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Balada triste (Balada triste de trompeta)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Ballada-triste-de-trompeta-1.jpg
 
Synopsis
 
Enrolé de force par l’armée républicaine espagnole alors qu’il est en pleine représentation, le clown Auguste (Santiago Segura) se retrouve, dans son costume de scène, face aux troupes nationalistes, une machette à la main. Pris soudain d’une rage sanguinaire, il taille en pièce l’ennemi, avant d’être fait prisonnier. Après quelques mois passés dans un camp, il est envoyé dans la vallée de Cuelgamuros pour construire l’abbaye Santa Cruz del valle de los caídos, monument franquiste destiné à recevoir les restes des combattants de la guerre civile. Son fils, Javier, qui a promis de venger son père, rejoint celui-ci pour tenter de le faire s’évader. Mais l’opération tourne mal et il parvient seulement à blesser gravement le responsable du chantier, le colonel Salcedo (Sancho Gracia). Bien des années plus tard, le jeune homme (Carlos Areces) trouve un emploi de clown triste dans un cirque. Pour l’amour d’une acrobate, Natalia (Carolina Bang), il va alors affronter un autre membre de la troupe, Sergio (Antonio de la Torre), un homme brutal et rongé par la haine…
 
Fiche techniqueBalada triste de trompeta - Affiche

Film français, espagnol
Année de production
Durée : 1h47
Réalisation : Alex de la Iglesia
Scénario : Alex de la Iglesia
Image : Kiko de la Rica
Avec Carlos Areces (Javier), Antonio de la Torre (Sergio), Carolina Bang (Natalia), Sancho Gracia (Colonel Salcedo), Juan Luis Galiardo (Monsieur Loyal)...
 


Critique
 
Balada triste saisit le spectateur dès le générique : sur une partition puissante de Roque Baños (c’est sa sixième collaboration avec Álex de la Iglesia), faites de percussions, se succèdent à l’écran les portraits des principaux dictateurs du XXème siècle et des figures les plus emblématiques du cinéma d’horreur. Un pêle-mêle effrayant, qui est l’image du reste du film, une odyssée baroque nous plongeant dans un cauchemar grotesque, monstrueux, gothique et violent, qui croise les univers de Fellini, Browning, Burton et Tarantino. Pas étonnant d'ailleurs que ce dernier, qui présidait le jury de la dernière Mostra de Venise, ait été doublement séduit par ce film, qui s’est vu attribué le Lion d’argent du meilleur réalisateur et le prix Osella du meilleur scénario. 
 
Balada triste n’a donc rien à voir avec le fade et ennuyeux Crimes à Oxford, précédent opus du cinéaste espagnol. On est ici dans la démesure, l’outrance permanente. Ce jusqu’au-boutisme inconfortable en excédera sans doute plus d’un. Pour ma part, il ne m'a pas dérangé, car il n’a rien de gratuit. Il a pour moi le même sens que les Pinturas negras de Goya, à savoir la déshumanisation des individus dans un contexte de violences étatiques. Ici, cependant, ce n'est plus Saturne dévorant un de ses fils que l'on nous montre, mais Sergio brutalisant Natalia ou Javier lacérant le visage de son rival.   
    Balada-triste-de-trompeta-2-copie-1.jpg
 
D’un strict point de vue cinématographique, ce parti pris extrême donne lieu à des scènes d’une intensité inouïe -peut-être même anthologiques. On retiendra plus particulièrement celle se déroulant sur la croix gigantesque de l’abbaye Santa Cruz, qui n’est pas sans évoquer la séquence finale de la Mort aux trousses sur le mont Rushmore, ou encore l’attentat contre Luis Carrero Blanco, le Premier ministre de Franco. Il y a également cette course dans la forêt où, après avoir été sauvagement agressé par Sergio, Javier s’échappe de l’hôpital où il était soigné et se réfugie dans une sorte de grotte dans laquelle tomberont successivement un cerf et un sanglier. Séquence surréaliste (on est au pays de Buñuel !), qui se terminera par la capture du jeune homme par l’ancien assassin de son père, le colonel Salcedo, devenu une sorte de comte Zaroff. 
 
Récit enragé et engagé, Balada triste est une réussite tant visuelle que thématique, qui marque une sorte d’accomplissement pour son auteur. On aimerait que le cinéma français aborde d’une manière aussi frontale et audacieuse notre histoire. Ne rêvons toutefois pas trop, ce n'est pas pour demain... 
 
Ma note : 4/5

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