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Super 8

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Super 8 - CL

 

Synopsis

 

Joe (Joel Courtney) vient de perdre sa mère, Elizabeth (Caitriona Balfe), victime d’un terrible accident du travail. La douleur affective provoquée par cette disparition est ressentie d'autant plus vivement par l'adolescent que la jeune femme était toute sa vie, son père (Kyle Chandler), adjoint du shérif, étant souvent absent. Pour échapper à sa tristesse, il ne reste au jeune garçon que ses camarades de classe, avec lesquels il partage une même passion du cinéma : Charles (Riley Griffiths), le réalisateur ; Cary (Ryan Lee), le spécialiste des effets spéciaux ; Preston (Zach Mills), le technicien ; et Martin (Gabriel Basso), l’acteur. Joe, quant à lui, s’occupe du maquillage. La petite équipe tourne un film de zombies qu’elle espère voir sélectionner dans un important festival. Pour pimenter l’intrigue, Charles décide d’inclure dans le scénario une histoire d’amour. Ce qui l’amène à recruter Alice (Elle Fanning). Il s’agit en fait d’un stratagème pour rencontrer celle dont il est secrètement amoureux. Arrive bientôt le premier jour de tournage de la jeune fille. L’apprentie comédienne se révèle très vite sublime. Mais alors qu’elle répète son rôle avec son partenaire, sur le quai d’une gare désaffectée, un train se profile à l’horizon. Charles voit immédiatement le parti qu’il peut tirer de la situation. Cependant, tout ne va pas se passer comme il l’imaginait…

 

Fiche techniqueSuper 8 - Affiche

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h52

Réalisation : JJ Abrams

Scénario : JJ Abrams

Image : Larry Fong

Avec Joel Courtney (Joe Lamb), Kyle Chandler (Jackson Lamb), Elle Fanning (Alice Dainard), Riley Griffiths (Charles), Ryan Lee (Cary), Gabriel Basso (Martin), Zach Mills (Preston), Caitriona Balfe (Eilzabeth Lamb)... 

 


 

Critique

 

Pour le quadragénaire que je suis, Super 8 est d’abord une plongée nostalgique dans mes premières émotions de cinéphile. J’avais 14 ans en décembre 1982, lorsque je découvris ET l’extraterrestre. Je me rappelle cette séance comme si elle avait eu lieu hier. Je vais vous parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Alors les magnétoscopes -pour les plus jeunes, je précise qu’il s’agit d’un appareil électronique destiné à l'enregistrement sur une bande magnétique d'un signal vidéo et du son associé - n’en étaient qu’à leurs balbutiements et étaient réservés aux plus aisés. Canal+ n’avait pas encore été créée. La VOD et le téléchargement étaient évidemment inimaginables. Par conséquent, si l’on manquait un film en salle, il y avait peu de chance pour qu’on le vît avant de nombreuses années. Aller au cinéma était donc encore un évènement (en évoquant cette époque -cet âge d’or ?-, je passe sans doute pour un préhominien, mais peu importe…). En sorte que j’ai de bonnes raisons de me souvenir précisément de ce mercredi après-midi où je découvris le cinéma de Spielberg. Je garde particulièrement en mémoire les regards des spectateurs –émerveillés pour les uns, embués pour les autres- au moment où se rallumèrent les lumières. L’histoire du petit extraterrestre abandonné par les siens sur Terre n’avait laissé personne indifférent...

 

C’est cette communion d’émotions que ravive JJ Abrams avec cet hommage au magicien Spielberg. Et quel hommage ! Tout est là : gamins sillonnant en BMX les rues d’une petite ville américaine (ET l’extraterrestre), vue surplombante et nocturne d’un paysage urbain (Rencontre du troisième type), parcours initiatique d’un enfant séparés de ses parents (L’empire du soleil), attaque d’un véhicule par un monstre (Jurassic park), déroute de forces militaires face à une créature extraterrestre (La guerre des mondes), et, sur le plan esthétique, irradiations lumineuses bleutées -des lens flares, comme je l’ai lu dans les Cahiers du cinéma- découpant l’image… Le réalisateur ne se contente cependant pas de citer son maître. Il convoque bien d’autres œuvres phares des années 1980, comme Poltergeist (Tobe Hooper), Les Goonies (Richard Donner) ou encore Stand by me (Rob Reiner).

 

Super 8 4

 

Super 8 n’est toutefois pas qu’une simple duplication. Il est aussi une œuvre originale, portant la marque de son auteur. Et pas seulement parce que Abrams évoque ses propres créations par de discrètes allusions (voir, par exemple, l’affichette Lost épinglée sur le panneau des chiens disparus). Super 8 diffère sur plus d’un point de ses modèles, notamment spielbergiens. Il est en effet sensiblement plus violent, plus nerveux et, surtout, plus empreint de féminité, grâce à deux figures essentielles : la mère de Joe et Alice.

