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Millenium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes (The girl with the dragon tattoo)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Millenium 1
 
Synopsis
 
Mikael Blomkvist (Daniel Craig), brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger (Christopher Plummer), pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander (Rooney Mara), jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui. Entre la jeune femme perturbée qui se méfie de tout le monde et le journaliste tenace, un lien de confiance fragile va se nouer tandis qu’ils suivent la piste de plusieurs meurtres. Ils se retrouvent bientôt plongés au cœur des secrets et des haines familiales, des scandales financiers et des crimes les plus barbares… 
 
Fiche techniqueMillenium - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h38
Réalisation : David Fincher
Scénario : Steven Zaillian
Image : Jeff Cronenweth
Avec Daniel Craig (Mikael Blomkvist), Rooney Mara (Lisbeth Salander), Christopher Plummer (Henrik Vanger), Stellan Skarsgård (Martin Vanger)...   
 


Critique
 
J’ai été si peu convaincu par The social network, le dernier opus de David Fincher, et par l’adaptation du premier volet de la trilogie de Stieg Larsson par Niels Arden Oplev, que j’ai attendu ce remake hollywoodien sans impatience. Et même avec un a priori négatif. Le générique du film est rapidement venu à bout de mes préjugés. Cette séquence signée Tim Miller, illustrée musicalement par une reprise d’Immigrant song de Led Zeppelin, a en effet un pouvoir immersif assez sidérant. Perdu dans les méandres d’un clavier d’ordinateur filmé comme un labyrinthe, le spectateur se trouve d’emblée sous l’emprise de Gorgones numériques, de Phénix incandescents, fascinant alliage de culture geek –pour une fois que j’en dis du bien !- et mythologique, au parfum bitumineux aussi délétère qu’entêtant. Cette combinaison hypnotique d’images saisit l’esprit pour ne plus le lâcher, tout en lui donnant les clefs du récit à venir et de la psyché des personnages. Du grand art !
   Millenium-4.jpg 
Je ne suis pas en mesure d’évaluer la fidélité du film de Fincher au roman qui l’a inspiré, n’ayant pas lu ce dernier. Cependant, si j’en juge par les vagues souvenirs que je conserve de la version d’Oplev, Steve Zaillian (entre autres La liste de Schindler, Gangs of New York) paraît respecter l’intrigue de fond du livre. La grande différence entre les deux longs métrages, c’est la grande limpidité et le tempo très maîtrisé du présent récit, qualités dues au montage virtuose de Kirk Baxter et Angus Wall, collaborateurs de longue date du cinéaste américain. Les deux hommes transcendent une histoire finalement pas très originale (si ce n’est le personnage de Lisbeth Salander), n’en déplaise aux fans : des meurtres en série inspirés de textes bibliques, c’est du déjà vu, en souvent plus érudit. Bien sûr, on me rétorquera que je ne peux pas me faire une idée exacte de sa richesse, puisque je connais seulement ce qu’en a retenu le cinéma. C’est probablement vrai… 
 
La photographie de Jeff Cronenweth apporte un supplément d’élégance par rapport à la version suédoise, qualifiée de rugueuse par ses admirateurs (sans doute parce que cet adjectif leur semble adapté à la culture nordique), alors qu’elle était seulement passable. Le travail de Cronenweth, où transparait l’influence de son père, Jordan (Blade runner), et de son maître, Sven Nykvist (le chef opérateur de la plupart des films d’Ingmar Bergman, oscarisé pour Cris et chuchotements et Fanny et Alexandre), est d’une grande beauté plastique, notamment dans les flash-backs. La séquence reconstituant le jour de la disparition d’Harriet bénéficie ainsi d’un traitement éminemment raffiné.
     
