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Bilan 2013

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Mais non, je plaisante, pas de ça ici, terminé les bilans, les classements, comme si on était à l'école, et qu'il fallait noter les bons et les mauvais élèves. Des bons, il y en eut, des mauvais, ils furent nombreux, mais au moins, ils prirent plus de risques que moi devant mon écran d'ordinateur.

Non, pas de classements des tops, des flops, des révélations, ou pas, des films qui avaient une belle affiche, de l'actrice la mieux coiffée, de l'acteur le plus gros,
du chien le plus expressif, de la cravate la mieux nouée... Simplement un grand merci à Abdellatif Kechiche, à Adèle Exarchopoulos et à Adèle... Vous avez illuminé mon année, enflammé mon âme. Merci merci merci!!!

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La vie d'Adèle - Chapitres 1 & 2, du bleu au l'âme (1)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

20


Synopsis


À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bas­cule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait décou­vrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...


Une Palme d’or et des controverses


Ce n’est certes pas l’aspect le plus important, ni le plus intéressant de La vie d’Adèle. Les polémiques qui ont accompagné la sortie de ce film ont toute­fois occupé une telle place dans les médias qu’il est impossible de les ignorer. D’autant que nom­bre de critiques négatives y ont trouvé la matière de leur analyse et une forme de légitimité, alors même que leurs auteurs n’avaient, parfois (sou­vent ?), pas vu cette œuvre…


Un tyran aux commandes ?


Il y eut d’abord les plaintes d’un certain nombre de techniciens du film, relayées le 23 mai 2013 par un communiqué du Spiac-CGT, le Syndicat des professionnels de l'industrie de l’audiovisuel et du cinéma. Ce texte[1] dénonce, entre autres, des conditions de travail difficiles, des horaires à géométrie variable, le non-respect des minima salariaux… Rappelons tout de même que ces ac­cusations ont surgi près de neuf mois après la fin du tournage (pourquoi avoir tant attendu pour dénoncer ces infractions au droit ?), en plein débat sur la convention collective du cinéma. De là à voir comme une forme d’opportunisme, pour profiter de la mise en lumière du film…


Laissons néanmoins le bénéfice du doute aux plaignants (je parle de doute, n’étant pas dans le secret des dieux). Il me semble cependant que les professions concernées sont exercées avant tout par passion (du moins je l’espère !). Loin de moi l’idée de dire que celle-ci justifie l’accepta­tion de toutes les dérives, il n’empêche, elle peut aussi permettre d’envisager le Code du travail avec une certaine souplesse. Fait-on de tels métiers pour compter ses heures (je sais, mon dis­cours n’est pas des plus politiquement corrects…) ? La tribune du Spiac-CGT évoque le départ de plusieurs techniciens durant le tournage. D’autres sont restés. Parmi eux, des fidèles dAbdellatif Kechiche, et ce depuis son premier film. Pourquoi continuent-ils à collaborer avec ce « tyran » ?

Difficile, donc, de faire la part du vrai et du faux, de la manœuvre politique (et syndicale) dans cette affaire… Quoi qu’il en soit, les grands créateurs sont rarement des enfants de chœur. Ce sont des personnalités fortes, exigeantes envers elles-mêmes et les autres. Leur aspiration obses­sionnelle à l’excellence est sans doute humainement difficile à vivre, mais elle permet aussi le dépassement de soi. L’histoire du cinéma nous en offre de multiples exemples. Un autre réalisa­teur récompensé à Cannes, Terrence Malick, eut lui aussi des relations très tendues avec ses col­laborateurs. C’était sur le tournage deBadlands (1973) : « Mécontent de son directeur de la photo, Brian Probyn, il a fini par le virer. L’assistant de Probyn, Tak Fujimoto, a pris la suite, avant de jeter l’éponge. Le responsable des effets spéciaux a été grièvement blessé lors du tournage de la séquence de l’incendie du début du film. N’ayant pas les moyens d’affréter un hélicoptère, Malick l’a emmené à l'hôpital en voiture, à la grande fureur de l’équipe qui s’est mise en grève. Les dernières semaines de tournage, l’équipe se réduisait à Malick, sa femme et un élève d'un lycée du coin[2] ». Au regard de ce récit, on ne peut s’empêcher de sourire quand un technicien de La vie d’Adèle s’émeut dans les colonnes du Monde que Kechiche, mécontent de l’une des te­nues de ses comédiennes, ait « osé » demander à un membre de son équipe de lui prêter son pull-over[3]Much ado about nothing

 




 

 On a aussi abondamment commenté les centaines d’heures de rushes réalisées par le cinéaste. Comme s’il s’agissait là d’une pratique exceptionnelle ! Prenons le cas d’un grand monteur, pas­sé à la réalisation, David Lean. Sur le tournage deGreat expectations (1946), il exigea ainsi de son actrice principale, Valérie Hobson, quarante-trois prises pour un seul plan : « Mon visage était censé ne montrer aucune émotion. Il fallait que je sois absolument détachée, froide et sans cœur. David ne voulait rien voir, rien entendre, il a continué, jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il voulait et, en fait, il a utilisé la troisième prise[4] ».


