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La Colline aux coquelicots (コクリコ坂から)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La colline aux coquelicots   
Synopsis
 
Umi, une lycéenne, vit dans une vieille bâtisse perchée au sommet d’une colline surplombant le port de Yokohama. Chaque matin, depuis que son père a disparu en mer, au moment de la guerre de Corée, elle hisse face à la baie deux pavillons, comme un message lancé à l’horizon. Au lycée, quelqu’un a écrit un article sur cet émouvant signal dans le journal du campus. C’est peut-être Shun, le séduisant jeune homme qu’Umi n’a pas manqué de remarquer. Attirés l’un par l’autre, les deux jeunes gens vont partager de plus en plus d’activités, de la sauvegarde d’un foyer d’étudiants menacé de démolition par son propriétaire, jusqu’à la rédaction d’un journal. Pourtant, leur relation va prendre un tour inattendu avec la découverte d’un secret qui entoure leur naissance et semble les lier… 
 
Fiche techniqueLa colline aux coquelicot - Affiche
 
Film japonais
Année de production : 2011
Durée : 1h31
Réalisation : Gorō Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki, Keiko Niwa 
Image : Atsushi Okui
Avec (voix originales) Masami Nagasawa (Umi Matsuzaki), Junichi Okada (Shun Kazama), Keiko Takeshita (Hana Matsuzaki)...  
 

 
Critique
 
La ballade de l’impossible, le très beau film du Franco-vietnamien Trn Anh Hùng, avait pour toile de fond le mouvement de contestation estudiantine qui agita le Japon à la fin des années 1960. La colline aux coquelicots se situe quelques années plus tôt, en 1963, à une période charnière où la jeunesse de ce pays hésitait encore entre respect des traditions et aspiration au changement. Cet ancrage dans le réel confère à ce second long métrage de Gorō Miyazaki -après Les contes de Terremer- une place particulière dans les productions signées Ghibli, d’ordinaire plus orientées vers l’imaginaire et le fantastique (même si Le tombeau des lucioles et Mes voisins les Yamada d’Isao Takahata avaient déjà cette orientation). 
 
La colline aux coquelicots 2 
Cette adaptation du shōjo –un manga destiné aux adolescentes- de Tetsurô Sayama et Chizuru Takahashi (édité en France par Delcourt et Akata) m’a touché. Mon côté midinette ? Peut-être… Mais pas seulement. J’ai été sensible à cette peinture tendre de la société japonaise, à cette manière de sublimer les gestes les plus simples du quotidien, comme de préparer un repas (cela me rappelle Still walking, de Hirokazu Koreeda), et de mettre en avant la force des liens familiaux et la solidarité entre les générations, traits qui apparaissent déjà dans Ponyo sur la falaise ou Arrietty. La quête identitaire des deux jeunes gens est également émouvante, et sans doute assez symbolique de celle de l’auteur, un peu écrasé par l’imposante figure paternelle. J’ai aussi aimé cette évocation du petit monde utopique du Quartier latin, qui tente de se construire un futur en conciliant passé et modernité. Un mode de développement dont notre époque pourrait –devrait ?- s’inspirer. J’y vois en outre comme une métaphore de l’avenir possible du studio d’animation japonais… 
  
De la même façon, j’ai été séduit par le graphisme délicat de La colline aux coquelicots, que ce soit dans le traitement des paysages, baignant dans une lumière expressionniste (on aperçoit d’ailleurs furtivement dans la maison d’Umi une reproduction d’un champ de coquelicots signé Monet), ou de l’architecture du foyer des étudiants, le Quartier latin (autre clin d’œil à la culture française), avec ses fenêtres en verre coloré, ses amoncellements hétéroclites d’objets… Les deux héros sont également bien caractérisés, en particulier la jeune fille, qui est à l’image du coquelicot, une fleur incarnant, selon certaines sources, l'ardeur fragile… 
 
La colline aux coquelicots 3
 
J’ai par contre moins apprécié le travail sur les visages, hormis ceux d’Umi et Shun. Les physionomies des personnages secondaires m’ont en effet gêné par leur trop grande stylisation. Celle-ci renforce certes leur expressivité, comme c’est le cas dans les yakusha-e, ces estampes représentant des acteurs de Kabuki (je songe par exemple à celles de Tōshūsai Sharaku), mais elle donne aussi à leurs traits un côté grotesque. J’ai lu que c’était une règle des récits destinés à la jeunesse au Japon. Je ne suis pas assez spécialiste pour en juger. Quoi qu’il en soit, cela m’a embarrassé… La colline aux coquelicots souffre aussi par instant d’un certain manque de rythme, dû à une animation un brin paresseuse, et d’une présence un peu encombrante de la musique, notamment des passages chantés. 
 
Malgré ces défauts, et n’en déplaise aux fans d’Hayao Miyazaki, son fils Gorō semble peu à peu trouver son style. Laissons-lui le temps. Car il nous apporte avec ce joli film mélancolique la preuve de son talent… 
 
Ma note - 3/5

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pierreAfeu 17/01/2012 12:13

Un très joli film, délicat et subtil.

CHRISTOPHE LEFEVRE 17/01/2012 13:15



On est bien d'accord... UNe belle surprise