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Perfect sense

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Perfect sense 1   
Synopsis 
 
Dans un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier, Michael (Ewan McGregor) et une chercheuse, Susan (Eva Green), tombent amoureux... 
 
Fiche techniquePerfect sense - Affiche
 
Film britannique, suédois, danois, irlandais
Année de production : 2011
Durée : 1h32
Réalisation : David McKenzie
Scénario : Kim Fupz Aakeson
Image : Giles Nuttgens
Avec Ewan McGregor (Michael), Eva Green (Susan), Connie Nielsen (Jenny), Stephen Dillane (Samuel), Ewan Bremner (James)...    
 

 
Critique
 
Les films mettant en scène une épidémie sont à la mode ces dernières années : Alertes !, 28 jours plus tard (et sa dispensable suite), Doomsday, Blindness, Infectés, The crazies, Contagion… pour ne citer que les quelques titres qui me reviennent immédiatement à l’esprit. Il y en a cependant bien d’autres, dont l’énoncé exhaustif ressemblerait à une litanie. Ils ne sont en fait qu’un sous-genre d’un cinéma apocalyptique qui fait florès -pour le meilleur ou le pire- depuis quelques temps sur les écrans. 
 
La maladie a toujours nourri l’imaginaire des créateurs. Elle est habituellement conçue comme un danger, mais pas toujours (voir La guerre des mondes, où l’humanité est sauvée par des agents infectieux). Souvent, elle est utilisée dans un sens métaphorique. Ainsi, dans la pièce de Sophocle, Œdipe roi, la peste est à la fois le prétexte qui permet au destin d'Œdipe de s’accomplir et un symbole du désordre absolu, quand la vie renonce à la vie, et qu’il n’y a plus de place que pour la mort. Dans Les animaux malades de la peste de La Fontaine, l'épidémie est l'allégorie d'un climat de mensonge, de calculs et d'hypocrisie. Elle fait écho à la corruption qui marqua la seconde moitié du règne de Louis XIV. La peste, chez Camus, représente quant à elle le fascisme, la guerre et l'horreur des camps d’extermination nazis. Dans Le hussard sur le toit, le choléra est pour Giono un réacteur chimique qui met à nu les tempéraments les plus vils ou les plus nobles de l’Homme… La maladie a par conséquent été de tout temps un moyen de pratiquer, masqué, la satire politique et/ou de révéler les arcanes de l’âme humaine. 
 
Perfect sense 2 
Ces deux aspects sont bien présents dans Perfect sense. En effet, tout en étant une métaphore des ravages du système capitaliste (selon les propos de son auteur, David MacKenzie), ce film s’attache également à décrire la diversité des comportements en période de crise. Son pessimisme et son désenchantement lui confèrent toutefois une dimension nihiliste que les écrits dont je viens de parler n’avaient pas. Du moins n’était-elle pas aussi prégnante. 
 
Cette approche eschatologique de notre avenir, dominante dans les films de pandémie sortis récemment, m’interroge. Les sujets d’inquiétude ne manquent évidemment pas à notre époque, néanmoins celle-ci ne me semble pas être plus porteuse de périls que celles qui l’ont précédée. Pourquoi, alors, ces œuvres laissent-elles entendre qu’aucune issue n’est concevable ? Peut-être parce que, comme l’observe Ferenc Fodor, nous sommes entrés dans une société où le risque est omniprésent […] où l’incertitude est globalisée (L’imaginaire de l’épidémie). En d’autres termes, les menaces auxquelles nous sommes exposés –en particulier les épidémies- étant mondialisées, du fait de l’absence de frontière, il n’existe plus aucun refuge, aucune échappatoire. Impossible, donc, d’éviter l’extinction de notre espèce… 
 
Perfect sense 3 
Perfect sense évoque bien sûr Blindness. En plus radical. Je ne parle pas de la forme, mais du fond, car il me semble que dans le film de Fernando Meirelles certains malades guérissent. Si je me trompe, je ne doute pas que l’on me corrigera…

Le destin de l’Homme est ici sans espoir. L’évolution de la maladie qui le frappe est irréversible. Le paradoxe, c’est que cette disparition programmée se déroule en douceur, ou presque. Certaines étapes sont certes précédées d’un déchaînement de violence des sujets contaminés, cependant cette agressivité est l’un des symptômes du mal, non une réaction à l’inéluctabilité de la lente mort à laquelle est condamnée l’humanité. Cette apocalypse sans bruit ni fureur fait l’originalité de ce film et me rappelle, pour une autre thématique, la résignation mélancolique des héros de Never let me go de Mark Romanek.

Je me demande si cette capitulation devant les épreuves, dont témoignent aujourd’hui certaines œuvres de fiction, n’est pas un reflet de notre époque, dont la capacité à s’indigner, pour reprendre un mot cher à Stéphane Hessel, me paraît affaiblie (ou étouffée). Même s'il est toujours hasardeux de généraliser, j'ai effectivement le sentiment que la conscience politique de la société occidentale a évolué d'une manière inversement proportionnelle à son désir de consommer. Du moment que nos dirigeants nous donnent du pain -un peu- et des jeux (beaucoup, via la télévision), pourquoi se rebellerait-on ?
Panem et circenses… Voilà comment l’on nous tient depuis des millénaires…
 Perfect sense 4
 
L’idée-force du scénario de Kim Fupz Aakeson ne peut que saisir le spectateur. La perte de l’usage de nos sens, et notamment de l’odorat et du goût, est en effet une perspective bien plus effrayante que la mort. Car au-delà de leur fonction organique, ils alimentent notre mémoire, et même la partie la plus intime de celle-ci. Un concept très proustien : Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir (Du côté de chez Swann). La privation de toute perception sensorielle n’entraîne donc pas pour l’Homme une simple perte de repères. En altérant la mémoire involontaire, liée à l’affectif, elle détruit également son identité.

