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Lifeboat

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Un navire américain faisant route vers l’Angleterre vient d’être coulé par un sous-marin allemand. Quelques survivants parviennent à monter dans un canot de sauvetage. Il y a là Constance Porter (Tallulah Bankhead), une journaliste en quête d’images de guerre sensationnelles ; John Kovac (John Hodiak), un mécanicien ouvertement communiste ; Stanley Garett (Hume Cronyn), l'opérateur radio du navire ; Alice MacKenzie (Mary Anderson), une jeune infirmière ; Gus Smith (William Bendix), un marin grièvement blessé à la jambe ; Charles Rittenhouse (Henry Hull), un riche industriel, ami de Constance ; George Spencer (Canada Lee), un steward d’origine afro-américaine ; madame Higley (Heather Angel) et son bébé, une Anglaise qui, traumatisée par le bombardement de Bristol, avait été évacuée quelques mois plus tôt vers les Etats-Unis. Ce voyage la ramenait vers son pays natal, afin que son mari connaisse son enfant, né en Amérique. Mais les autres rescapés ne tardent pas à se rendre compte que celui-ci est mort. La mère, profondément choquée, refuse toutefois de se séparer de lui. 

 

Cependant, un autre naufragé monte bientôt à bord de la chaloupe. Il s’agit de Willy (Walter Slezak), l’un des membres de l’équipage de l’U-Boot qui a coulé le navire. Le sous-marin sur lequel il servait a lui-même été victime du bombardement mené par la Luftwaffe après l’attaque. Le tenant pour responsable de leurs malheurs, Kovac propose de le rejeter à la mer. De même que Smith, qui s’appelle en réalité Schmidt. Les Nazis, explique-t-il, lui font honte de ses origines allemandes. Mais Constance Porter s’oppose à cet acte barbare. Un autre rescapé affirme que s’ils font du mal à cet homme, ils ne vaudront pas mieux que lui. Un autre suggère qu’en le sauvant, ils pourront peut-être le convertir à leurs idées. Finalement, une majorité d’entre eux se prononce en faveur de la solution la plus humaine. Cette question réglée, les naufragés se recueillent sur la dépouille du bébé, qu’ils rendent ensuite à l’océan. C’est à cet instant que sa mère prend conscience de la situation. Elle est alors prise d’un accès de folie, qui contraint ses compagnons d’infortunes à la ligoter. Dans la nuit, toutefois, la malheureuse parvient à défaire en partie ses liens et se jette à l’eau. 

 

Le lendemain de ce drame, Rittenhouse décide de prendre en main les destinées de l’embarcation, distribuant à chacun un rôle : Stanley s’occupera de la navigation, George de l’intendance, Constance de la rédaction du journal de bord, Alice de l’infirmerie… Cependant, contesté par Kovac, il abandonne finalement la responsabilité de diriger la chaloupe à Willy, seul vrai marin présent à bord…

 

Fiche techniqueLifeboat---Affiche.jpg


Film américain

Année de production : 1944 

Durée : 1h37 

Réalisation : Alfred Hitchcock 

Scénario : Jo Swerling 

Image : Glen MacWilliams, Arthur C Miller 

Avec Tallulah Bankhead (Constance Porter), William Bendix (Gus Smith), Walter Slezak (Willy), Mary Anderson (Alice MacKenzie), John Hodiak (John Kovac), Henry Hull (Charles S Rittenhouse)... 

