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Le voleur de Bagdad (The thief of Bagdad)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le voleur de Bagdad 1
 
Synopsis
 
Ahmed (Douglas Fairbanks), habile détrousseur de rue, s’empare un jour d’une corde magique dont il se sert pour s’introduire avec son complice (Snitz Edwards) dans le palais du Calife de Bagdad (Brandon Hurst). Mais tandis qu’il s’apprête à dérober le contenu d’un coffret à bijoux, une musique attire soudain son attention : ce sont les servantes de la princesse (Julanne Johnston) qui jouent pour leur maîtresse. Subjugué par la beauté de celle-ci, Ahmed n’a désormais plus qu’une obsession : enlever la jeune femme. Il décide de profiter de l'arrivée prochaine de prétendants à sa main pour mettre à exécution son projet.
 
Le jour de l’anniversaire de la princesse se présentent aux portes du palais le prince des Indes (Noble Johnson), le prince des Perses (Mathilde Comont) et Cham Shang, grand prince des Mongols, roi de Ho-Sho, gouverneur de Wah et de l’île de Wak (Sôjin). Ahmed, qui s’est procuré des habits précieux dans les bazars, se fait quant à lui passer pour le prince des Iles, des Mers et des Sept palaces. La princesse succombe aussitôt à son charme. D’autant qu’une de ses esclaves avait prédit que son futur époux serait celui qui toucherait le rosier de son jardin. Or, suite à l’emballement de sa monture, Ahmed se trouve projeté contre le dit arbuste. La princesse informe donc son père que son choix s’est porté sur ce mystérieux personnage.

L’imposture de ce dernier est cependant bientôt découverte par Cham Shang. Ahmed est arrêté sur-le-champ, fouetté et condamné à être mis en pièces par les singes du Calife. Toutefois, l’intervention de la princesse auprès des gardes chargés d’exécuter la sentence lui permet d’avoir la vie sauve. Mise en demeure de faire un nouveau choix, la princesse déclare, pour gagner du temps, qu’elle prendra pour mari le prince qui lui apportera avant la fin de la septième Lune le trésor le plus rare. Informés des désirs de la jeune femme, les trois prétendants se mettent aussitôt en quête.

Mais avant de quitter Bagdad, Cham Shang communique ses instructions à son esclave : il devra s’occuper de lever une armée secrète qui, en temps voulu, permettra au grand Khan de s’emparer de la ville. De son côté, Ahmed se rend à la mosquée où l'Imam lui explique qu’il ne conquerra l’élue de son cœur qu’en s’engageant dans le voie de l’humilité. Il devra pour cela gagner la montagne de la Sombre aventure, où il lui faudra affronter un certain nombre d’épreuves... 
 
Fiche techniqueLe-voleur-de-Bagdad---Affiche.jpg
 
Filme américain
Année de production : 1924
Durée : 2h35
Réalisation : Raoul Walsh
Image : Arthur Edeson
Avec Douglas Fairbanks (Le voleur de Bagdad), Julanne Jonhston (La princesse), Sôjin (Le prince des Mongols), Anna May Wong (L'esclave mongole), Mathilde Comont (Le prince des Perses)... 
 


Critique
 
Les contes des Mille et une nuits n’ont cessé d’inspirer le cinéma. Certains sites recensent près de trois cents adaptations. L’une des premières variations sur ce thème date de 1902, avec Ali Baba et les 40 voleurs de Ferdinand Louis Zecca, une scène comique en douze tableaux. Méliès ne fut pas en reste, avec Le palais des mille et une nuits (1905), tout comme Albert Capellani, qui porta à l’écran Aladin et la lampe merveilleuse en 1906. Mais il fallut attendre 1921 pour que sorte l’une des premières grandes productions sur ce thème : Les trois lumières (Der müde Tod), de Fritz Lang, film dont Douglas Fairbanks acquit les droits dans le but, dit-on, d’en retarder la sortie américaine, et ainsi pouvoir copier les effets visuels des séquences persanes pour Le voleur de Bagdad. L’anecdote est plausible, car elle est cohérente avec la forte implication de l’acteur sur ce projet, qui peut d’ailleurs être regardé comme le véritable promoteur de celui-ci. Il ne se contenta en effet pas d’incarner le rôle titre, il en fut aussi le producteur. Il fut également l’un des quatre auteurs du scénario (sous le pseudonyme d’Elton Thomas), avec l’ukrainien Achmed Abdullah, James T O'Donohoe et Lotta Woods. Ce fut lui aussi qui engagea William Cameron Menzies comme décorateur. Enfin, il est clair que la personnalité d’Ahmed doit beaucoup aux valeurs qu’il défendait depuis le début de sa carrière.
    Le voleur de Bagdad 8
 