Certains se sont encore émus que Kechiche ait parfois filmé ses interprètes à leur insu, pendant leur moment de repos. Ils ont vu dans ce procédé comme une violation de leur intimité. Une nouvelle fois, je renvoie au passé, et à ce témoignage -parmi tant d’autres- d’Alec Guinness, également à propos de Lean : « Je devais tourner un gros plan où je devais rire à gorge déployée ce qui est toujours difficile. […] Nous avons essayé une ou deux fois et David a dit : "Laissons tomber un petit moment. On s’accorde une vingtaine de minutes", et il s’est assis à côté de moi et m’a dit quelque chose qui m’a fait rire. Je n’avais pas vu qu’il avait fait un petit signe pour que la caméra continue de tourner pendant la conversation, et puis il a dit : "Coupez !". Il a donc obtenu son plan grâce à ce stratagème. […] J’étais très reconnaissant. Sans cela, je ne crois pas que j’y serais arrivé[5] ».


La méthode Kechiche n’est par conséquent pas unique. Je ne me sens pas en droit de la juger moralement, comme le font avec beaucoup de suffisance tant de commentateurs qui ne con­naissent pas l’homme. Mais quand je regarde la liste des metteurs en scène réputés tyranniques (j’aurais pu encore citer Hitchcock, Curtiz, Clouzot, Kazan, Mankiewicz, Peckinpah, Kubrick ou Pialat), je me dis que les grandes œuvres ont un prix, même si ce n’est pas une règle. Peut-être faut-il le déplorer, mais c’est ainsi…


            Une œuvre trahie ?


On a beaucoup parlé de trahison à propos de la transposition à l’écran de la bande dessinée de Julie MarohCe débat est presque aussi ancien que le cinéma, puisque cet art, dès les premières années de son histoire, fit de l’écrit une source d’inspiration essentielle.


Soulever cette question de la fidélité relève d’une forme d’archaïsme intellectuel, car elle suppo­se de la part de ceux qui la soulèvent une ignorance complète de ce qui distingue littérature et cinéma. Ces deux formes d’expression ont chacune leur langage propre. Il est donc illusoire de penser retrouver par l’intermédiaire d’images animées les images mentales suscitées par les mots. Christian Metz, observe d’ailleurs à ce sujet qu’il est « toujours possible de faire passer dans le film la substance globale du livre, dont néanmoins chacune des pages sera irrémédiable­ment trahie[6] ».


De plus, une œuvre littéraire, dès l’instant où elle est livrée au public, devient multiple. Il y a au­tant de visions que de lecteurs. Chacun passe le texte au filtre de son vécu, de sa sensibilité, de son imaginaire. C’est encore plus vrai si le lecteur est lui-même créateur[7]Julie Maroh l’a bien saisi : « Pour moi cette adaptation est une autre version/vision/réalité d’une même histoire. Aucune ne pourra annihiler l’autre. […] Ce qu’il [Kechiche] a développé est cohérent, justifié et fluide. C’est un coup de maître. N’allez pas le voir en espérant y ressentir ce qui vous a traversés à la lecture du Bleu. Vous y reconnaîtrez des tonalités, mais vous y trouverez aussi autre chose. […] Pourtant, étant l’auteure du Bleu, j’y retrouve toujours beaucoup du livre. C’est le cœur bat­tant que j’en reconnais tout mon Nord natal, tel que j’avais tenté de le retranscrire en images, enfin réel. […] Donc quoi que vous entendiez ou lisiez dans les médias (qui cherchent souvent à aller à l’essentiel et peuvent facilement occulter certaines choses) je réaffirme ici que oui, La vie d’Adèle est l’adaptation d’une bande dessinée, et il n’y a rien de mal à le dire. […] Quoi qu’il en soit je ne vois pas le film comme une trahison. La notion de trahison dans le cadre de l’adapta­tion d’une œuvre est à revoir, selon moi. Car j’ai perdu le contrôle sur mon livre dès l’instant où je l’ai donné à lire[8] ».

