chefs-d’œuvre du Septième art. Je terminerai cette chronique assurément trop longue… en ne concluant pas. Car je compte revenir prochainement sur cette œuvre, via un thème connexe, les dessins mexicains du cinéaste (photo). Il convient de rappeler qu’il eut, tout au long de sa vie, une activité graphique intense, et notamment lors de son séjour au Mexique, période où se développa une inspiration érotique parfois déchaînée…
 
Il me reste à remercier Claude pour avoir initié l’idée de ce travail à deux voix (ou à deux mains), qui se renouvellera, je l’espère, au moins une fois par trimestre.
 
Que viva Mexico ! est disponible en DVD chez Films sans frontière, dans une intégrale d’assez belle qualité, même s’il y a des recadrages malheureux…
 
Ma note - 5/5
 
A lire : Que viva Eisenstein ! Barthelemy Amengual (L’âge d’homme, 1990)
Les écrits mexicains de S.M. Eisenstein, Steven Bernas (L’Harmattan, 2003)
Le cinéma soviétique par ceux qui l'ont fait,
Luda Schnitzer, Jean Schnitzer, Marcel Martin (Editeurs français réunis, 1966)

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Actualité DVD - Blu-ray (mars 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le flute de roseau

 

Carlotta annonce la sortie, pour le 18 avril, d’un coffret comprenant quatre œuvres rares du patrimoine cinématographique mondial, restaurées par la World Cinema Foundation, l’association de Martin Scorsese.

 

Ce premier volume -d’autres devraient donc être commercialisés dans le futur, pour notre plus grand bonheur- comprend Les révoltés d'Alvarado de Fred Zinnemann et Emilio Gómez Muriel (1936), Le voyage de la hyène de Djibril Diop Mambety (1973), Transes –également disponible en édition simple- d'Ahmed El Maanouni (1981) et La flûte de roseau d'Ermek Shinarbaev (1989).

Outre un livret de trente-six pages, cette édition propose, pour chaque film, une analyse exclusive et un documentaire court sur le processus de restauration.

 

Pour ceux qui ne peuvent s’offrir ce bel objet, je signale que ces quatre longs métrages seront programmés du 8 au 27 avril 2012 sur Ciné+ club et Ciné+ Classic. Ces deux chaines diffuseront aussi le mythique classique coréen, La servante de Kim Ki-young (1960), qui ressortira en salle le 11 juillet prochain, ainsi que son récent remake, The housemaid, signé Im Sang-soo (2010). 

 

Portrait d'une enfant déchue 1 

Autre sortie, chez Carlotta, Portrait d’une enfant déchue, le premier long métrage de Jerry Schatzberg (Palme d’or 1973 pour L’Epouvantail). Figure-clé du cinéma indépendant, ce dernier retrace dans cette œuvre ses souvenirs de photographe, tout en livrant une sublime tragédie de la perdition. On retrouve ici Faye Dunaway dans un de ses rôles les plus marquants, inspiré de la vie du top model Anne St Marie. Deux entretiens figurent en compléments de cette édition, l’un avec Pierre Rissient, le second avec Michel Ciment et l’auteur du film.

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Apart together (團圓)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Apart together 1
 
Synopsis
 
Qiao Yu’e (Lisa Lu) et Liu (Feng Ling) se retrouvent après cinquante années de séparation. En 1949, soldat dans l’armée nationaliste, Liu a fui Shanghai devant l’avancée des troupes communistes. Parti se réfugier à Taïwan, alors coupée de la Chine continentale, il a laissé derrière lui la jeune femme enceinte de leur enfant. Un demi-siècle plus tard, il retourne à Shanghai où il retrouve son amour de jeunesse et lui propose de venir vivre avec lui. Mais Qiao Yu’e a refait sa vie
 
Fiche techniqueApart together - Affiche
 
Film chinois
Année de production : 2010
Durée : 1h37
Réalisation : Quan'an Wang
Scénario : Quan'an Wang, Yu Nan 
Image : Lutz Reitemeier
Avec Lisa Lu (Qiao Yu'e), Feng Ling (Liu Yansheng), Monica Mok (La petite-fille), Cai-gen Xu (Lu Shanmin), Yubai Yang (Le fils)...    
 


Critique
 
Dans ses derniers long métrages, Wang Quan'an mettait en scène, à travers le portrait d’une femme, une Chine rurale ébranlée par la modernisation. Le mariage de Tuya -Ours d'or au Festival de Berlin en 2007- évoquait le destin d'une fermière de Mongolie-Intérieure obligée de demander le divorce pour pouvoir se remarier, et ainsi subvenir aux besoins de sa famille, notamment de son mari handicapé. La tisseuse (2009) racontait l’histoire de Li Li, une ouvrière d’une filature de Xian'an, confrontée à la fois aux difficultés économiques de l’entreprise qui l’emploie et à la maladie. Ces deux œuvres abordaient également la thématique du mariage impossible (dans La tisseuse, Li Li retrouve l’homme dont elle était amoureuse dix ans auparavant et qui n'avait pas été accepté par ses parents).
 Apart together 2
 
Si le nouvel opus du cinéaste chinois a cette fois pour cadre un univers urbain, il n’en reste pas moins cohérent avec ses précédents films. Apart together nous montre en effet une nouvelle fois les mutations profondes –et sans doute trop rapides- de la société chinoise. A la vieille ville de Shanghai, surpeuplée, sans commodités, crasseuse, et cependant fourmillante de vie sous ses toits colorés, avec ses comités de quartier, ses marchés, se substitue peu à peu un paysage fait de gratte-ciels ultramodernes, orgueils de la Chine du XXIème siècle (lors de l’excursion en bus, le guide touristique insiste surtout sur la hauteur des constructions), mais uniformisé et d’un gris évoquant le visage d’un mort.

A la fin, Qiao Yu’e et son mari attendent dans leur appartement moderne et aseptisé leurs enfants et petits-enfants pour le traditionnel déjeuner annuel réunissant toute la famille. Cependant, hormis leur petite-fille (Monica Mok), tous trouvent une excuse pour être absents. Comme si les grandes baies vitrées de leur nouveau logement, qui leur offrent pourtant un panorama unique sur la mégapole, au lieu d’être une ouverture, les isolaient. Tandis que les venelles sombres et malpropres du vieux Shanghai les rassemblaient. On pouvait y installer une table, y manger à l’air libre, sans cérémonie, parfois sous la menace d’une averse, mais ensemble. Des Raisins de la colère à ce film, la modernité est souvent synonyme de déracinement, d’éclatement du foyer…
 
 
Apart together 3 
Au-delà de cette réflexion sur les conséquences des évolutions de son pays, Wang Quan'an nous propose également une plongée ethnologique dans la société chinoise. Comme beaucoup de films asiatiques, la nourriture occupe ici une place très importante. C’était déjà le cas, par exemple, dans La colline aux coquelicots de Gorō Miyazaki, ou dans le très beau Still walking d’Hirozaku Kore-Eda. Celui-ci expliquait à ce propos en 2009 : Dans les réunions de famille, les mères sont toujours au fourneau, du matin au soir. Le personnage de la mère est le vrai moteur du film et c'est dans la cuisine qu'elle est le plus épanouie, parce qu'elle y contrôle tout. Il y a une deuxième explication : Still Walking est un film sur la mort et son contrepoint, la vie. Et la nourriture est un des symboles les plus forts de la vie. Dans Apart together, le rituel du repas est conçu comme une expérience de partage, presque une communion au sens religieux, un symbole de la cohésion du groupe. 
 
