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Drive

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

  Drive 1

 

Synopsis 

 

Un jeune homme solitaire, Driver (Ryan Gosling), conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Dans ce dernier cas, il a son propre code : jamais il ne prend part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant. Shannon (Bryan Cranston), le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose (Albert Brooks), un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse participer à des compétitions de stock-car. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino (Ron Perlman), dans le projet. C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene (Carey Mulligan) et de son fils… 

 

Fiche techniqueDrive---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h40

Réalisation : Nicolas Winding Refn 

Scénario : Hossein Amni 

Image : Newton Thomas Sigel 

Avec Ryan Gosling (Driver), Carey Mulligan (Irene), Bryan Cranston (Shannon), Albert Brooks (Bernie Rose), Ron Perlman (Nino)...  

 


 

Critique 

 

Pour certains, Drive serait un exercice de style virtuose, mais creux. Pour d’autres, Nicolas Winding Refn se contenterait ici de faire du Tarantino. Ce qui n’est évidemment pas, sous leur plume, un compliment. Car après l’avoir porté injustement aux nues, de nombreux cinéphiles vouent aujourd’hui le cinéaste américain -avec tout en autant d’excès- aux gémonies (et j’ai le sentiment que Tim Burton est en train de subir le même sort…).

 

La première critique me semble très imméritée et bien dans la mentalité française, toujours prompte à intellectualiser, donc à regarder avec une sorte de dédain la forme. Or, qu’est-ce que le cinéma ? Un art essentiellement visuel. Aussi les seules qualités esthétiques peuvent-elles suffire à faire un grand film. Je vois aussi poindre derrière ce type de propos un mépris -également très ancré dans notre culture- pour le cinéma de genre.

 

Le second reproche me semble tout aussi ténu. Il y a en effet pour moi peu de liens entre les œuvres des deux réalisateurs fréquemment associés dans les chroniques des blogueurs. Ils ont une manière différente de représenter la violence. Chez Refn, elle est brute et sans concession, chez l’auteur de Kill Bill elle a souvent un côté ludique, presque folklorique. L’univers du Danois est par ailleurs très éloigné des logorrhées tarantinesques, certes parfois brillantes (voir l’échange entre le major Dieter Hellstrom et Hicox dans Inglourious Basterds), mais aussi souvent abrutissantes (Boulevard de la mort)… 

 

Drive-2.jpg 

Si je devais chercher une influence à Drive, ce serait –outre Martin Scorsese et Michael Mann, bien sûr- dans le cinéma coréen que je la trouverais. D’abord par l’importance des scènes nocturnes, par la manière avec laquelle Newton Thomas Sigel, le directeur de la photographie du film (un fidèle de Bryan Singer), utilise les lumières de la nuit. Il réalise ici un travail d’une élégance absolue, captant chaque nuance de l’éclairage urbain, chaque reflet. Autre point commun avec les productions venues du pays du Matin calme, Drive raconte la trajectoire solitaire d’un homme usant d'une violence sans limite pour jouer les bons samaritains. Ce schéma est celui de The chaser (Jung-ho, l’ex-flic devenu proxénète, se lance dans une chasse à l'homme pour tenter de sauver l'une de ses filles, Mi-jin), Breathless (Sang-hoon impitoyable recouvreur de dettes, s’humanise au contact d’une jeune lycéenne) ou encore The man from nowhere (Cha Tae-sik, un ancien agent des forces spéciales, décide de sortir de sa retraite pour arracher aux mains d’un parrain de la drogue la fille de sa voisine). Une trame narrative certes classique, mais terriblement efficace. Et elle n’est pas moins dense ici que chez Na Hong-jin, Yang Ik-joon ou Lee Jeong-beom.

 

Drive-3.jpg 

Refn ne se contente cependant pas d’appliquer des recettes éprouvées. Il s’en joue aussi, notamment grâce à une galerie de personnages des plus atypiques. Driver, magnifiquement incarné par Ryan Gosling, visage lisse et blouson satiné, est ainsi très éloigné du héros viril auquel le cinéma d’action a habitué le spectateur. Carey Mulligan, avec son expression douce et mélancolique, est également à des lieues du cliché de l’épouse de détenu. De la même manière, le réalisateur se démarque de ses modèles par son refus d’une mise en scène tape-à-l’œil (pas de montage frénétique à la Tony Scott, par exemple).

 

Drive, œuvre viscérale et virtuose, n’est donc pas -contrairement à ce que prétendent ses détracteurs- qu’un exercice de style appliqué. Refn transcende les codes du film d’action, qu'il réinvente. Alors, bien sûr, il ne nous fait pas voyager dans différentes strates de rêves. Il ne nous ménage pas non plus une rencontre avec un velociraptor prenant soudain conscience, au détour d’une rivière, des notions de bien et de mal. Mais ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre ! 