 



 

 

 

En ce qui me concerne, j’ai découvert la bande dessinée après avoir vu le film. Mon ressenti est donc forcément très différent de celui d’un spectateur ayant fait le cheminement inverse. La première moitié de l’ouvrage est très fidèlement reprise dans La vie d’Adèle, que ce soit dans les situations, les dialogues (je ne parle pas d’esthétique, Kechiche et Maroh ayant leur propre uni­vers). Certes, Clémentine devient Adèle, mais c’est un détail, me semble-t-il (peut-être ce chan­gement reflète-il la volonté du réalisateur de renforcer l’identification de son actrice à sa jeune héroïne ?). Là encore, la dessinatrice relève cette proximité : « Chez Quat’Sous Films se trouvait tout le découpage des scènes filmées, épinglé au mur en petites étiquettes. J’ai battu des pau­pières en constatant que les deux-tiers suivaient clairement le cheminement du scénario du li­vre, je pouvais même en reconnaître le choix des plans, des décors…[9] ».


Dans la seconde partie (à partir de la première relation entre Adèle/Clémentine et Emma), les deux œuvres prennent par contre des directions divergentes.L’approche de Kechiche est plus charnelle. Le traitement de l’histoire chez Maroh est, à mon avis, plus affectif et mélancolique. Ces deux visions sont pour moi complémentaires.


            Un film pornographique ?


Débat passionné que la représentation du sexe à l’écran ! La fameuse séquence de sept minutes montrant la première étreinte amoureuse d’Adèle et Emma n’y échappe pas. D’autant que l’au­teur de L’Esquive prend le parti d’une frontalité assez crue. Je ne crois pas que son choix soit guidé par le désir de provoquer. Il est cohérent avec le reste du film. La mise en scène déborde de vie, d’appétit de vivre, même dans la souffrance, le désespoir. Cela transparaît dans les scè­nes de repas, dans sa manière de filmer les actrices, de saisir leurs émotions les plus intimes. Il nous rend sensibles les tremblements dont sont parcourus leur visage et leur corps, frissons de plaisir pendant l’amour, spasmes de douleur après la rupture… Kechiche ne nous épargne rien, pas même les humeurs corporelles, dont la vue a tellement marqué (choqué) certains specta­teurs. Il y a du Montherlant dans cette représentation : « L'être convulsé projette de toutes parts sa salive, son urine et sa morve, que les assistants reçoivent religieusement[10] ».


Le trouble éprouvé devant La vie d’Adèle tient probablement au fait que le cinéma contempo­rain est de plus en plus aseptisé. L’acteur, ici, n’est pas réduit à être un support de capteurs pour effets numériques. Il est un être fait de chair et de sang. Il s’exprime autant par la parole que par ses rires, ses larmes, ses aspérités physiques, ses petitesses, les élans de son cœur et les bouil­lonnements de son âme. Autant de choses qui bousculent les sens et la raison, dérangent l’ordre établi, bref, tout ce que notre société formatée fuit. Elle préfère les fruits bien calibrés et lisses à ceux, d’apparence plus imparfaite, mais qui ont une saveur…


Pour en revenir à la scène polémique du film, qui suffit à le qualifier de pornographique dans son entièreté, il convient de s’interroger sur ce qu’est l’obscénité. C’est à mon sens une notion floue[11]. Les limites qui la déterminent sont mouvantes, elles changent en fonction des époques, des cul­tures, de la sensibilité des individus… L’Olympia de Manet fit scandale en son temps. Ce tableau est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre. Tout comme Riso amaro de Giuseppe de Santis ou The misfits de John Huston, pourtant signalés lors de leur première diffusion sur petit écran, dans les années 1960, par un carré blanc, triste « fleurdelysage » télévisuel annonçant leur supposée immoralité.


La vision qu’on a de l’obscénité me paraît en outre très restrictive. La classification pornographi­que est souvent restreinte à la seule mise en scène de la sexualité et de la violence (sans doute l’influence de nos racines judéo-chrétiennes). Pour moi, des idées, des paroles, des comporte­ments peuvent être bien plus indécents que des images. Les excès d’un capitalisme décomplexé, les mufleries d’un Séguela sur la réussite, par exemple, sont pour moi terriblement abjects.


Cette conception est par conséquent instable et mal définie. Cela n’empêche cependant pas cer­tains d’énoncer d’un ton décisif que La vie d’Adèle est pornographique. Alors que rien, dans le regard que porte Kechiche sur les corps de ses actrices, ne l’est. Sa caméra glisse sur leur peau comme une caresse, sublimant la beauté convulsive de leur chorégaphie amoureuse, la rendant palpable, sensible, bouleversante... Rien à voir avec l’exploration gynécologique et sordide d’un film X.

 




   

En marge de ce questionnement, quelques personnes se sont étonnées (pour s’en indigner, cela va sans dire !) que le film soit seulement interdit au moins de 12 ans. Hypocrisie ! N’importe quel adolescent a désormais les moyens d’accéder à des images infiniment plus crues sur Internet, et ce en dépit des fitres parentaux. Je ne dis pas que cette évolution n’est pas préoccupante. Mais il s’agit d’un fait. Qu’on arrête donc les faux procès…


            Un fantasme d’homme hétérosexuel ?