Millenium-5.jpg
 
L’interprétation est également haut de gamme. Alors que Michael Nyqvist composait un Mikael Blomkvist un peu pâlot, Daniel Craig offre ici une prestation parfaitement crédible, bien qu’aux antipodes de son personnage de James Bond. Rooney Mara -l’ex petite amie de Mark Zuckerberg dans The social network- soutient quant à elle amplement la comparaison avec son homologue suédoise, la pourtant bluffante Noomi Rapace. Son rôle, contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, n’a été en rien édulcoré par le filtre de la censure hollywoodienne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeune femme (elle à six ans de moins que Rapace) fait preuve d’une étonnante audace… 
 
Millenium est un divertissement sophistiqué, qui m'a globalement séduit. Toutefois, aussi réussi soit-il, on peut s’interroger sur l’utilité de ce remake. Le roman de Stieg Larsson mérite-il en effet deux adaptations cinématographiques et une série télévisée ? Par ailleurs, je n’en continue pas moins à penser que, hormis Zodiac, Fincher n’est pas le génie que certains se plaisent à dire. C’est un très habile faiseur de films, certes, mais surévalué par la génération geek (chassez le naturel…), tout comme Quentin Tarantino. L’imposture, dans le cas de l’auteur de Seven, est cependant moins flagrante, car il n’est pas dans la citation permanente...

Ma note - 3,5/5
 
David fincher sur ce site : The social network 
 

Commenter cet article

fredastair 30/01/2012 23:29

D'accord avec beaucoup de choses sur "Millenium", notamment sur la note que tu lui attribues, qui me semble parfaitement adaptée.

Par contre, je continue à affirmer haut et fort que Fincher est un génie de la mise en scène... même si, comme toi, je pense que "Zodiac" reste de très (très) loin son meilleur film :)

CHRISTOPHE LEFEVRE 30/01/2012 23:53



Il a beaucoup de talent sur le plan de la mise en scène, en effet. Mais je ne suis pas toujours convaincu par ses choix de scénarios... Je trouve qu'il gâche parfois son talent... Mais Zodiac,
c'est vraiment du grand art...



dasola 26/01/2012 18:03

Bonsoir Christophe, dès la fin du générique (un peu trop James Bond?!), j'ai été scotchée à mon fauteuil et pourtant je connaissais la fin ayant lu la série et vue les trois films suédois. Ce qui
manque dans le Fincher, c'est Noomi Rapace. Bonne soirée.

CHRISTOPHE LEFEVRE 26/01/2012 18:33



Oui, cela fait très James Bonde ce générique...



pierreAfeu 23/01/2012 20:59

Nous sommes d'accord, comme tu le sais ! Moins sur la comparaison Fincher-Tarantino. Si ce dernier est un recycleur, il sait transformer ses reliques pour en faire quelque-chose d'identifiable,
alors que Fincher me semble plutôt une sorte de styliste, un artisan talentueux.

armelle 23/01/2012 17:50

Bien que ta critique soit intéressante - d'ailleurs elles le sont toutes - je n'ai pas vraiment envie de voir ce film, pas plus que je n'aie eu envie de lire le livre dont tout le monde se
gobergeait. Je te conseille, dans un autre style, le merveilleux récit de Sylvain Tesson dont j'ai rédigé une critique sur "Interligne" : Dans les forêts de Sibérie.

CHRISTOPHE LEFEVRE 23/01/2012 18:34


Merci pour le conseil ! Et je vais allé regarder ta critique du livre de Tesson


Bob Morane 23/01/2012 15:23

Oups ! on a pas du voir le même film :) Pour moi, il n'apporte pas grand chose à la version suédoise, et surtout pas Rooney Mara qui est d'une fadasserie sans nom, au regard de Noomi Rapace. Pas
nul, mais pas de quoi s'extasier non plus

CHRISTOPHE LEFEVRE 23/01/2012 18:37


Non, on n'a pas du voir le même film, car la version suédoise ne m'a laissé que très peu de souvenir, si ce n'est un peu d'ennui, et le sentiment que le livre ne devait pas être si terrible, vu ce
qu'en a fait Oplev. Quant à Noomi Rapace, elle est certes très bien, mais je ne vois pas en quoi elle se distingue fondamentalement de Rooney Mara... Leur jeu est très proche...