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L'ange de la rue (Street angel)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L-ange-de-la-rue-1.jpg
 
Synopsis 
 
Angela (Janet Gaynor) vit dans les bas-fonds de Naples. La santé défaillante de sa mère exige des soins particuliers, notamment l’achat d’un médicament coûteux pour combattre la fièvre. Une dépense que la jeune fille, sans emploi, ne peut assumer. Apercevant par la fenêtre de son logement une prostituée, elle se résout à contrecœur à devenir un ange de la rue. Elle se comporte cependant d’une manière si maladroite qu’aucun homme ne fait attention à elle. Pour trouver les vingt lires nécessaires au traitement de sa mère, il ne lui reste donc plus que le vol. Mais surprise par les carabiniers au moment où elle tente de s’emparer d’une somme d’argent déposée sur l’étal d’un vendeur ambulant, elle est arrêtée et condamnée à une année de travail forcé. Sur le chemin du pénitencier, elle parvient toutefois à se soustraire à la surveillance de ses gardiens, et se précipite chez elle, où elle découvre sa mère morte. Cernée par la police, elle s’enfuit par les toits et trouve refuge auprès de saltimbanques, qui la cachent, avant de la recueillir dans leur troupe.

Devenue acrobate dans le petit cirque, Angela fait la connaissance d’un peintre bohême, Gino (Charles Farrell), qui insiste pour faire son portrait. Elle refuse d’abord catégoriquement. Cependant, devant son entêtement, elle finit par céder à sa demande. Mais pour la peindre telle qu’elle est, Gino doit d’abord faire tomber le masque qu’elle s’est forgée au cours des épreuves. Par l’amour qu’il lui porte et sa sensibilité artistique, il parvient finalement à révéler à la jeune fille sa véritable nature, douce et pure, éveillant ainsi en elle de tendres sentiments. Le bonheur des deux amants va toutefois être de courte durée, le passé d’Angela ressurgissant bientôt en la personne de Neri (Guido Trento), le policier qui l’avait arrêtée…
 
Fiche techniqueL'ange de la rue - Affiche 

Film américain
Année de production : 1928
Durée : 1h42
Réalisation : Frank Borzage
Scénario : Marion Orth
Image : Ernest Palmer
Avec Janet Gaynor (Angela), Charles Farrell (Gino), Natalie Kingston (Lisetta), Henry Armetta (Mascetto), Guido Trento (Neri), Alberto Rabagliati (Policier), Cino Conti (Policier)... 
 

 
Critique 
 
En 1927, Frank Borzage tourna L’heure suprême, premier chef-d’œuvre du cinéaste, mélodrame sublime mettant en scène ses deux acteurs fétiches : Charles Farrell et Janet Gaynor (on les retrouve à l’affiche de Lucky star en 1929). L’immense succès du film, aussi bien public que critique (il valut à son auteur et à son interprète féminine d’être récompensé à la première cérémonie des Oscars, en 1929), incita la Fox a imaginé une sorte de suite reprenant les mêmes ingrédients et, surtout, le même couple vedette. Ainsi vit le jour L’ange de la rue.
 
Borzage (prononcez Borzégui, qui est l’anglicisme de Borzaga, le nom de son père, d'origine italienne) porte ici à l’écran la pièce de Monckton Hoffe, The lady Cristilinda. Cette adaptation assez libre -le réalisateur modifie de nombreux éléments de l’intrigue, dont le lieu, déplacé de Londres à Naples- raconte, comme dans L’heure suprême, l’histoire d’un amour passionné et pur en butte aux bassesses du monde. Un combat spirituel mis en image avec un lyrisme qui n’a rien à envier aux grands maîtres du muet, tel Murnau. La traduction expressionniste des états d’âme par les jeux d’ombres et de lumières révèle d’ailleurs fortement l’influence du metteur en scène allemand sur Borzage, qui avait assisté au tournage de quelques scènes de L’aurore. Murnau connaissait bien lui aussi l’œuvre de son confrère (il alla même jusqu’à regretter de ne pas s’être vu confier le projet de L’heure suprême à la place de L’aurore !). On notera ici l’un des aspects les plus intéressants du travail en studio, qui permettait, par la proximité des plateaux, la rencontre, l’échange entre cinéastes. Ce n’est pas le seul exemple. On peut citer aussi les visites d’Hitchcock sur le tournage des Nibelungen de Lang (dont il utilisa les décors pour une scène de The blackguard) ou du Dernier des hommes de Murnau. Il me semble -mais je peux me tromper- qu’il y a aujourd’hui, à l’image de ce que l’on observe dans la société, plus d’individualisme dans le monde du cinéma. Même s’il existe des exceptions, comme Spielberg, qui a tissé des liens forts avec nombre de ses collègues, quelles que soit les générations (Clint Eastwood, Peter Jackson, JJ Abrams…). Cette attitude tient évidement à sont activité de producteur. Je pense également que sa cinéphilie n’y est pas étrangère…
 
