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La grotte des rêves perdus (Cave of forgotten dreams)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La grotte des rêves perdus 1
 
Synopsis
 
La grotte de Chauvet-Pont-d'Arc, est un sanctuaire que l’effondrement de son entrée à miraculeusement préservé. Un univers minéral et pictural venu de la nuit de temps. Un témoignage unique sur l’art pariétal et le quotidien des hommes de l’Aurignacien. Bref, l’un des plus grands trésors de la culture humaine…
 
Fiche techniqueLa-grotte-des-reves-perdus----Affiche-1.jpg
 
Film canadien, américain, français, allemand, britannique
Année de production : 2010
Durée : 1h30
Réalisation : Werner Herzog
Avec Werner Herzog (Lui-même), Dominique Baffier (Lui-même), Jean Clottes (Lui-même), Jean-Michel Geneste (Lui-même), Carole Fritz (Elle-même)...   
 

 
Critique
 
Il est rare que j’aille au cinéma pour voir un documentaire. Aussi est-ce avec une certaine réserve que j’ai rompu avec mes habitudes. Pourquoi me suis-je laissé convaincre ? D’abord à cause de son auteur, Werner Herzog, dont l’œuvre passée -Aguirre, la colère de Dieu, Nosferatu, fantôme de la nuit, Fitzcarraldo- le rend, plus que tout autre cinéaste, légitime pour évoquer cet univers primitif et flamboyant. Le réalisateur allemand reconnaît d’ailleurs l’influence des peintures rupestres sur son art : A l’âge de douze ans, j’ai vu un livre dans la vitrine d’une librairie dont la couverture était illustrée par la photo d’une peinture de cheval de la grotte de Lascaux. Il s’est écoulé plus d’une année avant que je puisse acheter et ouvrir ce livre, et le frisson et l’émerveillement que j’ai éprouvé en découvrant ce que contenaient ses pages ne m’ont jamais quitté. Mon intérêt pour La grotte des rêves perdus tient également à la sibylline beauté de son titre, propre à stimuler puissamment l’imagination…
    La-grotte-des-reves-perdus-5.jpg
 
Le réalisateur allemand trouve ici un juste équilibre entre données archéologiques et vision d’artiste. L’éclairage scientifique est bien sûr nécessaire au profane, cependant seuls la sensibilité du créateur, son imaginaire, peuvent permettre au spectateur d’appréhender l’essence d’un tel lieu. Et force est de reconnaître que Werner Herzog parvient à merveille à ressusciter l’âme des hommes du paléolithique. Par de subtils jeux de clairs-obscurs expressionnistes, il nous plonge en effet dans leur monde, nous fait revivre leur quotidien, rend palpables leurs angoisses, leurs désirs, leurs rêves, qu’illustrent leurs compositions d’une modernité parfois troublante. Je pense en particulier à cette représentation réalisée sur un pendant rocheux d’une femme au Minotaure qu’Herzog rapproche du célèbre dessin de Picasso consacré à la figure mythologique crétoise.

Son point de vue de cinéaste l’amène également à voir dans ces peintures rupestres -notamment celles figurant des bisons à pattes multiples- l’une des premières tentatives artistique de reproduction du mouvement. Une sorte de protocinéma, pour reprendre son expression. Certains verront dans ses interprétations des divagations saugrenues. Il n’est pourtant pas le seul à soutenir une telle théorie. Selon Marc Azéma, auteur de La préhistoire du cinéma (prochainement aux éditions Actes sud), les peintres du Paléolithique décomposaient des histoires complexes en tableaux successifs, comme dans la bande dessinée ou le cinéma. Les artisans de cette époque auraient même mis au point le premier Thaumatrope, un jouet optique exploitant le phénomène de la persistance rétinienne, supposé avoir été inventé par John Ayrton Paris ou William Henry Fitton… vers 1820-1825 !
     
La-grotte-des-reves-perdus-6.jpg
 
Werner Herzog nous invite donc à une expérience sensorielle hors du commun (et je pense qu’elle l’aurait été davantage pour moi si j’avais eu la chance de voir La grotte des rêves perdus en 3D), aussi intense sur le plan émotionnel que visuel. On regrettera seulement le traitement accordé à certains témoignages, comme ceux de l’archéologue expérimental et du maitre-parfumeur. L’interruption brutale de l’interview de ce dernier prête un peu à sourire. Cette approche très brute donne certes de la spontanéité aux interventions. Mais elle donne aussi matière à la moquerie… 
 
Ma note - 3,5/5

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