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The dark knight rises

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The-dark-knight-rises.jpeg
 
Synopsis
 
Il y a huit ans, Batman (Christian Bale) a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S'accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent (Aaron Eckhart), le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon (Gary Oldman) et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l'arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c'est un chat (Anne Hathaway) –aux intentions obscures– aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l'arrivée à Gotham de Bane (Tom hardy), terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l'exil qu'il s'est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n'est peut-être plus de taille à affronter Bane… 
 
Fiche techniqueThe dark knight rises - Affiche
 
Film américain, britannique
Année de production : 2012
Durée : 2h45
Réalisateur : Christopher Nolan
Image : Wally Pfister
Avec Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Gary Oldman (Le commissaire Gordon), Tom Hardy (Bane), Anne Hathaway (Selina Kyle/Catwoman), Michael Caine (Alfred Pennyworth)...  
 


Critique
 
Dans une pièce consacrée à Albert Leo Schlageter, martyr -le terme est bien sûr à prendre dans une acception ironique…- nationaliste allemand des années 1920, le sinistre dramaturge nazi Hanns Johst écrivait : Wenn ich Kultur höre, entsichere ich meinen Browning. Par un parallèle d'assez mauvais goût (et que les événements d'Aurora rendent encore plus douteux, j'en conviens), je dis souvent : Quand j’entends parler du cinéma de Christopher Nolan, je sors mon revolver, tant l’œuvre -l'italique est, là aussi, éminemment sarcastique !- du réalisateur anglais m’insupporte (The dark knight excepté).
 
Pourtant, à ma grande surprise, les premières images de ce nouveau Batman ne m’ont pas donné des envies d’autodafé (de l’écran), comme c’est généralement le cas lorsque Nolan est derrière la caméra. Sans doute est-ce dû au fait que, abandonnant ses prétentions auteuristes -alors qu’il n’est qu’un habile faiseur de blockbuster estival (vous savez, le genre de film que l’on va voir parce que la salle est climatisée...)- il revient dans The dark knight rises à une modestie narrative qui lui sied mieux que ses habituels scénarii inutilement alambiqués (Memento). Car, contrairement à ce que pensent certains de ses admirateurs, il n’est pas Kubrick. Aussi est-il préférable pour lui de ne pas trop jouer les philosophes…
 
The dark knight rises 2
 
Autre raison de cette bonne impression inattendue, le travail de Hans Zimmer. Le musicien est cette fois moins à la peine que dans ses dernières compositions, où il semblait seulement guidé par le désir de provoquer des acouphènes chez les spectateurs. Certes, il ne retrouve pas le niveau de ses partitions les plus inspirées (La ligne rouge, Gladiator). Toutefois, il ne nous impose pas non plus l’entêtant marteau-pilon de Sherlock Holmes ou Inception. Grâce lui en soit rendue ! 
 
J’étais donc dans le plus complet désarroi. Presque déçu ! Allais-je être privé d’un petit billet plein de fiel ? Heureusement, Bane est arrivé ! Et avec lui, le souffle de la révolution. Les soulèvements populaires débutent toujours par la prise d’un lieu symbolique, synonyme d’arbitraire, souvent une prison. C’est le cas ici. Mais pour Nolan, la lutte contre les injustices aboutit inéluctablement à livrer le pouvoir à la racaille, en l’occurrence les détenus de la Bastille de Gotham City, Blackgate. Ainsi, même s’il affecte de dénoncer les excès du capitalisme, choisit-il le côté des puissants. Donnez un peu de liberté au peuple et ce sera bientôt l’anarchie : tel est le message cynique qu’il nous délivre (en témoigne la scène où les anciens employés violentent leurs maîtres). 
 
The dark knight rises 3 
Au-delà, Nolan nous sert une énième variation sur l’Amérique post 11 septembre. Pourquoi pas, après tout. Hollywood fait bien encore des films sur la Seconde guerre mondiale. Certains relèvent même du chef-d’œuvre, car apportant, le recul aidant, une vision plus nuancée des acteurs et des évènements (La ligne rouge ou Lettres d’Iwo Jima, par exemple). Le problème vient de ce que Nolan semble n’avoir tiré aucune leçon des onze dernières années, en particulier des mensonges de la présidence Bush. Le terroriste vient donc, tout naturellement, d’un pays oriental (tous des barbares dans ces contrées !). Et l’autre rôle de méchant est confié à une actrice française, reflet d’une francophobie primaire qui nous rappelle les débuts de la guerre d’Irak (on se souvient que dans Master and commander, le navire ennemi bat pavillon français, alors que dans les romans de Patrick O’Brian, dont est tiré le film de Peter Weir, il est américain). 
 
