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Le silence de la mer

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Un homme d'une soixantaine d'années (Jean-Marie Robain) vit avec sa nièce (Nicole Stéphane) dans une maison du Dauphiné occupé pendant la Seconde guerre mondiale. La Kommandantur envoie un officier allemand loger chez eux, Werner von Ebrennac (Howard Vernon). Pendant plusieurs mois, ce dernier, très imprégné de culture française, essaie d'engager un dialogue avec ses hôtes, malgré le silence immuable dans lequel ceux-ci restent murés. Par ses visites quotidiennes du soir, il leur fait ainsi partager son amour de la France, de la littérature, de la musique, et son espoir de voir naître de la guerre un rapprochement entre la France et l'Allemagne. Cependant, une permission à Paris lui révèlent les vrais objectifs de son pays, détruisant sa vision utopique. Découvrant par la même occasion l’existence des camps d’extermination, il déclare au vieil homme et à sa nièce, à son retour de la Capitale : Tout ce que j’ai dit, il faut l’oublier. La jeune fille lui adresse alors, pour la première fois, un regard éblouissant, qui est bientôt suivit d’un adieu à peine audible, lorsque Werner annonce son prochain départ pour le front de l’Est. Son oncle communiquera lui aussi avec l’officier par le biais d’un article d’Anatole France, affirmant qu’il est beau qu'un soldat désobéisse à des ordres criminels.
 
Fiche techniqueLe-silence-de-la-mer---Affiche.jpg
 
Filme français
Année de production : 1949
Durée : 1h28
Réalisation : Jean-Pierre Melville
Scénario : Jean-Pierre Melville
Image : Henri Decaë
Avec Howard Vernon (Werner von Ebrennac), Nicole Stéphane (La nièce), Jean-Marie Robain (L'oncle), Ami Aaröe (La fiancée de Werner)... 
 


Critique 
 
Ce film n’a pas la prétention d’apporter une solution au problème des relations entre la France et l’Allemagne, problème qui se posera aussi longtemps que les crimes de la barbarie nazie, perpétrés avec la complicité du peuple allemand, resteront dans la mémoire des hommes… C’est par cette phrase que débute cette adaptation de la célèbre nouvelle de Vercors, premier long métrage de Jean-Pierre Melville. 
 
Le silence de la mer est d’abord porté par une esthétique épurée, reposant sur le contraste presque expressionniste entre les extérieurs très lumineux (car souvent enneigés) et les scènes d’intérieurs, où les personnages sont filmés à contre-jour d’un feu de cheminée omniprésent. Une cheminée qui joue un rôle essentiel dans l’histoire, car elle est à la fois le prétexte des visites de l’officier, qui fuit une chambre mal chauffée, et un lieu symbolique, refuge de l’esprit et de la culture, que l’Allemagne veut annihiler, étouffer. La flamme, insaisissable comme la pensée, est ainsi menacée d’extinction par l’ombre de Werner projetée sur la hotte du foyer, au moment de l'une de ses visites. 
 
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Le climat de tension régnant entre les trois protagonistes est en outre parfaitement rendu par les nombreux plans en contre-plongée (qui ne sont pas sans évoquer Orson Welles), par le bruit du mécanisme de l’horloge, qui rend plus pesant encore le silence, et par le rôle émotionnel joué par la musique (Werner est compositeur). 
 
Il convient de noter que ce film a eu une influence importante sur la nouvelle Vague, en particulier par ses méthodes de tournage. Ainsi, cette séquence où l’on voit Werner acheter des allumettes dans un bureau de tabac. La froideur des personnes présentes dans le commerce, que le spectateur interprète comme le signe de leur haine pour l’occupant allemand, n’est en fait que le reflet de la surprise de comédiens improvisés à qui Melville n’avait pas expliqué ses intentions.
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L’extrême exigence du réalisateur et la grande dignité de cette œuvre surprendront sans doute bon nombre de spectateurs d’aujourd’hui, davantage habitués à une caméra survoltée et à l’impudeur des sentiments. Preuve de cette incompréhension, les 19 % de critiques ne donnant aucune étoile à ce film sur le site d’AlloCiné, le reproche le plus fréquemment formulé étant le manque d’action ! Il est vrai que, comme l’observe Philippe Labro, Le silence de la mer nous donne surtout à voir le temps au travail. Ce qui est bien éloignée des préoccupations de notre société... 
 
Dernière précision, ce film bénéficie d’une nouvelle sortie DVD (Gaumont), avec, en bonus, un documentaire d’une quarantaine de minutes de Pierre-Henri Gibert intitulé Le silence de la mer - Melville sort de l’ombre, présentant des témoignages de Volker Schlöndorff, Pierre Lhomme, Rui Nogueira, Denitza Bantcheva, Philippe Labro et Nicole Stéphane. Il nous apprend, entre autres, que Melville n'avait d'abord pas obtenu les droits d'adaptation du livre. Ce qui ne l'empêcha pas de se lancer dans l'aventure, promettant toutefois de brûler son négatif si, une fois terminé et projeté devant un jury de Résistants, une seule voix s'élevait contre son film. Malgré le jugement négatif de Pierre Brisson, alors directeur du Figaro, Vercors donnera finalement son aval pour la sortie du Silence de la mer
 
A noter enfin que Nicole Stéphane, qui interprète la nièce, a elle-même participé à la Seconde guerre mondiale et, après avoir connu la prison en Espagne, en 1942, en franchissant les Pyrénées pour rejoindre les Forces françaises libres, a été agent de liaison en Allemagne. Elle obtint en 1962 les droits de filmer A la recherche du temps perdu, ce qui lui valu de collaborer avec Luchino Visconti, Harold Pinter, Joseph Losey, Peter Brook et Volker Schlöndorff.
 
Album du film 
 
Ma note - 5/5

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Eeguab 17/08/2011 21:22


Un bien beau film dont le "manque d'action" agit pourtant puissamment.