L-ange-de-la-rue-2.jpg
 
L’ange de la rue ne vaut cependant pas que pour ses qualités esthétiques. La mise en scène de Borzage est également très novatrice -le cinéaste expérimente ici le son- et incroyablement virtuose. Au centre de l’immense décor circulaire conçu par Harry Oliver était installée une grue capable de pivoter à 360°, offrant ainsi beaucoup de fluidité aux mouvements de la caméra, qui pouvait passer d’un quartier à l’autre en de longs plans-séquences. 
 
Subtile alliance de l’art et de la technique, L’ange de la rue connut un succès encore plus grand que L’heure suprême, enregistrant lors de sa première semaine d’exploitation des recettes sept fois supérieures. Comme je l’ai déjà dit, il permit à Janet Gaynor d’obtenir, à seulement 22 ans, le premier Oscar de la meilleure actrice. Une récompense qu'elle reçut cette année-là pour ses prestations dans deux autres films : L’aurore et L’heure suprême (à l'époque, un comédien pouvait être en compétition pour plusieurs rôles à la fois). Cela fait rêver, non ?

Une fois n'est pas coutume, nous disposons en France d'une très belle édition DVD pour cette oeuvre. Commercialisée par Carlotta dans un somptueux coffret Borzage, elle propose en suppléments un passionnant entretien avec Hervé Dumont, auteur d'un livre de référence sur le cinéaste (Sarastro à Hollywood), une analyse de Michael Wilson (Frank Borzage : les ailes du désir) et un épisode de la série Screen director's playhouse signé Borzage (A ticket for Thaddeus).
 Ma note - 5/5

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Tching 05/08/2011 12:06


Avec plaisir !
J'ai essayé dans tous les sens moi aussi.
Le père Chris ou le père Mymp devraient nous donner la solution à leur retour, dans tous les cas...


Tching 04/08/2011 15:32


Ok bon ben c'est très bien qu'ils répondent (et en plus, de leur lieu de vacs !...). Pour le bandeau, (si je comprends bien, c'est la bannière c'est ça ?), j'ai aussi galéré pour la mettre au
milieu ; d'ailleurs, j'ai choisi un design qui permettait de ne pas trop le montrer, mais elle ne l'est toujours pas, et elle est rognée dans ses dimensions (quoique je fasse c'est la même chose,
cad quelque taille en pixels que je donne à mon image de départ... je trouve ça un peu relou, mais si tu trouves la solution avant moi, n'oublie pas de me laisser un petit message pour me dire
comment faire, je fais la même chose de mon côté !!!)


CHRISTOPHE LEFEVRE 04/08/2011 16:51



Oui, il doit y avoir une solution pour cette bannière. Certains blogueurs ont quelques choses de très propre. J'ai pourtant multiplié les essais. On se tient au courant ! Le premier qui trouve
nivite l'autre au cinéma (j'ai beaucoup de place Devosge à écouler avant fin septembre



Tching 04/08/2011 14:05


Salut Christophe, je viens de voir ta nouvelle adresse de déménagement, et je suis ravi que tu aies continué l'aventure blogaire ! Tu as pris de l'avance sur nous tous : tes impressions pour le
moment ? J'intégrerai évidemment ta communauté d'anciens Allocinéens une fois complètement immigré sur Overblog (d'ailleurs, j'ai envie que ça se fasse le plus vite possible, qu'on tourne la page
une bonne fois pour toutes) ! Pour l'instant, j'ai fait moi aussi quelques essais, et ça donne ça :

http://essaitching.over-blog.com/

Pour l'instant, pas grand-chose à redire de mon côté sauf peut-être tout le côté statistiques qui merde depuis la création du blog (et le compteur du coup,et puis le bandeau de gauche qui est un
peu trop gros à mon goût, mais je ne trouve pas comment réduire à ma guise tout ça... bref).