L’auteur nous livre également une vision kafkaïenne de l’administration chinoise, lors d’une scène très drôle où, pour divorcer, Qiao Yu’e et son mari doivent d’abord… se remarier, leur union ayant été scellée par un acte rendu caduque par les changements de régimes…
 Apart together 4
 
Apart together est encore –surtout ?- un beau portrait de femme, Qiao Yu’e, interprétée avec beaucoup de délicatesse par Lisa Lu, qui incarna l'impératrice douairière Cixi dans Le dernier empereur de Bertolucci. L’héroïne connaît deux ruptures dans sa vie, l’une liée à l’histoire, qui l’a séparée de celui qu’elle aimait, l’autre découlant de la fracture générationnelle (sa petite-fille lui dit, avec beaucoup de cynisme, qu’attendre son fiancé parti étudié deux ans aux Etats-Unis sera moins long que sa propre séparation avec Liu) et des mutations de la société, qui mettent à mal les traditions. 
 
Apart together est un film pudique, juste dans sa description des détails du quotidien, nostalgique mais pas trop, émouvant sans racolage émotionnel. Bref, un petit bijou, qui mérite amplement son Ours d’argent obtenu en 2010 pour son scénario. 
 
Ma note - 4/5
 
A consulter : Press-book du film

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Exposition Tim Burton (7 mars 2012-5 août 2012, Cinémathèque française)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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La Cinémathèque française accueille depuis le 7 mars (et jusqu’au 5 août 2012) l'exposition Tim Burtonconçue en 2009 par le Museum of modern art de New York. Cet évènement est l’occasion de découvrir des œuvres originales d’un artiste qui se plaît à mixer et subvertir les genres. Certaines datent de sa jeunesse et sont de pures rêveries visuelles imaginées pour des projets demeurés à l’état d’ébauche. D’autres au contraire sont de récents prototypes de travail. 

 

Parallèlement, il sera possible de (re)découvrir la totalité des films de cet auteur. Une opération Carte blanche à Tim Burton apportera par ailleurs un éclairage sur les œuvres qui l’ont influencés : L’aventure de Madame Muir, Le cabinet du docteur Caligari, La chambre des tortures, Double assassinat dans la rue Morgue, Les envahisseurs de la planète rouge, La fiancée du monstre, Frankenstein, L’homme qui rit, Huit et demi, Jason et les Argonautes, Nosferatu le vampire, Répulsion

 

L’exposition comprendra un certain nombre d’animations. Outre une master class, le programme proposera ainsi un cycle de conférences : L’art des morts : la création morbide chez Tim Burton par Antoine de Baecque, La géographie imaginaire des films de Tim Burton : de Burbank à New Holland par Matthieu Orléan, Motion capture, performance capture, effets spéciaux, des origines à Tim Burton par Gilles Penso. Les enfants ne seront pas oubliés, avec la mise en place d’ateliers et de stages, notamment pendant les vacances de Pâques.

 

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Côté édition, on retiendra surtout la sortie en DVD (et Blu-ray) de l’intégrale des films du cinéaste dans un somptueux coffret incluant un livret de 42 pages. A ne pas manquer non plus un exceptionnel album intitulé L’art de Tim Burton, regroupant plus de 1 000 créations de l’artiste (chez Steeles Publishing).

Cerise sur le gâteau, Dark Shadows, le nouvel opus du réalisateur, sortira le 9 mai prochain. Adaptation de la série éponyme de Dan Curtis, diffusée entre 1966 et 1971 sur ABC, ce long-métrage relate les mésaventures fantastiques de la famille Collins, dont l'un des principaux membres est le redoutable vampire Barnabas (Johnny Depp). Avec, dans le rôle d’Angélique Bouchard... la troublante Eva Green… J’en salive par avance…

Programme de l’exposition

Bibliographie de Tim Burton

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La dame en noir (The woman in black)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La dame en noir 1
 
Synopsis
 
Arthur Kipps (Daniel Radcliffe), jeune notaire, est obligé de se rendre dans le petit village de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse Dame en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars… 
 
Fiche techniqueLa-dame-en-noir---Affiche-1.jpg
 
Film britannique, canadien, suédois
Année de production : 2012
Durée : 1h35
Réalisation : James Watkins
Scénario : Jane Goldman
Avec Daniel Radcliffe (Arthur Kipps), Ciarán Hinds (Daily), Liz White (Jenet), Alexia Osborne (Victoria Hardy), Molly Harmon (Une fille de Fisher)...  
 


Critique
 
Est-ce la résurrection de la Hammer, la mythique société de production anglaise, qui fit les beaux jours du film de genre dans les années 1950-1960, avant de connaître une période de quasi-inactivité ? Après avoir produit Laisse-moi entrer, remake inutile mais pas infâmant du chef-d’œuvre de Tomas Alfredson, Morse, elle nous livre ici une production ambitieuse, avec le talentueux James Watkins aux commandes, l’auteur du terrifiant Eden Lake. Et le résultat laisse entrevoir des lendemains qui chantent. La dame en noir redonne en effet ses lettres de noblesse au cinéma gothique, assez dévoyé ces derniers temps… 
 
Cette adaptation du roman éponyme de Susan Hill -qui bénéficie par la même occasion d’une publication en France aux éditions de L’Archipel, dix-neuf ans après sa sortie en Angleterre (il n’est jamais trop tard pour bien faire !)- ne bouleverse certes pas le genre, même s'il lui insuffle une violence qui lui est propre. En ce sens, je suis en apparente contradiction avec ma critique de Chronicle (je préfère prendre les devants, avant que des esprits malveillants ne me cherchent querelle sur mes incohérences), dont je stigmatisais l’absence d’originalité. Cependant, James Watkins se montre respectueux de son public. Ce qui le distingue de cette race -le mot est suffisamment détestable pour que j’aie soin de le mettre en italique- d’escrocs du found footage qui sévissent depuis de trop nombreuses années et contre lesquels j’ai décidé d’entrer en croisade...
 La dame en noir 2
 
Le cinéaste britannique maîtrise son sujet, que ce soit sur le plan esthétique ou narratif. Visuellement, La dame en noir est de fait d’une rare élégance. Cela fait du bien, surtout à une époque où certains réalisateurs -c’est à contrecœur que je leur accorde ce statut- ne semblent avoir d’autre but que de faire les poches des spectateurs en leur proposant des films tournés dans un état ébrieux évident.

Watkins, quant à lui, connaît ses classiques. Je sais, pour quelques-uns, s’inscrire dans la tradition relève presque de la faute de goût (je fais allusion à quelques jugements un peu trop tranchants portés sur Cheval de guerre). Il n’empêche, convoquer Murnau et l’expressionnisme -pour le subtil jeu sur les ombres- ou Sjöström et sa Charrette fantôme (photo), cela à plutôt de la gueule. De plus, ce choix répond à une logique : la plastique gothique a ses codes. Je ne dis pas que l’on ne peut pas les faire voler en éclats. Toutefois, pour cela, il faut s’appeler Kubrick, l’un des rares auteurs à avoir réinventer tous les genres qu’il aborda. Révolutionner par principe n’a en soi aucun intérêt. Je préfère une orthodoxie formelle de qualité -je sais, je suis un incurable conservateur en matière d’expression artistique !- à des expériences ratées.
 