On en arrive à la grande faute de goût de La vie d’Adèle. Abdellatif Kechiche est un homme ! Qui plus est hétérosexuel ! « Il me semble clair, écrit Julie Maroh, que c’est ce qu’il manquait sur le plateau : des lesbiennes. Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actri­ces (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y a-t-il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possi­bles[12] ». Cet argument imbécile[13] est souvent ressorti. A quoi cela sert-il d’œuvrer à la « démar­ginalisation » de l’homosexualité si celle-ci doit rester un domaine réservé, une chasse gardée ? Cela me paraît contradictoire. Bref…


Des lesbiennes ont reproché au réalisateur sa vision de l’amour saphique, qui serait « irréaliste » (sur ce point, je ne sais si la scène de la bande dessinée où Emma descend la nuit, nue, dans la cuisine des parents de Clémentine sonne beaucoup moins faux[14]…) et « hétéro-normée ». « On ne fait pas l’amour ainsi ! », se sont-elles insurgées. Autrement dit, la représentation de Kechiche relèverait du fantasme, démarche qui, en plus de son caractère « évidemment » -pour elles- ré­pugnant, serait en contradiction avec son esthétique naturaliste. Contradiction apparente seule­ment, car le Naturalisme n’est pas nécessairement synonyme de reproduction documentaire du réel, comme le prouve l’œuvre de Zola, principal théoricien de cette doctrine, mais dont le tempérament lyrique transfigurait la vérité, en l’amplifiant. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question.


Pour en revenir aux critiques adressées à Kechiche, je n’aurais pas l’impudence de mettre en doute le point de vue des lesbiennes, n’étant pas très renseigné sur leurs usages ! Dans la plu­part des cas, que l’on soit hétérosexuel ou homosexuel, il est probable que l’on ne se livre pas à l’autre, la première fois, avec l’audace et la liberté montrées dans La vie d’Adèle (un conformis­me en vérité bien regrettable). Peut-on néanmoins généraliser ce propos ? Les pratiques sexuel­les répondent-elles à des règles ? Ne sommes-nous pas des individus, donc susceptibles d’agir diversement selon l’instant, le partenaire et le degré de confiance qu’il peut nous insuffler ? Le désir n’est pas une affaire de normes, mais plutôt de psyché.


Le plus plaisant, dans cette affaire, c’est qu’un journal aussi conservateur et réactionnaire que Le Figaro a ouvert ses colonnes au magazine LGBT Posture pour relayer les avis négatifs des lesbien­nes sur cette scène ! Une des quatre jeunes femmes interrogées (un panel statistiquement irré­prochable pour refléter l’opinion de l’ensemble de la communauté !) observe : « J’ai trouvé cela très sexy au début […]. Et puis, cela devient ridicule lorsqu’elles changent de position toutes les dix secondes[15] ». Peut-on expliquer à cette demoiselle que cette succession de position est pour l’essentiel le résultat de l’enchaînement des plans (pour information, on appelle cela le monta­ge…), le film n’étant pas tourné en une seule séquence ? Une autre note : « Emma ressemble à une rave girl de Liverpool des années 90. Personne ne trouverait une telle fille attirante[16] ». Per­sonne ? La beauté est-elle donc également formatée ? C’est tellement pathétique de penser ainsi quand on prône, légitimement, le droit à la différence ! Enfin, pour mémoire, le look d’Emma, en particulier la couleur de ses cheveux, également mis en cause dans ce simulacre d’article, est l’idée de Julie Maroh, pas de Kechiche (il a bon dos, mais quand même !).


Au-delà de la grande variété des comportements que nous venons d’évoquer, bien moins figés qu’on veut nous le faire accroire, on se doit encore de considérer quelques impératifs stricte­ment cinématographiques. De fait, malgré la durée du film (en rapport avec son naturalisme, comme on le verra), le temps dont dispose le cinéaste reste contraint -je sais que cela fera bon­dir ceux qui se sont ennuyés ! S’il veut exprimer la passion, il ne peut raisonnablement se per­mettre de représenter toutes les étapes de son développement, il doit aller droit au but, prendre des raccourcis. Aussi nous plonge-t-il très vite dans ce qu’elle a de plus intense. Ce choix offre en plus l’intérêt de précipiter l’immersion du spectateur. Après la première scène d’amour, il ne peut plus être un témoin passif, il est impliqué émotionnellement, viscéralement.


