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J Edgar

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Repéré par le procureur général Alexander Palmer (Geoff Pierson), alors qu’il vient d’être victime d’un attentat, J Edgar Hoover (Leonardo DiCaprio) va peu à peu gravir les échelons de l’administration américaine, devenant le premier directeur du Federal Bureau of Investigation. Au fil de son ascension, il fait la connaissance d’Helen Gandy (Naomi Watts), à qui il fera un temps la cour, avant de la choisir comme assistante, puis de Clyde Tolson, qui deviendra son adjoint. Et même un peu plus… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h17
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Dustin Lance Black
Image : Tom Stern
Avec Leonardo DiCaprio (J Edgar Hoover), Naomi Watts (Helen Gandy), Armie Hammer (Clyde Tolson), Geoff Pierson (Alexander Palmer)...
 

 
Critique
 
Je veux d’abord être clair. Je ne fais pas partie de ces iconoclastes qui, les années passant, renversent –par principe, la mode étant au jetable- les idoles d’hier, pour se prosterner devant de nouveaux dieux (Nolan, Fincher), qui, peut-être -je n’ose écrire j’espère !- vivront eux aussi ce que vivent les roses, l’espace d’un matin, selon la jolie formule de Malherbe, avant d’être eux-mêmes remplacés dans le cœur ingrat des cinéphiles…

Clint Eastwood connaît depuis quelques années se sort injuste. Ses dernières réalisations n’ont certes pas été à la hauteur de sa réputation, mais est-ce une raison pour le vouer au bûcher ? Il a mis en scène trente-cinq films depuis 1971, dont quelques titres inoubliables (Impitoyable, Lettres d’Iwo Jima, Mystic river, Sur la route de Madison…). Lorsque l’on mène une carrière aussi longue et riche, il est impossible de ne produire que des chefs-d’œuvre. Par comparaison, Terrence Malick –pour moi le plus grand cinéaste américain vivant, malgré la déception de The tree of life- en est seulement à cinq sur une période d’activité à peu près égale (La ballade sauvage date de 1973). Il lui est évidemment plus facile d’être constant… Bien sûr, on pourra reprocher à Eastwood sa boulimie. Du moins témoigne-t-elle de son amour du cinéma…
 
 
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Pour autant, si je n’oublie pas ce que le Septième art doit à certains auteurs, je ne suis pas non plus un admirateur aveugle. Il m’arrive de défendre avec ardeur certains films, parfois un peu trop vivement, comme je l’ai fait avec Les raisins de la colère face à Bastien, à qui j’adresse des excuses aussi plates que la poitrine de Keira Knightley (une association de mots qui devrait booster mon compteur de visites !). Cependant, jamais une œuvre dans sa globalité. Vous n’êtes pas près de me surprendre en flagrant délit de fanitude… sauf si on me parle d’Eva Green (mais dans ce cas, mon approche est strictement viscérale).

Aussi, ce n’est pas parce qu’il est une figure mythique du cinéma américain qu’on doit aborder chaque nouvel opus d’Eastwood avec une déférence religieuse. Or, si J Edgar est objectivement plus réussi qu’Au-delà (pas difficile, diront les esprits fielleux…), je m’explique assez mal l’accueil exagérément élogieux qui lui est quasiment unanimement réservé par la critique française (faut-il y voir une manière de s’attirer les bonnes grâces du maître, et ainsi obtenir un entretien ?).

Avec une telle entrée en matière, vous avez sans doute compris que J Edgar ne m’a pas complètement convaincu. Commençons par les critiques, afin de finir sur une note positive…
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Le récit, organisé autour de –trop- nombreux flash-backs, est parfois difficile à suivre. D’autant que les transitions entre les époques ne sont pas toujours des plus claires. Le scénariste, Dustin Lance Black (oscarisé pourHarvey Milk) prend le parti de se focaliser sur la sphère privée de Hoover, laissant de côté, ou presque, son action à la tête du FBI. Ce qu’on peut déplorer. On aurait en effet aimé avoir la vision de Clint Eastwood sur un pan essentiel de l’histoire des Etats-Unis, dont il est l’une des incarnations culturelles (n’en déplaise à certains), comme Ford en son temps (n’en déplaise à d’autres…). 
 
Certes, J Edgar évoque, entre deux scènes intimes, la période troublée de 1917-1920, où l’Amérique vécut dans la crainte d’une extension sur son territoire de la révolution bolchevique, ou l’enlèvement du fils aîné de Charles Lindbergh. On y croise aussi quelques figures de premier plan, tel le procureur Palmer ou Bob Kennedy...

Le contexte historique n’est toutefois pour les auteurs de ce film qu’une toile de fond. Seules comptent pour eux la relation castratrice du directeur du FBI avec sa mère et sa liaison avec son bras droit, Clyde Tolson. C’est un choix comme un autre, bien sûr. Il n’en est pas moins regrettable de ne retenir d’une personnalité qui eut autant d’influence, de pouvoir, que son supposé complexe d'Œdipe, sa prétendue homosexualité ou son soi-disant goût pour le travestissement. Qu’est-ce que cela apporte ? C’est comme si, pour retracer la vie de Talleyrand, on parlait uniquement de ses bonnes fortunes. Ou que l’on réduisait la biographie et l’œuvre de Proust à son amour démesuré pour sa mère et son inversion.