 
La dame en noir 6

Pour ce qui est des codes, La dame en noir ne déçoit pas : une énigmatique demeure -Cotterstock Hall, dans le Northamptonshire- perdue sur une île coupée du monde par le flux et le reflux des marées, un jardin à l’aspect fantastique, où la végétation -que l'on imagine composée d'asphodèles- se mêle aux pierres tombales dans une étreinte surnaturelle, une brume dont l’omniprésence a quelque chose d’oppressant. James Watkins a le souci du détail, mais ne pèche pas par excès, sauf peut-être lorsque Kipps passe la nuit seul dans le manoir. Les effets sont un peu redondants et le recours aux jumps scares sans doute abusif. Néanmoins, l’atmosphère ainsi créée est assez trouble et visqueuse pour submerger le spectateur, à l’image des marais ayant happé le fils de Jenet.
 La dame en noir 3
 
L'adaptation de Jane Goldman (Kick-Ass, L'affaire Rachel Singer) se déploie avec beaucoup d'efficacité. En particulier grâce à un prologue glaçant. Assurément l’un des plus immersifs de ces dernières années : trois petites filles dans leurs robes aux couleurs pastel et aux délicats visages de porcelaine qui, soudainement, abandonnent leurs jeux enfantins et innocents pour répondre au terrible appel de la Dame en noir. Une séquence qui nous signifie immédiatement qu’on est dans un conte horrifique. Tout comme celle mettant en scène une jeune fille s’immolant dans la cave où ses parents la maintenaient recluse, à l’abri de la vengeance de Jenet. Cette scène évoque d’ailleurs un plan, tout aussi effroyable, d’Eden Lake. Et l’on est en droit de s’interroger sur cette représentation de l’enfance chez Watkins. Dans son premier film, les enfants sont des monstres. Ici, poussés au suicide, ils meurent dans d’épouvantables circonstances. Quel trauma a-t-il pu subir dans sa jeunesse ? Il assure dans une interview qu’il s’agit d’une simple coïncidence. Une telle approche interroge quand même…
 La dame en noir 4
 
Le final est également très réussi, en raison de son ambivalence, qui fait naître la lumière -Stella, l’épouse décédée d’Arthur, toute de blanc vêtue- de l’ombre (Jenet, la Dame en noire). Mais cette ambigüité n’est qu’apparente, car elle est pour moi métaphorique du long et difficile travail de deuil, et notamment de la résilience, où ce qui était cause de souffrance devient une expérience de vie, une ressource, presqu’un apaisement… 
 
Un mot, avant de conclure, sur l’interprétation. Ceux qui me lisent savent ce que je pense de la saga Harry Potter. Je terminais ma critique de son ultime volet sur ces lignes un brin péremptoires : L’interprétation de Radcliffe a toujours été d’un fade ! Il faut donc que je révise mon jugement sévère sur l’ancien pensionnaire de Poudlard. Car Daniel Radcliffe propose ici une belle prestation. Pourtant, avec son air encore juvénile, il n’était pas a priori le plus crédible pour incarner un père de famille torturé par la mort de sa femme. Il retrouve ici son partenaire d’Harry Potter et les reliques de la mort, le toujours excellent Ciarán Hinds. Pour l’acteur irlandais, ce début d’année est particulièrement riche et varié (ou inégal, c'est selon le point de vue) : Ghost rider 2 : l’esprit de vengeance, John Carter et surtout La taupe. 
 
La dame en noir 5 
Espérons que le succès de cette nouvelle production signée Hammer -plus de 50 millions de dollars de recettes au 11 mars sur le territoire américain, pour un budget estimé à 17 millions (source IMDB)- marquera la véritable renaissance de ce studio. 
 
Au fait, avez-vous noté que je viens de dire du bien d’un film britannique ? La preuve que je ne suis pas un triste sire -le nom d'un groupe de rock alternatif d'inspiration gothique...- anglophobe… 
 
Ma note - 3/5

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Décès de Pierre Schœndœrffer (14 mars 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Les articles nécrologiques vont bientôt prendre le pas sur les critiques sur ce site. En effet, après les disparitions de Ralph McQuarrie (3 mars), Pierre Tornade (7 mars), Jean Giraud (10 mars), Michel Duchaussoy (13 mars), c’est au tour de Pierre Schœndœrffer de nous quitter, à l’âge de 83 ans. 

 

Né le 5 mai 1928 à Chamalières, Pierre Schœndœrffer fit ses premières armes derrière la caméra au sein du Service cinématographique de l'armée, en Indochine, où il filma les horreurs et la misère des combats. Fait prisonnier à la bataille de Diên Biên Phu, il fut sauvé par le cinéaste soviétique Roman Karmen. De retour en France, il exerça des activités de journaliste (en Algérie, notamment), avant de réaliser ses premiers films, à la fin des années 1950. Ce fut d’abord La Passe du Diable (1958), coréalisé avec Jacques Dupont, sur un scénario de Joseph Kessel. Le thème du film, le bouzkachi, un sport équestre très prisé en Afghanistan, fut un prétexte pour financer une expédition longue dans ce pays. 

 

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L’année suivante, Schœndœrffer mit en scène Ramuntcho et Pêcheur d’Islande, tout les deux d’après Pierre Loti. En 1965, il réalisa La 317ème Section (inspiré de son propre roman), qui lui valut le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes. Il s’agit de l’un des rares films sur la guerre d’Indochine. La version longue d'Apocalypse Now, qui incorpore des scènes inédites avec Aurore Clément, contient une référence explicite à cette œuvre. 

 

Après Objectif 500 millions (sur un scénario de Jorge Semprún), il fit une incursion dans le documentaire avec La Section Anderson, qui lui valut d’être oscarisé en 1968. 

 

Par la suite, Schœndœrffer se tourna vers l’écriture, avec L'adieu au roi (prix Interallié 1969), adapté au cinéma par John Milius en 1989, puis Le Crabe-tambour (grand prix du roman de l'Académie française en 1976), qu’il porta à l’écran en 1977. Ce film, inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume, qui participa au putsch d'Alger en avril 1961, permit à Jean Rochefort, Jacques Dufilho et Raoul Coutard -directeur de la photographie- d’être récompensés par l’académie des Césars. 

 

Pierre Schœndœrffer 1 

En 1982, le cinéaste tourna L'honneur d'un capitaine, dont la toile de fond est la guerre d’Algérie. Il revint au conflit indochinois au début des années 1990, avec Diên Biên Phu (1992). Dans ce film, son fils Ludovic interprète un cameraman du Service cinématographique de l'armée… comme lui-même l’avait été près de quarante ans plus tôt. Sa dernière production au cinéma remonte à 2004, avec Là-haut, un roi au-dessus des nuages. 

 

Pierre Schœndœrffer était également le père de Frédéric Schœndœrffer, l’auteur de Scènes de crimes, Agents secrets, Truands, Switch et de quelques épisodes de la série Braquo, et de la comédienne Amélie Schoendoerffer. 

 

Filmographie complète sur IMDB

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Chronicle

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Chronicle 3
 
Synopsis
 
Après avoir été en contact avec une mystérieuse substance, trois lycéens se découvrent des superpouvoirs. La chronique de leur vie, qu’ils tenaient sur les réseaux sociaux, n’a désormais plus rien d’ordinaire… D’abord tentés d’utiliser leurs fabuleuses aptitudes pour jouer des tours à leurs proches, ils vont vite prendre la mesure de ce qui leur est possible. Leur sentiment de puissance et d’immortalité va alors rapidement les pousser à s’interroger sur les limites qu’ils doivent s’imposer… 
 
Fiche techniqueChronicle - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2012
Durée : 1h24
Réalisation : Josh Trank
Scénario : Max Landis
Image : Matthew Jensen
Avec Dane DeHaan (Andrew Detmer), Alex Russell (Matt Garetty), Michael B Jordan (Steve Montgomery), Michael Kelly (Richard Detmer)...   
 