 

Ma note - 4,5/5

Commenter cet article

Gabriel 16/10/2011 01:40


Pas d'accord. Bien sûr que dans le cinéma c'est la forme qui compte. Mais ce n'est pas une raison pour se foutre de nous. Il y a des lignes dans le scénario qui sont vraiment pas crédibles (le
passage chez le garagiste...). ça n'empêche pas le film d'être canon


Squizzz 15/10/2011 00:27


Arriver à caser "The Tree of Life" dans ta critique sur "Drive", chapeau !
Et sinon je te rejoins totalement, le cinéma est avant tout visuel, et dire qu'un film qui met en avant la mise en scène n'est qu'un exercice de style et est moins intelligent qu'un film qui mise
tout sur un scénario alambiqué est un hérésie. Bref "Drive" c'est tout ce que j'aime au ciné, donc j'applaudis !


CHRISTOPHE LEFEVRE 15/10/2011 00:41



Merci ! On fait des films expérimentaux qui ne racontent rien et qui sont des merveilles. Et cela suffit. Une belle photographie se suffit à elle même par ses qualités esthétiques. Justement, à
propos de The tree of life, la partie la plus intéressante du film (comme quoi je sais être objectif !) est justement celle que Malick a pompé sur le court métrage Autumnal, de Scott Nyerges, et
qui est une splendeur, sans raconter d'histoire complexe... 



Wilyrah 13/10/2011 10:58


J'ai dévoré ton article que je trouve différent et pertinent. Tes arguments reflètent absolument ce que je pense. J'ai également fait la comparaison avec le cinéma coréen tant dans la photographie
que dans le rythme. C'est ici que réside pour moi la virtuosité de Refn. Quant à cette tendance typiquement française de brûler ce qu'on a encensé auparavant, c'est assez pénible mais que veux-tu
faire, un pays de cons qui a élu un con président, ça t'évoque quoi ?

PS : tu vis sur Paris ? Faudrait se faire une toile à l'occasion !


CHRISTOPHE LEFEVRE 13/10/2011 15:15



C'est sûr qu'on est pas aidé avec notre Président et tous ceux qui l'entourent ! Malheureusement, je n'habite pas Paris, mais du côté de Dijon. Et je n'y viens plus très souvent en ce moment.
J'ai eu une période où mon travail m'amenait du côté du Palais d'Iéna, mais ce n'est pas le cas en ce moement. Dommage, car entre les expositions Kubrick et Lang à la Cinémathèque, je loupe pas
mal de chose !



Chris 12/10/2011 21:13


Je me demande bien qui sont ces détracteurs dont tu parles tant ? Justifier que le cinéma est avant tout un art visuel pour le dispenser d'être intelligent, c'est osé. A ce rythme là on va pouvoir
encenser un paquet de conneries jolies à regarder comme Inception, des Luc Besson, des pubs de parfum ou beaucoup de blockbusters bien filmés.

Et enfin j'attends toujours des arguments un peu plus solides sur le thème "renouvelle le genre" parce que moi je n'ai rien vu que je n'avais pas vu ailleurs, en particulier comme tu le dis dans le
cinéma coréen.


CHRISTOPHE LEFEVRE 12/10/2011 21:38



Certains film expérimentaux -certes, Drive n'appartient pas à ce genre- ne racontent rien. Pourtant, esthétiquement, techniquement, certains sont des chefs-d'oeuvres. Même L'Aurore de Murnau.
L'histoire est très banale. Mais sa science de l'image en fait une merveille. Donc, je maintiens, à condition bien sûr que le niveau esthétique ou technique soit très élevé. Ce qui est le cas
ici. Ca n'a jamais été le cas de L Besson. Mais je n'ai jamais dit que Drive se limite à ses seules qualités esthétiques... D'autre part, puisque tu admets que Drive peut être rapproché du cinéma
Coréen, et que tu aimes le cinéma asiatique, en particulier Coréen, et bien je ne comprends pas que tu n'aimes pas le film de Refn... J'ai donné quelques arguments pour exlpiquer pourquoi il
renouvelle le genre. D'abord par le côté atypique de ses personnages. Par le refus du spectaculaire, du tape-à-l'oeil, ce qui n'est pas fréquent dans ce genre...



neil 10/10/2011 22:42


Oh oui fouette moi, j'adore ça... hum pardon.
Donc tout d'abord pour répondre à ta petite pique du début, je dirais que 1. tu schématises tout autant les films de Malick et de Nolan et que 2. le film est creux, personne ne va le contester tout
comme je ne conteste pas la virtuosité de sa mise en scène.
Sinon je suis tout à fait d'accord avec toi pour Tarantino : la comparaison est impropre. Je préfère d'ailleurs son rapport à la violence, distancée par l'humour noir. Et j'adore ses logorrhées
verbeuses dans Reservoir ou dans Pulp, moins dans Boulevard effectivement.
Enfin bref tout ça pour dire que le film m'en a touché une sans faire bouger l'autre, mais que je reconnais sa qualité visuelle.


CHRISTOPHE LEFEVRE 10/10/2011 23:22



A ta disposition pour le fouet ! Je ne schématise pas LES films de Malick, mais The tree of life. Pour le reste de son oeuvre, je suis un très grand admirateur. Pour Nolan, je reste sur l'idée
qu'il n'a pour l'instant rien prouvé...