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Si encore ces hypothèses –l’homme avait tellement le goût du secret que rien n’est établit formellement, ce qu’admet lui-même le réalisateur dans un entretien accordé au magazine Positif (j’ai du mal à croire qu’un homme aussi obsédé par son image ait pu s’exhiber en travesti)- servaient à éclairer la psyché de Hoover et à démontrer que sa vie privée a pu influencer ses décisions ou ses actes. Ce n’est cependant pas le cas ici. Ou alors tellement en creux que c’est à peine perceptible…
 
     
Je suis aussi assez réservé sur l’interprétation. Leonardo DiCaprio est dans la performance. C’est évidemment bluffant, néanmoins cela sent trop l’exercice de style (genre Actors Studio), la course à l’Oscar, pour que l’on ne finisse pas par être agacé. Beau travail quand même des équipes de maquillage prosthétique. Du moins pour son personnage. Armie Hammer, qui incarne Tolson, n’a pas la même chance. Alors que le visage vieilli de DiCaprio est d’une surprenante plasticité, que son regard exprime étonnamment la sénescence, celui de Hammer est comme momifié. S’en est presque risible… 
 
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J Edgar
offre tout de même au spectateur quelques motifs de satisfaction. On peut d’abord se réjouir que l’auteur de Gran Torino retrouve son style. On pouvait craindre en effet qu’il eût été englouti sous les vagues dévastatrices du tsunami d’Au-delà… Son chef opérateur et collaborateur de longue date, Tom Stern, signe ici une photographie élégante, avec une palette chromatique très expressive, souvent désaturée (comme dans Lettres d’Iwo Jima), mais pas seulement.

Comme je l’ai écrit, j’aurais préféré que le récit fût davantage centré sur l’action de Hoover. Je reconnais pourtant que l’évocation du lien entre le patron du FBI et son adjoint est véritablement sublimé par le scénario de Lance et la sensibilité d’Eastwood. Leur rencontre est filmée avec beaucoup de pudeur. La dernière scène, qui nous montre Hoover gisant sur le sol, a demi-nu, dépouillé de sa puissance, est également très belle, notamment en raison du geste de Tolson, qui le recouvre d’une couverture.

De petits instants de grâce, qui ne suffisent cependant pas à faire de J Edgar un élément majeur de la filmographie d’une légende d'Hollywood.
 
 
Ma note - 2,5/5

A consulter : Press-book du film

Clint Eastwood sur ce site : Au-delà

Commenter cet article

fredastair 31/01/2012 00:39

Oui, j'essaie aussi de soigner le visuel de mes articles, dans la mesure du possible : l'image doit se marier avec le texte... Ce qui me prend souvent un temps fou également :)
Il m'arrive aussi d'aller chercher des photos ailleurs, parfois c'est quasiment une question de survie (pour les séries télé notamment !).

Le travail des chef op est parfois fascinant, en effet, et ne doit pas être masqué derrière celui du cinéaste. Ce n'est pas Fincher qui "fait" entièrement l'image de ses films, ni Spielberg, ni
Eastwood...

Une dernière chose que je n'avais pas relevée dans ton (très bon) article : c'est la défense que tu fais d'Eastwood au début. Trop facile, en effet, de tomber sur ces auteurs-là dès qu'ils montrent
le moindre signe de faiblesse et que tout le monde s'engouffre dans la brêche. C'est quand même le type qui a réalisé "Josey Wales", "Sur la route de Madison", "Million Dollar baby", "Gran
Torino"... J'avais même réussi à trouver des qualités à "Hereafter", c'est dire ! Pour moi, il reste surtout un grand cinéaste du mélodrame, de la petite forme.
Après, dommage que cette défense se fasse sur le dos de Fincher et de Nolan, que j'aime tout autant ! N'est-il pas possible d'apprécier ensemble les "anciens" et les "modernes" ? :P

CHRISTOPHE LEFEVRE 31/01/2012 01:01



Pour les photos, cela relève parfois de l'obsession pour moi... trouver la photo qui me semble juste, ce n'est pas toujours simple. Même si on est parfois aidé, comme c'est le cas avec Eastwood,
car la photographie du film est très élégante... Je fais aussi des recherches sur les affiches, car les choix en France, pour les films étrangers, ne sont pas toujours des plus judicieux.
D'autres pays ont une culture plus développée en la matière. les affiches originales de films asiatiques sont souvent somptueuses. Pour un film américain, on a souvent l'embarras du choix !


Si, bien sûr ! On peut aimer les deux. C'est mon côté provoquant ! Car Fincher me donne souvent beaucoup de plaisir. et Nolan m'a bluffé avec The dark Knight. J'ai pris ces exemples, car cela
m'énerve que, parce que certains cinéastes sont à la mode (et c'est le cas de ces deux là), on regarde avec un peu de mépris les "anciens", au seul prétexte qu'ils connaissent une faiblesse
relative. On oublie trop vite la carrière qu'il ont fait. Celle-ci n'excuse pas tout. Mais on ne doit pas pour autant les brûler...


