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Miracle à Santa-Anna (Miracle at St Anna)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Miracle à Santa-Anna 1
 
Synopsis
 
New York, années 1980. Hector Negron (Laz Alonso), un employé de banque noir, abat sans raison apparente un immigré italien venu acheter des timbres. Un jeune journaliste, Tim Boyle (Joseph Gordon-Levitt), est autorisé à rencontrer le tueur avant son procès. Celui-ci s'avère posséder une tête de statue dérobée en 1944 dans l'Italie alors occupée par les Allemands. Hector était membre des Buffalo Soldiers, premier bataillon entièrement constitué d'hommes de couleur, ayant débarqué notamment en Toscane cet été là, près d'un village martyr nommé Sant’Anna... 
 
Fiche techniqueMiracle à Santa-Anna - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2008
Durée : 2h40
Réalisation : Spike Lee
Scénario : James McBride
Avec Derek Luke (Le sergent Aubrey Stamps), Michael Ealy (Le sergent Bishop Cummings), Laz Alonso (Le caporal Hector Negron)...
 

 
Critique
 
Un film qui, en France, n’a pas bénéficié d’une sortie en salle. Pour d’obscurs motifs. Certains parlent de censure, en raison de son sujet. Cette explication ne me paraît pas très plausible. En effet, d’autres œuvres, bien plus brûlantes pour l’histoire de notre pays, n’ont rencontré -du moins à ma connaissance- aucune oppsition à leur sortie (Indigènes, par exemple). Quelques-uns mettent en cause la faible qualité du film (non sans raison !). Cela ne tient guère plus la route, eu égard aux nombreux navets distribués chaque année dans les cinémas français. Mais peu importe, en vérité. La polémique n'a plus lieu d'être aujourd'hui, puisque l'hommage de Spike Lee aux combattants noirs de la Seconde guerre mondiale bénéficie d'une édition DVD...
 
Miracle à Santa-Anna est d’abord miné par un certain nombre d’artifices scénaristiques. L’un des plus ridicules étant ce journal relatant l’histoire d’Hector Negron s’envolant par la fenêtre d’une chambre d’hôtel en Italie pour tomber sur la table d’un homme qui se révélera à la fin du film être… Angelo, le petit garçon sauvé par le groupe de soldats évoqué ici. Un peu tiré par les cheveux, non ? 
 
Miracle à Santa-Anna 2 
A cela s’ajoute des incohérences. Ainsi, ce soldat qui se déplace et se bat en portant sans cesse à la ceinture la tête de la Primavera du pont de la Santa-Trinita de Florence. Certes, il a une carrure impressionnante, cependant on a du mal à croire que ce fragment de statue puisse se balancer à sa taille comme un vulgaire morceau de résine... matériau peu utilisé par les sculpteurs de la Renaissance tardive... On peut également se demander comment Hector Negron a pu ramener cette pièce en Amérique à la fin de la guerre... alors qu’elle fut retrouvée dans le cours de l'Arno seulement en 1961.

La théâtralité grossière de la mise en scène est également souvent agaçante. C’est par exemple le cas du gros plan sur les épaulettes et les insignes du colonel SS, gros plan maladroitement appuyé par une musique exagérément dramatique : était-il besoin d'en faire autant pour nous faire comprendre que le personnage est peu sympathique ? Même remarque pour la scène religieuse, où tous le petit monde décrit par Spike Lee -soldats afro-américains, villageois italiens, prisonnier allemand- se trouve réunit par la prière. Cet excès de mysticisme naïf (on ne devrait toutefois pas être surpris, car le titre du film annonçait sa bigoterie) serait presque comique si le contexte n’était pas si dramatique…
    Miracle à Santa-Anna 3
 
On m’objectera que ce ne sont que des détails au regard du projet du réalisateur, à savoir rendre hommage aux soldats afro-américains qui ont combattu durant la Seconde guerre mondiale. C’est vrai… Néanmoins, même sur le fond, le film de Spike Lee pose problème. D’abord, son propos est d’un manichéisme assez saisissant. Au point que certains soldats allemands sont traités avec plus de nuances que les officiers blancs américains : ainsi le capitaine Eicholz, interprété par Christian Berkel, qui laisse la vie sauve au caporal Negron ; ou encore ce soldat allemand qui sauve le petit Angelo. Les officiers blancs sont quant à eux droits dans leurs bottes. Ce fut sans doute vrai, pour une part d’entre eux, mais de la même façon que tous les Allemands n’étaient pas des nazis convaincus, tous les blancs ne sont pas des racistes bornés. L’absence de subtilité de la démonstration de Spike Lee apparaît encore dans un flash-back en Louisiane, où l'intrigue nous montre des civils animés de préjugés de race caricaturaux.
 
Plus grave, sans doute, est l'interprétation audacieuse (pour ne pas dire à la limite de la falsification historique, en l'absence de preuves tangibles) des faits par Spike Lee. Car celui-ci attribue le massacre de Sant’Anna à la trahison d'un résistant. Or, selon le jugement du tribunal militaire de La Spezia en 2005, les troupes nazies ont agi sans nécessité ni motif valable avec comme objectif une vaste opération de nettoyage planifiée et menée contre les résistants et la population civile. A aucun moment il n'est fait mention d'une dénonciation. Même Francesco Bruni, qui a participé à l'adaptation et à la traduction des dialogues, parle à ce sujet d'exagération romanesque... 
 
Miracle à Santa-Anna 4 
Une scène surnage pourtant de cet ensemble confus et décevant : celle du massacre des habitants de Sant’Anna di Stazzema, bien sûr bouleversante. Mais il pouvait difficilement en être autrement, lorsque l’on montre le meurtre d’un bébé à la baïonnette sur le corps de sa mère. Même le moins inspiré des réalisateurs parviendrait à faire verser quelques larmes... 
 
Au final, Spike Lee paraît si obsédé par l’idée de répondre à Mémoire de nos pères, de Clint Eastwood (qui n’avait mis en scène aucun combattant noir, au grand dam du premier), qu’il semble perdre son sens de la narration. Bref, ce sujet important aurait mérité d'être traité avec plus de finesse... Spike Lee avait été plus habile dans Inside man, car sous couvert de divertissement, il avait réussi à faire passer quelques messages assez bien vus sur les tensions de la société américaine post 11 septembre. Sans tomber dans une pesante caricature... 
 
Ma note - 1,5/5

Commenter cet article

Bob Morane 08/03/2012 11:08

Voilà une belle critique qui ne me donne pas envie de voir le film. Spike Lee est souvent dans l'exagération parfois extrême, qui passent des fois... pas toujours :)alors que son La 25ème heure
était sublime.

CHRISTOPHE LEFEVRE 08/03/2012 17:44



A force d'être faire dans l'idéologie, il tombe parfois dans la caricature... C'est dommage, car il a du talent et pourrait être plus subtil...



selenie 08/03/2012 10:50

Entre les faits historiques peu probants (la traitrise du résistant jamais prouvée) et la présence presque outrancière de la religion à tous les plans le film de Spike Lee est un melting-pot
indigeste... 0/4

CHRISTOPHE LEFEVRE 08/03/2012 17:39



On est bien d'accord ! J'ai été gentil sur ma note