Pour conclure sur ce point, je trouve assez insultant le mépris affiché à l’égard du public masculin par quelques commentateurs, notamment Julie Maroh, décevante pour l’occasion. Evoquant la séquence ayant suscité le débat sur le caractère pornographique, ou non, du film, elle note : « Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire, il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes[17] ». D’une part, quand j’ai vuLa vie d’Adèle, il n’y eut aucune manifestation d’hilarité dans le public, pourtant très variés (âge, sexe…) ; d’au­tre part, croit-elle vraiment que pour « se rincer l’œil » pendant sept minutes, beaucoup d’hom­mes soient prêts à « endurer » une projection de presque trois heures ? A l’époque d’Internet ? Je sais que les « mâles » hétérosexuels ne sont pas réputés pour leur subtilité, que se sont d’im­mondes prédateurs ! Ne peut-on toutefois envisager que si certains ne rient pas, restent silen­cieux devant ces images, c’est aussi par respect pour la splendeur et la force des émotions, des sentiments qu’elles révèlent ? Ce propos est d’une bêtise abyssale et déshonore son auteur…


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La vie d'Adèle - Chapitre et 1 et 2, du bleu à l'âme (2)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Dans la lumière d’une jeune fille en fleurs


            Une Odyssée sentimentale


J’ai d’abord pensé intituler ce paragraphe Une éducation sentimentale. Mais la référence à l’épo­pée d’Homère s’est vite imposée à moi pour qualifier le parcours initiatique d’Adèle. Car que de détours la jeune fille devra-t-elle emprunter dans sa quête d’elle-même, que de combats lui fau­dra-t-il livrer (contre ses peurs et son éducation, contre les préjugés de la société, de sa famille, de ses ami(e)s, de ses collègues...), avant d’atteindre ce que l’on peut regarder comme son « île d’Ithaque », son identité sexuelle, dont elle n’aurait jamais dû s’éloigner, sans la bien-pensance et la pression sociale.


A l’instar d’Ulysse, l’adolescente explorera des territoires inconnus, en particulier ceux, divers et fascinants, de la chair et du plaisir. Elle affrontera des tempêtes, subira l’enchantement -au sens magique du terme- d’une énigmatique Circé sur les marches d’un escalier de son lycée, tombera de Charybde en Scylla, se retrouvera, flottant à la surface des flots, telle une sirène… Et comme le héros d’Homère, jamais elle ne capitulera face aux épreuves. En dépit des coups, des insultes, des trahisons (les siennes et celles de son entourage), des renoncements, elle n’aura de cesse de se relever. 

 




 

            Adèle et Clémentine


Les deux jeunes filles sont faites d’une argile modelée par la sensibilité et les expériences de leur « créateur » respectif. De ce fait, elles apparaissent assez dissemblables. Dans son commentaire du film, Julie Maroh observe justement : « C’est un film purement kéchichien, avec des person­nages typiques de son univers cinématographique. En conséquence son héroïne principale a un caractère très éloigné de la mienne[18] ».


Cette distance ressort d’abord dans le traitement esthétique des deux personnages. Le visage d’Adèle est un soleil impressionniste, dont Abdellatif Kechiche n’a de cesse de capter la palette délicate et changeante. Les multiples nuances de sa carnation illuminent le film, embrasent les sens du spectateur. Celui de Clémentine est traité en dégradés de gris, de noir. Avec ses grands yeux, elle s’adresse davantage à l’affect du lecteur.


Leur manière d’être avec Emma est également très différente. Clémentine a une relation avec la jeune femme plus « égalitaire » qu’Adèle. Plusieurs fois, on la voit prendre l’initiative. C’est ainsi elle qui force sa porte[19]. Le jour de son dix-septième anniversaire, c’est encore elle qui lui fait re­marquer son attitude timorée, ses contradictions, ses mauvaises raisons de ne pas la faire entrer dans son existence : « Est-ce que tu as déjà oublié le premier jour où je suis venue ici… ? J’ai pris un risque énorme en mettant à nu ce que je ressentais. Tu l’as déjà oublié, ça ? J’ai l’impression de l’avoir rêvé et c’est horrible. S’il te plait, j’ai besoin que tu prennes un risque toi aussi[20] ». Em­ma capitule souvent devant ses arguments. La maturité de l’adolescente se déploie en accéléré. C’est d’ailleurs l’objet d’un des textes de son journal : « Et j’ai grandi plus vite que prévue[21] », no­te-t-elle après la découverte par ses parents de son homosexualité, et surtout leur rejet.


A l’inverse, Adèle est dans un état de plus grande dépendance à l’égard d’Emma. Celle-ci la guide dans la prise de conscience de son identité sexuelle, dans son épanouissement culturel, intellec­tuel, dans son ouverture sur le monde… Leur différence d’âge et d’expérience est plus manifes­te, rendant le récit cinématographique psychologiquement plus crédible (au moins sur ce point).