 
Critique
 
Chronicle s’inscrit dans la lignée des faux-documentaires –ou, selon le mot-valise à la mode, documenteur (que je préfère à found footage, qui désigne également en français (!) une forme particulière de cinéma expérimental, composé à partir de fragments de pellicules compilés)- qui fleurissent sur les écrans depuis le succès du Projet Blair Witch. Ce genre compte bien sûr d'autres exemples bien antérieurs, tel, pour un autre média, le reportage d’Orson Welles sur La guerre des mondes. Mais ce sont bien les 249 millions de dollars de recettes mondiales du film de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez qui ont fait le plus d’émules, pour le pire (souvent) ou le meilleur (rarement) : des multiples séquelles de [Rec] et de Paranormal activity, en passant par Cloverfield ou District 9, la liste est –trop- longue. La page Wikipedia anglaise recense plus de 160 titres depuis 1999. Et le dernier numéro de l'Ecran fantastique annonce six nouvelles resucées, plus ou moins avancées dans leur développement : Unhallowed (Gregori J Martin), Sinister (Scott Derrickson), Community (Jason Ford), The Vatican et Wer (William Brent Bell), Bermuda (Bobby Lee Darby)…
 Chronicle
 
Le procédé ne suscite donc plus vraiment la surprise. C’est avant tout le fait de petits malins, qui ne font plus guère parler d’eux après avoir créé le buzz (qui sait ce que sont devenus les auteurs du Projet Blair Witch ?). De plus, il est aussi une manière pour de piètres techniciens de masquer leur impéritie. Certes, ce n’est le cas ici. Le chef opérateur, Matthew Jensen, n'est pas le premier venu. On lui doit, entre autres, la photographie de plusieurs épisodes de Game of Thrones, True Blood, Les experts et Numb3rs. Il n'en est pas moins contraint, pour respecter les codes du genre, à produire une image instable, un éclairage crasseux, indignes du cinéma (on pourrait voir Chronicle en streaming, cela ne changerait pas grand chose…). Et ce, à la demande du cinéaste, Josh Trank, qui lui a donné comme consigne de désapprendre ce qu'il savait en tant que professionnel. Un comble ! 
 
Ceci pour la forme. Sur le fond, ce premier long-métrage n’est guère plus satisfaisant. Pour l’originalité, on repassera. Le sujet -des jeunes gens acquérant de superpouvoirs- a en effet déjà été abordé dans Heroes et Misfits. Tout comme celui de l’adolescent mal dans sa peau, doué de pouvoirs télékinèsiques, traité de manière autrement plus terrifiante et sombre par De Palma dans Carrie au bal du diable (1976). Quant à son caractère métaphorique, si on ne peut le contester, il est assez grossier. Le difficile apprentissage du vol des trois jeunes héros est sans doute symbolique de la difficulté à prendre son envol dans la vie, ce n’est toutefois pas des plus subtiles. Bien sûr, on me dira que je ne suis jamais content, que je pourrais souligner cet effort, qui distingue Chronicle des films de supers-héros lambda. Que voulez-vous, quand on est ronchon…
 Chronicle 2
 
Reste quand même l’interprétation des trois jeunes acteurs, notamment Dane DeHaan, qui incarne Andrew Detmer. Avec son faux air de Léonardo DiCaprio dans Gilbert Grape, il donne beaucoup de densité à son personnage. Sans doute un comédien à suivre. Cependant, c’est à peu près tout ce qu’il faut retenir de ce film… 
 
 Ma note - 1,5/5

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Décès de Jean Giraud (10 mars 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Jean Giraud 1

 

Dure semaine pour le cinéma de science-fiction, et pour les artistes qui ont créé quelques-uns des univers les plus mythiques du genre. En effet, après la mort de Ralph McQuarrie, le 3 mars dernier (La guerre des étoiles), c’est au tour de Jean Giraud (alias Mœbius) de nous quitter, à l’âge de 73 ans. 

 

Né le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne, Jean Giraud entama à 16 ans une formation à l’école Olivier de Serres (Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d'art). Un an plus tard, il créa sa première bande dessinée, Frank et Jérémie, publiée en 1956 dans le mensuel Far-West. Rapidement, le jeune homme se fit un nom dans le milieu de la bande dessinée, au point de devenir l’apprenti de Jijé sur La route de Coronado, un épisode de la série Jerry Spring, qui se déroule à l'époque de l'Ouest américain sauvage. En 1961-1962, il collabora avec Jean-Claude Mézières sur la collection L'Histoire des civilisations. 

 

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Tron, Jean Giraud (Mœbius)

 

En 1963, le magazine Pilote, qui cherchait une série western, fit appel à Giraud. Ainsi sortit le premier volume de la saga Blueberry, sur un scénario de Jean-Michel Charlier : Fort Navajo, un album inspiré de l'affaire Bascom, à l’origine des guerres Apaches. Ce héros apparaîtra par la suite dans une cinquantaine d’albums.

Parallèlement, Giraud se lança dans l’illustration de magazines et de livres de science-fiction. Une seconde carrière qu’il mena sous un pseudonyme, Mœbius, inspiré de la bande à une face dite ruban de Möbius, créée par le mathématicien allemand du même nom. Il imagina ainsi Arzach, une série révolutionnaire (notamment en raison de l’absence de dialogue), qui lui valut une certaine reconnaissance à l’étranger, et d’être contacté par des cinéastes français et américains pour participer à la pré-production de films de science-fiction dans les années 1970. Il collabora ainsi avec Alejandro Jodorowsky sur une adaptation cinématographique du roman de Frank Herbert, Dune. Le projet échoua, mais les deux hommes poursuivirent un travail commun, avec L’Incal.


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Tron, Jean Giraud (Mœbius)

L'aventure hollywoodienne de Giraud ne s'arrêta pas là. Elle se poursuivit avec Alien, le huitième passager, dont il assura la conception graphique. Par la suite, son nom apparut au générique d’une douzaine de titres, en particulierTron de Steven Lisberger, Willow de Ron Howard, Abyss de James Cameron, ou encore Le cinquième élément de Luc Besson, où il retrouva Jean-Claude Mézières. Cette expérience se termina cependant assez mal, puisque Giraud et Les humanoïdes associés intentèrent un procès au réalisateur. Les plaignants, qui furent finalement déboutés, dénonçaient des emprunts aux décors, aux scènes, aux personnages de L’Incal.

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Tron, Jean Giraud (Mœbius)


La dernière contribution au Septième art de Jean Giraud concerne un film encore post-production, Strange frame : love & sax de Geoffrey B Hajim. Sur le site officiel du dessinateur, on mentionne par ailleurs la sortie en septembre -de cette année ?- d’un livre hommage à Star Wars, sous la direction de Georges Lucas.

 

Filmographie complète sur IMDB

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A l'aveugle

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

A l'aveugle 1
 
Synopsis
 
Le cadavre mutilé d’une jeune femme est retrouvé à son domicile. Pas d’effraction, pas de témoin : le crime est parfait. L’enquête est confiée au commandant Lassalle (Jacques Gamblin), un flic expérimenté et solitaire, détruit par la mort de sa femme. Alors que d’autres meurtres tout aussi sanglants sont perpétrés, Lassalle est intrigué par la personnalité d’un aveugle, Narvik (Lambert Wilson). Mais l’alibi du suspect est plausible et son infirmité le met hors de cause. Un étrange duel, telle une partie d’échecs, s’engage alors entre les deux hommes... 
 