Pour le film en question (l'ange de la rue), je ne connais pas du tout, mais je le programme ! Je ne connais vraiment pas bien cette période, mais faut que je m'y mette !

A bientôt en tous les cas, et sur Overblog !

Ciao !
Tching


CHRISTOPHE LEFEVRE 04/08/2011 14:37



Merci pour ta visite !Pour l'instant, les impressions sont plutôt bonnes. on arrive à faire pas mal de choses intéressantes, même si, forcément, c'est parfois un peu plus complexe. Je vois que tu
t'en sors pas mal ! Les stats sont effectivement en panne. Et il y a eu quelques bugs hier, sur les photos. Du coup : mail un peu enflammé à OverBlog ! Et, surprise, réponse dès ce matin,
pour m'expliquer les problèmes rencontrés ces derniers jours; Cela ne change rien au problème, mais au moins, ils écoutent et répondent. La personne qui m'a répondu s'appelle Lionel et m'a envoyé
son mail de son lieu de vacances : ils semblent donc être plutôt motivé par leur boulot, ce qui est plutôt un signe positif ! Les soucis viennent surtout du fait qu'en cette période de vacances,
60 % des effectives sont absents. Et ils doivent en plus gérer la migration d'AlloCiné. Sinon, je suis content de l'évolution que j'ai donnée à mon ancien blog. Tout n'est pas parfait, je
voudrais inclure un bandeau, mais je n'arrive pas à le mettre parfaitement au milieu, même si la photo choisie respecte les dimensions requise. Je vais essayer d'avoir des infos vers les anciens,
avec qui j'ai déjà échangé... Il y a moyen de vraiment personnalisé son blog, meêm si cela demande de la patience et quelques notion d'info...  Pour L'ange de larue, il ne faut pas être
réfractaire au cinéma muet. Si tu ne l'es pas, je te conseille fortement : c'est une merveille, comme tous les films de orzage des années 1925-1940...



Antoine 29/07/2011 22:56


Et, il y avait Ford, Walsh et Hawks qui trainaient dans le même coin. Quant à Gaynor, Murnau l'avait plus ou moins piqué à Borzage.
Après, je ne sais pas du tout ce qu'aurait pu donner L'Heure suprême par Murnau (ou L'Aurore par Borzage). Mais, bon, tel qu'il existe, il me va très bien.


CHRISTOPHE LEFEVRE 29/07/2011 23:21



Effectivement. Et la réflexion vaut pour les techniciens... Harry Oliver, qui a travaillé sur quatre films de Brozage, est "passé"chez Murnau pour City Girl, tout comme Ernest Palmer,
l'opérateur, qui collabora en outre sur Four devils... Une belle époque. Et oui, les borgnes d'Hollywood, Ford et Walsh n'étaient pas loin



Antoine 29/07/2011 20:00


Ce fut une vraie belle surprise que de pouvoir découvrir ces films dans une très belle édition DVD. Il y a sans doute quelques chefs-d'oeuvre, un peu oubliés, de la fin du muet qui mériteraient un
tel sort.
C'est aussi étonnant de voir combien l'influence de l'expressionnisme allemand est présente dans L'Ange de la rue (dans La Femme au corbeau aussi). Généralement, on considère qu'Hollywood l'a
intégrée dans ses films fantastiques du début des années 1930 mais on s'aperçoit que c'est, finalement, plus précoce. Quant à l'émulation entre Murnau et Borzage (qui donnait de sacrées journées de
travail à Janet Gaynor...), elle a effectivement joué à plein. Quelle équipe d'ailleurs possédait alors la Fox !


CHRISTOPHE LEFEVRE 29/07/2011 22:50



Cela fait effectivement rêvé ! Ce dire que d'un pplateau à l'autre, on pouvait croiser Murnau, Borzage... Et Gaynor ! Quelle actrice ! Et quelle serie de films en cette fin des années 20... Cela
me laisse rêveur. Et se dire que Murnau regrettait d'avoir tourné L'aurore, au lieu de L'heure suprême...