C'est l'un des mes nombreux défauts d'y aller parfois un peu à la hussarde pour provoquer. cela ne sert à rien, mais sur l'instant, cela m'amuse...


Mon autre défaut est de vouloir parfois défendre avec un peu trop d'ardeur les films de patrimoine, au risque de passer parfois pour quelqu'un d'un peu cassant, méprisant, si on n'est pas de mon
avis. Mais c'est plus fort que moi, je ne peux m'en empêcher, même si je sais que j'ai tort. Du moins en ai-je conscience... après coup...


Et il faudrait que je balaie devant ma porte, car je ne fais pas que regarder des films de Dreyer... Ce soir, j'ai même mangé en regardant... Une famille formidable... Oups, je devrais avoir
honte ! Mais bon, c'était pour mieux me vider l'esprit, et tenter de faire un article sur un court métrage de... Dreyer... Mais je n'en suis pas très content, donc je ne sais pas si je vais le
publier tout de suite...



fredastair 30/01/2012 23:40

Tiens, j'avais repéré aussi l'effet Guignols de l'info !! Le film reste sauvé, selon moi, par son final virtuose qui nous fait comprendre que tout ce qu'on a vu avant (ou du moins une bonne partie)
était bidon. Il fallait quand même l'oser... Comme dans "Citizen Kane", la vérité de l'homme Hoover n'est pas réductible à un seul discours, un seul récit (hollywoodien ou biographique) : elle est
à multiples facettes et accepte une part de mensonge.

Sinon, je me permets une remarque sur le choix des photos dans tes articles, que je trouve souvent très belles (je m'étais déjà fait la remarque sur celles de "Take shelter"). Visiblement, tu ne te
réduis pas au panel qu'en propose Allociné, où il est parfois difficile de trouver son compte...

CHRISTOPHE LEFEVRE 30/01/2012 23:50



Merci pour ton commentaire, et pour ta remarque sur le choix dees photos. effectivement, je ne vais quasiment faire mon choix sur AlloCiné... Je vais à la pêche ! Cela me prend parfois du temps,
mais j'aime bien ce qui est agréable aussi à l'oeil... C'est aussi la raison pour laquelle j'illustre mes articles de films plus anciens de nombreuses photos. en fait, j'adore la photo, c'est
aussi pour cela que j'évoque souvent le travail des chefs opérateurs... quand ils sont bons



Antoine 22/01/2012 22:31

Parcours surprenant, en effet. Mais le mien ressemble pas mal : prépa scientifique, étude de mathématiques puis réorientation vers l'histoire et thèse en cours sur les collectivités territoriales
dans lesquels il est assez probable que je travaille un jour. Etonnant, non ? Bon, par contre, j'ai évidemment sauté la case service militaire - sans regrets, d'ailleurs.

CHRISTOPHE LEFEVRE 23/01/2012 00:40



J'ai entamé aussi une thèse, à l'école des hautes études en sciences sociales (1995-1996), sur l'expédition d'Egypte conçue comme un laboratoire d'études pour le corps médical... mais pas finie,
car j'avais besoin de travailler, donc je suis entré dans une collectivité en 1997. Puis de retour depuis 2003... Parcours effectivement très très proche



Antoine 20/01/2012 20:45

Tiens, moi aussi, je suis historien. Mais, en matière cinématographique, ça ne me dérange pas trop que l'on torture les faits.

CHRISTOPHE LEFEVRE 20/01/2012 21:33



Disons que je l'étais... Enfin, un parcours compliqué... D'abord études de biologie moléculaire et génétique jusqu'en maîtrise, et après mon service national, étude d'histoire en 1992 à Nantes et
Paris... Maintenant, je travaille dans une collectivité territoriale... Je ne suis pas non plus toujours regardant sur l'exactitude historique des films. Un film n'est pas un cours d'histoire.
Mais dans le cadre d'un biopic (même si J Edgar n'en est pas complètement un), je trouve cela plus embarassant



Tching 17/01/2012 11:47

Pffiou et ben sans aimer, t'as trouvé le courage d'en écrire une tartine, chapeau. Bon je passe sur le débat iconoclaste du début (soutenant Fincher et Nolan, mais pas au dépens de plus vieux moins
à la mode, je ne prends pas ça pour moi, tant pis).
On est d'accord sur le film, c'est bien foutu, ouais, mais on s'en tamponne globalement. J'ai trouvé Leo vraiment bon, comme d'hab faut avouer, et son masque bien mieux réussi que l'autre. Pas vu
Au-delà ; mais sans être moisi, ce J Edgar reste moyen, trop moyen.

CHRISTOPHE LEFEVRE 17/01/2012 13:28



Cela ne te vise évidemment pas, ce débat  C'est une remarque très générale. Mais oui, ce J Edgar m'a pas mal
ennuyé...