Fiche techniqueA l'aveugle - Affiche
 
Film français
Année de production : 2012
Durée : 1h34
Réalisation : Xavier Palud
Scénario : Eric Besnard 
Image : Michel Amathieu
Avec Jacques Gamblin (Le commandant Lassalle), Lambert Wilson (Narvik), Raphaëlle Agogué (Héloïse), Arnaud Cosson (Vermulen)...  
 

 
Critique
 
Après Ils et The eye, coréalisés avec David Moreau, Xavier Palud poursuit son aventure de cinéaste en solo. N’abandonnant pas pour autant le film de genre, il s’attaque cette fois au thriller. Sans grande réussite. Le coup du flic dépressif et vaguement alcoolique, suite à la mort d’un proche dans un accident de voiture dont il se croit responsable, c’est du déjà vu (les policiers conduisent-ils si mal en France ?). Olivier Marchal nous a fait le coup avec MR73. Reconnaissons quand même que Jacques Gamblin propose ici une prestation plus sobre -si je peux dire !- que Daniel Auteuil. 
 
Le pitch d’A l’aveugle était pourtant séduisant, cependant Palud -Palourde ?- gâche très vite son idée en n’entretenant pas longtemps le mystère autour de la culpabilité de Narvik. Désolé pour le spoiler. Mais après tout, l’affiche n’annonce-t-elle pas la couleur : Au royaume des tueurs les aveugles sont rois (c’est d’un fin…) ? Le spectateur n’a plus à se mettre sous la dent que les motivations du meurtrier, assez abracadabrantesques (complot militaire, trafic d’armes…).

A l'aveugle 2
Une fois la question de l’identité du tueur réglée, l’histoire –signée du talentueux Éric Besnard, auteur, entre autres, des inénarrables scénarios de 600 kg d’or pur, L’Italien, L’antidote…- se déroule avec une certaine mollesse, et ne suscite plus qu’un intérêt distrait. Si ce n’est un vague sourire lorsque l’on aperçoit à l’écran le joli minois de Raphaëlle Agogué. Reste le travail du chef opérateur, Michel Amathieu, dont la photographie saturée de gris et de bleu est plutôt réussie.
 
Une chose est certaine, ce n’est pas A l’aveugle qui permettra de redresser les comptes de la société de Luc Besson, EuropaCorp, dont les responsables annonçaient en juillet dernier un résultat opérationnel très déficitaire : La dégradation des ventes internationales a fortement impacté le résultat de l’exercice 2010/11 (Arthur 3 représentant près de 60 % de la perte globale), le solde des pertes étant lié à des éléments non récurrents. Le groupe a en effet mis en œuvre au cours de l’exercice d’importantes actions correctives. Cette politique a fortement pesé sur la marge opérationnelle, qui s’établit à –16,5 M€ sur l’exercice, et sur les frais généraux, passés de 22,2 M€ en 2009/10 à 27,6 M€ pour l’exercice 2010/11. [...] Le résultat opérationnel de l’exercice s’établit ainsi à –47,4 M€ contre –16,2 M€ en 2009/10. J’étais seul, mercredi, dans la salle où ce film était projeté. Un jour de sortie…
 A l'aveugle 3
 
A noter qu’A l'aveugle a vu -oh le jeu de mot !- le jour dans le cadre du projet participatif We are producteurs, qui permet à tout un chacun de prendre part aux différentes étapes d'élaboration d’un film : écriture du scénario, options de réalisation et choix du casting. En voyant ce pur ratage, je serais tenté d'affirmer qu'il faut laisser l’avenir du cinéma aux professionnels... si ce n'était pas un peu excessif...

Pour remercier les internautes qui ont collaboré à ce projet, Besson s’est fendu d’une lettre, dans laquelle il observe : Maintenant vous pouvez dire : je sais ce que c’est que produire un film ! C’est jamais facile, toujours palpitant et surtout le sentiment de faire. Bien ou mal, mais faire. Quel que soit le succès du film, il restera une phrase, un plan, un frisson dont on se souviendra encore, dans de nombreuses années. Le faire est donc plus important que le résultat artistique. Toute la philosophie de Besson est dans ces lignes sidérantes !
 
 Ma note - 1/5

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Miracle à Santa-Anna (Miracle at St Anna)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Miracle à Santa-Anna 1
 
Synopsis
 
New York, années 1980. Hector Negron (Laz Alonso), un employé de banque noir, abat sans raison apparente un immigré italien venu acheter des timbres. Un jeune journaliste, Tim Boyle (Joseph Gordon-Levitt), est autorisé à rencontrer le tueur avant son procès. Celui-ci s'avère posséder une tête de statue dérobée en 1944 dans l'Italie alors occupée par les Allemands. Hector était membre des Buffalo Soldiers, premier bataillon entièrement constitué d'hommes de couleur, ayant débarqué notamment en Toscane cet été là, près d'un village martyr nommé Sant’Anna... 
 
Fiche techniqueMiracle à Santa-Anna - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2008
Durée : 2h40
Réalisation : Spike Lee
Scénario : James McBride
Avec Derek Luke (Le sergent Aubrey Stamps), Michael Ealy (Le sergent Bishop Cummings), Laz Alonso (Le caporal Hector Negron)...
 

 
Critique
 
Un film qui, en France, n’a pas bénéficié d’une sortie en salle. Pour d’obscurs motifs. Certains parlent de censure, en raison de son sujet. Cette explication ne me paraît pas très plausible. En effet, d’autres œuvres, bien plus brûlantes pour l’histoire de notre pays, n’ont rencontré -du moins à ma connaissance- aucune oppsition à leur sortie (Indigènes, par exemple). Quelques-uns mettent en cause la faible qualité du film (non sans raison !). Cela ne tient guère plus la route, eu égard aux nombreux navets distribués chaque année dans les cinémas français. Mais peu importe, en vérité. La polémique n'a plus lieu d'être aujourd'hui, puisque l'hommage de Spike Lee aux combattants noirs de la Seconde guerre mondiale bénéficie d'une édition DVD...
 
Miracle à Santa-Anna est d’abord miné par un certain nombre d’artifices scénaristiques. L’un des plus ridicules étant ce journal relatant l’histoire d’Hector Negron s’envolant par la fenêtre d’une chambre d’hôtel en Italie pour tomber sur la table d’un homme qui se révélera à la fin du film être… Angelo, le petit garçon sauvé par le groupe de soldats évoqué ici. Un peu tiré par les cheveux, non ? 
 
Miracle à Santa-Anna 2 
A cela s’ajoute des incohérences. Ainsi, ce soldat qui se déplace et se bat en portant sans cesse à la ceinture la tête de la Primavera du pont de la Santa-Trinita de Florence. Certes, il a une carrure impressionnante, cependant on a du mal à croire que ce fragment de statue puisse se balancer à sa taille comme un vulgaire morceau de résine... matériau peu utilisé par les sculpteurs de la Renaissance tardive... On peut également se demander comment Hector Negron a pu ramener cette pièce en Amérique à la fin de la guerre... alors qu’elle fut retrouvée dans le cours de l'Arno seulement en 1961.

