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Hunger games (The hunger games)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Hunger-games-5.jpg
 
Synopsis
 
Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l'Amérique du Nord, le Capitole, la capitale de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille -les Tributs- concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s'être rebellée et stratégie d'intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les participants doivent s'affronter jusqu'à la mort. L'unique survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss (Jennifer Lawrence), 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy (Woody Harrelson), qui gagna l’épreuve quelques années plus tôt, mais n'est plus à présent qu'une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l'arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l'amour... 
 
Fiche techniqueHunger-games---Affiche-2.jpg
 
Film américain
Année de production : 2012
Durée : 2h22
Réalisation : Gary Ross
Scénario : Gary Ross, Suzanne Collins, Billy Ray  
Image : Tom Stern
Avec Stanley Tucci (Caesar Flickerman), Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Willow Shields (Primrose Everdeen), Elizabeth Banks (Effie Trinket)...   
 

 
Critique 
 
La trilogie dystopique de Suzanne Collins contient des thématiques qui -du moins en se fondant sur le pitch du film, car je ne l’ai pas lue- semblent lui conférer une maturité assez inhabituelle pour de la littérature destinée aux adolescents. Surtout, elle est moins pernicieuse -toujours d’après l’argument de l’adaptation cinématographique- que les imbuvables mormoneries de Stephenie Meyer. Ainsi y avait-il matière pour que cette transposition à l’écran fût, en plus d’un survival convulsif, l’occasion de mener une réflexion éthique. Les romans ont-ils cette ambition ? Peu importe, en vérité : la base est là. Et au nom de la liberté de l’artiste, il était possible d’orienter le récit dans ce sens. Ce que savait très bien faire, par exemple, un cinéaste comme Dreyer, qui était capable de tirer de livres parfois fort médiocres des œuvres puissantes. 
 
Hélas ! le réalisateur d’Hunger games, Gary Ross (seulement six films en vingt-cinq ans de carrière, mais ici secondé par Steven Soderbergh, son producteur de Pleasantville) s’en tient à ce que la trame romanesque a –apparemment- de plus basique. L’auteur ayant été associé à l’écriture du scénario, il faut croire que cette vision est conforme à l’esprit de sa saga. On peut aussi imaginer que les porteurs du projet, par crainte de heurter le public qui a fait le succès de cette série, ont préféré lisser les possibles aspérités du récit (sans voir que c’est précisément elles qui en faisaient l’intérêt). Une précaution marketing inutile autant que fâcheuse. Par le biais d’Internet, les adolescents ont en effet aujourd’hui facilement accès à des spectacles choquants. Et ils ne s’en privent pas. Je ne dis pas que l’on doive se réjouir de cette situation. C’est toutefois la réalité. Cette pudeur me paraît par conséquent anachronique avec les mœurs de notre temps. Enfin, ce n’est pas parce que l’on s’adresse à des jeunes gens qu’on a le droit de mépriser leur intelligence, et de se croire autorisé à reléguer le fond au second plan… 
 
Hunger games 2 
Sur le plan narratif, Hunger games est assez maladroit. Hormis quelques lignes d’introduction avant le générique, on ne sait rien de Panem, cet état fascisant si évocateur du régime nazi. En découvrant le lieu où se déroule la sélection des jeunes gens du District 12, il est impossible, en effet, de ne pas songer à un camp de concentration : le grillage, les bâtiments recouverts de tôle ondulée, les échafaudages de la structure scénique, dressés, comme des miradors, au-dessus de l’arène où sont rassemblés les Tributs, éveillent dans la mémoire de sinistres images. De même, le décorum de cette nouvelle entité étatique, ses cérémonials, sont dignes des rites nationaux-socialistes. L’enceinte où arrivent les candidats sur des chars, pour leur présentation au public, rappelle ainsi le Zeppelinfeld du Reichsparteitagsgelände, à Nuremberg, tristement célèbre pour sa cathédrale de lumière. 
 
On ne sait pas non plus grand chose de son dirigeant, Coriolanus -on pourrait faire une rime riche avec son nom…- Snow, personnage fantoche (on le voit dans son jardin entretenir ses rosiers, geste évidemment essentiel à la compréhension de ses motivations…), alors qu’il règne de toute évidence en tyran charismatique sur Panem.

Le roman est-il aussi laconique sur ces éléments, ou bien est-ce le scénario qui pèche par des raccourcis trop abrupts ? Quoi qu’il en soit, on aurait aimé en savoir davantage sur ces sujets. D’autant que
Gary Ross avait le loisir de le faire : son film est assez long pour cela (2h22)…
     The-hunger-games---3.jpg

Hunger games
se révèle également assez répétitif et moyennement efficace dans sa partie action, qui s’étire en longueur. En plus, l’essentiel de la violence est située hors du champ de la caméra, ce qui édulcore inopportunément le propos du film. Je sais que l’équilibre est difficile à trouver. Et je ne suis pas fanatique d’images exagérément violentes. Cependant, si on ne donne rien à voir, on enlève de la force au propos. Mais des choix plus radicaux auraient probablement fait perdre quelques millions de dollars à Lions Gate Film… 
 
Côté photographie, par contre, c’est un sans faute, avec un Tom Stern -le chef opérateur de Clint Eastwood depuis Créance de sang- toujours autant inspiré.