 

Le fantôme d’Elizabeth est un personnage fondamental. Si important qu’il est lié à quatre des cinq scènes les plus marquantes du film (la cinquième étant celle du déraillement, saisissante de virtuosité). Il y a d’abord ce plan initial où un ouvrier d’une usine métallurgique indique sur un tableau le nombre de jours écoulés depuis le dernier accident : le chiffre 1 nous apprend, par une ellipse d’une grande beauté, la mort de la jeune femme. Il y a ensuite cette séquence bouleversante où Alice et Joe regardent, dans la chambre de celui-ci, un petit film amateur ressuscitant la défunte. Il y a également cette confrontation entre Joe et le monstre, dont le regard presque maternel est le résultat –génial- de l’incrustation des yeux de l’actrice interprétant la mère (Caitriona Balfe) sur la créature numérique (voir à ce sujet l’entretien accordé aux Cahiers du cinéma par JJ Abrams). Enfin, il y a ce final sublime (comme quoi, poésie et blockbuster peuvent faire bon ménage…) où Joe abandonne au vaisseau extraterrestre s’élevant vers les étoiles la médaille de sa mère. Une manière symbolique de couper le cordon, de devenir adulte…

 

Alice est l’autre héroïne du film. En témoigne la scène de répétition sur le quai de la gare. Par son jeu, elle devient immédiatement le centre d’intérêt du groupe de cinéphiles en herbe. Si bien que le cœur du récit se déplace assez vite de la résolution du mystère -comme toujours assez décevant- entourant la cargaison du train à l’histoire d’amour naissante entre Alice et Joe, puis au sauvetage de la jeune fille par ce dernier. Une trame sentimentale qui ne me semble pas avoir d’équivalent chez Spielberg (du moins, aucun exemple de me vient à l’esprit à l’instant où j’écris ces lignes). 

 

Un mot sur l’interprétation. Le casting des enfants ne souffre d’aucune faiblesse. Chacun d’eux joue juste. Une mention particulière, tout de même, pour Elle Fanning, dont le personnage est moins archétypal. De plus, comme dans le décevant Somewhere, elle illumine l’écran par sa grâce éthérée et sa sensibilité à fleur de peau. Probablement une immense comédienne en devenir (sur ce point, je ne partage pas l'avis de l'ami Neil, ce qui est suffisamment rare pour être signalé)…

 Elle-fanning-5.jpg

 

Evidemment, je ne prétends pas que Super 8 soit parfait. Le style de JJ Abrams est parfois un peu maniéré. Les esprits chagrins ne manquent d’ailleurs pas de relever son usage un brin abusif des fameux lens flares (je fais le malin, maintenant que je connais le terme !). Le scénario n’est pas non plus très original (la théorie du complot militaire n’est pas nouvelle), ni toujours vraisemblable (on a du mal à croire à tout ce que font ces adolescents). Il n’empêche, ce pèlerinage -réussi- aux sources de ma passion justifie pleinement ma note élevée.

 

Avant de conclure, je conseille à ceux qui prendront le temps (la peine ?) de lire cette critique  de ne pas être trop impatients de quitter la salle à la fin du film, car le générique nous propose de découvrirThe case, le court métrage tourné par les jeunes héros. Un pur régal. Et un final très hitchcockien

 

Ma note - 3,5/5

Commenter cet article

Flow 13/08/2011 13:24


J'aime découvrir de nouveaux blogs.
J'ai décidé de venir après avoir vu ton com sur la critique de HP 7 part 2 sur le blog de ce bon vieux Squizz.
Déjà, la magie de Super 8 est que son pouvoir nostalgique fonctionne même sur ceux qui n'ont pas connu l'époque que tu décris. Je suis né en 1988 pourtant, voir ce portrait de l'enfance m'a rendu
tout chose d'autant que je m'amusais aussi à tourner des petits films avec la caméra familiale.
Bref, un très bon film!


CHRISTOPHE LEFEVRE 13/08/2011 18:34



Merci de ta visite ! Et je pense qu'effectivement Super 8 est suffisamment réussi pour plaire même à ceux qui n'ont pas connu -au cinéma du moins- les films auxquels rend hommage ici JJ Abrams



neil 02/08/2011 09:24


Ah mais je suis en majorité d'accord avec ce que tu as écrit. D'ailleurs les quelques défauts que je trouve au film tu les pointe également. Peut-être suis-je plus exigeant à mon âge que ne
l'étais-je à l'âge où j'ai découvert E.T.
Quant à Elle Fanning, bah je suis tout navré, et j'espère pour elle que tu as raison. J'attends de voir comment elle va évoluer...


CHRISTOPHE LEFEVRE 02/08/2011 10:07



Elle a déjà une belle filmo, pour son âge : Inarritu, Fincher, Coppola (même si je n'apprécie pas cette réalisatrice, elle compte quand même), Abrams. Après, c'est vrai qu'elle peut évoluer, avec
le succès, l'argent, vers une Lindsay Lohan. Mais ce n'est pas le cas de sa soeur, a priori, donc elle peut être préserver des excès du système. La différence enter toi et moi, c'est que tu as
découvert, si je me souviens bien, ET à cinq ans. Et sans doute pas au cinéma ? En tout cas, c'est trop jeune pour en garder un souvenir précis. Sans doute garde tu davantage le souvenirs des
diffusions télé. Moi, c'était au cinéma, à nue époque où, comme je te le dis, c'était un évènement. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. certains télécharge Avatar ou Harry Potter avant même leur
sortie sur les écrans. C'est de la consommation. Dans mon cas, il y a eu nue vraie attente, une vraie envie. Et c'était aussi une manière de partager quelque chose avec ses parents. En plus,
compte tenu des médias de l'époque, je ne l'ai plus revu pendant des années. Ce qui en renforçait le caractère exceptionnel. D'où ma nostalgie et ma réaction très positive au film d'Abrams....