Comme nous l’avons souligné, l’héroïne de Kechiche n’en manifeste pas moins une grande force de caractère. Il s’agit toutefois d’une fermeté en réaction à l’adversité. Etant davantage moteur de la relation avec Emma, Clémentine y ajoute de la détermination dans l’action. Elle s’en épuise sans doute d’autant plus, d’où, peut-être, son destin tragique. Tragique ? Pas certain que ce ter­me soit juste. Bien sûr, Clémentine meurt jeune, pourtant sa vie a été pleine, ainsi qu’elle le con­fesse à Emma dans un message d’adieu bouleversant, mais pas larmoyant, résolu, à son image : « Mon amour, tu m’as sauvée. Tu m’as sauvée d’un monde établi sur des préjugés et des mora­les absurdes, pour m’aider à m’accomplir entièrement […]. Alors maintenant que je pars et que tu restes, je t’en prie… Tu dois vivre. Tu dois vivre pleinement cette vie si précieuse qu’il te reste, et être -comme moi aujourd’hui sur mon dernier lit- sans regret et en paix avec toi-même[22] ».


La vie est comme une chandelle. Si on ne s’en sert pas, elle dure longtemps, cependant elle n’éclai­re pas, ne réchauffe pas l’âme : elle n’est d’aucune utilité…


            Adèle(s)


« Adèle Exarchopoulos is a ball of fire[23] », selon le magazine Rolling Stone. De fait, la jeune fem­me offre dans ce film une performance à couper le souffle. Parler de « performance » est d’ail­leurs une erreur. Ce mot laisse à entendre qu’il y a jeu. Hors elle ne joue pas. Adèle est Adèle. Rarement une héroïne de fiction et son interprète ont donné l’impression d’une fusion si parfai­te.


Ce « syncrétisme » fait que l’actrice parvient à un exceptionnel degré d’intensité dans l’expres­sion des émotions de son personnage, en particulier de son amour et de son désir pour Emma. Elle incarne avec une justesse saisissante ce que Proust nommait « irradiation du sentiment amoureux » : « Quand on aime, l’amour est trop grand pour pouvoir être contenu tout entier en nous ; il irradie vers la personne aimée[24] ».

 




   

La présence de la comédienne est telle que le film ne semble plus être projeté sur un écran, mais sur sa chair. Son visage et son corps assimilent la toile blanche, transformant ce matériau inerte en matière sensible, et précipitant le spectateur dans une plongée hypnotique et intime au cœur de son être. C’est une sorte de miracle, dont seul le cinéma -du moins ses œuvres les plus fortes, les plus ambitieuses- est capable. Un miracle où le gros plan joue un rôle essentiel…


De l’image-affection a l’image-pulsion


La vie d’Adèle est en équilibre entre deux pôles esthétiques principaux (on relèvera, plus loin, que cette partition est aussi ponctuées de notes impressionnistes), l’image-affection et l’image-pulsion, notions définies par Gilles Deleuze dans Cinéma 1 : l’image mouvement[25].


            Un cinéma du visage


« L’image-affection, c’est le gros plan, et le gros plan, c’est le visage[26] ». Le cinéma d’Abdellatif Kechiche étant un cinéma du visage, il est naturel qu’il recourt essentiellement à ce type de ca­drage. Certains ne lui en ont pas moins reproché la quasi-systématisation de cette pratique, au prétexte absurde que le gros plan dénoterait une absence de vision, un manque de style. Jean Renoir en était-il dénués ? Il déclarait pourtant à ce sujet : « Il y a une chose qui différencie le cinématographe de toutes les autres formes de spectacles, de toutes les formes de spectacles pratiquées jusqu’à maintenant, et c’est le gros plan[27] ». Le gros plan est l’essence même du ci­néma. Sans lui, il ne saurait y avoir, selon l’expression d’Eisenstein[28], de lecture affective du film (image-affection).


Reprenant les travaux de l’historien d’art Heinrich Wölfflin, Deleuze rappelle qu’en peinture la technique du portrait s’articule autour de deux grandes tendances : la « visagéification » et la « visagéité ». Dans le premier cas, le visage est saisi comme un contour, une ligne enveloppan­te[29]. Dans le second, les traits sont dispersés, pris dans la masse[30]. Cette manière exprime le res­senti, le désir, les passions… Kechiche s’inscrit résolument dans ce mouvement, en nous faisant éprouver le désordre émotionnel de son héroïne par les vibrations de sa carnation, les frémisse­ments de ses paupières, de ses lèvres, la tension des muscles de son visage.


            La vérité monte d’un coup d'aile jusqu'au symbole[31]


Le titre de ce développement, emprunté à un échange épistolaire entre Emile Zola et Henry Céard, illustre bien, je crois, la conception naturaliste d’Abdellatif Kechiche. Comme l’auteur des Rougon-Macquart, le cinéaste à « l’hypertrophie du détail vrai, le saut dans les étoiles sur le tremplin de l’observation exacte[32] ».


