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Anna May Wong (1905 - 1961)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Anna May Wong 1  

Dans ma critique consacrée au Voleur de Bagdad de Raoul Walsh (1924), j’ai très rapidement évoqué la présence au générique d’Anna May Wong dans le rôle d’une esclave mongole. Cette actrice aujourd’hui assez méconnue, fut une star en son temps, même si sa filmographie révèle qu’elle se vit surtout confier des seconds rôles. 

 

Si l’on veut se convaincre de l’importance d’Anna May Wong dans l’histoire du cinéma hollywoodien, il suffit de considérer le Hollywood and La Brea Gateway (photo). Ce belvédère supporté par quatre caryatides est l’œuvre de Catherine Hardwicke, la réalisatrice du premier volet de la saga Twilight. Le Smithsonian Institution Research Information System (SIRIS) en donne cette description : Sculptural four-sided gateway is an art-deco style gazebo with four stainless steel full-length portraits of Hollywood actresses […]. The actresses portrayed are Mae West, Dorothy Dandridge, Anna May Wong and Dolores Del Rio. All four figures wear glamorous long gowns. A spire rises from the top of the rounded, open gazebo roof. Neon lettering runs vertically down the four sides of the spire. At the top of the spire is a small windvane. The windvane is a gilded full-length portrait of Marilyn Monroe holding her billowing skirt in place. 

 

Le Hollywood and La Brea Gateway a donc pour objet d’honorer la mémoire de quatre actrices issues de la diversité : Dolores Del Rio, représentante la plus connue du cinéma mexicain, Dorothy Dandridge, d’origine afro-américaine, Mae West, Juive et Irlandaise, et Anna May Wong, première vedette américaine d’ascendance chinoise. Cependant certains, comme Jean-François Staszak, voient dans ce monument une manière de disculper le système hollywoodien de son racisme et de son sexisme en instrumentalisant les quelques actrices de couleur qu’il a tolérées (La fabrique cinématographique de l’altérité : les personnages de Chinoises dans le cinéma occidental, Annales de géographie, 2011). Ce n’est pas totalement faux, comme le montre l’exemple d’Anna May Wong.

    Anna May Wong 2 

Anna -de son vrai nom Wong Liu Tsong- est née le 3 janvier 1905 dans un quartier proche de Chinatown, à Los Angeles, dans une famille installée en Californie au milieu des années 1850. Elle se lança très jeune dans le cinéma, en 1919, dans The red lantern d’Albert Capellani. Mais c’est en 1922 qu’elle obtint son premier grand rôle, dans le film de Chester M Franklin, The toll of the sea, première production en Technicolor bichrome (sur cette technique, voir Ben-Hur : a tale of the Christ de Fred Niblo).

Dans ce drame assez librement inspiré de Madame Butterfly, la jeune fille interprétait Fleur de Lotus, une prestation largement saluée par les critiques. Au lendemain de la première (26 novembre 1922), le chroniqueur du New York Times écrivait en effet : Miss Wong stirs in the spectator all the sympathy her part calls for, and she never repels one by an excess of theatrical feeling. She has a difficult role, a role that is botched nine times out of ten, but hers is the tenth performance. Completely unconscious of the camera, with a fine sense of proportion and remarkable pantomimic accuracy […]. She should be seen again and often on the screen (27 novembre 1922). Celui de The Film Daily relevait quant à lui : The racial question arises in the marriage of the American to the Chinese girl and later in the adopting of the girl's baby, of which the American is the father, by his American wife. […] The theme is really a very sympathetic one made doubly interesting and sincere by the splendid work of Anna May Wong. She is a clever little actress (3 décembre 1922).
 

 

The-toll-of-the-sea-2.JPG           

The toll of the sea, Chester M Franklin (1922)

 

Malgré ces commentaires élogieux, il fallut attendre Le voleur de Bagdad pour qu’Anna fût propulsée sur le devant de la scène. Le rôle que lui confia Walsh est certes très court, mais sa forte composante érotique marqua durablement les mémoires, déterminant ainsi en partie la suite de sa carrière, comme le note Staszak Staszak : Son personnage, qui se meut sensuellement comme un animal, porte une coiffure extraordinaire et une sorte de costume de bain deux-pièces tout aussi étrange qui laisse son corps largement apparaître. La scène où Douglas Fairbanks, lui-même torse nu, la soumet à son autorité en pointant un couteau très phallique sur son dos dénudé dégage un érotisme à connotation sadique qui n’échappe pas au spectateur (photo). C’est grâce à ce film que sa carrière décolle vraiment […]. Elle devient un sex-symbol. Cette performance lui valut également de bonnes critiques : Doug practically the whole show. Little for others to do. Snitzs Edwards pleasing as his evil associate. Julianne Johnston pretty as unimportant heroine. Anna May Wong good. Others don't count (The Film Daily, 23 mars 1924). 