La théâtralité grossière de la mise en scène est également souvent agaçante. C’est par exemple le cas du gros plan sur les épaulettes et les insignes du colonel SS, gros plan maladroitement appuyé par une musique exagérément dramatique : était-il besoin d'en faire autant pour nous faire comprendre que le personnage est peu sympathique ? Même remarque pour la scène religieuse, où tous le petit monde décrit par Spike Lee -soldats afro-américains, villageois italiens, prisonnier allemand- se trouve réunit par la prière. Cet excès de mysticisme naïf (on ne devrait toutefois pas être surpris, car le titre du film annonçait sa bigoterie) serait presque comique si le contexte n’était pas si dramatique…
    Miracle à Santa-Anna 3
 
On m’objectera que ce ne sont que des détails au regard du projet du réalisateur, à savoir rendre hommage aux soldats afro-américains qui ont combattu durant la Seconde guerre mondiale. C’est vrai… Néanmoins, même sur le fond, le film de Spike Lee pose problème. D’abord, son propos est d’un manichéisme assez saisissant. Au point que certains soldats allemands sont traités avec plus de nuances que les officiers blancs américains : ainsi le capitaine Eicholz, interprété par Christian Berkel, qui laisse la vie sauve au caporal Negron ; ou encore ce soldat allemand qui sauve le petit Angelo. Les officiers blancs sont quant à eux droits dans leurs bottes. Ce fut sans doute vrai, pour une part d’entre eux, mais de la même façon que tous les Allemands n’étaient pas des nazis convaincus, tous les blancs ne sont pas des racistes bornés. L’absence de subtilité de la démonstration de Spike Lee apparaît encore dans un flash-back en Louisiane, où l'intrigue nous montre des civils animés de préjugés de race caricaturaux.
 
Plus grave, sans doute, est l'interprétation audacieuse (pour ne pas dire à la limite de la falsification historique, en l'absence de preuves tangibles) des faits par Spike Lee. Car celui-ci attribue le massacre de Sant’Anna à la trahison d'un résistant. Or, selon le jugement du tribunal militaire de La Spezia en 2005, les troupes nazies ont agi sans nécessité ni motif valable avec comme objectif une vaste opération de nettoyage planifiée et menée contre les résistants et la population civile. A aucun moment il n'est fait mention d'une dénonciation. Même Francesco Bruni, qui a participé à l'adaptation et à la traduction des dialogues, parle à ce sujet d'exagération romanesque... 
 
Miracle à Santa-Anna 4 
Une scène surnage pourtant de cet ensemble confus et décevant : celle du massacre des habitants de Sant’Anna di Stazzema, bien sûr bouleversante. Mais il pouvait difficilement en être autrement, lorsque l’on montre le meurtre d’un bébé à la baïonnette sur le corps de sa mère. Même le moins inspiré des réalisateurs parviendrait à faire verser quelques larmes... 
 
Au final, Spike Lee paraît si obsédé par l’idée de répondre à Mémoire de nos pères, de Clint Eastwood (qui n’avait mis en scène aucun combattant noir, au grand dam du premier), qu’il semble perdre son sens de la narration. Bref, ce sujet important aurait mérité d'être traité avec plus de finesse... Spike Lee avait été plus habile dans Inside man, car sous couvert de divertissement, il avait réussi à faire passer quelques messages assez bien vus sur les tensions de la société américaine post 11 septembre. Sans tomber dans une pesante caricature... 
 
Ma note - 1,5/5

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Décès de Ralph McQuarrie (3 mars 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Ralph McQuarrie, homme de l’ombre des grands succès du box-office des années 1970-80, est mort le 3 mars, à l’âge de 82 ans.

 

Ralph McQuarrie est né le 13 juin 1929, à Gary, dans l’Indiana. Très tôt, le jeune homme manifesta un intérêt pour l’aéronautique, ce qui l’amena à travailler pour l’US Air Force, puis pour Boeing. Au début des années 70, Hal Barwood et Matthew Robbins, des collaborateurs de George Lucas, entrèrent en contact avec lui. Il réalisa à leur demande des peintures pour un projet de film de science-fiction.

 

En novembre 1974, Lucas lui proposa de donner forme visuellement à son script de La guerre des étoiles. C’est ainsi que McQuarrie fut amené à créer deux personnages majeurs de la mythique saga, Chewbacca et Dark Vador. Il exécuta aussi des dessins illustrant les scènes emblématiques du film, permettant ainsi au cinéaste de mieux vendre son projet aux studios.

 

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La guerre des étoiles, Ralph McQuarrie


On retrouve le nom de cet artiste au générique de L’Empire contre-attaque -où il apparaît furtivement sous les traits du général McQuarrie- et du Retour du Jedi. Il travailla également à la conception des vaisseaux de Rencontres du troisième type et d’ET, l’extraterrestre, ainsi que sur Cocoon, qui lui permis de recevoir l’Oscar des meilleurs effets visuels en 1986.
 

 

Filmographie complète sur IMDB

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Charlot danseur (Tango tangles)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Synopsis
 
Dans une salle de danse, un imposant clarinettiste (Roscoe Arbuckle) est furieux de voir sa fiancée (Minta Durfee) courtisée par un autre musicien (Ford Sterling) et lui demande des explications. Charlot (Charles Chaplin) observe de loin et se garde bien de s'en mêler. Mais lorsque les deux hommes rejoignent l’orchestre, pour jouer, il en profite pour faire sa cour à la belle…
 
Fiche techniqueCharles Chaplin 1
 
Film américain
Année de production : 1914
Durée : 0h12
Réalisation : Mack Sennett
Avec Charles Chaplin (Le danseur ivre), Ford Sterling (Le chef d'orchestre), Roscoe Arbuckle (Le clarinettiste), Minta Durfee (La jeune femme du vestiaire)...
 


Critique 
 
Une intégrale que j’ai un peu négligée ces derniers temps. Voici donc le septième film de Chaplin pour la Keystone, Charlot danseur, un court métrage ayant pour cadre un dancing de Vénice.

L’acteur tourne ici pour la première fois sous la direction de Mack Sennett (le producteur-réalisateur le dirigera trois autre fois, dans Madame Charlot, Le maillet de Charlot et Le roman comique de Charlot et Lolotte). Cette bande d’une dizaine de minutes est surtout un prétexte pour ce dernier de réunir ses stars masculines d’alors, Sterling, Arbuckle, Conklin et Chaplin. Pour le reste, on est dans l’improvisation la plus pure, ce dont témoignent les réactions amusées des habitués du lieu. L’argument, quant à lui, tient sur un timbre poste.
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Exception faite de Chester Conklin, en costume de policier, les autres comédiens sont vêtus de leurs propres effets. Surtout, ils ne sont pas maquillés. On découvre ainsi le vrai visage de Chaplin, ce qui est assez rare. Dans cette comédie impersonnelle, il nous gratifie tout de même de quelques gags typiques de son personnage. Ainsi, lorsqu’il accroche au bras d’une femme sa canne, ou lors de la scène de bagarre, dont la chorégraphie annonce d’autres pugilats (Charlot boxeur ou Les lumières de la ville, par exemple). 
 
Ce film marque le premier échange devant la caméra entre Chaplin et Roscoe Arbuckle. Ils partageaient certes déjà l’affiche de Charlot fait du cinéma, mais le second apparaissait alors dans son propre rôle. On les reverra dans Charlot est trop galant, Charlot et Fatty dans le ring, Charlot grande coquette ou encore Charlot garde-malade… Il n’est peut-être pas inutile de dire un mot sur ce grand acteur du burlesque, aujourd’hui tombé dans l'oubli. 
 
Charlot-danseur-3.png 
La première apparition de Roscoe Arbuckle au cinéma remonte à 1909, où il tourna pour le compte de la Selig Polyscope Company Ben’s kid, de Francis Boggs. Mais c’est sous la houlette de Sennett que sa carrière décolla véritablement. En quelques mois, il devint l’une des figures les plus populaires de la Keystone, apparaissant dans une quarantaine de courts métrages pour la seule année 1913. Son succès lui permit très vite de s’imposer comme le réalisateur de ses propres films.

