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Peter Ibbetson

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Dans les environs de Paris, au XIXème siècle, une veuve d'origine anglaise, madame Pasquier (Elsa Buchanan), vit avec son jeune fils de 8 ans, Peter (Dickie Moore), surnommé Gogo. Une simple grille sépare leur propriété de celle qu’habitent Mimsey (Virginia Weidler), une petite anglaise, et ses parents. Gogo et Mimsey, malgré quelques querelles enfantines (ainsi se disputent-ils la possession de planches, le premier pour construire un chariot, la seconde afin de bâtir une maison pour ses poupées), sont unis par un amour pur. La mort de madame Pasquier va toutefois brutalement les arracher l’un à l’autre. Le garçonnet est en effet confié à son oncle, le colonel Forsythe (Douglass Dumbrille), qui l’emmène en Angleterre

Quelques années plus tard, Peter (Gary Cooper) est devenu architecte chez Throckmorton et Slade, à Londres. Mais las de son travail, il annonce à son employeur son intention de démissionner et de partir en Amérique. Celui-ci, cependant, l’en dissuade, l’engageant à prendre quelques jours de vacances à Paris.

Lors de son séjour, il croise le major Duquesnois (Christian Rub), un ancien soldat de Napoléon qui fréquentait autrefois la maison de Mimsey. Une rencontre qui lui donne envie de revoir les lieux de son enfance. Accompagné d’une jeune femme (Ida Lupino) dont il a fait la connaissance dans un musée, il se rend donc dans la propriété où il a grandi. Se promenant dans le parc à l’abandon, il revit alors avec émotion les étapes de sa tentative de fuite avec Mimsey, le jour de son départ avec son oncle.

Son travail le rappelle bientôt en Angleterre. On lui demande de se rendre dans le Yorkshire, pour élaborer les plans des nouvelles écuries du duc de Towers (John Halliday). Mais ne partageant pas les vues du duc, qui souhaite faire construire de nouveaux bâtiments, tandis qu’une restauration lui semble préférable, il s’apprête à regagner Londres. Sa rencontre avec la duchesse Mary (Ann Harding) va cependant l’inciter à rester. Les jeunes gens vont peu à peu s’éprendre l’un de l’autre. Ayant percé leurs sentiments, le duc profite d’un dîner pour leur demander de s'expliquer. Peter avoue alors que la duchesse l’a délivré de son obsession pour Mimsey. Que son visage est le seul à avoir réussi à effacer celui de la fillette. Mary comprend soudain que l’architecte n’est autre que Gogo, son ami d'enfance...    
 
Fiche techniquePeter Ibbetson - Affiche 

Film américain
Année de production : 1935
Durée : 1h28
Réalisation : Henry Hathaway
Image : Charles Lang
Avec Gary Cooper (Peter Ibbetson), Ann Harding (Mary, Duchesse de Towers), John Halliday (Duc de Towers), Ida Lupino (Agnes), Douglass Dumbrille (Colonel Forsythe), Virginia Wielder (Mimsey), Dickie Moore (Gogo)... 
 

 
Critique 
 
Peter Ibbeston est l’adaptation du roman éponyme de George Du Maurier, père de Daphné, à qui l'on doit L’auberge de la Jamaïque, Rebecca et Les oiseaux, portés à l’écran par Alfred Hitchcock. Ce film est l’un des emblèmes du Surréalisme. Ado Kyrou, écrivain de cinéma et réalisateur, disait à son sujet, dans Le Surréalisme au cinéma (1953), que les spectateurs de cette oeuvre reçoivent des chocs libérateurs qui leur donnent les clés nécessaires à la prise de la citadelle, prétendue inviolable, de la vie terrestre. André Breton écrivait quant à lui dans L’amour fou (1937) qu’il est le triomphe de la pensée surréaliste. 
 
