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Bellflower

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Bellflower 1    

Synopsis

 

Woodrow (Evan Glodell) et Aiden (Tyler Dawson), deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment Medusa. Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille (Jessie Wiseman). Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire… 

 

Fiche techniqueBellflower - Affiche

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h46

Réalisation : Evan Glodell

Scénario : Evan Glodell 

Image : Joel Hodge

Avec Evan Glodell (Woodrow), Tyler Dawson (Aiden), Rebekah Brandes (Courtney), Jessie Wiseman (Milly), Vincent Grashaw (Mike)...    

 


 

Critique

 

Bellflower, objet filmique non identifié -distribué par la société UFO, cela ne s’invente pas !- possède a priori toutes les caractéristiques du cinéma bricolé et roublard pour lequel je professe, d'ordinaire, un dégoût naturel.

Bricolé, compte tenu de son traitement très artisanal, l’auteur ayant fabriqué son propre matériel de prise de vue (par contraintes financières, non par choix artistique). Roublard, car ses conditions laborieuses de production -huit ans de travail- ont reçu une telle publicité qu’elles relèvent aujourd’hui quasiment du mythe. A tel point que l'on peut raisonnablement se demander si Evan Glodell, le réalisateur, n'est pas d'abord soucieux d'orchestrer sa propre légende. Dans les interviews, il communique en effet presque autant sur son parcours personnel, le budget ridiculement faible dont il disposait (17 000 dollars), son côté débrouillard, que sur ce qu’il a à dire, se trouvant même un peu embarrassé quand il doit le faire. Ainsi, lorsqu’on l’interroge sur le sens de la scène du tatouage, répond-il évasivement : J’avoue ne pas avoir vraiment envie de mettre des mots dessus, la scène est dans la partie mentale du film, elle est typiquement cinématographique en ce sens que les mots ne peuvent la remplacer. Je ne veux pas paraître prétentieux et dire que c’est de l’ordre de l’indicible, mais en la qualifiant j’aurais l’impression d’affaiblir sa portée.
    Bellflower 2

 

Cette manière d’aborder la création est cependant bien dans l’air du temps, celui de la téléréalité, où le public est souvent davantage captivé par les coulisses que par le spectacle lui-même. Ceci dit, en écrivant cela, je devrais faire mon autocritique, mes chroniques, notamment pour le cinéma de patrimoine, étant saturées d’anecdotes sur les à-côtés des tournages… 

 

On peut également se demander si la plastique singulière de ce film est la conséquence effective des insuffisances du matériel employé, comme le laisse entendre certains propos du réalisateur (le sable n’était pas sur la lentille, explique-t-il dans le numéro de mars de Mad Movies, il rentrait à l’intérieure des caméras vidéo que j’avais fabriquées moi-même), ou si elle est le résultat d’une recherche esthétique pas complètement avouée. Si l’on considère Bellflower avec attention, on relève ainsi que ses imperfections sont très sélectives d’une scène à l’autre, et qu’elles semblent moins le reflet du déroulement chaotique de la production qu’un acte délibéré.
    Bellflower 3

 

On me répliquera que Glodell a mis à profit avantageusement son manque de moyens. En soi, rien que de très respectable, si ce n’est qu’on présente ces anomalies d’images comme étant subies, alors qu’elles sont, pour l’essentiel, intentionnelles. Ce qu’admet d’ailleurs tacitement Glodell dans le dossier de presse : Il m’a paru clair qu’on pouvait faire beaucoup de choses en bricolant une caméra et des optiques simples. Cela permet d’orienter son esthétique de façon plus personnelle qu’avec un choix même large de caméras standard. Aussi ne puis-je pas m’empêcher de voir dans toute cette campagne de communication pas mal de roublardise… 

 

