Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La dernière piste (Meek's cutoff)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La-derniere-piste-1.jpg

 

Synopsis

 

Une caravane composée de trois familles progresse sur les hauts plateaux arides de la chaîne des Cascades, dans l’Oregon. Elle est conduite par un trappeur, Stephen Meek (Bruce Greenwood), qui a choisi d'emprunter ces chemins de traverse désertiques pour arriver plus vite à destination. Mais dans ce no man’s land de pierres, les vivres, et surtout l’eau, ne tardent pas à manquer. Les pionniers finissent par douter de leur guide. Au cours de leur périple, leur route croise bientôt celle d’un indien Cayuse (Ron Rondeaux), qu’ils capturent. Meek propose de le tuer. Solomon (Will Patton) et sa femme, Emily (Michelle Williams), suggèrent pour leur part de le laisser en vie, car sa connaissance de la région peut les aider à trouver un point d’eau. Ils parviennent finalement à convaincre leurs compagnons de remettre leur destinée entre les mains de cet homme…

 

Fiche techniqueLa-derniere-piste---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2010

Durée : 1h44

Réalisation : Kelly Reichardt

Scénario : Jonathan Raymond

Image : Chris Blauvelt

Avec Michelle Williams (Emily Tetherow), Bruce Greenwood (Stephen Meek), Will Patton (Soloman Tetherow), Zoe Kazan (Millie Gately), Paul Dano (Thomas Gately)...

 


 

Critique 

 

Malgré la sidérante beauté des images, la grande sécheresse de la mise en scène (à l’image des paysages de l’Oregon) et l’absence de véritable enjeu dramatique de la première partie –exception faite de la lutte pour la survie des colons et la défiance grandissante de ces derniers à l’égard du trappeur- m’ont d’abord pas mal rebuté. On assiste de fait à une succession de scènes presque documentaires qui fige peu à peu le film. Heureusement, l’intrusion de l’Indien provoque une montée en tension salutaire pour le récit et donne lieu à un point de vue original sur la conquête de l’Ouest sauvage. En effet, ce personnage presque mutique -il évoque One-Eye, le héros du Guerrier silencieux, de Nicolas Winding Refn- va non seulement devenir un sujet de conflit entre les membres de la caravane, mais également être l’occasion pour Kelly Reichardt de casser l’imagerie traditionnelle du western. La figure mythologique du cow-boy (interprétée ici par un Bruce Greenwood aussi hirsute que Jeff Bridges dans True grit) est ainsi particulièrement mise à mal, puisque obligée de capituler devant la volonté d’Emily Tetherow. Cette approche féminine donne toute sa singularité à ce film appartenant à un genre jusque-là éminemment masculin.

 

La-derniere-piste-2.jpg

 

Si la réalisatrice bat en brèche les stéréotypes, si elle revisite l’Histoire, en l’humanisant et en la féminisant, elle a aussi la grande intelligence de ne pas céder à la tentation simpliste d’adopter une posture radicalement opposée à ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui dans le western. Il aurait pu être séduisant de faire de l’Indien ou de la femme, ces personnages secondaires d’hier, sans réelle identité, des héros (au sens noble du terme). Or, tous les deux ont leurs ambigüités : l’Indien, par son regard chargé d’ironie lorsque l’un des chariots des pionniers se brise au fond d’une vallée ; Emily, quand elle avoue à l’une de ses compagnes d’infortune que l’empathie dont elle fait preuve envers le Cayuse est moins guidée par sa charité que par son désir de le rendre redevable de ses bienfaits, et donc de les sauver.

 

De par ses choix radicaux, La dernière piste est une œuvre déroutante, mais sublime, à l’image de son final, qui nous montre le groupe de pionniers réunis autour d’un arbre de vie (plus convaincant que celui de Malick), tandis que l’Indien se fond peu à peu dans la brume du désert, sous le regard d’Emily. Elle est servie par une éblouissante Michelle Williams, dont les choix audacieux -voir le magnifique Blue Valentine- en font l’une des comédiennes américaines les plus attachantes de sa génération. 

 

Ma note - 4,5/5

Commenter cet article

fredastair 07/08/2011 19:20


Un beau film rêche, moins western que chronique.
Pour ma part ce n'est pas le début qui m'a gonflé (je l'ai trouvé fascinant au contraire, d'une beauté formelle effectivement "sidérante"), plutôt à la mi-durée, j'y ai décelé un petit creux...
Mais, sans être inoubliable, c'est un film aux enjeux esthétiques et cinématographiques passionnants.


neil 04/08/2011 21:53


Ah, moi je n'ai pas du tout accroché avec ce film. Je l'ai trouvé gonflé de prétention et vide. Ou au contraire trop rempli de messages parfois trop appuyés, parfois pas assez. Non, je ne suis pas
rentré dedans.


CHRISTOPHE LEFEVRE 05/08/2011 00:31



J'ai eu du mal aussi au départ, mais l'arrivée de l'Indien à tout changer de perception de ce film...