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L'ordre et la morale

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L'ordre et la morale 1
 
Synopsis 
 
En avril 1988, la France se prépare à l'élection présidentielle qui voit s'affronter le président de la République, François Mitterrand, et le Premier ministre, Jacques Chirac. Le vendredi 22 avril au matin, à Fayaoué, sur l'île d'Ouvéa, deux jours avant le premier tour, des indépendantistes kanaks du FLNKS attaquent la gendarmerie, dans le but de l’occuper. Cependant, l’attaque dégénère et quatre gendarmes sont tués. Les survivants, soit une trentaine de personnes, sont pris en otage et séparés en deux groupes. Le premier, mené par Chanel Kapoeri, se rend dans le sud de l’île, à Mouli, où les captifs sont finalement libérés trois jours plus tard, à la demande des anciens et des coutumiers. Le second, conduit par Alphonse Dianou (Iabe Lapacas), est emmené dans une grotte près de la tribu de Gossanah.

Le capitaine du GIGN, Philippe Legorjus (Mathieu Kassovitz), est dépêché sur place avec un groupe d’intervention pour entamer le dialogue avec les preneurs d’otages. Mais il se voit bientôt placé sous les ordres des militaires, commandé par le Général Vidal (Philippe de Jacquelin Dulphé). Il comprendra vite que, lorsque les enjeux sont politiques, l’ordre n’est pas toujours dicté par la morale... 
 
Fiche techniqueL-ordre-et-la-morale---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h16
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Image : Marc Koninckx
Avec Mathieu Kassovitz (Capitaine Philippe Legorjus), Iabe Lapacas (Alphonse Dianou), Malik Zidi (JP Perrot), Philippe Torreton (Christian Prouteau)... 
 

 
Critique 
 
Encore un film que je suis allé voir avec un a priori assez négatif. Parce qu’un tel sujet se prêtait à un traitement manichéen, voire démagogique. Surtout de la part de l’auteur de La haine… Or, j’ai été heureusement surpris...

Je ne suis pas assez informé sur les faits pour évaluer l’authenticité du déroulement des événements dépeints ici, toutefois Mathieu Kassovitz me semble adopter un ton mesuré, tout en étant parfaitement documenté sur son sujet. S’il est clair qu’il choisit son camp, celui des Kanaks, il ne nous donne en effet pas à voir une réalité simpliste, exception faite, peut-être, de certains portraits de militaires dont la psychologie est assez grossière. L’assassinat des quatre gendarmes à Fayaoué nous est ainsi montré sans concession (ils sont abattus d’une balle dans le dos), même si l’on nous présente cet acte davantage comme un dérapage que comme un crime prémédité.

Il apparaît par ailleurs clairement que Kassovitz a soigneusement préparé son projet, qu’il a porté pendant dix ans. Il a recueilli les témoignages des principaux protagonistes de l’affaire, confronté les versions. S’appuyant en outre sur les rares sources écrites existantes, tel le rapport de la Ligue des droits de l’Homme ou le livre de capitaine Legorjus, il a écrit une trentaine de moutures de son scénario. Le seul reproche que l’on puisse adresser au réalisateur, sur ce point du moins, c’est que certains faits encore entourés de zones d’ombre soient mis en scène. Mais c’est la différence entre un documentaire et une fiction inspirée d’événements réels : des choix doivent être réalisés, des libertés peuvent être prises…
 L-ordre-et-la-morale-3.jpg
 
Pour ma part, j’ai trouvé que Mathieu Kassovitz cerne bien les enjeux politiques dans lesquels ont été pris les acteurs sur le terrain, qu’ils fussent militaires, gendarmes, militants indépendantistes ou civils, ce qui donne de la crédibilité à son film. J’y vois de la sincérité, de l’honnêteté. Bien sûr, une telle œuvre ne manquera pas de soulever quelques polémiques, tant il est difficile –impossible ?- en France de se pencher sur l’histoire récente. Même si quelques jeunes cinéastes font preuve en la matière de plus d’audace -et de courage- que par le passé (voir L’assaut de Julien Leclercq, autre bonne surprise de cette année).
 
L’ordre et la morale est moins réussi sur le plan de sa construction. Il peine en effet à trouver son équilibre entre action et conflit intime du personnage principal, d’où une impression de faux rythme. Sur la forme, ses clins d’œil répétés à Apocalypse now ont pour conséquence qu'il ne peut échapper à une comparaison avec le monument de Coppola. Un parallèle qui se fait au désavantage évident du réalisateur français. Sa mise en scène manque singulièrement de souffle. Kassovitz n’est pas un visionnaire, contrairement à son aîné américain. Sans doute est-il aussi trop appliqué à reconstituer fidèlement la tragédie d’Ouvéa…
 L'ordre et la morale 2
 
Malgré tout, l’assaut final est filmé avec une belle d’énergie. Sa représentation presque abstraite, avec une caméra très mobile, restitue bien l’extrême confusion des combats dans la jungle. Il y a également cette lumineuse idée de mêler deux temps dans une même séquence, permettant ainsi à Legorjus de vivre en direct l’attaque de la gendarmerie de Fayaoué grâce au récit, déroulé sous forme de flash-back, de Samy. On retiendra enfin la qualité de la bande originale, dont les chants mélanésiens ne sont pas sans évoquer un autre grand film de guerre, La ligne rouge. Rien de très étonnant, puisque son auteur, Klaus Badelt, a collaboré avec Hanz Zimmer sur la partition du chef-d’œuvre de Terrence Malick… 
 
Après l’échec artistique de son exil américain, Mathieu Kassovitz nous revient donc avec un film solide, à défaut d’être inspiré. A voir… 
 
Ma note - 2,5/5

Commenter cet article

Squizzz 28/11/2011 23:32

Même si je ne suis pas entièrement d'accord avec toi, je suis content de lire une critique moins tranchée (négativement) sur ce dernier opus de Kassovitz.

neil 27/11/2011 23:27

C'est pas non plus génial. Je trouve que Kasso se regarde beaucoup filmer, que le film fait un peu trop de raccourcis et manque de rythme.

armelle 27/11/2011 10:49

Je n'irai pas voir "L'ordre et la morale", mais je lis avec intérêt ta critique de ce film très controversé dans la presse.
A propos de Visconti, je considère "Mort à Venise" supérieur au Guépard. Mais le Guépard est d'un esthétisme, d'une interprétation, d'un rendu social si parfaits que l'on ne peut se lasser de le
revoir et ce soir il passe sur ARTE, alors pourquoi s'en priver.

CHRISTOPHE LEFEVRE 27/11/2011 11:15



Le guépard est effectivement une merveille. D'auatnt qu'il a été merveilleusement restauré...



ffred 24/11/2011 23:18

10 ans de préparation ou pas j'ai trouvé cela très mauvais et très loin de Coppola !

CHRISTOPHE LEFEVRE 25/11/2011 00:17



Bah, t'es méchant ! Ce n'est pas si mal...