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Le port de l'angoisse (To have and have not)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
La Martinique, été 1940. Harry Morgan (Humphrey Bogart) est un aventurier américain qui gagne sa vie en louant son bateau, le Queen conch, à de riches touristes recherchant dans la pêche à l’espadon des émotions fortes, mais s’avérant souvent mauvais payeurs. Profondément individualiste, il regarde avec indifférence la lutte opposant les partisans de la France libre aux autorités de Vichy. Aussi refuse-t-il dans un premier temps d’apporter son concours à Gérard-Frenchy (Marcel Dalio), patron de l’hôtel où il loge, lorsque celui-ci lui demande de faire entrer clandestinement à Fort-de-France un chef de la Résistance, dont la mission consiste à organiser l’évasion de Pierre Villemars, emprisonné sur l’île du Diable. Mais se retrouvant démuni à la suite de la mort accidentelle de son dernier client dans une rafle, il se voit contraint d’accepter la proposition de Gérard. La somme d'argent que lui propose ce dernier est d’autant plus importante pour lui qu’il veut payer un billet d’avion pour les Etats-Unis à Mary Browning-Slim (Lauren Bacall), une jeune américaine récemment sortie de prison, dont il est tombé sous le charme.
 
Harry part donc avec son second, Eddie (Walter Brennan), un vieil homme alcoolique, pour l’île où l’attendent Paul et Hélène de Brusac (Walter Molnar et Dolores Moran). La traversée ne se passe cependant pas sans difficulté, puisque les clandestins croisent une vedette de la police, qui tirent sur eux. Blessé à l’épaule dans la fusillade, Paul de Brusac est soigné par Harry, qui est bientôt l’objet des soupçons de la police vichyssoise, à la tête de laquelle officie le commissaire Renard (Dan Seymour)…
 
Fiche techniqueLe-port-de-l-angoisse--Affiche.jpg
   
Film américain
Année de production : 1944
Durée : 1h40 
Réalisation : Howard Hawks
Image : Sidney Hickox
Avec Humphrey Bogart (Harry Morgan), Walter Brennan (Eddie), Lauren Bacall (Mary Browning), Dolores Moran (Hellene de Bursac), Marcel Dalio (Gérard), Hoagy Carmichael (Cricket)...
 
 
Critique
 
Le port de l’angoisse est l’adaptation d’une nouvelle d’Ernest Hemingway, To have and have not. La légende affirme que ce film serait né d’un défi entre Hawks et Hemingway, le premier ayant affirmé qu'il pouvait tirer un bon film du plus mauvais écrit du second. Selon d’autres sources, ce serait l’écrivain lui-même qui aurait défié son ami de transformer son plus mauvais roman en succès du grand écran. Au final, après le traitement que lui ont fait subir les deux scénaristes de Hawks, Jules Furthman (collaborateur de Josef von Sternberg sur plusieurs films, dont The dragnet, The docks of New-York, The case of Lena Smith, Thunderbolt, Morocco, Over the hill, Shanghai express, Bonde Venus), et William Faulkner, il ne reste pas grand chose du texte original d’Hemingway. L’intrigue est ainsi déplacée de Cuba à la Martinique, et les clandestins chinois que doit transporter Morgan remplacés par des Résistants français. 
 
On doit noter en premier lieu que To have and have not est moins un film d’aventures (contrairement à ce que suggère le titre français), que la mise en image de la naissance d’un couple (les deux interprètes principaux se marieront peu après le tournage). Il suffit pour s’en convaincre de s’attarder sur les regards complices que s’échangent Humphrey Bogart et Lauren Bacall lorsque celle-ci interprète How little we know : il est évident que, dans cette scène, les deux acteurs ne jouent plus la comédie.
 
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Bogart incarne dans ce film un personnage proche de celui qu’il interprétait dans Casablanca (Michael Curtiz – 1942), à savoir celui d’un aventurier américain établi dans un territoire français pendant la Seconde guerre mondiale. Considérant d’abord les évènements avec une neutralité cynique, son détachement s’effritera peu à peu, une évolution qui symbolise l’attitude des Etats-Unis durant le conflit.
 
Découverte par l’épouse d’Howard Hawks, qui l’avait remarquée en couverture d’Harper’s Bazar, Lauren Bacall, dont c’est ici le premier rôle, compose quant à elle une héroïne indépendante, à la fois mystérieuse et déterminée. Pourtant, elle avouera plus tard que son attitude lors de sa première scène, menton baissé sur sa poitrine, le regard frondeur, adossée à l’encadrement de la porte de chambre de Bogart, contenance troublante qui lui vaudra d’être surnommée The look, n’avait d’autre but que de dissimuler son émotion et sa grande nervosité. Comme l’observe un critique, les mythes tiennent finalement à peu de choses
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Le spectateur sera également sensible à l’interprétation d’Hoagy Carmichael, dans le rôle de Cricket, le pianiste de l’hôtel tenu par Marcel Dalio. Sa décontraction et ses compositions -il est l’auteur des chansons du film- sont un pur bonheur. La séquence où il chante Hong-kong blues est à cet égard particulièrement savoureuse : on sera notamment attentif à son regard significatif quand l’une des clientes du bar, emportée par sa musique, ondule des hanches d’une manière un rien lascive.
 
Même si l’essentiel du film se déroule en intérieurs (le bar de l’hôtel de Gérard, la chambre de Morgan, la cave où trouve refuge le couple de Brusac), un soin particulier est apporté par Hawks aux séquences tournées en extérieurs. Il en est ainsi de la scène de pêche à l’espadon, qui est l’occasion pour le cinéaste de nous rappeler que pour lui, comme pour son ami Hemingway, cette activité relève d’un véritable art de vivre.
 
A noter pour conclure que Le port de l’angoisse a fait l’objet de deux remakes, l’un signé Michael Curtiz (The Breaking Point - 1950), l’autre réalisé par Don Siegel (The gun runners - 1958).

Album du film
 
Ma note - 5/5

Commenter cet article

neil 07/08/2011 10:18


Je l'ai vu il y a bien longtemps, ce Port de l'angoisse. Je retiens comme tu le dis le charme qui se dégage de la rencontre entre les "2B". Il faut dire que je suis un fan absolu de Lauren
Bacall...


CHRISTOPHE LEFEVRE 07/08/2011 10:30



Pareil. J'ai revu il y a quelques jour Key Largo. Toujours un plaisir de la revoir



Eeguab 06/08/2011 07:55


J'adore aussi Key Largo.Tu peux lire mon billet là-dessus ainsi que plusieurs sur Bogart.Je me souviens avoir vu passer ce coffret métallique.J'ai un autre coffret,plus tardif avec quatre des
derniers Bogart,Sahara,Caine,Le violent,Plus dure seraa la chute.


Eeguab 05/08/2011 20:27


Bonsoir.Je voue un culte à Bogart depuis toujours.Le port de l'angoisse:10/10.J'aime bien aussi le remake avec John Garfield mais n'ai jamais vu le film de Siegel.


CHRISTOPHE LEFEVRE 05/08/2011 23:28



J'ai revu récemment Key Largo, qui est aussi une merveille d'ambiance. J'aimerais pouvoir trouver le coffret DVD métal Bogart de la collection Warner, mais difficile, car pour l'instant
indisponible...