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La piel que habito

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La piel que habito 1
 
Synopsis 
 
La femme du docteur Ledgard (Antonio Banderas) est morte brulée vive dans un accident de voiture. Depuis lors, cet éminent chirurgien esthétique s’est consacré à la création d’une peau synthétique susceptible de résister à toutes les agressions. Dénué de scrupules, il n’hésite pas à recourir à l’expérimentation humaine pour arriver à ses fins. Il la pratique sur Vera (Elena Anaya), une jeune femme qu’il maintient captive dans sa demeure grâce à la complicité de Marilia (Marisa Parades), la femme qui l’a élevé…
 
Fiche techniqueLa-piel-que-habito---Affiche.jpg
 
Film espagnol
Année de production : 2011
Durée : 1h57
Réalisation : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Avec Antonio Banderas (Robert Ledgard), Elena Anaya (Vera), Blanca Suarez (Norma), Marisa Paredes (Marilia), Jan Cornet (Vicente)...
 


Critique 
 
Avec cette libre adaptation de Mygale de Thierry Jonquet, Almodóvar croise l’univers de Georges Franju. Les premières scènes de La piel que habito sont en effet très explicitement inspirées du chef-d’œuvre du cinéaste français, Les yeux sans visage. La conférence du docteur Ledgard sur les greffes de visage est ainsi à mettre en perspective avec celle du professeur Génessier sur l’hétérogreffe. Tous les deux ont installé dans le sous-sol de leur demeure une clinique où ils se livrent à des expériences contraire à l’éthique. On peut encore relever l’importance des animaux dans leurs travaux. L’activité criminelle des deux chirurgiens bénéficie en outre de la complicité d’une femme entièrement dévouée à leur personne, l’une par amour maternel (Marilia), l’autre par passion (Louise). Par ailleurs, Vera est amenée à porter un masque, comme Christiane. Et à l’instar de cette dernière, la femme de Ledgard a été gravement blessée dans un accident de voiture. Enfin, lorsque celle-ci découvre le reflet de ses traits défigurés dans une vitre, elle se défénestre, comme Edna, l’une des victimes de Génessier. 
 
La-piel-que-habito-2.jpg 
Almodóvar se démarque cependant très vite de son modèle. De fait, si Génessier et Ledgard sont de modernes incarnations de Frankenstein, les crimes du premier ont pour but de redonner figure humaine à sa fille, tandis que ceux du second ont pour seul motif une vengeance terrifiante. De plus, à la différence de Franju, l’auteur de La mauvaise éducation fait le choix d’une mise en scène très aseptisée. Non pas que Les yeux sans visage fût gore. Pourtant, il proposait quelques scènes que l’on peut juger assez crues pour l’époque : succession de portraits matérialisant les différentes étapes de l’échec de la greffe dont a bénéficié Christiane, prélèvement du masque facial de l’une des jeunes femmes enlevée par le médecin. Ici, Vera ne présente extérieurement aucun signe monstrueux. Au contraire, son visage et son corps sont vierges de tout défaut. La création de Ledgard est même si parfaite qu’elle nous apparaît comme une pure œuvre d’art lorsqu’il la contemple nue depuis sa chambre, sur un écran. Pour autant, aseptisé ne signifie pas fade. Car en refusant les effets exagérément démonstratifs du cinéma d’épouvante actuel, c’est-à-dire en stimulant davantage l’imagination du spectateur que son regard (l’horreur de la situation de Vera n’est pas montrée par des cicatrices ou des mutilations, mais suggérée par son expression fiévreuse et sombre), Almodóvar donne une force inouïe à cette histoire glaçante. 
 
La-piel-que-habito-3.jpg 
Le réalisateur espagnol ménage ses effets non seulement sur la forme, mais également par son sens consommé du récit, organisé selon différentes strates narratives (identité sexuelle, dérives de la science, thriller…) et articulé autour d’un twist central saisissant parfaitement amené par deux flash-backs. A cet égard, pour ne pas gâter votre plaisir, je vous déconseille la lecture de la critique publiée dans les Cahiers du cinéma, qui est plus qu’explicite sur l’identité réelle de Vera. Je sais que l’intérêt du film se situe à un autre niveau. Néanmoins, cela me semble assez indélicat de déflorer une intrigue si habilement construite… 
 
Côté interprétation, on appréciera le retour d’Antonio Banderas à un rôle plus dense que ses dernières prestations (qui se réduisent pour l’essentiel à la série Spy kids de Robert Rodriguez et à la voix du Chat potté). Elena Anaya (vue dans A bout portant de Fred Cavayé), par sa beauté immaculée et énigmatique, remplace ici avantageusement une Penélope Cruz qui a préféré les aventures granguignolesques du capitaine Sparrow…

Bref, ce nouvel opus est un excellent cru. Seule -petite- ombre au tableau, l'épisode avec le fils de Marilia, déguisé en tigre. Son caractère grotesque, s'il est cohérent avec l'univers habituel d'Almodóvar, entraîne une rupture de ton assez malheureuse.  
 
Ma note - 3,5/5 

Commenter cet article

Antiochus 25/08/2011 08:52


Bonjour Christophe Lefèvre, bienvenue dans la communauté Cinéculte ... après la lecture de votre critique, le vais finalement aller voir ce film d'Almodovar sur lequel j'avais lu beaucoup de choses
négatives. Votre mise en perspective avec le film de Franju m'a convaincu !
Sur mon blog, le cinéma n'occupe que quelques catégories pourtant, et ce depuis toujours, c'est pour moi un art majeur ...
Antiochus


neil 25/08/2011 00:47


J'ai trouvé que c'était une belle réussite d'Almodovar, qui reste ici au sommet de son art. Truffé de référence, le film n'en demeure pas moins fort et prenant.


Wilyrah 22/08/2011 22:27


Pas tenté ! Je me suis lassé du cinéma de P.A comme de celui de Woody :S


CHRISTOPHE LEFEVRE 23/08/2011 00:12



C'est assez différent de ce qu'il fait habituellement pour retenir quand même l'attention...