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Charlot danseur (Tango tangles)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Synopsis
 
Dans une salle de danse, un imposant clarinettiste (Roscoe Arbuckle) est furieux de voir sa fiancée (Minta Durfee) courtisée par un autre musicien (Ford Sterling) et lui demande des explications. Charlot (Charles Chaplin) observe de loin et se garde bien de s'en mêler. Mais lorsque les deux hommes rejoignent l’orchestre, pour jouer, il en profite pour faire sa cour à la belle…
 
Fiche techniqueCharles Chaplin 1
 
Film américain
Année de production : 1914
Durée : 0h12
Réalisation : Mack Sennett
Avec Charles Chaplin (Le danseur ivre), Ford Sterling (Le chef d'orchestre), Roscoe Arbuckle (Le clarinettiste), Minta Durfee (La jeune femme du vestiaire)...
 


Critique 
 
Une intégrale que j’ai un peu négligée ces derniers temps. Voici donc le septième film de Chaplin pour la Keystone, Charlot danseur, un court métrage ayant pour cadre un dancing de Vénice.

L’acteur tourne ici pour la première fois sous la direction de Mack Sennett (le producteur-réalisateur le dirigera trois autre fois, dans Madame Charlot, Le maillet de Charlot et Le roman comique de Charlot et Lolotte). Cette bande d’une dizaine de minutes est surtout un prétexte pour ce dernier de réunir ses stars masculines d’alors, Sterling, Arbuckle, Conklin et Chaplin. Pour le reste, on est dans l’improvisation la plus pure, ce dont témoignent les réactions amusées des habitués du lieu. L’argument, quant à lui, tient sur un timbre poste.
 Charlot-danseur-1.png
 
Exception faite de Chester Conklin, en costume de policier, les autres comédiens sont vêtus de leurs propres effets. Surtout, ils ne sont pas maquillés. On découvre ainsi le vrai visage de Chaplin, ce qui est assez rare. Dans cette comédie impersonnelle, il nous gratifie tout de même de quelques gags typiques de son personnage. Ainsi, lorsqu’il accroche au bras d’une femme sa canne, ou lors de la scène de bagarre, dont la chorégraphie annonce d’autres pugilats (Charlot boxeur ou Les lumières de la ville, par exemple). 
 
Ce film marque le premier échange devant la caméra entre Chaplin et Roscoe Arbuckle. Ils partageaient certes déjà l’affiche de Charlot fait du cinéma, mais le second apparaissait alors dans son propre rôle. On les reverra dans Charlot est trop galant, Charlot et Fatty dans le ring, Charlot grande coquette ou encore Charlot garde-malade… Il n’est peut-être pas inutile de dire un mot sur ce grand acteur du burlesque, aujourd’hui tombé dans l'oubli. 
 
Charlot-danseur-3.png 
La première apparition de Roscoe Arbuckle au cinéma remonte à 1909, où il tourna pour le compte de la Selig Polyscope Company Ben’s kid, de Francis Boggs. Mais c’est sous la houlette de Sennett que sa carrière décolla véritablement. En quelques mois, il devint l’une des figures les plus populaires de la Keystone, apparaissant dans une quarantaine de courts métrages pour la seule année 1913. Son succès lui permit très vite de s’imposer comme le réalisateur de ses propres films.

En 1916, il fonda avec Joseph M Schenck la Comique Film Corporation, pour laquelle il réalisa vingt-deux épisodes de la série Fatty, qui marque les débuts de Buster Keaton (Fatty boucher). Roscoe était alors à l’apogée de sa carrière. Son influence était telle que la Paramount lui fit signer un contrat fabuleux : un million de dollars annuel pendant trois ans (pour rappel, le budget de Ben-Hur fut de quatre millions). Mais c’était aussi bientôt l’heure de sa chute, avec l’affaire Virginia Rappe.
    Virginia-Rappe-1.jpg
 
Virginia Rappe
 
Virginia Rappe, la fiancée d’Henry Lehrman (le réalisateur du premier film de Chaplin), trouva la mort dans des circonstances troubles à l’occasion d’une fête organisée par Roscoe et ses amis pour le Labor day. Un seul fait semble assuré : c’est que, bien que l’on fût en pleine Prohibition, une grande quantité d’alcool fut consommée durant les trois jours de festivité qui se tinrent au St Francis Hôtel de San Francisco. Le reste est plus flou.

Virginia Rappe eut un malaise peu de temps après son arrivée, au point d’être contrainte de se reposer dans l’une des chambres attenantes à la suite où se déroulait la fête. Plus tard, alors qu’il allait se changer, Roscoe Arbuckle aurait découvert l’actrice étendue sur le sol de la salle de bains, en proie à une crise d'hystérie. Considérant qu’elle était sous l'emprise de l'alcool, on se contenta de la calmer en lui faisant prendre un bain glacé.

Finalement, la direction de l'hôtel fut prévenue et le médecin de l’établissement appelé. Selon les versions, ce serait Maude Delmont -présentée comme le chaperon de la jeune femme- qui, inquiète d'entendre les cris de la malheureuse, aurait donné l’alerte. Pour d’autres, ce serait à la demande d'Arbuckle. Le mardi matin, celui-ci rentra à Los Angeles par bateau. Virginia Rappe finit par être conduite à l'hôpital, où elle décéda quelques jours plus tard, le 9 septembre 1921.
    Roscoe-Arbuckle-1.jpg
La presse à sensation, en particulier le San Francisco Examiner de William Randolph Hearst, fit ses choux gras de cette affaire. Il faut dire que de graves accusions pesèrent sur Arbuckle (viol, homicide). S’ensuivit trois procès, aux termes desquels il fut conclu que Viriginia Rappe avait succombé à une rupture de la vessie consécutive à une péritonite. Quant au principal accusé, il fut lavé de tout soupçon par le jury : Acquittal is not enough for Roscoe Arbuckle. We feel that a great injustice has been done to him. […] There was not the slightest proof adduced to connect him in any way with the commission of a crime. He was manly throughout the case and told a straightforward story which we all believe. We wish him success and hope that the American people will take the judgement of fourteen men and women that Roscoe Arbuckle is entirely innocent and free from all blame.
 
 
Malgré cet arrêt, Arbuckle devint le symbole du combat mené par William Hays pour moraliser l’industrie cinématographique. Il s’empara de ce fait divers pour participer à la création de la Motion Picture Producers and Distributors of America, dont il devint le Président. Sa première décision, à la tête de cet organisme, fut de placer l’acteur sur une liste noire, ce qui marqua presque la fin de sa carrière. Entre 1922 et 1933, année de sa disparition, il signa néanmoins une cinquantaine de courts métrages, sous le pseudonyme William Goodrich. Mais il avait perdu la flamme, comme le confia plus tard Louise Brooks, qui tourna sous sa direction en 1931 dans Windy Riley goes Hollywood : Il travaillait sous le nom de William Goodrich et il n’a même pas essayé de mettre en scène ce film. Il s’asseyait sur sa chaise tel un homme invisible. Il était très gentil, mais depuis le scandale qui avait détruit sa carrière, il était comme mort.

A lire : La parade est passée, Kevin Brownlow (Insitut Lumière/Actes Sud, 2011) 
 
 
Charles Chaplin sur ce site : intégrale Charles Chaplin

Commenter cet article

palilia 05/03/2012 19:25

tu as commencé gaiement avec un Charlot danseur mais la fin dis donc ! bah, ils sont moralisateurs ces Américains mais surtout pour les autres

CHRISTOPHE LEFEVRE 05/03/2012 19:53



Surtout, il y a un nombre incroyable de destins brisés à l'époque du cinéma muet.