Le regard qu’il porte sur l’homosexualité féminine n’est donc pas le reflet de la réalité, ainsi que nous l’avons vu. Elle en est une amplification. Le Naturalisme cinématographique (image-pul­sion[33]) n’est pas autre chose : « Il ne s’oppose pas au réalisme, mais au contraire il en accentue les traits en les prolongeant dans un surréalisme particulier[34] », ce que n’ont pas compris des esprits étriqués, qui pensaient -espéraient ?- trouver dans La vie d’Adèle un documentaire sur l’amour saphique.


Tout, ou presque, devant la caméra de Kechiche suit cette ligne esthétique. A commencer par sa vision sociale, qualifiée parfois de caricaturale, alors que s’il « surcharge, épaissit et prolonge les lignes invisibles qui découpent le réel[35] » (les milieux respectifs des deux jeunes femmes), c’est pour mieux les caractériser et en faire le diagnostic, dans une approche nietzschéenne de « mé­decin de la société/civilisation ».


La durée du film est également naturaliste. Elle a une signification, ici ontogénétique, dans le sens où elle nous rend sensible l’évolution des personnages, en particulier celle d’Adèle. En d’autres termes, le réalisateur prend le temps de nous montrer l’humain « vivant dans le milieu social qu’il a produit lui-même, qu’il modifie tous les jours, et au sein duquel il éprouve à son tour une transformation continue[36] ».

 

 

            Une sensibilité impressionniste


Kechiche adoucit, par instant, la radicalité de sa démarche par des élans impressionnistes d’une rare splendeur. La chair se fait alors laiteuse, les lèvres se nacrent de lumière le temps d’une séance de pose ; la fièvre d’un premier baiser se dissout dans un rai de soleil miellé ; le paysage se colore de fleurs roses et mousseuses… 

 




 

Ces trouées lumineuses ne sont pas uniquement visuelles, elles sont aussi auditives. C’est le cas dans cette séquence, belle à pleurer, où Adèle surveille l’endormissement de ses petits élèves. Les soupirs des enfants, le froissement feutré des draps, les notes de la berceuse se mêlent en un poudroiement de sons d’une douceur bouleversante…


Zoom sur… les cheveux d’Adèle

 

 

On a beaucoup glosé sur les larmes de la jeune fille, sur sa morve (!), sur son corps. Je n’ai rien lu sur ses cheveux. Ils occupent néanmoins une place importante dans sa vie. Elle ne cesse de les attacher, de les détacher, de les caresser, de les tordre…


Matière (é)mouvante, les cheveux d’Adèle, comme les vibrations de son visage, sont le reflet des émois de l’adolescente. Elle les réunit en une sorte de chignon torturé et rebelle lorsqu’elle con­traint sa nature, ses désirs, les laisse défaits quand elle s’y abandonne. Kechiche nous les montre également ondoyants à la surface de la mer. Ils cernent alors son visage d’une aura soyeuse, d’une auréole de béatitude, comme pour signifier, après les douleurs de la rupture, sa sérénité retrouvée, sa renaissance dans ce milieu « amniotique ».

 

Conclusion

Les points de vue sur La vie d’Adèle resteront irréconciliables. Cette absence de consensus est le signe des œuvres fortes. Pasolini en son temps choqua et est aujourd’hui considéré comme un maître… Peu importe le regard des contemporains, leurs polémiques, leurs commentaires. Fina­lement, seule compte la postérité…


J’aurais encore beaucoup à dire (scène de rupture, de retouvailles, qui m’ont semblé très justes). J’ai peu évoqué Emma et son interprète. C’est que Adèle(s) vampirise(ent) les autres personna­ges/actreurs. Mais il est temps de mettre un terme à cet analyse un peu froide. J’ai l’impression que mes mots agissent sur la chair de ce film comme un scalpel, qu’ils la déchire douloureu­sement. Il ne doit pas faire l’objet d’une approche trop « intellectualisante ». La vie d’Adèle est une histoire de sentiments, de sens, de sensualité, où les cris et les larmes répondent aux soupirs d’extase, où la douceur succède -ou précède- la violence des gestes, des mots… Bref, un vertige d’émotions indescriptibles !