Une partie de la distribution est également à mettre au crédit du film, en particulier Jennifer Lawrence, révélée par le magnifique Winter's Bone de Debra Granik, où elle évoluait dans un environnement bien plus effrayant que dans Hunger games, celui des monts Ozarks et de ses rudes habitants, les Hillbillies. Son partenaire principal, Josh Hutcherson, offre aussi une prestation honnête. Tous les deux forment un couple beaucoup moins niaiseux, comme disent nos amis Québécois, que Stewart et Pattinson dans Twilight, pour établir un parallèle avec une autre série à succès, à laquelle on pense immanquablement en regardant ce film. Mention spéciale encore à Woody Harrelson, méconnaissable dans la peau du personnage le plus intéressant, Haymitch Abernathy.

Stanley Tucci et Elizabeth Banks sont en revanche si grotesquement affublés qu’ils se croient obligés de cabotiner (mais peut-être est-ce cohérent avec ce que nous dit le roman de Caesar Flickerman et Effie Trinket). Donald Sutherland, quant à lui, voit son rôle tellement réduit, qu’il n’a guère l’occasion d’exprimer son talent. Dommage…
 
 Hunger games 6
 
A trop vouloir ratisser large, Hunger games est devenu un produit impersonnel, relevant plus de la démarche marketing que de la création. Pourtant, cette histoire inspirée du mythe de Thésée -A l'époque, écrit Virgile dans le sixième livre de l’Enéide, un châtiment fut imposé aux Cécropides, qui, ô malheur !, sacrifiaient chaque année sept de leurs fils [au Minotaure]- aurait pu donner au cinéma d’anticipation un classique. Rien à voir avec Battle royal, donc, le chef-d’œuvre de Fukasaku. Juste un divertissement vite oublié, même si on le regarde sans ennui… 
 
Un dernier mot. L’image principale illustrant cet article représente Amandla Stenberg, la jeune interprète de Rue. Une manière pour moi de dénoncer la polémique ayant agité de soi-disant fans du livre sur Twitter au sujet de sa couleur de peau (la controverse vise également Lenny Kravitz, qui incarne ici Cinna). Honteux… 
 
Ma note - 2/5

Commenter cet article

Wilyrah 07/04/2012 21:06

Il y a des maladresses. Mais je respecte ton avis, qui est argumenté et peut se comprendre. Cette adaptation n'était pas évidente, car l'essentiel se déroule dans l'esprit de l'héroïne de cette
saga narrée à la 1ère personne. Toutefois, d'autres choses ont été assez bien restituée comme le District 12 et le Capitole. L'univers est réussi. Les personnages un peu moins, car pas assez
étoffés. Enfin la partie "arène" manque d'impact à mes yeux alors qu'elle est assez éprouvante quand on la lit.

selenie 31/03/2012 00:34

Une nouvelle saga mollassonne, tout ça manque cruellement de rage et de fureur... "Battle royale" version hollywoodienne dans le sens littérale et primaire du terme... Bof... 1/4

CHRISTOPHE LEFEVRE 31/03/2012 01:38



On est d'accord. Je suis bien gentil avec mon 2/5



Squizzz 30/03/2012 23:06

Dans un sens je suis d'accord avec toi, surtout concernant le lissage de la violence (surtout psychologiquement parlant) lors des jeux à proprement parler. Maintenant je préfère voir le positif
qu'il y a dans le film qui, surtout dans sa première partie et sa toute fin, ouvre le film pour ados à quelque chose de plus intelligent que "Twilight". Et puis ce n'est que le premier épisode,
attendons de voir ce que nous réserve la suite.

CHRISTOPHE LEFEVRE 31/03/2012 01:40



Il est certain que l'on est au-dessus de Twillight, est c'est une bonne chose, ce que je souligne. Après, il y avait moyen de faire davantage... Mais bon, le succès étant là, il y aura, c'est
certains, des suites (sans doute en deux volets pour la dernière !). Mais si la recette fonctionne une fois, les producteurs ne la changeront sans doute pas par la suite...



Bob Morane 29/03/2012 10:08

Je suis aussi étonné dans cette histoire, le manque de révolte contre le système. Tous joue le jeu de massacre avec complaisance, sans aucune solidarité, ce qui serait le premier réflexe
d'humanité. Même affaibli au plus haut point, il y a eu des révoltes dans les camps d'extermination. Même Spartacus...
Honteux le racisme en effet à propos de l'actrice qui en plus celle qui joue le mieux. Il ne me semble pas qu'il y ait eu polémique à propos de "Je suis une légende" avec Will Smith alors que dans
le livre il est blond aux yeux bleus... la connerie va loin !

CHRISTOPHE LEFEVRE 29/03/2012 13:21



Comme disait Audiard, les cons osent tout, c'est même à cela qu'on les reconnaît



ffred 29/03/2012 08:14

Pas désagréable en effet mais je l'ai déjà oublié...

CHRISTOPHE LEFEVRE 29/03/2012 13:22



Basique, alors quon aurait pu faire un classique, avec ce point de départ...