En 1916, il fonda avec Joseph M Schenck la Comique Film Corporation, pour laquelle il réalisa vingt-deux épisodes de la série Fatty, qui marque les débuts de Buster Keaton (Fatty boucher). Roscoe était alors à l’apogée de sa carrière. Son influence était telle que la Paramount lui fit signer un contrat fabuleux : un million de dollars annuel pendant trois ans (pour rappel, le budget de Ben-Hur fut de quatre millions). Mais c’était aussi bientôt l’heure de sa chute, avec l’affaire Virginia Rappe.
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Virginia Rappe
 
Virginia Rappe, la fiancée d’Henry Lehrman (le réalisateur du premier film de Chaplin), trouva la mort dans des circonstances troubles à l’occasion d’une fête organisée par Roscoe et ses amis pour le Labor day. Un seul fait semble assuré : c’est que, bien que l’on fût en pleine Prohibition, une grande quantité d’alcool fut consommée durant les trois jours de festivité qui se tinrent au St Francis Hôtel de San Francisco. Le reste est plus flou.

Virginia Rappe eut un malaise peu de temps après son arrivée, au point d’être contrainte de se reposer dans l’une des chambres attenantes à la suite où se déroulait la fête. Plus tard, alors qu’il allait se changer, Roscoe Arbuckle aurait découvert l’actrice étendue sur le sol de la salle de bains, en proie à une crise d'hystérie. Considérant qu’elle était sous l'emprise de l'alcool, on se contenta de la calmer en lui faisant prendre un bain glacé.

Finalement, la direction de l'hôtel fut prévenue et le médecin de l’établissement appelé. Selon les versions, ce serait Maude Delmont -présentée comme le chaperon de la jeune femme- qui, inquiète d'entendre les cris de la malheureuse, aurait donné l’alerte. Pour d’autres, ce serait à la demande d'Arbuckle. Le mardi matin, celui-ci rentra à Los Angeles par bateau. Virginia Rappe finit par être conduite à l'hôpital, où elle décéda quelques jours plus tard, le 9 septembre 1921.
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La presse à sensation, en particulier le San Francisco Examiner de William Randolph Hearst, fit ses choux gras de cette affaire. Il faut dire que de graves accusions pesèrent sur Arbuckle (viol, homicide). S’ensuivit trois procès, aux termes desquels il fut conclu que Viriginia Rappe avait succombé à une rupture de la vessie consécutive à une péritonite. Quant au principal accusé, il fut lavé de tout soupçon par le jury : Acquittal is not enough for Roscoe Arbuckle. We feel that a great injustice has been done to him. […] There was not the slightest proof adduced to connect him in any way with the commission of a crime. He was manly throughout the case and told a straightforward story which we all believe. We wish him success and hope that the American people will take the judgement of fourteen men and women that Roscoe Arbuckle is entirely innocent and free from all blame.
 
 
Malgré cet arrêt, Arbuckle devint le symbole du combat mené par William Hays pour moraliser l’industrie cinématographique. Il s’empara de ce fait divers pour participer à la création de la Motion Picture Producers and Distributors of America, dont il devint le Président. Sa première décision, à la tête de cet organisme, fut de placer l’acteur sur une liste noire, ce qui marqua presque la fin de sa carrière. Entre 1922 et 1933, année de sa disparition, il signa néanmoins une cinquantaine de courts métrages, sous le pseudonyme William Goodrich. Mais il avait perdu la flamme, comme le confia plus tard Louise Brooks, qui tourna sous sa direction en 1931 dans Windy Riley goes Hollywood : Il travaillait sous le nom de William Goodrich et il n’a même pas essayé de mettre en scène ce film. Il s’asseyait sur sa chaise tel un homme invisible. Il était très gentil, mais depuis le scandale qui avait détruit sa carrière, il était comme mort.

A lire : La parade est passée, Kevin Brownlow (Insitut Lumière/Actes Sud, 2011) 
 
 
Charles Chaplin sur ce site : intégrale Charles Chaplin

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Cheval de guerre (War horse)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Cheval de guerre
 
Synopsis 
 
Albert Narracott (Jeremy Irvine) a vu naître Joey, un poulain qui, à l’âge adulte, est devenu un splendide demi-sang. Un jour, son père, Ted (Peter Mullan), un modeste fermier du Devon, se porte acquéreur de l’animal, pour s’opposer au propriétaire des terres qu’il occupe. Mais la somme dépensée est bien trop élevée. Pour éviter à sa famille l’expulsion, le jeune garçon parvient à dresser le cheval pour labourer l’un des champs les plus arides de la région. La malchance s’acharne cependant sur les siens. La récolte est finalement détruite par un orage diluvien. Pour honorer ses dettes, Ted n’a plus alors d’autre choix que de vendre Joey au capitaine Nichols (Tom Hiddleston), qui s’apprêtent à partir faire la guerre en France… 
 
Fiche techniqueCheval-de-guerre---Affiche.jpg
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h26 
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Lee Hall, Richard Curtis 
Image : Janusz Kaminski
Avec Jeremy Irvine (Albert Narracott), Peter Mullan (Ted Narracott), Emily Watson (Rose Narracott), Benedict Cumberbatch (Le major Jamie Stewart), Niels Arestrup (Le grand-père), Celine Buckens (Emilie)...     
 


Critique 
 
Quand je fouille dans mes souvenirs d’historien, deux images de la guerre de 14-18 me reviennent en mémoire. La première, surréaliste, représente le cadavre presque momifié d’un cheval suspendu dans les branches d’un arbre carbonisé. La seconde concerne la bataille de Passchendaele, qui se déroula entre juillet et novembre 1917, dans la région d’Ypres. Cet affrontement livré dans un bourbier est devenu le symbole des souffrances endurées par les combattants de la Grande guerre dans les années 1916-1917, une période d’enlisement du conflit. Un enlisement au sens propre, puisque bon nombre d’hommes disparurent purement et simplement dans la fange des champs de bataille. Sur la seconde image, on voit ainsi deux chevaux tirant un chariot d’artillerie enfoncés dans la boue jusqu’aux flancs. Dans leur regard, on peut lire la même épouvante que dans les yeux des soldats les conduisant. Et je vous assure qu’il ne s’agit pas d’anthropomorphisme… Il n’était donc pas superflu qu’un réalisateur se penchât sur cet autre versant de l’inhumanité de cette guerre. Même s’il le fait ici sur le ton d’un conte. En effet, en dépit de scènes de combat très réalistes, il ne s’agit pas d’un film de guerre au sens propre. 
 