 

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Fiche technique

Réalisation : Abdellatife Kechiche

Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalia Lacroix, d’après le roman graphique de Julie Maroh

Photographie : Sofian El Fani

Interprétation : Léa Seydoux (Emma), Adèle Exarchopoulos (Adèle), Salim Kechiouche (Samir), Aurélien Recoing (le père d’Adèle), Catherine Salée (la mère d’Adèle), Benjamin Siksou (Antoine), Mona Walravens (Lise), Alma Jodorowsky (Béatrice), Jérémie Laheurte (Thomas), Anne Loiret (la mère d’Emma), Benoît Pilot (le beau-père d’Emma), Sandor Funtek (Valentin), Fanny Maurin (Amélie), Maelys Cabezon (Laetitia), Samir Bella (Samir), Tom Hurier (Pierre), Manon Piette (Manon)…

Année de production : 2013

Orientations bibliographiques 

 

BLUMENFELD Samuel, Terrence Malick au compte-gouttes, Le Monde, 13 mai 2011

BROWNLOW Kevin, David Lean, une vie de cinéma, Corlet-CinémAction, 2003

CESBRON Mathilde, La vie d'Adèle : les scènes de sexe jugées ridicules par les lesbiennes, 12 novembre 2013

DELEUZE Gilles, Cinéma 1 : l’image-mouvement, Les Editions de Minuit, 1983

FABRE Clarisse, Des techniciens racontent le tournage difficile de La vie d’Adèle, Le Monde, 24 mai 2013

MAROH Julie, Le bleu est une couleur chaude, Glénat, 2010

Le bleu d’Adèle, Les cœurs exacerbés, 27 mai 2013

METZ Christian, Essais sur la signification au cinéma, volume 2, Klincksieck, 1972

DE MONTERLAND Henry, La petite infante de castille, Grasset

PROUST Marcel, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Nouvelle Revue Française, 1918, tome II

TRAVERS Peter, Blue is the warmest color, Rolling Stone, 24 octobre 2013

ZOLA Emile, Le roman expérimental, G Charpentier, 1881

 

Christophe LEFEVRE

 

 

 



[1] FABRE Clarisse, Des techniciens racontent le tournage difficile de La vie d’Adèle, Le Monde, 24 mai 2013.

[2] BLUMENFELD Samuel, Terrence Malick au compte-gouttes, Le Monde, 13 mai 2011.

[3] FABRE Clarisse, op. cit..

[4] Cité par BROWNLOW Kevin, David Lean, une vie de cinéma, Corlet-CinémAction, 2003, p. 246.

[5] Ibidem, p. 245.

[6] METZ Christian, Essais sur la signification au cinéma, volume 2, Klincksieck, 1972, p. 102.

[7] S’il ne fait pas ce travail d’appropriation, l’adaptation n’a aucun intérêt, elle devient un calque sans saveur.

[8] MAROH Julie, Le bleu d’Adèle, Les cœurs exacerbés, 27 mai 2013.

[9] Ibidem.

[10] DE MONTERLAND Henry, La petite infante de castille, Grasset, 1929, p. 20.

[11] « La pornographie, c’est l’érotisme des autres » disait André Breton.

[12] MAROH Julie, Le bleu d’Adèle, Les cœurs exacerbés, 27 mai 2013.

[13] Imbécile, car qui se soucie de la réalité des postures ? Les gestes d’Isabelle Adjani dans Camile Claudel sont-ils ceux d’un sculpteur ? Je m’en moque, l’important est ailleurs, dans les émotions que l’actrice fait naître !

[14] Mais peut-être est-ce du vécu. J’ignore la part autobiographique de cette œuvre.

[15] CESBRON Mathilde, La vie d'Adèle : les scènes de sexe jugées ridicules par les lesbiennes, 12 novembre 2013.

[16] Ibidem.

[17] MAROH Julie, Le bleu d’Adèle, Les cœurs exacerbés, 27 mai 2013.

[18] MAROH Julie, Le bleu d’Adèle, Les cœurs exacerbés, 27 mai 2013.

[19] MAROH Julie, Le bleu est une couleur chaude, Glénat, 2010, p. 92.

[20] Ibidem, p. 107.

[21] Ibidem, p. 130.

[22] Ibidem, pp. 153-154.

[23] TRAVERS Peter, Blue is the warmest color, Rolling Stone, 24 octobre 2013.

[24] PROUST Marcel, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Nouvelle Revue Française, 1918, tome II, p. 157.

[25] DELEUZE Gilles, Cinéma 1 : l’image-mouvement, Les Editions de Minuit, 1983.

[26] Ibidem, p. 125.

[27] Les artisans de la médiation, ORTF, 1er janvier 1971.

[28] DELEUZE Gilles, op. cit., 1983, p. 125.

[29] Ibidem, p. 126.

[30] Ibidem.

[31] ZOLA Emile, Lettre à Henry Céard, 22 mars 1885.

[32] Ibidem.

[33] DELEUZE Gilles, op. cit., 1983, p. 179 : « L’essentiel du naturalisme est dans l’image pulsion ».

[34] Ibidem, p. 174.

[35] Ibidem, p. 175.

[36] ZOLA Emile, Le roman expérimental, G Charpentier, 1881, p. 19.

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