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Black Swan

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Nina (Natalie Portman) est danseuse au New York City Ballet. Entièrement vouée à son art, la jeune femme est prête à tous les sacrifices pour atteindre la perfection, y compris à perdre la raison. Elle est encouragée dans cette voie destructrice par Erica, sa mère (Barbara Hershey), une ancienne danseuse qui reporte sur elle le poids de ses ambitions déçues, et par Thomas Leroy (Vincent Cassel), le chorégraphe de la compagnie. Celui-ci va en effet la pousser au-delà de ses limites afin de faire ressortir le côté obscur de sa personnalité, et ainsi lui permettre d’interpréter le Cygne noir dans une adaptation révolutionnaire du Lac des cygnes. Pour cela, il n’hésitera pas à la mettre en concurrence avec Lilly (Mila Kunis), une nouvelle venue…
 
Fiche techniqueBlack-swan-affiche.jpg

Film américain
Année de production : 2010
Durée : 1h43
Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Mark Heyman, Andres Heinz, John J McLaughlin
Image : Matthew Libatique
Avec Natalie Portman (Nina), Mila Kunis (Lilly), Vincent Cassel (Thomas Leroy), Winona Ryder (Beth MacIntyre), Barbara Hershey (Erica)...
 


Critique 
 
Un film qui m’a happé dès la première scène : la musique de Tchaïkovski, l’éclairage expressionisme dans lequel évoluent Rothbart et le Cygne blanc, le mouvement virtuose de la caméra autour des deux personnages, m’ont littéralement plongé dans le cauchemar de Nina. Ce que n’avait pas réussit Nolan avec Inception (je parle évidemment pour moi...).
 
Pour cette œuvre à la beauté sombre, baroque, l’auteur de Pi opte ici pour un style brut, filmant Nina caméra à l'épaule, souvent de manière subjective, ce qui a pour effet de restituer pleinement son énergie, sa souffrance. Certes, ne soyons pas complètement naïf : la multiplication de plans serrés a sans doute aussi pour objectif de dissimuler certains trucages, des doublages… Il n’empêche, le résultat est là : on ressent viscéralement les émotions de la ballerine, sa plongée dans l’abîme. Expérience étrange et déconcertante, et cependant fascinante, hypnotique, puisque finalement il devient difficile pour le spectateur lui-même de faire la distinction entre le réel et le fantasme. Comme s’il n’était plus simplement observateur, mais aussi acteur, par identification à Nina. 
 
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Bien sûr, Black Swan ne nous procurerait pas ces sensations sans son casting. Natalie Portman, présente à chaque plan, investit son rôle avec la même implication physique et psychique qu’une Charlotte Gainsbourg dans Antichrist. Vincent Cassel, inquiétant mentor de la jeune femme avec son visage de faune, livre ici l’une de ses prestations les plus aboutie. On citera également les belles performances de Winona Ryder, bouleversante en danseuse étoile déchue et humiliée ; de Mila Kunis, qui insuffle à son personnage sa nature instinctive, animale ; enfin, de Barbara Hershey, qui nous rappelle ici qu'elle fut l'une des actrices les plus marquantes des années 1980 (entre autres, L'étoffe des héros, Hannah et ses soeurs, La dernière tentation du Christ).
 
Depuis la sortie de Black Swan, nombre de commentateurs (professionnels ou blogueurs) ont été tentés par une comparaison avec Les chaussons rouges (1948). C’est une démarche certes séduisante, mais à mon sens pas complètement pertinente, car si ces deux films évoquent le monde secret de la danse classique, si tous deux mettent en scène une héroïne consumée par le désir d’excellence, si leur épilogue est également tragique, il n’y a rien de commun entre la flamboyance du chef-d’œuvre de Michael Powell et d’Emeric Pressburger -ce n’est pas pour rien que Martin Scorsese dit à son propos qu’il s’agit du plus beau film en technicolor- et les choix esthétiques de Darren Aronofsky. De plus, Les chaussons rouges ne baignent pas dans la même atmosphère schizophrénique mêlée de fantastique que Black Swan. Si l’on devait absolument trouver une filiation à ce dernier, il me semblerait plus juste d’évoquer Répulsion (1966) de Roman Polanski, pour la dérive psychotique de son héroïne, ou La mouche (1986) de David Cronenberg, pour ses transformations corporelles. 
 
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Deux interrogations, avant de conclure. Black Swan est-il un film révolutionnaire ? Probablement pas. De toute façons, je ne crois pas qu’il y ait de révolution en matière d’art. A la rigueur, j’admets des tournants décisifs, dus à quelques génies. Car, comme je l’ai dit par ailleurs, chaque grand créateur se nourri de ce qui l’a précédé. Il n’y a pas de génération spontanée. Ainsi, dans Citizen Kane, Orson Welles ne fait-il que reprendre des innovations de réalisateurs qui l’ont précédé (Marcel Carné recourut au flashback dès 1939, dans Le jour se lève). Sa véritable contribution réside dans leur systématisation.
 
Black swan est-il un chef-d’œuvre ? Il serait bien présomptueux de prétendre répondre à cette question avec aussi peu de recul. L’histoire de la critique montre que celle-ci n’a pas toujours eu cette élémentaire prudence, encensant des films vite oubliés, se livrant par ailleurs à un jeu de massacre contre des œuvres aujourd’hui unanimement saluées. Restons donc modeste et contentons-nous de dire que Black Swan restera sans doute assez longtemps dans les mémoires des spectateurs comme un tourbillon d’émotions d’une intensité rare. C’est déjà beaucoup.
 
It was perfect, lance Nina dans un dernier souffle à Thomas à la fin du film. C’est aussi mon sentiment.
 
Ma note - 4/5 
 

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