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Jeanne Eagels (1890 - 1929)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Jeanne Eagels est née le 26 juin 1890 à Kansas City. C’est dans cette ville qu’elle commence sa carrière d’actrice, apparaissant dès son plus jeune âge dans plusieurs spectacles. A l’âge de 12 ans, elle intègre le théâtre itinérant des frères Dubinsky et participe à des tournées dans le Midwest.

Peu après la mort de son père, Jeanne s’installe à New York, où elle devient une Ziegfeld Girl. Mais la jeune femme rêve avant tout de devenir comédienne. Une ambition satisfaite en 1915, où elle apparaît pour la première fois au cinéma, dans The house of fear de John Ince et Ashley Miller. L’année suivante, elle tourne sous la direction de Frank Lloyd dans The world and the woman. Dans le même temps, elle joue à Broadway The great pursuit au Shubert Theatre.

 

Jeanne mène alors une double carrière, enchaînant tournages et apparitions au théâtre. Elle devient rapidement l’une des vedettes de Broadway, triomphant notamment dans Rain, une pièce adaptée d’une nouvelle de William Somerset Maugham, qu’elle joue 904 fois entre novembre 1922 et mars 1926. Face au succès, le dramaturge britannique écrit pour elle une autre pièce, The letter, portée à l’écran par Jean de Limur en 1929. L’actrice reprend pour l’occasion le rôle qu’elle avait créé, une prestation qui lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice en 1930. La première de l'histoire à titre posthume…

    Jeanne-Eagels-5.jpg

 

Car Jeanne Eagels est morte d’une overdose le 3 octobre 1929. Epuisée par son rythme de travail, la jeune femme souffrait depuis plusieurs années de nombreuses addictions : médicaments, alcool, drogues... La nouvelle de sa mort fut rapportée par le New York Evening Graphic, un journal de New York. L’auteur de l’article n’est pas un inconnu, puisqu’il s’agit de… Samuel Fuller.

L’auteur d’Au-delà de la gloire, qui était alors journaliste, raconte dans son autobiographie comment il reçu un soir d’octobre une information l’invitant à se rendre dans l’un des funérariums de Manhattan : Le funérarium était divisé en deux pièces, le salon or et le salon rouge. Il y régnait un silence de mort. Dans le salon or, j’ai vu un très beau cercueil avec six poignées en cuivre poli. Des montagnes de fleurs avaient été placées tout autour sur une estrade. J’ai soulevé le couvercle massif du cercueil. A l’intérieur se trouvait le plus beau corps que j’avais jamais vu et, croyez-moi, j’en avais vu pas mal. J’ai cessé de respirer et j’ai regardé Jeanne Eagels, l’une des actrices les plus célèbres de Broadway. J’avais du mal à croire que c’était elle. Elle était pourtant là, allongée dans une robe du soir magnifique, ses cheveux décolorés parfaitement coiffés, comme si elle s’apprêtait à sortir dans le monde. Elle n’allait nulle part. Elle était morte. J’étais bouleversé. […]Toute cette beauté et tout ce talent s’étaient maintenant éteints. Il ne restait plus qu’un corps froid, dans un magnifique putain de cercueil. […] Je me souviendrai toujours de l’expression angélique sur le visage de Jeanne Eagels dans ce maudit cercueil.

Jeanne Eagels 3
Fuller explique ensuite comment les autorités tentèrent de dissimuler les causes de la mort de la jeune femme : Le chef des légistes a confirmé que c'était bien Eagels, mais qu'aucune déclaration officielle ne serait faite avant que la cause exacte de la mort ne soit déterminée. Shainmark suspectait les autorités d'essayer de gagner du temps pour dissimuler une overdose. A cette époque, l'abus d'alcool était couramment mentionné dans les journaux, mais à cause des réactionnaires moralistes, le mot drogue restait tabou dans la presse. [...] Nous savions très bien que la consommation de drogues, probablement de l'héroïne, était d'usage dans l'entourage de Jeanne Eagels. Finalement, la cause officielle de sa mort a été : intoxication alcoolique, détérioration des organes. Quelqu'un tentait de protéger la réputation d'Eagels et faisait un très bon boulot. Plus tard, la cause a été modifiée et est devenue : auto-administration de sédatifs.

 

Le destin tragique de Jeanne Eagels a inspiré plusieurs films, dont Un seul amour, un biopic signé George Sidney, avec Kim Novak dans le rôle titre. D’après Fuller, il semble que Joseph Mankiewicz se soit également inspiré d’elle pour le personnage de Margo Channing (Bette Davis) dans Eve

 

Filmographie complète sur IMDB.

 

Carrière à Brodway sur IBDB.

A lire : Un troisième visage, Samuel Fuller (Allia, 2001)

Commenter cet article

Wilyrah 19/09/2011 14:32


Bonjour Christophe,
J'aime beaucoup cette nouvelle bannière de blog Chaplinesque. Bravo ! Sobre et classe.


CHRISTOPHE LEFEVRE 19/09/2011 14:33



Merci merci ! C'est très sympa !



Armelle 19/09/2011 11:47


Sur l'écran noir de tes nuits blanches, tu remontes sacrément le temps et c'est très sympathique. Ce goût délicieux d'arrière-saison et ces visages qui gardent au-delà de l'empreinte des jours leur
intemporalité.


CHRISTOPHE LEFEVRE 19/09/2011 13:15



Merci pour ce joli compliment...



palilia 18/09/2011 12:05


funeste destin pour une personne très belle et ces photos en noir et blanc sont tout simplement magnifiques !


CHRISTOPHE LEFEVRE 18/09/2011 23:57



Oui, j'aime particulièrement la seconde, qui la représente au théâtre. Elle a un côté évanescent qui l'a rend déjà iréelle. Merci de ta visite



Chris 18/09/2011 00:28


Passionnant, je ne connaissais pas cette actrice. Comme quoi, il y a de place pour tous les styles d'articles sur le net ;)
Et, si tu veux publier tes articles qui traitent d'un film, comme Habemus papam ci dessous, sur 1 article = 1 film, tu es le bienvenu :)


Marie Fontaine 18/09/2011 00:23


Un article émouvant. Hollywood était déjà une machine à broyer le talent et la beauté. J'ai apprécié le franc-parler de Sam Fuller dans son article nécrologique de l'époque : "Il ne restait plus
qu'un corps froid, dans un magnifique putain de cercueil". Malheureusement, ce n'était ni le premier, ni le dernier.


CHRISTOPHE LEFEVRE 18/09/2011 02:51



Oui, Hollywood est depuis toujours un lieu de lumière et de drame... J'ai aussi beaucoup aimé le texte de Fuller. La rencontre étrange de deux destins...