Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La balade de l'impossible (ノルウェイの森)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La ballade de l'impossible 1

Synopsis
 
Watanabe (Kenichi Matsuyama) et Kizuki (Kengo Kora) sont deux amis de lycée. Ce dernier sort avec Naoko (Rinko Kikuchi) et paraît couler des jours heureux. Pourtant, à 17 ans, le jeune homme se suicide. Profondément affecté par sa disparition, Watanabe quitte Kōbe pour Tokyo, où il entame ses études universitaires. Il retrouve alors Naoko. Animés par la même douleur, les deux jeunes gens se rapprochent et deviennent bientôt amants. Mais le lendemain de leur première nuit d’amour, Naoko disparait sans explication. Watanabe apprendra plus tard qu’elle est entrée dans un centre psychiatrique, pour soigner une dépression. Dans le même temps, il fait la connaissance de Midori (Kiko Mizuhara), une jeune étudiante pleine de vie…
 
Fiche techniqueLa-ballade-de-l-impossible---Affiche.jpg

Film japonais
Année de production : 2010
Durée : 2h13
Réalisation : Trần Anh Hùng
Scénario : Trần Anh Hùng
Image : Ping Bin Lee
Avec Kenichi Matsuyama (Watanabe), Rinko Kikuchi (Naoko), Kiko Mizuhara (Midori), Reika Kirishima (Reiko Ishida), Kengo Kora (Kizuki), Kengo Kora (Kizuki)... 
 


Critique
 
Adaptation du best-seller d’Haruki Murakami, La balade de l’impossible est un chant douloureux, dont la beauté fiévreuse et pleine de langueur devrait marquer durablement ma mémoire. Car Trần Anh Hùng exprime dans ce film des sentiments qui trouvent en moi un écho particulier (un effet de la crise de la quarantaine ?) : Soudain, confie le cinéaste franco-vietnamien dans le dossier de presse, on s’aperçoit trop tard qu’on n’a pas suffisamment vécu, suffisamment aimé, suffisamment souffert par amour. Trop tard. On n’aura vécu qu’une infime partie des aspirations de la jeunesse, cette époque des grandes affirmations, des certitudes proclamées les larmes aux yeux. Le temps du saut dans l’inconnu qu’est le sentiment amoureux est passé. Passées également, les grandes frayeurs éprouvées dans l’amour. Et une poignante mélancolie vous saisit, une mélancolie de l’existence telle que même un sentiment amoureux renouvelé ne pourrait qu’en accentuer l’intensité.
 
Ce languissant regret est évoqué ici avec autant d’intelligence que de sensibilité. Ce qui n’empêche pas pour autant une certaine crudité, notamment dans les dialogues (voir la scène où Naoko explique à Watanabe son impuissance à mouiller lorsqu’ils font l’amour), permettant ainsi au film d’échapper à une complète désespérance et de véritablement s’incarner, donc de toucher intimement le spectateur.
 
La-ballade-de-l-impossible-2.jpg
 
Si ce film est une réussite, c’est aussi parce que l'auteur de L’odeur de la papaye verte a su remarquablement s’entourer. Ainsi, outre la partition infiniment mélancolique de Jonny Greenwood, ex-guitariste du groupe Radiohead, retiendra-t-on la composition très picturale du directeur de la photographie, Ping Bin Lee (l’orthographe de son nom étant très changeante, je m’en tiens à la graphie retenue par IMDB), déjà collaborateur de Trần Anh Hùng sur A la verticale de l’été, mais également chef opérateur de Hou Hsiao-hsien (Un temps pour vivre, un temps pour mourir, Les Fleurs de Shanghai, Millennium Mambo) et Wong Kar-wai (In the mood for love). Il nous propose ici des plans somptueux. On peut citer, par exemple, cette séquence où, dans un décor de neige seulement éclairé par un réverbère, Watanabe explique à Midori les raisons de son comportement. Les grincheux parleront de démarche esthétisante. J’y vois pour ma part l'une des plus bouleversantes représentations de la beauté au cinéma.
 
De la même façon, côté interprétation, c’est un sans faute. Kenichi Matsuyama construit avec subtilité son personnage de rêveur lunaire écartelé entre désir de vivre et tentation de la mort, entre Eros (Midori) et Thanatos (Naoko). Kiko Mizuhara, quant à elle, illumine La balade de l’impossible par sa nature solaire. Nul doute que, sans elle, cette œuvre sombrerait très vite dans une noirceur intolérable. Rinko Kikuchi est aussi parfaite dans un rôle qui, tout en rappelant dans un premier temps celui qu’elle tenait dans Babel, s’avère finalement assez différent. Après avoir offert sa virginité à Watanabe, Naoko souffre d’un mal qui l’empêche d’avoir de nouveau des relations intimes. Une impossibilité (ou un refus ?) qui va peu à peu l’enfermer dans sa douleur, la couper du monde. Dans le film d’Alejandro González Iñárritu, au contraire, Chieko va chercher dans la sexualité un moyen de communiquer, d’échapper à son handicap (elle est sourde et muette).
 
Dans un contexte un peu déprimant (hormis Une séparation), ce film redonne foi dans le cinéma. Et comme par hasard, c’est par la sensibilité asiatique que le salut arrive, comme l’année dernière avec le magnifique Poetry. Pour une fois, je ferai donc fi de ma modération et parlerai d’authentique chef-d’œuvre. On ne peut cependant s’en apercevoir qu'en s'abandonnant sans réserve à ce magnifique récit.
 
Ma note - 4/5 

Commenter cet article

armelle 23/07/2011 14:01


J'ai vu ce film lors du festival du film asiatique de Deauville en mars dernier et j'ai beaucoup aimé. Peut-être un peu lent, quelques images languissantes, mais l'ensemble est solide, beau,
émouvant, admirablement interprété. Un thème difficile, très casse gueule dont le réalisateur se tire avec intelligence et sensibilité. Des images sublimes et une musique prenante.


CHRISTOPHE LEFEVRE 23/07/2011 14:04



J'aime beaucoup le cinéma asiatique, et j'envie les habitants de Deauville d'accueillir ce festival. Même si Beaune à réservé cette année une belle place au cinéma asiatique dans le cadre de son
Festival du film policier. Merci pour la visite !