On le voit, le propos de Nolan est des plus simplistes. Et ce ne sont pas les doutes existentiels de Wayne qui lui permettent de gagner en subtilité. Son mal-être tient pour beaucoup –pas seulement, certes- au fait qu’il se sent inutile. Il lui faut le chaos, la guerre, pour retrouver goût à la vie (ce que relève d’ailleurs le majordome, Alfred Pennyworth). On a connu des idéologies plus saines… 
 
The dark knight rises 4 
Visuellement parlant, rien de bien nouveau non plus. Est-ce cela la fameuse claque que certains fans affirment avoir reçue ? Tout juste un soufflet ! Pour le coup, je veux bien, selon le précepte du Christ, tendre la joue gauche. Je ne risque rien… Nolan dissimule derrière un montage vibrionnant la misère de sa mise en scène. Et si beaucoup s’extasient, c’est essentiellement parce qu’ils perdent leurs repères dans ce vortex indigeste d’images. Ce qu’ils n’oseront évidemment pas reconnaître… 
 
L’interprétation souffre également de la comparaison avec The dark knight. Christian Bale est certes égal à lui-même. En revanche, Tom Hardy est à des lieues de la performance hallucinée d’Heath Ledger. A sa décharge, il faut admettre que jouer avec une sorte de poulpe collé au visage, cela ne facilite pas l’expressivité. Marion Cotillard poursuit quant à elle son éclatante aventure hollywoodienne avec ce regard de bœuf assoupi -notez que je ne parle pas de vache, car cet animal véhicule une idée de grosseur, qui eût été indélicate...- qui est sa marque de fabrique quand elle est dirigée en anglais (elle me donne parfois l’impression de réciter son texte en phonétique, comme si elle ne le comprenait pas).

Emergent tout de même Michael Caine, qui a du mérite à jouer la carte des sentiments -qui plus est, sans paraître ridicule- dans cette production aussi émouvante qu’un complexe pétrochimique, et, surtout, Anne Hathaway, dont la position sur la BatPod -pour les non-initiés, je précise qu’il s’agit de la moto de l’homme chauve-souris- est propre à éveiller tous les fantasmes masculins, même les plus... scandaleux. C’est probablement grâce à sa félinité exquise que je n’ai pas sombré dans le sommeil, mésaventure qui m'est arrivé devant Memento et Inception
 (il est d'ailleurs assez singulier qu'un cinéaste qui a fait un film s'intitulant Insomnia me plonge si souvent dans un état torpide...). 
 
The dark knight rises 6 
Par charité chrétienne, je ne m’étendrai pas sur la très grande indigence des dialogues, que l’on dirait extraits d’un recueil de sagesse bouddhiste pour les nuls (j’attire néanmoins l’attention sur les paroles sentencieuses du prisonnier aveugle, qui valent le détour). Je passerai également sous silence les nombreuses incohérences scénaristiques de The dark knight rises, car les apôtres de Nolan me répliqueraient que, puisque l’on est dans le registre fantastique, on peut se permettre toutes les fantaisies. Admettons, même si c'est un peu facile...

Je me contenterai de quelques mots sur le final de cette trilogie. Comme disait Shakespeare, much ado about nothing ! Rappelons que les trois volets de cette saga ont une durée cumulée de plus de 7h30. Et pour apprendre quoi ? Que Batman va se taper… Bon, je n’en dirai pas plus, car je crains non seulement une censure de la production (voir les démêlés insensés de Selenie avec Roselyne Bosch, auteur de La rafle, pour une mauvaise critique publiée sur son blog), qui a enjoint à la presse de ne faire aucune révélation, et la réaction de certains fans, qui, tels d’obscurs inquisiteurs, considèrent comme hérétique le fait de spoiler leur objet de culte (le suspense n’est pourtant pas très hitchcockien…). Sachez tout de même que cette conclusion est d’une niaiserie pour le moins pathétique. On se croirait dans une comédie romantique ! J’ai même cherché Richard Gere et Julia Roberts…
 
 
Je ne doute pas que mon analyse me vaudra quelques volées de bois vert de la part des amateurs de Comics et autres geeks. Sans doute stigmatiseront-ils mon ignorance de cet univers. En fait, je suis assez fier de mes lacunes en la matière… Pour en finir (car j'ai déjà été bien trop long sur un sujet aussi négligeable), je dirai que, pour moi, ce Dark knight rises n’est pas du cinéma. C’est une attraction de foire. En sortant de la salle, on a la nausée, comme lorsqu’on descend d’un manège provoquant de trop violentes sensations. Et l’on jure qu’on ne se laissera plus avoir…
 
    Ma note - 1,5/5

Christopher Nolan sur ce site : Memento, Inception

Commenter cet article

Gabriel 27/08/2012 18:40

Je vais te décevoir mais ta critique est assez pertinente, notamment sur l'idéologie, le traitement de Bane...

