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Hara-kiri : mort d'un samouraï (一命)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Hara-kiri-2.jpg

 

Synopsis

 

Voulant mourir dignement, Hanshirô Tsugumo (Ebizô Ichikawa), un samouraï sans ressources, demande à accomplir un suicide rituel dans la résidence du clan Li, dirigé par Kageyu Saito (Kôji Yakusho). Pour le dissuader, ce dernier lui conte l’histoire tragique d’un jeune rônin, Motome Chijiiwa (Eita), venu deux mois plus tôt avec la même requête. Les hommes de Kageyu ayant découvert qu’il s’agissait d’un hara-kiri pantomime (c'est-à-dire d’une imposture destinée à soutirer de l’argent), le jeune homme se vit obligé d’accomplir son acte avec un sabre en bambou. Malgré l’horreur de ce récit, Hanshirô persévère dans sa décision. Mais au moment de se faire hara-kiri, il présente une ultime requête : il désire être assisté par trois lieutenants du maître des lieux. Précisément ceux qui ont contraint Motome à aller au bout de son projet. Or, par une étrange coïncidence, les trois hommes sont absents du palais. Méfiant, Kageyu demande à Hanshirô de s’expliquer… 

 

Fiche techniqueHara-Kiri---Affiche-1.JPG

 

Film japonais, britannique

Année de production : 2011

Durée : 2h06 

Réalisation : Takashi Miike 

Scénario : Kikumi Yamagishi

Image : Nobuyasu Kita

Avec Ebizô Ichikawa (Hanshirô Tsugumo), Kôji Yakusho (Kageyu Saito), Eita (Motome Chijiiwa), Hikari Mitsushima (Miho)...

 


 

Critique

 

Auteur très prolifique (sa fiche IMDB recense 87 réalisations depuis 1991), Takashi Miike nous propose cette fois un remake d’un classique de Masaki Kobayashi, récompensé à Cannes par le Grand prix du jury en 1963 (avec Un jour un chat du Tchèque Vojtěch Jasný). Cette œuvre, qualifiée de monument du chanbara  -un genre cinématographique et théâtral japonais de bataille de sabre- par ses admirateurs, est l’adaptation d’un roman de Yasuhiko Takiguchi. N’ayant pas vu l’original (ce que je regrette), je ne suis pas en mesure de comparer les mérites des deux versions. D’après ce que j’ai lu, il semble que l’auteur d’Ichi the killer ait été fidèle à son modèle. Cela n’empêchera pas les connaisseurs de crier à la trahison ou au scandale ! Tandis que mon regard vierge de toutes références leur paraîtra sans doute assez candide…

 

Hara-kiri-1962.JPG 

 Hara-kiri, Masaki Kobayashi (1962)

 

Pour ma part, je trouve que Miike nous livre ici une œuvre aussi réussie sur le plan narratif que visuel. Les flash-backs structurant le récit sont en effet parfaitement maîtrisés : ils ménagent ce qu’il faut de mystère autour d’Hanshirô sans nuire à la cohérence de l’ensemble. Les parenthèses naturalistes, d’une beauté sobre, sont quant à elles ponctuées par trois séquences magistrales, qui soutiennent le rythme de l’histoire. Il y a d’abord celle du seppuku, dont la cruauté est à la limite du soutenable. Non pas que le réalisateur nippon se laisse aller, comme il en a l’habitude, à un sadisme malsain. Il n’impose pas de gros plans sur les blessures que s’inflige Motome. Cependant, le bruit de la lame en bambou heurtant l’abdomen du jeune rônin, son visage crispé par la douleur suffisent à marquer durablement -et péniblement- l’esprit. La seconde est celle où Hanshirô demande à Kageyu d’être assisté par ses lieutenants. A priori, rien ne laissait présager que ce personnage pût avoir un lien avec Motome (je concède que je suis plutôt bon public et pas très clairvoyant…). La prise de conscience d’une possible relation entre les deux saisit autant le chef du clan Li que le spectateur. La troisième concerne la bataille finale, très chorégraphiée, où éclate avec une virtuosité rare la violence jusque-là contenue d’Hanshirô.

 

Hara-kiri 3 

Esthétiquement, le film est tout simplement somptueux. Chaque plan, très épuré, est composé avec une rigueur quasiment picturale. Certaines scènes semblent même figées, comme si le film se déroulait à la manière d’un emakimono, ces rouleaux de soie ou de papier alternant textes et illustrations enluminées ou estampées. Ici, le style devient métaphore d’une société certes raffinée, mais sclérosée par ses traditions et ses codes.

 

Car Hara-kiri est aussi un drame social bouleversant -lorsque Miike décrit la vie misérable menée par Motome et son épouse, Miho (Hikari Mitsushima), dans une maison délabrée, où de simples feuilles de papier protégent les habitants du froid- et une dénonciation des dérives autoritaristes d’un Etat tout puissant (on est au début du shogunat Tokugawa). On peut penser que ce message politique, s’il avait tout son sens à l’époque Edo, ou dans les années d’après-guerre, quand Kobayashi porta pour la première fois à l’écran le livre de Takiguchi, est aujourd’hui moins d’actualité. Pas sûr. On ne se donne évidemment plus la mort au nom de codes moraux inhumains, toutefois la violence faite aux plus fragiles par les nouveaux shoguns -je parle des financiers- laisse sur le carreau pas mal de monde. Pas pour des questions d'honneur, mais de rentabilité. En sorte que l'on recense de plus en plus de suicides de salariés en souffrance sur leur lieu de travail. Bon, désolé pour mon discours de plus en plus gauchisant (voir ma critique de Time out)…

 Hara-kiri 1

 

Takashi Miike réalise avec ce remake un mélodrame rouge sang, à l’image de l’inquiétante armure vide de toute humanité qui symbolise le pouvoir du clan Li. J’attends maintenant de le confronter avec la version de 1962. Celle-ci est disponible en DVD chez Carlotta. L’éditeur annonce en outre pour avril 2012 la sortie d’un blu-ray…

 

 Ma note - 4,5/5

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neil 09/12/2011 17:42

Content que le film ait ses adeptes. Je le trouve magnifique, visuellement et d'un point de vue narratif comme tu le souligne. Un petit bijou que j'aimerais également comparé à l'original.

CHRISTOPHE LEFEVRE 09/12/2011 17:57



Je ne m'attendais pas du tout à être à ce point conquis... Très très fort. Pour l'original, je vais attendre la sortie du blu-ray... A moins que se présente une bonne affaire sur le DVD...



Robin 08/12/2011 21:39

Belle critique de ce film sublime. Je ne suis pas convaincu par l'épure. C'est un film très stylisé au contraire. Mais il est vrai qu'on en vient à considérer l'épure comme une forme de stylisation

CHRISTOPHE LEFEVRE 09/12/2011 00:05



Merci pour le compliment  Très très beau film... J'ai en fait utilsé épuré dans le sens raffiné. Mais c'est vrai
aussi que sylisé convient aussi à l'esthétique de ce film...