Rien ne me paraît mieux définir le héros de ce film que ces quelques lignes d’une lettre d’Alain Fournier adressée à son beau-frère, Jacques Rivière (4 juillet 1910), à propos du personnage principal de son roman : Meaulnes, le grand Meaulnes, le héros de mon livre, est un homme dont l’enfance fut trop belle. Pendant toute son adolescence, il la traîne après lui. Par instants, il semble que tout ce paradis imaginaire qui fut le monde de son enfance va surgir au bout de ses aventures, ou se lever sur un de ses gestes…Mais il sait déjà que ce paradis ne peut plus être. Il a renoncé au bonheur. Peter Ibbetson a eu, lui aussi, une enfance trop belle, ici magnifiquement mise en image par Charles Lang, le chef opérateur d’Hathaway (oscarisé en 1934 pour L’adieu aux armes de Frank Borzage). Dès les premières scènes, une aura irréelle baigne le jardin où s’amusent, où se disputent les deux enfants.
 
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La mort de la mère de Peter et l’arrivée de son oncle vont cependant anéantir l’éden de leur enfance. A partir de ce moment, la photographie bascule peu à peu du mode élégiaque, lyrique, à l’expressionisme et au film noir. Dans le même temps, les éléments du décor deviennent autant d’obstacles à l’amour passionnel que se portent les deux héros. On relèvera notamment l’omniprésence des grilles (je compte d'ailleurs consacrer prochainement à ce thème un dossier) : autour des écuries du duc de Towers, au tribunal, dans la prison bien sûr, dans la propriété parisienne de la famille de Peter. Même les rayons de lumières se muent en d’immatériels barreaux (voir l'album du film).
 
Après la condamnation de Peter, ce paradis ne sera plus accessible aux deux amants que par l’imaginaire. Le spectateur plongera alors dans une atmosphère onirique, faite d’étranges allées bordée de hautes-futaies (là encore, on songe à Augustin Meaulnes découvrant le Domaine mystérieux), d’un château de conte de fée -façonné avec des nuages, le ciel et les étoiles, dit Peter à Mary- qui sera détruit par la foudre, de forêts où les deux amants se réuniront spirituellement au pied d’un arbre de vie…
 
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Côté interprétation, Gary Cooper, loin des héros virils auxquels il était habitué à l’époque, livre ici l’une de ses prestations les plus émouvantes, les plus sensibles, tout en restant pourtant d’une grande sobriété dans son jeu. L’un des moments les plus bouleversants du film est sans doute son pèlerinage sur les lieux de son enfance. Et en particulier son regard lorsqu’il contemple le mur qu’il avait essayé d’enjamber avec Mimsey pour échapper à son oncle. Ann Hardingest en revanche trop évaporée pour véritablement toucher. On remarquera par contre la courte apparition d'Ida Lupino, dans un rôle joliment sensuel. Il s’agit là de sa première apparition notable à l’écran. On la verra par la suite chez Raoul Walsh (Une femme dangereuse, High sierra), Michael Curtiz (Le vaisseau fantôme), Nicholas Ray (La maison dans l’ombre), Fritz Lang (La cinquième victime), Robert Aldrich (Le grand couteau) ou encore Sam Peckinpah (Junior Bonner, le dernier bagarreur). Elle réalisera même quelques films (Avant de t’aimer, Outrage, Le voyage de la peur).
 
Peter Ibbeston est sans doute l’un des films les plus poétiques -j’espère que ce n’est pas un mot obscène pour certains !- de l’histoire, que l’on peut redécouvrir grâce à Wild Side dans une copie d’assez bonne qualité. Cette édition propose en outre un portrait d'Henry Hathaway par Patrick Brion, Bertrand Tavernier et Noël Simsolo, et une présentation du film par Bertrand Tavernier et Noël Simsolo.

Album du film
 
Ma note - 5/5

Commenter cet article

Eeguab 23/07/2011 19:49


Peter Ibbetson est un vrai bijou et ne ressemble guère aux autres films de Cooper ou Hathaway,souvent attachants mais cependant plus convenus (avec quelques exceptions).


CHRISTOPHE LEFEVRE 24/07/2011 00:06



C'est effectivement une très belle curiosité dans la carrière d'Hathaway.