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The housemaid (하녀)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The-housemaid-1.jpg

 

Synopsis 

 

Euny (Do-yeon Jeon) travaille dans un restaurant de rue d’un quartier populaire. Pour échapper à sa modeste condition, elle accepte bientôt d’entrer au service d’un riche homme d’affaire, Hoon (Jung-jae Lee). Elle devra s’occuper de sa femme, Hae-ra (Seo Woo), sur le point d’accoucher de jumeaux, et de sa petite fille, Nami (Seo-hyun Ahn). Euny découvre alors un monde qui lui est totalement étranger, fait de luxe et de rituels raffinés (le maître de maison se détend ainsi chaque soir en dégustant de grands crus ou joue le matin des sonates de Beethoven, avant de se rendre à son travail). Mais très vite, Hoon séduit cette servante un peu trop naïve, qui tombe finalement enceinte. Va s’engager alors un combat inégal entre la jeune femme, désireuse de garder son enfant, l’épouse légitime, la mère de celle-ci et la vieille gouvernante de la famille, Byung-sik (Jeo-jong Yun)… 

 

Fiche techniqueThe-housemaid---Affiche.jpg

 

Film coréen

Année de production : 2010

Durée : 1h46 

Réalisation : Sang-soo Him 

Scénario : Sang-soo Him, Ki-young Kim 

Image : Lee Hyung-deok 

Avec Do-yeon Jeon (Euny), Jung-jae Lee (Hoon Goh), Seo Woo (Hae-ra), Yeo-jong Yun (Byunk-sik), Seo-hyun Ahn (Nami)...

 


 

Critique 

 
The housemaid est le remake de La servante, réalisé par Kim Ki-young en 1960. Une œuvre mythique, puisque considérée par nombre de Coréens comme l’un des plus grands films jamais réalisés dans leur pays. Elle est également encore très actuelle, car la violence des rapports de classes qu’elle décrivait semble toujours caractériser la société coréenne d’aujourd’hui (elle n'en a toutefois pas l'apanage, si l'on en juge par le très beau Rabia, de Sebastian Cordero). En témoignent plusieurs films récents : The chaser, Breathless et le superbe Poetry.

 

La servante - 1960  
La servante, Kim Ki-young (1960)

 

Dans The housemaid, la cruauté n’est pas tant dans son final surprenant et un rien granguignolesque (c’est d’ailleurs le seul bémol que j’apporterais à ce film) que dans l’inhumanité ordinaire des relations sociales dépeinte par Sang-soo Im. Il y a d’abord ce prologue où une jeune femme se défenestre sous le regard indifférent des passants d’une rue grouillante d’activité. Cette séquence choc, qui trouvera un écho à la fin du film (et que l'on peut rapprocher de l'introduction de Poetry), reflète une réalité sinistre de la Corée du Sud, l'un des pays de l'OCDE où le suicide est la première cause de décès des 20-40 ans.

La violence dans The housemaid n’est toutefois pas toujours aussi spectaculaire. Elle transparait aussi dans des détails plus anodins, mais qui n’en sont pas moins très symboliques du mépris manifesté par la classe aisée à l’égard du peuple. C’est le cas, par exemple, lorsque la gouvernante indique à Euny qu’elle devra laver à la main les sous-vêtements de sa maîtresse, précisant au passage -avec un plaisir malsain- qu’à ce stade de sa grossesse, ses problèmes d’incontinence ne sont pas rares. Il y a aussi cette séquence où Hoon tend un chèque à Euny, le lendemain de leur nuit d’amour, la traitant ainsi comme une vulgaire prostituée, alors que celle-ci, dans toute son innocence, croyait à la sincérité de son attachement pour elle. On peut encore citer cette réflexion de la petite fille du couple, Nami, qui explique le respect dont elle témoigne à Euny comme étant le signe de sa supériorité.

 

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Le système d’oppression que nous décrit Sang-soo Im ne se limite cependant pas aux seuls rapports entre groupes sociaux, entre maîtres et employés. Il existe au sein d’une même caste, entre les hommes et les femmes. Sur ce point, les hommes japonais comme coréens souffriraient, selon le cinéaste, d'un complexe d'infériorité, qu’il fait remonter aux échecs rencontrer par leur pays face à l'Occident lors de la Seconde guerre mondiale et de la décolonisation. Nourris de ces humiliations, ils se sentiraient obligés de faire peser leur loi sur les femmes, et en particulier leurs épouses, leurs filles ou leurs sœurs (voir Breathless).

 

Au-delà de cette peinture sombre de la société coréenne, ce film est également un thriller haletant, flirtant par instant avec le fantastique (comme Rabia, déjà cité) et d’une élégance formelle rare. Chaque plan est construit et éclairé avec une attention maniaque (voir la très belle séquence où Euny se retire après avoir servi à Hoon son petit déjeuner : dans un effet de perspective sophistiqué, la silhouette de la jeune femme devient le point de fuite du clavier du piano sur lequel joue son maître). The housemaid bénéficie en outre d’un très beau casting, dominé par Do-yeon Jeon, prix d’interprétation féminine lors du Festival de Cannes 2007, pour Secret sunshine, de Lee Chang-dong. On retiendra également la performance de Seo Woo, magnifique et troublante poupée sadique (qui n'est pas sans évoquer Kim Ok-vin, l'héroïne de Thirst, ceci est mon sang), dont on peut espérer voir un jour Paju (signé de la réalisatrice Park Chan-ok), qui a été présenté cette année au Festival du film asiatique de Deauville. 

 

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Pour conclure (désolé, c'est un peu hors sujet !) je voudrais évoquer l’affiche française de ce film. Evidemment, en matière d’esthétique, les goûts peuvent se discuter. Je ne prétends pas non plus être l’arbitre des élégances. Néanmoins, il me semble que les choix de ceux qui, en France, sont chargés d’élaborer le matériel de promotion des films, se portent trop souvent sur les visuels les moins soignés ou les plus racoleurs. C’est le cas pour The housemaid, qui ne retient de cette œuvre que sa dimension érotique. Celle-ci est certes bien réelle, mais elle est loin d’être le sujet central du film. Que l’on compare également l’affiche originale de Poetry à son équivalent français. Ou encore celle de The killer inside me, qui dans sa version américaine restitue parfaitement l’ambiance des polars des années 1950. Le même problème existe pour les jaquettes de DVD. Alors, bien sûr, ce n’est qu’un détail. Mais j’y vois comme une forme de mépris pour le public français.

 

Ma note - 4/5

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