 

Anna apparut ensuite dans une vingtaine de films, rarement en tête d’affiche, même lorsque l’héroïne principale était chinoise. Ainsi, le rôle de Wu Nang Ping dans Mr Wu de William Nigh (1927) fut-il attribué à l’actrice française Renée Adorée, tandis qu’Anna fut reléguée dans un emploi de domestique, qui lui valut une modeste dixième place au générique. Cet exemple rend compte de l’une des traditions de l’époque, celle du yellowface, qui consistait à confier à des acteurs blancs grimés le soin d’incarner des personnages d’origine asiatique. Outre son caractère particulièrement odieux, cette pratique donnait des résultats assez grotesques (photo).

        Anna May Wong 13    

Au cours de ces années, Anna se vit proposer des rôles d’Amérindienne, d’Arabe, d’Inuit, de Bohémienne, de Russe…, dans ce que Jean-François Staszak appelle le vaste fourre-tout de l’altérité. Sa trajectoire exprime en fait les préjugés de race régnant déjà à Hollywood, qui se traduiront légalement au début des années 1930 avec la mise en place du Motion Picture Production Code (Code Hays), lequel stipulait, entre autres : Miscegenation (sex relationships between the white and black races) is forbidden. En raison de ces dispositions, Anna connut l’humiliation de voir sa candidature refusée par la MGM pour le rôle principal de The good earth -Visages d'Orient ou La terre chinoise- de Sidney Franklin (d’après l’œuvre de Pearl S Buck), au seul prétexte qu’il était interdit de montrer à l’écran des gestes intimes –en l’occurrence un baiser- entre acteurs d’origines ethniques différentes. Luise Rainer lui fut préférée. Ce choix causa à Anna une déception d’autant plus grande que l’actrice allemande obtint pour l’occasion l’Oscar de la meilleure actrice en 1938 (le second de sa carrière, après celui décroché pour Le grand Ziegfeld) : Ce casting, remarque Staszak, fit dès l’époque scandale et reste aujourd’hui dénoncé comme une des plus évidentes manifestations des discriminations raciales pratiquées à Hollywood. 

 

Cantonnée dans des rôles exotiques stéréotypés, Anna décida de relancer sa carrière d’abord en Europe, où elle joua dans plusieurs productions importantes (Picadilly d’Ewald-Andre Dupont ou Shanghaï Express de Josef von Sternberg, par exemple), puis en Chine. Mais victime de la propagande du gouvernement de Tchang Kaï-chek, qui considérait que ses rôles donnaient une mauvaise image du peuple chinois, elle revint en Amérique, où elle tourna dans plusieurs films de série B. Durant la guerre sino-japonaise, elle mit sa carrière entre-parenthèses et consacra son temps à défendre la cause de la Chine. Elle revint à l'écran dans les années 1950 dans plusieurs séries télévisées (dontThe gallery of madame Liu-Tsong). Elle est morte d'une crise cardiaque en 1961.

                Anna May Wong 6 

Au cours de sa carrière, Anna fut donc enfermée dans des stéréotypes, liés à son sexe et à ses origines. Selon Jean-François Staszak, son parcours témoigne des discriminations raciales et sexuelles alors en vigueur aux Etats-Unis. Pour autant, selon lui, l’actrice ne doit pas être présentée comme une victime de ce système. Elle a tiré sa gloire et sa réussite de l’exacerbation de sa féminité et de son exotisme : Son altérité lui donne un pouvoir, dont elle ne manque pas de jouer. […] Anna May Wong a participé à la perpétuation d’un système racial dont elle était largement protégée ou dont elle tirait dans une certaine mesure parti. Elle savait et disait que son statut de star la prémunissait du racisme ordinaire. Elle n’ignorait pas qu’elle devait son succès non seulement à son talent mais aussi à son exotisme. Elle en jouait, disposant par exemple de l’encens et des objets orientaux dans les chambres d’hôtel où elle était interviewée.

