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La vie d'Adèle

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Difficile d’exprimer toutes les émotions qu’à fait naître en moi ce film. Il me faudrait le revoir, prendre le temps d’en analyser chaque scène.

D’un strict point de vue technique, cinématographique, j’ai été très sensible au montage très maîtrisé d’Ab
dellatif Kechiche. Rien à voir avec la pseudo-virtuosité de quantité de productions actuelles, devant lesquelles de trop nombreux cinéphiles s’extasient aujourd’hui à tort (films de Fincher, de Nolan, par exemple). Pour moi, le montage est l’élément essentiel de l’œuvre cinématographique. C’est sans doute pour cela que j’admire autant Orson Welles. Le montage est comme le battement du cœur du film, il lui donne son souffle, conditionne sa respiration, son rythme. Le montage signé Kechiche est une merveille d’intelligence et d’équilibre, chaque plan est soigneusement composé, leur succession donne au film son tempo particulièrement dense, reflet des sentiments très forts ressentis par les personnages.


J’avoue avoir été, a priori, un peu effrayé par la longueur du film (3 heures). Mais hormis une ellipse narrative (la découverte par les parents d’Adèle de son homosexualité), ellipse sur laquelle je reviendrai plus loin, le récit se déroule avec une fluidité rare. On est happé par cette histoire d’amour bouleversante. Cela tient évidemment aux deux interprètes. Léa Seydoux m’a un peu agacé avant la sortie du film, par ses interventions dans les médias, mais force est de constater qu’elle est juste, dans un rôle pas forcément aimable. Adèle Exarchopoulos offre pour sa part une performance à couper le souffle. Je ne suis pas sûr d’ailleurs que le mot « performance » soit juste. Il laisse à entendre qu’il y a jeu, hors la jeune actrice ne joue pas, elle vit son personnage, elle est dans l’instinct. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison qu’elle parvient à ce degré d’intensité dans des scènes par aisées à tourner. Elle ne réfléchit pas, elle se livre, tout simplement, comme si elle était Adèle. La seule inquiétude que j’ai (pour elle), c’est de savoir si ce rôle n’aura pas un impact trop marqué sur sa carrière, comme ont pu l’être, en leur temps, ceux de Valérie Kaprisky dans La femme publique, ou de Marushka Detmers dans Le diable au corps. Je ne l’espère pas, car elle dégage une grâce animale unique. Ceci dit, il tellement de naturel en elle que je la crois capable d'avoir un beau destin d'actrice.


Il y a dans ce film de véritables instants de grâce, tel que la sieste des petits (belle à pleurer), le contre champ sur Louise Brooks lors de la fête d’Emma, ou encore le bain d’Adèle dans la mer. Et je pourrais en citer beaucoup d’autres.


Deux petits bémols quand même. La scène (supprimée au montage, mais que j’espère retrouver dans la version DVD) de la découverte par les parents d’Adèle de sa relation avec Emma. Scène évidemment violente. Mais cette révélation est, je pense, pour tout jeune homosexuel, au-delà de l’intense douleur qu’elle peut parfois procurer (en raison du rejet encore trop fréquent qu’elle suscite), fondatrice de son identité à venir. En l’éludant, et en projetant l’histoire plusieurs années plus tard, Kechiche nous prive, en partie, de la compréhension de l’évolution psychologique d’Adèle. Dommage. D’autre part, il me semble que l’évocation du milieu artistique et intellectuel est un brin (un brin seulement !) caricaturale. En revanche, la vision que le cinéaste nous livre de la jeunesse m’a semblé d’une extrême justesse, comme toujours.


La vie d’Adèle est un film magnifique, douloureux, bouleversant, qui me marquera sans doute durablement. Je souhaiterais mieux l’analyser, mais ces quelques lignes sont rédigées d’un seul jet, sans trop réfléchir. Cet article n'est d'ailleurs pas une critique (je n'en ai plus le désir, ni le temps), j'ai voulu simplement partager quelques impressions très fortes ressenties. Je pense de toute façon que cette œuvre ne doit pas faire l’objet d’une approche trop « intellectualisante ». Ce serait même faire un contresens de l’aborder par ce biais. Car c’est une histoire de sentiments, de sens, de sensualité de chair, une histoire où les cris et les larmes répondent aux soupirs d’extase, ou la douceur succède -ou précède- la violence des gestes, des mots, des émotions.
Un vertige d’émotions indescriptibles.

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