En dépit d’une intrigue cousue de fil blanc et d’une morale un brin naïve (le héros, d’abord incroyant et égoïste, se tourne subitement vers la religion en découvrant l’amour), Le voleur de Bagdad est un conte enchanteur qui s’impose encore aujourd’hui par la créativité de ses trucages (voir les épreuves subies par Ahmed dans les montagnes de la Sombre aventure) et la démesure de ses décors. Ces derniers furent conçus, comme je l'ai dit, par William Cameron Menzies, jeune directeur artistique de 28 ans, qui n’avait alors travaillé que sur une dizaine de films, dont The deep purple, Sérénade et Kindred of the dust de Raoul Walsh, Robin des bois d’Allan Dwan et Rosita de Lubitsch. Plus tard, il collaborera, entre autres, avec Frank Borzage (The lady), George Fitzmaurice (Le fils du cheik, Le signe sur la porte), Lewis Milestone (Two arabian knights,The garden of Eden), David Wark Griffith (Drums of love, Le lys du faubourg, Abraham Lincoln)… Il officiera également sur Autant en emporte le vent (également réalisateur de la seconde équipe), pour lequel il obtint une récompense technique spéciale aux Oscars. Les décors du Voleur de Bagdad reprennent pour partie les structures utilisées pour Robin des bois, notamment le monumental château de Richard Cœur de Lion.

Le voleur de Bagdad vaut également par l’interprétation bondissante d’un Douglas Fairbanks alors au sommet de son art. Sa grâce aérienne, proche par moment de la danse, équilibre ce film en contrebalançant certains aspects un peu pesant de cette superproduction. Le jeu de Julanne Johnston apparaît en revanche beaucoup plus daté. 
    Le voleur de Bagdad 5
   
A noter deux curiosités dans ce casting : la présence de l’actrice française Mathilde Comont… dans un rôle masculin (le prince des Perses) et celle d’Anna May Wong, la première vedette américaine d’origine chinoise. Née le 3 janvier 1905 dans le quartier de Chinatown, à Los Angeles, Anna (de son vrai nom Wong Liu Tsong) débuta sa carrière en 1919 dans The red lantern d’Albert Capellani (non créditée au générique). C’est en 1922 qu’elle obtint son premier grand rôle, dans le film de Chester M Franklin, The toll of the Sea, dans lequel elle interprétait Fleur de Lotus. Prestation qui fut unanimement saluée par la critique de l’époque : Miss Wong stirs in the spectator all the sympathy her part calls for, and she never repels one by an excess of theatrical feeling. She has a difficult role, a role that is botched nine times out of ten, but hers is the tenth performance. Completely unconscious of the camera, with a fine sense of proportion and remarkable pantomimic accuracy... She should be seen again and often on the screen (The New York Times). Mais cantonnée dans des rôles exotiques, elle décida de relancer sa carrière en Europe, où elle joua dans plusieurs productions majeures (Shanghaï Express de Josef von Sternberg, par exemple).
 Anna-May-Wong.jpg  
De retour à Hollywood au milieu des années 1930, elle connut l’humiliation de voir sa candidature refusée par la Metro-Goldwyn-Mayer pour le rôle principal de The good earth (Visages d'Orient ou La terre chinoise) de Sidney Franklin (d’après l’œuvre de Pearl S Buck), au seul prétexte que le Motion picture production code (Code Hays) interdisait les gestes intimes (tel un baiser) entre acteurs issus d’origines ethniques différentes. Luise Rainer, actrice d'origine allemande, lui fut alors préférée, ce qui valut à celle-ci l’Oscar de la meilleure actrice en 1938. Désabusée, Wong tenta sa chance en Chine. Mais victime de la propagande du gouvernement de Tchang Kaï-chek, qui considérait que ses rôles donnaient une mauvaise image du peuple chinois, elle revint en Amérique, où elle tourna dans plusieurs films de série B. Durant la guerre sino-japonaise, elle mit sa carrière entre-parenthèses et consacra son temps à défendre la cause de la Chine. Elle revint à l'écran dans les années 1950 dans plusieurs séries télévisées (dont The gallery of madame Liu-Tsong). Elle est morte d'une crise cardiaque en 1961.
 
 
Visuellement impressionnant, Le voleur de Bagdad ravira donc tous ceux que le cinéma muet n'indispose pas. Il est disponible dans une très belle édition restaurée avec ses teintes d'époque chez Arte. 
 
Ma note - 4/5

Commenter cet article

palilia 02/10/2011 10:09


que ces images sont belles mais les postures un peu de l'époque quand même : je ne jurerais pas cette fois que je n'ai jamais vu ce film mais c'est l'histoire des lunes dont je ne me souviens pas.
Je note le titre car j'ai un ami qui collectionne ces histoires ainsi que tout ce qui se passe en Asie


CHRISTOPHE LEFEVRE 02/10/2011 11:59



C'est vrai que le jeu, notamment de Julanne Jonhston, est typique du muet, donc datée. Mais il leur fallait "surjouer", car ils n'avaient pas la parole pour exprimer leurs émotions... Merci pour
ton commentaire !