 

Que reste-il d’Anna May Wong aujourd’hui ? Quelques films mythiques (Picadilly a été restauré par le British Film Institute). Et surtout des personnages qui ont conditionné les représentations occidentales de la femme asiatique. Ils marquent encore profondément l’imaginaire occidental, écrit Jean-François Staszak, et comptent parmi les motivations des touristes qui vont chercher en Asie la femme de leurs rêves ou de leurs fantasmes. Ces touristes sexuels ont-ils vu [ses] films, pour une part perdus, pour beaucoup d’entre eux muets et en noir et blanc […] ? Probablement pas. Mais ils ont été abreuvés de films en couleur et de séries télévisées qui en reproduisent les stéréotypes à l’envi. 

 

Filmographie complète sur IMDB

Album de l'actrice

 

A lire : La fabrique cinématographique de l’altérité : les personnages de Chinoises dans le cinéma occidental, Jean-François Staszak, Annales de géographie, 2011

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Commenter cet article

Philippe Pelletier 16/08/2014 23:25


Voici le cahier des charges de www.cineartistes.com


 


1/         Employer le présent de préférence dans le texte.


2/         Ne pas mentionner les informations incertaines ou non vérifiées.


3/         Le texte doit contenir approximativement 600 mots.


4/         Seulement 3 à 5 paragraphes.


5/         La bio doit respecter la chronologie de la vie de l’artiste en privilégiant la carrière professionnelle, mais les anecdotes sur la vie privée
sont aussi appréciées.


6/         Les liens se font automatiquement avec les pages existantes déjà sur le site, donc bien respecter l’orthographe des noms propres des artistes
cités dans votre texte.


7/         Dans le texte, les titres des films entre guillemets, suivi de l’année de tournage entre parenthèses.


8/         Ne jamais recopier ou plagier les textes des autres auteurs sur le net (Je dis cela car plein de prétendus biographes m’ont envoyer des textes
copiés que j’ai donc refusés et stoppé toute collaboration). Le site étant sous Copyright, il ne faut que de l’original, sinon je risque des procès avec d’autres auteurs. Par contre, vous pouvez
vous servir de toutes les infos du net et rédiger avec votre propre style.


9/         Si vous constatez des erreurs ou omissions dans la filmographie, merci de me le faire savoir.


10/       Merci de me donner votre nom et prénom pour incérer en fin de texte avec le copyright.


11 /      Nous ne rédigeons les textes biographiques que pour les artistes disparus.


 


A bientôt de te lire.


 


Bien cordialement


 


Philippe

Philippe Pelletier 16/08/2014 13:16


Merci pour ta réponse


je t'invite a me contacter sur ma boite mail afin que nous puissions en parler plus sérieusement


Bien cordialement


Philippe Pelletier


 

Philippe Pelletier 15/08/2014 13:52


Bonjour Christophe, seriez vous interessé pour écrire des biographies pour CinéArtistes?
Bien cordialement


 

CHRISTOPHE LEFEVRE 16/08/2014 12:05



Bonjour, merci de votre proposition. Pourquoi pas :) Dites moi seulement comment cela se passe ? Quelles sont vos attentes ? Bien cordialement



Josée 20/10/2012 02:06

Bonjour, Un bel article bien documenté. Anna-Mae Wong n'a t'elle pas été mannequin? Je crois avoir déjà lu ce fait.

CHRISTOPHE LEFEVRE 20/10/2012 09:56



Merci  Je n'ai pas cette information. Elle fut une icone de mode, c'est certain. Mayfair dit d'elle qu'elle était la
femme la mieux habillée". Mais j'ignore si elle mena une carrière de mannequin.



Sylvain Métafiot 09/10/2012 14:45

Article très intéressant sur une actrice que je ne connaissais pas.
Concernant les questions liées à la diversité, à l'altérité et à l'identité je vous conseille cette réflexion : http://www.aminmaalouf.net/fr/category/la-diversite-mode-d-emploi/

CHRISTOPHE LEFEVRE 09/10/2012 19:13



Merci pour ce lien vers cet article d'Amin Maalouf. Il est si vrai que l'on n'aurait guère l'idée d'appeler Proust ou Flaubert d'écrivains francophones. Le "francophone", comme il l'observe, ce
n'est pas (plus)nous, mais "eux". Réflexion intéressante...