Hélas, MacKenzie nous propose un traitement assez peu inspiré de ce sujet à la fois fascinant et angoissant. Sa mise en scène, trop académique, trop sage -même s'il se livre parfois à des expériences aussi osées que douteuses, comme la caméra embarquée sur le vélo de Michael, aux effets carrément émétiques-, ne rend compte ni de la vibration extatique des sens (en particulier lorsqu’il aborde la relation amoureuse entre Michael et Susan), ni du désarroi moral résultant nécessairement de leur disparition. C’est l’énorme faiblesse du film…
 
 
Perfect sense 5 
On saura par contre gré au cinéaste britannique d’adopter un point de vue différent de la vision américano-centrée qui nous est habituellement proposée par les auteurs de cinéma catastrophe. C’était déjà le cas avec Les derniers jours du monde des frères Larrieu et Melancholia de Lars von Trier. Ce n’est sans doute pas un hasard si tous sont Européens...

Ici, non seulement le récit se déroule en Ecosse, à Glasgow, mais des inserts saturés de couleurs -comme pour mieux nous rappeler la beauté du monde- nous montrent également le développement de la maladie dans d’autres régions du globe. L’action de Contagion, de Soderbergh, se situait certes en partie hors d’Amérique du Nord, plus précisément en Asie, cependant cette délocalisation narrative avait surtout une valeur stigmatisante, puisqu’il s’agissait de faire de ce continent l’origine du mal.
 Perfect sense 6
 
Malgré ses défauts, Perfect Sense nous offre une approche originale, intimiste du genre. Et puis, on ne peut que ressentir intensément dans sa chair ce fléau qui frappe l’humanité. Est-il possible, en effet, de concevoir perspective plus cruelle, plus navrante que de ne plus voir Eva Green, qui, elle, est so perfect ? C’est pour moi un châtiment plus diabolique que tous les supplices inventés depuis la nuit des temps par l’imagination infernale de l’Homme. En comparaison, même le délicat supplice du Lingchi est une aimable plaisanterie. Ne plus contempler son visage, ne plus plonger son regard dans la nuit pailletée d’or de ses yeux, même si ce n'est qu'en rêve… Aaaaahhh...

Eva, si vous lisez ces lignes, sachez que je vous aime ! I love you so much ! Ich liebe dich ! Ti amo ! Jag älskar dig ! Une déclaration en plusieurs langues -comme le Pape lorsqu'il s'adresse Urbi et Orbi...- pour mieux faire parvenir mon message à la divine brune...
 
Ma note - 2,5/5

Commenter cet article

neil 22/04/2012 22:55

Je rapprocherai pour ma part le nombre de films traitant de ces thématiques à notre société actuelle qui est constamment tournée vers le risque et sa prévention, qui prend une place importante dans
la politique et dans la société.

CHRISTOPHE LEFEVRE 23/04/2012 00:05



D'accord avec toi. On ne cesse de parler risque. Et le Gouvernement actuel est très fort pour agiter les menaces...



palilia 20/04/2012 20:04

ah Christophe, ça m'étonne toujours que tu trouves autant de choses dans un film. Je n'arrive pas à faire ça, je rentre dans l'histoire ou pas. Cela étant, c'est une idée originale de parler de la
disparition des cinq sens. Ca doit être terrible.

CHRISTOPHE LEFEVRE 20/04/2012 20:33



Merci pour ton commentaire... Disons que, avec l'expérience, cela devient presque naturel et facile d'écire sur nu film. C'est comme un entraînement  



Wilyrah 20/04/2012 13:45

Je pense aussi qu'il aurait encore mieux pu l'exploiter, je te rejoins. Mais je trouve qu'il y a un certain culot dans son propos et aussi une telle poésie comme je l'ai dit que ça vaut vraiment
plus que le détour.

CHRISTOPHE LEFEVRE 20/04/2012 13:50



Je suis d'accord sur le côté poétique, que je rapproche de Never let me go. En relisant ce que tu as écrit, je me suis rappelé de la caméra embarquée sur le vélo, par heureuse. Je ne m'en
souvenais plus, j'ai donc rajouté une petite mention à cette mauvaise idée...



Wilyrah 20/04/2012 13:21

Un film imparfait mais original, poétique, culotté. Et le tandem est excellent, Ewan McGregor tjs bon et Eva tjs... Eva :)
http://www.lebleudumiroir.fr/?p=2264

CHRISTOPHE LEFEVRE 20/04/2012 13:42



Sympa, mais je pense que McKenzie aurait pu exploiter mieux son sujet



Platinoch 20/04/2012 12:14

Pour le coup, j'ai vraiment bien aimé. Je ne sais pas si la mise en scène est trop sage, mais j'ai aimé le côté un peu éthéré de l'ensemble, qui participe à donner cette ambiance si froide et si
particulière. Et je me suis laissé prendre à cette belle et triste romance. D'autant plus que la belle Eva Green forme avec Ewan McGregor l'un des plus beaux couples de cinéma qu'on ait vu depuis
un bail...

CHRISTOPHE LEFEVRE 20/04/2012 12:39



Je suis indécis sur la note... J'ia aimé beaucoup de chose, mais je regrette la mise en scène paresseuse de McKenzie...