 


 

Critique

 

La scène d’introduction de Lifeboat est un chef-d’œuvre de concision. La première image nous montre ainsi la cheminée d’un bateau s’enfonçant lentement dans la mer, dans un jet de vapeur. Puis la caméra glisse au-dessus de l’océan, nous renseignant grâce à quelques débris sur la catastrophe qui vient d’avoir lieu : un journal nous révèle que le navire venait de New-York, une caisse nous indique qu’il se rendait en Angleterre, le corps sans vie d’un marin portant un gilet de sauvetage de la Kriegsmarine nous apprend finalement qu’il a été coulé par un sous-marin allemand. Une économie de moyens que l’on n’imagine plus aujourd’hui. Un cinéaste contemporain se sentirait sans doute obligé de reconstituer le naufrage à grand renfort de pixels, privilégiant ainsi le spectaculaire à l’ambiance et aux idées. A moins, bien sûr, que le manque de dollars ne le contraigne à être créatif (voir, par exemple, Monsters).

 

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Le drame qui va ensuite se jouer sur le canot de sauvetage est à l’image de celui qui secouait le monde à l’époque où Lifeboat a été tourné. La situation des passagers américains et anglais est en effet le reflet de l’impuissance des Alliés à contrer la puissance nazie (on est en 1943). Face au marin allemand, dont la volonté est tendue vers un seul but, ce sont eux qui, malgré leur supériorité numérique et leurs idéaux, se trouvent en difficulté, en raison de leurs dissensions, de leurs tergiversations. Willy, par sa duplicité, les emmène exactement là où il le souhaite, comme Hitler avec les démocraties européennes au moment des accords de Munich. In fine, ils ne devront leur salut (et ne retrouveront leur cohésion) qu’en cédant aux moyens de leur ennemi, qu’ils lyncheront. Un propos équivoque et provoquant, assez digne du cinéaste, mais qui incita Steinbeck, l’un des auteurs du scénario, à exiger -en vain- que son nom soit retiré du générique.

 

Œuvre de propagande, Lifeboat n’est pas pour autant dénuée d’humour. Celui-ci trouve notamment sa place dans le traditionnel caméo du réalisateur, qui, après avoir un temps envisagé d’apparaître sous la forme d’un cadavre flottant à la surface de l’océan, opta pour une solution moins sinistre, en se mettant en scène dans une publicité vantant les vertus d’un produit amaigrissant (Hitchcock suivait effectivement un régime très strict à cette époque). Il est également présent dans le personnage haut en couleur campé par Tallulah Bankhead, qui se verra, comme de nombreuses héroïnes hitchcockiennes, particulièrement mal traitée.

 

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Lifeboat n’est peut-être pas l’œuvre la plus connue du maître du suspense, elle n’en est pas moins une référence, ne serait-ce que parce qu'elle représente une véritable prouesse scénaristique, le huis-clos, un exercice de style que le cinéaste affectionnait particulièrement (voir La Corde ou Fenêtre sur cour).

 

Pour conclure, un mot sur l’édition DVD de ce film. Fox propose un coffret collector dans sa collection Cinéma référence, édition annoncée avec deux documentaires en VOST (en réalité uniquement en VO) et un livret (en fait, une feuille de papier A4 pliée en quatre). La qualité du son et de l’image, sans être exceptionnels, sont acceptables

 

Ma note - 4,5/5 

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ARMELLE 29/08/2011 20:36


Salut l'artiste. Très chouette ce blog. Ce qui me bluffe, ce sont les photos sur le côté. On ne doit pas pouvoir faire cela sur over-blog à moins de payer et d'être un as de l'informatique, ce qui
n'est pas mon cas. Je te mets dans mes favoris sur "La plume et l'image" qui se remet tout doucement d'avoir été un peu chahuté pendant son transfert. j'ai ouvert aussi un autre blog consacré plus
à la littérature et aux voyages également sur OverBlog : INTERLIGNE. http://interligne.over-blog.com/


CHRISTOPHE LEFEVRE 30/08/2011 00:03



Merci beaucoup ! J'ai noté ton autre blog, comme toujours très agréable à lire. Il est déjà en lien sur mon site !



neil 29/08/2011 20:04


Effectivement, la concision d'Hitch sur ce film (comme sur d'autres) est bluffante. Il y mêle pourtant de nombreux thèmes et fait preuve d'une maîtrise formelle impressionnante.