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My little princess

Publié le par Christophe Lefevre

My little princess 1   

Synopsis

 

Violetta (Anamaria Vartolomei), 10 ans, vit avec sa grand-mère (Georgetta Leahu). La mère de la petite fille, Hanna (Isabelle Huppert), ne fait que de courtes apparitions dans leur vie. Jusqu’au jour où Ernst (Denis Lavant), un ami peintre, lui offre un appareil photo. Elle propose alors à Violetta de poser pour elle. Cette dernière, heureuse de susciter enfin l’intérêt de sa mère, accepte d’abord toutes ses extravagances, les prenant comme un jeu. Rapidement, ces clichés dans lesquels elle apparaît en Lolita baroque et dénudée font sensation au sein du milieu branché parisien. Mais Hannah place la fillette dans des situations de plus en plus érotiques, la jetant même dans les bras d’un dandy anglais (Jethro Cave). Violetta va peu à peu se rebeller…

 

Fiche techniqueMy-little-princess---Affiche.jpg

 

Film français

Année de production : 2010

Durée : 1h45

Réalisation : Eva Ionesco

Scénario : Eva Ionesco, Philippe Le Guay, Marc Cholodencko

Image : Jean Lapoirie

Avec Isabelle Huppert (Hanna), Anamaria Vartolomei (Violetta), Georgetta Leahu (La grand-mère), Denis Lavant (Ernst), Jehthro Cave (Updike)...

 


 

Critique

 

Peut-on tout se permettre au nom de la liberté d’expression ? Telle est la question que pose -avec intelligence et profondeur- My little princess. Et personne n’est plus à même de répondre à cette interrogation qu’Eva Ionesco, icône -bien malgré elle- des années 1970, mise en scène dès son plus jeune âge par sa mère, Irina, dans des compositions certes esthétiquement séduisantes (comme le reconnaît elle-même la cinéaste dans un entretien accordé au journal Le Monde), mais dont la beauté est empoisonnée, vénéneuse.

 

Bien sûr, le cas d’Eva est très spécifique, puisqu’elle était mineure à l’époque des faits. Cette réflexion sur les limites de l’art, sur ses dérives, n’en est pas moins très actuelle. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer certaines performances artistiques relevant à mon sens davantage de l'exhibitionnisme et du voyeurisme que de la création. En guise d'exemple, je vous invite à regarder cette vidéo d'Edwige Mandrou (Confidence 1) dans laquelle l'artiste apparaît robe relevée, écrasant avec ses fesses des œufs contenus dans une corne d'abondance (pour ceux qui ne veulent pas regarder cette scène en entier, je signale que la partie intéressante commence à 7 minutes 14). Après tout, pourquoi pas ? Si certains ont envie de se rincer l'œil. Et elle de s'exhiber. Mais parler de message me semble d'une rare hypocrisie. Et tant pis si mes propos me font passer pour un réactionnaire ! Pour conclure sur ce sujet, je recommande la lecture de Clara et la pénombre, fascinant roman de l’écrivain d’origine cubaine José Carlos Somoza, qui nous décrit un futur dans lequel les œuvres d'art sont des êtres humains, de préférence très jeunes, traités et apprêtés comme de simples supports artistiques. 

 

My little pincess 3

 

My little princess est également la peinture glaçante d’une relation destructrice entre une mère et sa fille, la première, créature nocturne et gothique, vampirisant la seconde (l’image est à peine exagérée). Pour autant, ce film n’est pas un règlement de compte. Car même si Hannah nous est présentée comme une sorte d’Erzsébet Báthory moderne, son portrait n’est pas une charge. En outre, l’attitude de Violetta n’est pas dénuée d’ambiguïté. Jusqu’à ce qu’elle exprime son dégoût, lors de la séance dans le manoir anglais, elle se livre en effet aux fantasmes les plus scabreux de sa mère sans réels états d’âme. Evidemment, son extrême jeunesse ne lui permet pas de prendre conscience du caractère pernicieux de ce que lui demande Hannah, qui joue en outre de la manière la plus perverse qui soit sur son besoin d’amour. Cependant, même après sa révolte, la fillette acceptera de nouveau de poser, mue par la jalousie de s’être vue dépossédée, par un nouveau modèle, de la robe Saint Laurent que lui destinait sa mère. Eva Ionesco reste donc mesurée dans cet aspect très autobiographique de son récit.