Il n’est donc pas simple, pour moi, de chroniquer ce premier long métrage d’Evan Glodell. En effet, après avoir vitupéré l’amateurisme au cinéma (voir le projet collaboratif d’A l’aveugle), puis m’être déclaré, à propos de Chronicle, en croisade contre les petits malins qui se font un nom dans le monde du Septième art non par leur talent, mais en créant le buzz, il m’est difficile -sans me contredire lourdement, et ainsi passer pour inconséquent aux yeux de la blogosphère- de déclarer ma flamme (l’expression est de circonstance !) pour Bellflower. Pourtant, in fine, ce film m’a séduit. Car j’y vois de belles intentions, une énergie débordante -certes parfois mal canalisée, mais c’est sans doute un défaut de jeunesse- et une authentique identité graphique, malgré son esthétique arty un peu irritante à force d’afféterie. 

 

Bellflower 4 

Plus important, Glodell, à la différence de tant d’apprentis cinéastes qui ont fait parler d’eux au box-office ces dernières années, possède à l’évidence un univers très personnel, même s’il peut apparaître au premier abord comme un enfant-monstre, fruit de l’union des cinémas de Miller (pour sa dimension post-apocalyptique), d’Araki (pour son côté déjanté), voire de Tarantino, tendance Grindhouse.

Reste à savoir si ce métissage sera fécond. Bellflower a incontestablement tout pour devenir culte. Ce n’est toutefois pas suffisant pour se risquer à dire que l’on est en présence d’un auteur, comme on a tendance à l’affirmer souvent trop hâtivement à propos de chaque nouveau venu au style un peu original. Tout juste peut-on dire que Glodell vaut la peine d'être suivi. Ce qui n'est déjà pas si mal…
 

 

Ma note - 3/5

 

A consulter : Press-book du film

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Sylvain Métafiot 11/04/2012 01:02

Si je vous rejoins sur le côté roublardise exaspérante du réalisateur qui fait beaucoup plus parler de lui que de son oeuvre, je n'ai pas du tout été séduit par le film.

Que Glodell ait une énergie à revendre et qu'il veuille transposer le/son malaise des jeunes qui ne croient plus en rien dans la société américaine actuelle si ce n'est la mythologie geek et
underground, soit.
Mais qu'il le fasse avec un minimum de talent, bon dieu !

Rémi et Félix dans leur blog "Il a osé" retranscrivent parfaitement la sensation personnelle que j'ai eu devant ce qu'il faut bien appeler un véritable foutage de gueule.

CHRISTOPHE LEFEVRE 11/04/2012 01:39



Je comprends votre point de vue, qui se défend. Après, comme toujours, c'est une question de sensibilité. Mais dire que Glodell n'a aucun talent... Prenons une caméra, et voyons ce que nous
sommes capables de faire. On en reparlera... La critique est tellement facile. Je connais un directeur de salle d'art et essai de Dijon, auteur d'une thèse sur le cinéma soviétique,
ancien élève de la Femis, qui a adoré.



Wilyrah 07/04/2012 12:55

Depuis que je l'ai raté en me trompant de salle, je n'ai pas trouvé le temps ou la motivation d'y aller.

CHRISTOPHE LEFEVRE 07/04/2012 13:10



Dommage, c'est un film unique en son genre, pas un chef-d'oeuvre, mais il vaut le détour...



selenie 06/04/2012 18:58

Oui tout pour être culte ... mais pour ma part je reste déçu car le film dévie vers un délire facile et mal géré dansla dernière partie. Avec un tel début il fallait quelque chose de plus réaliste,
en tous cas de moins extravagant. De plus comment s'attacher a des beaufs débiles de cette envergure ?!... 1/4

Bob Morane 06/04/2012 18:14

En ayant cosncience que ce je vais dire paraitra et est outrancier, j'ai eu le sentiment de voir une merde qu'on m'a vendu pour un chef d'ouevre. C'est sans doute exagéré mais résume à peu près mon
ressenti. S'il avait eu 100 fois plus de moyens sur la même histoire, il eut produit une merde sans nom que tout le monde aurait hué... mais je peux me tromper... ou pas :)