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La Marseillaise

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La Marseillaise 3
   
Synopsis
 
Au soir du 14 juillet 1789, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt (William Aguet) se présente à Versailles et demande au gentilhomme de service à voir de toute urgence le Roi (Pierre Renoir). Celui-ci, harassé par une furieuse partie de chasse, le reçoit dans son lit. La Rochefoucauld apprend alors au souverain que les Parisiens ont pris la Bastille dans le journée. C'est donc une révolte ! s'exclame Louis XVI à cette annonce. Non, sire, une révolution ! lui répond le duc. 
 
Quelques mois plus tard, dans un village de Provence. Anatole Roux, di Cabri (Edouard Delmont) est arrêté pour avoir tué un pigeon. Déféré aussitôt devant la justice, il devient l'objet d'une dispute entre le seigneur du village (Maurice Escande), qui demande sa condamnation aux galères, et le maire, Paul Giraud (Jean Aquistapace), qui plaide pour son élargissement. Le débat devient bientôt si vif que personne ne se soucie plus de l'accusé, qui en profite pour s'échapper. Trouvant refuge dans les collines, Cabri fait la connaissance de deux autres fugitifs, Honoré Arnaud (Andrex), un commis aux douanes du port de Marseille, et Jean-Joseph Bomier, (Edmond Ardisson), un maçon. C'est de là que les trois hommes assistent aux premiers soubresauts de la Révolution, avec l'incendie de deux châteaux… 
 
Fiche techniqueLa-Marseillaise---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 1938
Durée : 2h15
Réalisation : Jean Renoir
Avec Pierre Renoir (Louis XVI), Lise Delamare (Marie-Antoinette), Léon Larive (Picard), William Aguet (Le Duc de La Rochefoucauld-Liancourt), Louis Jouvet (Roederer)... 
 

 
Critique

La Marseillaise
est un Renoir atypique, dont l'accent provençal et le caractère parfois un peu (trop) folklorique évoquent par instants le cinéma de Pagnol. On retrouve d'ailleurs à son générique plusieurs habitués des films du cinéaste d'Aubagne, tel Edouard Delmont, qui tourna sous sa direction Jofroi (1933), Angèle (1934), César (1936), Regain (1397) ou encore La femme du boulanger (1938). On citera aussi Andrex, présent également dans Angèle. A noter que ces deux comédiens partagèrent en 1935 l'affiche de Toni, de Renoir.
 La Marseillaise 1
 
Œuvre de commande destinée à célébrer le 150ème anniversaire de la Révolution, La Marseillaise est fortement marquée par le contexte politique de l'époque (le tournage eut lieu en plein Front populaire) et sa principale source de financement (ce film fut en partie produit par la CGT grâce à un système de participation où les spectateurs préachetaient leur place). En sorte que son auteur nous livre une vision un brin caricaturale (ou à tout le moins digne de l'imagerie d'Epinal) des évènements révolutionnaires et des personnages qui les ont traversés. Ainsi, si le portrait de Louis XVI reste plutôt mesuré, celui de Marie-Antoinette apparaît très à charge. Tout comme ceux des aristocrates, qui, exception faite du marquis de Saint-Laurent (incarné par Aimé Clarion), sont tous dépeints au mieux comme des êtres futiles (voir la scène située dans l'hôtel de Coblence), au pire comme d'aveugles réactionnaires. En fait, les moments les plus justes et les plus émouvants du film sont ceux où Renoir se fait moins ouvertement le chantre d'une idéologie et renonce à son ambition de réaliser une fresque historique (on peut tout de même saluer la parfaite maîtrise de sa mise en scène). Situant alors son récit à une échelle plus intime, il retrouve le bel humanisme qui imprègne l'ensemble de son œuvre. 
 
La Marseillaise 2 
Plus impersonnel que les autres réalisations de l'auteur, La Marseillaise n'est donc pas un Renoir majeur. On retiendra cependant le soin accordé aux reconstitutions et les prestations de grands acteurs, comme Pierre Renoir ou Louis Jouvet. On relèvera également le très beau travail des différents opérateurs ayant officié sur le film : Jean-Paul Alphen, qui assista Jacques Lemare sur La règle du jeu ; Jean Bourgoin, assistant caméraman sur La grande illusion, mais également directeur de la photographie de Welles (Mr Arkadin) ou Tati (Mon oncle) et oscarisé en 1963 pour Le jour le plus long (récompense partagée avec Walter Wottitz) ; Alain Douarinou, l’un des cadreurs attitrés de Max Ophüls (La ronde, Le plaisir, Madame de…, Lola Montès) ; Jean-Marie Maillols, notamment assistant caméraman sur Le procès de Jeanne d’Arc de Bresson.

Il n'existe malheureusement pas de bonne édition DVD de ce film (du moins à ma connaissance). La seule disponible en zone 2 est commercialisée par Studio Canal (sans aucun bonus). Il existe en zone 1 un coffret collector comprenant, outre La Marseillaise, La jeune fille de l'eau, Nana, Sur un air de charleston, Le testament du docteur Cordelier et Le caporal épinglé.
 
 
Ma note - 3,5/5

Commenter cet article

Antoine 14/11/2011 13:50


Je l'ai un peu oublié aussi mais c'est, de façon assez évidente, l'un des Renoir les plus faibles de la fin des années 1930 (ce qui lui laisse tout de même largement assez de place pour être un bon
film).
Dans un texte sur Le Crime de monsieur Lange, j'avais développé une théorie : pour moi, Renoir reste anarchiste bien qu'il se pense communiste. Avec Le Crime de monsieur Lange, ça passe car le
réalisateur finit par faire la démonstration inverse de ce qu'il voudrait être son propos (comme si l'artiste l'emportait sur le citoyen engagé). Avec La Marseillaise, cela coince sans doute un
peu.


CHRISTOPHE LEFEVRE 14/11/2011 18:49



Je vais lire ton texte, mais je suis complètement d'accord sur le côté anarchiste de Renoir...



armelle 13/11/2011 10:17


Ce n'est pas mon film préféré de Renoir. Trop caricatural. Une oeuvre, quelle qu'elle soit, ne gagne pas à afficher à ce point sa soumission à quelque parti ou régime. Elle gagne à prendre de la
hauteur par rapport à l'air du temps et aux variations atmosphériques toujours aléatoires et passagères.


Eeguab 09/11/2011 20:27


Je ne me souviens plus très bien de La Marseillaise.Mais c'est vrai que Renoir avec ce film et La vie est à nous ne fait guère dans la nuance.