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MR. TURNER, LUMIERE ET COULEUR (partie 5)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Un subtil équilibre entre tradition et modernité

            If I have seen further it is by standing on the shoulders of giants

Kaganski qualifie Mr. Turner de « biopic pictural dans toute sa splendeur encaustiquée ». L’argu­ment a tout d’une antienne lancinante, tant il revient fréquemment sous sa plume. Il déprécie en ef­fet dans des termes très proches Leopardi (Mario Martone), annoncé en salles pour le printemps 2015 : « On doit aussi en passer par […] tous les écueils répertoriés du film en costumes : chandelles, mobilier et vêtures d’époque, encaustique passéiste ». Pour L’autre Dumas, il soulignait de la mê­me façon : « Safy Nebbou ne parvient pas à échapper totalement à ce cinéma encaustiqué, figé par le décorum et la noblesse culturelle de son sujet ». Jane Campion se vit adressée le même reproche imbécile à la sortie de Bright star : « Ça sent presque l’encaustique et le spectateur est prié de chaus­ser les patins ». En remontant plus loin encore dans le passé, on constate que le raisonnement est toujours le même : « Tout semble ici charmant et léger, certes, mais trop ludique ou encaustiqué dans le décorum pour captiver ou concerner en profondeur », écrivait-il au sujet du Parfum de la dame en noir. On ne s’attardera pas sur le caractère inepte de ces commentaires, qui font de la préci­sion d’une reconstitution historique une inévitable faute : Barry Lyndon est-il « encaustiqué » avec ses costumes anciens (reproductions minutieuses de modèles du XVIIIe siècle), ses décors baroques (Castle Howard), son esthétique inspirée de Watteau et de Gainsborough ? Retenons surtout que le journaliste devrait revoir ses formulations, même si elles ont le mérite de la cohérence -mais cohé­rence ne veut pas nécessairement dire hauteur de vue. Son vocabulaire a quelque chose de rance et stéréotypé…

 

Lettre d’Isaac Newton à Robert Hook (5 février 1675/6), in The correspondence of Isaac Newton (1661-1675), H. W. Turnbull, 1959, volume 1, 1959, p. 416 : « Si j’ai vu plus loin, c’est en montant sur les épaules de géants ».

KAGANSKI Serge, op. cit., p. 70.

KAGANSKI Serge, Mostra de Venise : jour 4, bar grillé et polenta, Les Inrockuptibles, 2 septembre 2014.

KAGANSKI Serge, L’autre Dumas, Les Inrockuptibles, 10 février 2010, n° 741, p. 53.

KAGANSKI Serge, Bright star, Les Inrockuptibles, 18 décembre 2009.

KAGANSKI Serge, Le parfum de la dame en noir, Les Inrockuptibles, 14 septembre 2005, n° 511, p. 36.

ROBERTIS (de) Deborah, J’ai exposé mon sexe devant L’origine du monde, L’Obs, 12 juin 2014.

Nous sommes assez tenté de lui suggérer, pour une future prestation, de s’installer dans la caverne du Pont-d’Arc, réplique de la grotte Chauvet actuellement en construction, où elle pourrait établir de manière très saisissante, par l’offrande de ses orifices intimes à la curiosité du public, l’analogie existante entre l’appareil reproducteur féminin et toute cavité naturelle, immémorial symbole matriciel.

Milo Moiré commente ainsi ses motivations : « C’est une expérience personnelle, intuitive dans laquelle, je peux développer une profonde intensité, mais aussi la sincérité de mon art. Je crée et j’utilise la source originale de la fé­minité, mon vagin » (PASQUIER Anne-Florence, Elle pond des œufs avec son sexe, Le Matin, 16 avril 2014).

Ibidem.

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