 

My-little-princess-3.jpg    

Isabelle Huppert, comme toujours, est exemplaire. Elle ne joue pas : elle est Hannah. Il suffit de la voir, lors de la première séance avec Violetta, charger son appareil photo comme une arme. Anamaria Vartolomei (le prénom de son personnage fait-il référence à la Violet de La petite, autre Lolita du cinéma à l'enfance sacrifiée ?) est une véritable révélation, dans un rôle pourtant complexe pour son très jeune âge. Elle s'en sort toutefois formidablement. Il faut dire que la caméra d'Eva Ionesco sait, en dépit de situations parfois délicates, préserver l'innocence de la fillette.

 

My little princess est évidemment un conte dérangeant. Mais jamais il ne bascule dans le sordide. Un nouvel auteur à suivre, donc...

 

Ma note - 3/5

 

A consulter : Press-book du film   

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Robin 01/08/2011 23:58


Effectivement tu n'as pas tort. Mais c'est justement l'intérêt de l'art de faire passer une émotion, qu'elle soit réflechie (non sens je sais) ou simplement primaire (l'excitation, le désir).
Ensuite il va de soi que le porno est médiocre, encore qu'il existe de beaux films érotiques, mais il n'en est pas moins une certaine forme d'art. Mais bon déterminer des limites est toujours
compliqué.
Pour prendre un exemple, pour moi Funny Games est avant tout un spectacle sadique jouissif, et je pense que c'était l'intention d'Haneke. Il n'empèche qu'il est fait d'une façon à nous faire
prendre conscience de ce qu'on vient de voir et d'en saisir les ressorts, ce qui en fait un grand film contrairement à Saw et consorts, qui n'en sont pas moins des espèces de variations artistiques
(le premier saw était assez novateur) à prendre en compte.


Robin 25/07/2011 02:15


Mon cher Christophe, désolé mais effectivement je te trouve réactionnaire. Car qu'est ce que le cinéma sinon un art de voyeur et d'exhibitionnistes ? Et qu'est l'art si ce n'est une expression
sexuelle ? Pour prendre un exemple simple, pourquoi crois tu qu'Haneke ait fait funny games ? Pour le simple plaisir de filmer ? Non, comme je l'ai dit sur facebook pour l'exemple d'Amy Winehouse,
l'art est une forme de violence, une libération de frustrations et de fantasmes, et le cinéma encore plus directement puisqu'il montre les individus dans leurs actions de façon directe et
faussement instantanée.


CHRISTOPHE LEFEVRE 25/07/2011 08:48



Mon propos ne vise pas le caractère choquant ou pas de la vidéo de Mandrou (car je parle bien de cette vidéo, pas du film d'Eva Ionesco, que j'ai aimé). Il n'y a pas grand chose qui me choque, du
moins en matière d'art. Dans la vie, c'est différent. Simplement, je trouve hypocrite l'attitude de ceux qui vont trouver des messages derrière certains spectacle. Quand Jan Fabre fait pisser ses
danseuses sur scène, je suis désolé, mais ceux qui vont regarder ce cela ne le font que pour se rincer l'oeil. Cela ne me dérange pas. Et cela peut être assez jouissif, pour peu que l'on soit
amateur d'ondinisme. Mais c'est du voyeurisme pur et dur. Le problème, c'est que lorsque l'on se mate un porno, c'est primaire. Mais si on regarde un spectacle de Fabre, c'est chargé de sens.
C'est la même chose, pour moi !