Cadavre de cheval - Otto Dix 
Cadavre de cheval, Otto Dix (1924 - Eau-forte et pointe sèche sur papier vergé) 
 
Steven Spielberg nous propose ici une œuvre hors du temps, ce qui ne manque évidemment pas de susciter les railleries -voire l’animosité- d’un public plus avide d’émotions fortes que de sentiments nobles et de valeurs simples… A les lire, ce serait presque une insulte faite à leur intelligence que de traiter de tels sujets ! J’y vois au contraire une manière de délivrer un message universel, bien plus durable que les éphémères sensations sidérantes et hypnotiques de certains titres récents qui ont fait le buzz (We need to talk about Kevin, pour ne pas citer ma bête noire de 2011), mais auront probablement très vite disparu dans les oubliettes des cinémathèques… 
 
Le cinéaste américain confirme une fois de plus –mais en doutait-on ?- son immense talent de conteur classique (oh ! le vilain mot s’exclameront certains !). Du préambule dans la campagne anglaise, au final flamboyant, il insuffle à son récit un lyrisme qui fait passer le spectateur par toutes les émotions. Pour cela, en cinéphile, il convoque les plus grands noms du Septième art. Mais si ceux-ci l’inspirent, jamais il ne tombe dans le piège du pastiche, à la différence de… The artist. Ce qui exclut donc l’idée de cinéma naphtaliné, le nouveau mot à la mode dans le cercle fermé des critiques…
    Cheval de guerre 7 
Cheval de guerre s'ouvre sur une peinture pittoresque de la vie de fermiers pauvres du Devon. Ce portrait n'est certes pas dénué de sentimentalisme, cependant ce reproche fut si souvent adressé à John Ford qu’il est inutile de lui accorder une trop grande attention. Comme son aîné il y a 70 ans avec Les raisins de la colère, il permet à Spielberg d’ériger la cellule familiale en ultime rempart contre l’autorité et le pouvoir de l’argent, ici symbolisés par les grands propriétaires terriens. La famille, thématique lassante de cet auteur, relèvent certains (Les Inrocks). Au moins donne-t-elle une cohérence à son œuvre, ce qui est le signe des plus grands...

Cette première partie est aussi l’occasion pour deux immenses comédiens de nous offrir des compositions très émouvantes : Emily Watson et Peter Mullan (Neds). Elle contient en outre quelques inventions visuelles très personnelles, qui prouvent, si besoin était, que Spielberg n’est pas dans l’imitation appliquée et servile de son modèle. Je pense notamment à cette ingénieuse transition entre les côtes du tricot exécuté par la mère et les sillons que tente de creuser dans la terre aride Albert. Deux gestes qui ont rythmé de temps immémoriaux la vie humaine -bien plus que le pianotage frénétique sur le clavier d’un Smartphone (ceci pour mon côté passéiste !)-, miraculeusement fondus ici en un seul mouvement par la technologie numérique.
 
Le film nous transporte ensuite dans la guerre, avec une charge de cavalerie dans un champ de blé mûr dont la puissance et le lyrisme n’ont rien à envier à la mise en images de la bataille du lac Peïpous (ou bataille sur la glace), dans Alexandre Nevski d’Eisenstein. La précision des cadrages et des mouvements de caméra donne à cette séquence une force stupéfiante, qui rend presque palpable pour le spectateur -comme c’était le cas dans l’ouverture d’Il faut sauver le soldat Ryan- l’horreur de la guerre.  
 
Cheval de guerre 3

L’épisode suivant met en scène le camp adverse (deux jeunes soldats de l’armée du Kaiser) et des civils. C’est sans doute le passage le plus maladroit. Difficile, en effet, de croire à la désertion des deux frères, au vu et au su d’une colonne entière, qui ne tente rien pour s’opposer à leur fuite… La vision de l’armée allemande est de plus assez caricaturale. L’intermède avec le grand-père, joué par un Niels Arestrup un peu emprunté (difficile de casser une image !), et sa petite fille, Celine Buckens, une débutante de 16 ans plutôt convaincante (malgré un accent singulier, même si on peut l’admettre, l’action se situant alors dans le Nord de la France et la jeune actrice étant d’origine belge), nuit au rythme de l’histoire.

Par ailleurs, à vouloir trop bien faire, la tonalité du récit devient assez artificielle. Certes, on est dans un conte. La facticité du décor n’est donc pas un défaut en soi. Point trop n’en faut non plus, cependant. Le soin accordé aux détails est ici excessif : les fraises d’un vermillon bien trop alléchant, les cuivres rutilants dans la lumière exagérément ambrée de la ferme… Tout cela fait trop apprêté...

Exception faite de Scorsese avec son splendide Hugo Cabret, les réalisateurs d’outre-Atlantique sont décidément assez peu inspirés quand ils abordent notre culture. Soit ils font preuve d’une ignorance navrante -voir les propos tenus par Cécile de France sur la politique française dans Au-delà d’Eastwood (étrange, cette tendance des Américains à confier à des comédiens belges l’interprétation de personnages français)-, soit ils ont une vision un peu folklorique de notre pays (Minuit à Paris de Woody Allen, mais c’est aussi un conte). Ceci étant dit, la critique est aisée. Sommes-nous capable de faire mieux ? Il me semble que nous prenons rarement le risque d'évoquer d'autres cultures. Je ne vois, dans la production récente, que The artist. Comme par hasard, un autre hommage aux origines du Septième art. Comme s'il était le seul sujet cinématographique vraiment universel. Peut-être -sans doute- parce que son langage n'a pas de frontière...
 
Cheval de guerre 4
 
Spielberg nous replonge par la suite dans la guerre, avec un climax dantesque, dont les ombres nous écorchent, comme dans un film expressionniste. C’est probablement l’une des scènes les plus fascinantes qu’il ait jamais tournées. Joey se mue alors en une créature eschatologique d’apparence effrayante, survolant les tranchées tel un messager céleste, grâce à un travelling arrière d’une saisissante virtuosité. Derrière lui, le ciel nocturne se charge d’ocre et de cendres, comme dans le tableau de William Turner, Death on a pale horse (photo). Mais à la différence des montures des cavaliers de l’Apocalypse, il n’annonce pas la fin des Temps, ni ne sème la mort. Il est au contraire celui qui, par son sacrifice, peut sauver l’Homme de sa folie autodestructrice. Ce qu’il réussit en réunissant les adversaires des deux camps autour de son sauvetage… 
 
L’avant-dernier épisode, celui des retrouvailles d’Albert et de Joey dans l’hôpital de campagne, répond, en négatif, à celui de la charge de cavalerie, dont j'ai déjà parlé. Car, alors que dans l’air lumineux de l’été 1914 flottaient de claires et impalpables graines de graminées, légères comme l’esprit des combattants au début de la guerre, dans la nuit glacée des derniers mois du conflit s’abattent sur les blessés de pesants flocons. Une opposition de style (impressionnisme/expressionnisme) qui est comme une allégorie de l’évolution de l’âme humaine au cours de cette boucherie interminable. Une métaphore un peu appuyée, observeront les plus cyniques. Laissons-les à leur aigreur !

Cheval de guerre 5
 
Leur appréciation du final n’est pas plus favorable. Il serait, selon eux, trop saturé de couleurs et de bons sentiments. Je le trouve pour ma part très symbolique de ce récit, fait d’ombres et de sang, mais aussi d’espérance. Esthétiquement parlant, il ne me choque pas non plus. Il est parfaitement dans la tradition du cinéma épique hollywoodien, sous l’influence duquel se place ici Spielberg (il y a dans La charge héroïque des cieux bien plus flamboyants (photo) !). Il est aussi cohérent avec l’art de l’époque évoquée. Que l’on songe à certaines compositions du peintre allemand Otto Dix, comme Gräben (photo), une gouache représentant un lacis de tranchées dont les méandres s’étendent jusqu’à un horizon empourpré. A cet égard, Janusz Kamiński, le chef opérateur du réalisateur depuis une vingtaine d’années déjà, nous livre une palette d’une extraordinaire richesse chromatique. 
 
Ce nouvel opus de Steven Spielberg n’est donc pas le spectacle mièvre que nombre de commentateurs se plaisent à dire (la mode est au zapping et au déboulonnage des mythes). Cheval de guerre est un grand film populaire (n’y emmenez pas de trop jeunes enfants, tout de même), au sens noble du terme. Comme en faisaient autrefois les plus grands auteurs d’Hollywood… et d’ailleurs (voir Carné ou Renoir pour la France, par exemple).

Album du film 
 
  Ma note - 3/5
 
A consulter : Press-book du film

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