ça n'enlève pas toute la bassesse de tes attaques contre Nolan ;)

CHRISTOPHE LEFEVRE 27/08/2012 20:05



Ah ah, je ne peux m'en empêcher. Cette bassesse est mon oxygène



neil 19/08/2012 18:08

Il y a en effet dans ce TDKR un petit côté réac tout américain qui rend au final assez perplexe. Pour le reste, j'avoue passer des bons moments avec les films de Nolan, sans bien entendu faire de
lui un grand cinéaste.

CHRISTOPHE LEFEVRE 19/08/2012 21:20



Moi, je finis pas me demander s'il ne vaut pas mieux qu'il me fasse dormir



palilia 18/08/2012 20:34

ça ne sert à rien d'insulter les gens. Je dis plein de gros mots, mais ce qui est dit s'envole et c'est souvent sur un instant de colère tandis que les insultes écrites ne desservent que ceux qui
les écrivent mais c'est vrai que ça ne fait pas plaisir. Y a rien dans ton article qui devrait te valoir cela, parole d'une fan de Batman... enfin, on sait ce que valent mes avis, mais ce sont les
miens

CHRISTOPHE LEFEVRE 18/08/2012 20:46



Merci  Ne compte de toutes façons que les avis des personnes que je respecte, et tu en fais partie



palilia 18/08/2012 14:28

pourquoi veux-tu qu'on te donne une volée de bois vert ? à moins que tu n'attendes ça avec délectation Christophe (hi hi). Ce n'est pas niais et j'ai beaucoup aimé ce film. Il est vrai que Michael
Caine a bien dégagé son jeu, c'est celui qui m'a le plus plu, le moins c'est ce type avec ses morceaux de chambre à air sur la figure. Et ce n'est pas pathétique, c'est une belle fin comme je les
aime mais tu le sais Christophe, je n'aime jamais les mêmes choses que les autres.

CHRISTOPHE LEFEVRE 18/08/2012 14:52



Non, je ne l'espère pas, mais ce genre de film a des fans hystériques, qui sont près à dégainer l'insulte quand on ne partage pas leur avis. Donc, je sais à quoi, éventuellement m'attendre... Et
je prends les devants...



nolan 18/08/2012 14:15

Ah ah mais tu t'es fait agresser en disant du mal d'un de ses films précédents pour t'acharner sur les fans du réalisateur ? Quand j'étais plus jeune et que je disais du mal du Luc Besson, j'en
prenais plein la tronche. On m'a même menacé de me passer par la fenêtre (je n'étais pas bien méchant pourtant). Mais je touchais en plein coeur le plaisir qu'avaient pris mes interlocuteurs qui
avaient vu Léon et qui en étaient encore bouleversés.
Donc Nolan, c'est ton Luc Besson. Et tu as vu tous ces films, il doit bien y avoir quelque chose qui te pousse à y aller (excepté le plaisir d'en dire du mal - pour ma part, je suis à ça de
regarder Jeanne d'Arc pour écrire des bêtises dessus). Je suis globalement d'accord avec les défauts et qualités que tu relèves (sauf que Michael Caine me fatigue un peu à pleurer sans arrêt).
Toutefois, je fais partie, comme tu l'écris, des insensibles aux incohérences narratives. Aussi les dialogues indigestes m'agacent plus que l'ellipse mal tournée. Un désaccord profond qui fait que
la séance ne fut pas si douloureuse pour moi : je ne trouve pas la mise en scène de Nolan misérable. Le film est rythmé mais trop long, prétentieux mais spectaculaire. Bref, la mégalomanie du
britannique me sied plus que celle de certains cinéastes français (qui sont méchants comme chaque Américain le sait).

CHRISTOPHE LEFEVRE 18/08/2012 14:48



Le premier film de Nolan que j'ai vu, c'est son second Batman, que j'ai beaucoup aimé. Ensuite il y a eu Inception, que j'ai détesté, alors que je me faisais une joie de le voir. Je me suis dit
que c'était une erreur de parcours, donc je suis allé voir Memento, à l'occasion d'une reprise à Dijon. Même punition. Depuis, j'ai aussi vu Le prestige (pas mal, mais inutilement
compliqué) et Insomnia (insignifiant). Et ma répugnance pour sa mégalomanie, sa prétention, n'a cessé de croître. Pourquoi continuer à regarder ses films ? Parce que je ne suis pas sectaire
et que je pense toujours qu'il peut revenir à un cinéma qui m'a initialement plu. Sans grand espoir, certes, mais on peut rêver... Oui, je me suis fait insulté sur d'autres sites (Sens critique,
par exemple)  parce que je ne partageais pas le point de vue de certains geeks. Donc, tant qu'à se faire insulter, autant que ce soit pour une bonne raison... Mais il n'est pas certain que
je continue longtemps à aller voir ses films. Besson a aussi été pour moi ma bête noire. Mais il y a bien longtemps que je ne me déplace plus pour ses films...