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The murderer (황해)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The murderer 1
 
Synopsis 
 
Gu-nam (Jung-woo Ha) est chauffeur de taxi à Yanji, dans la préfecture autonome coréenne de Yanbian. Ce conducteur de taxi mène une vie misérable, dépensant le peu d’argent qu’il gagne au mah-jong. Or, il doit rembourser les 60 000 yuans qu’on lui a prêtés pour établir le passeport de sa femme, partie travailler en Corée du sud six mois plus tôt. Acculé par ses créanciers, il est bientôt obligé d’accepter le marché de Myun (Kim Yun-seok), un parrain local. Celui-ci lui propose d’honorer sa dette. En contrepartie, il devra assassiner le professeur Kim Seung-hyun (Byoung-kyu Kwak), à Séoul. Mais Gu-nam voit surtout dans ce marché l’occasion de retrouver son épouse, dont il n’a plus de nouvelles…
 
Fiche tecnhiqueThe murderer - Affiche
 
Film coréen
Année de production : 2010
Durée : 2h20
Réalisation : Na Hong-Jin
Scénario : Na Hong-Jin
Image : non renseigné
Avec Jung-woo Ha (Gu-nam), Kim Yun-seok (Myun), Seong-Ha Cho (Kim Tae-won), Chul-min Lee (Choi Sung-nam)...     
 


Critique 
   
Avant que Gu-nam n’apparaisse à l’écran, on entend sa voix. Le jeune homme se rappelle l’épidémie de rage qui avait dévasté son village et tué son chien lorsqu’il était enfant. Il conclut son propos en observant que cette maladie est de retour. De fait, c’est bien d’une forme de rage dont sont animés les différents protagonistes de ce film ultra-stylisé, qui confirme toute la virtuosité de Na Hong-Jin. Celle-ci transparaît particulièrement dans la sidérante course où le conducteur de taxi tente d’échapper aux forces de police lancées à ses trousses. Il y a bien longtemps que je n’avais pas vu une poursuite aussi haletante ! Je n’ai même pas d’exemple récent dans le cinéma américain. Car à la différence de ce dernier, qui recourt souvent pour ce type de scène aux seuls effets spéciaux, l'art du cinéaste coréen est très viscéral. Le montage (The murderer compterait 5 000 plans !), le travail sur les sons permettent aux spectateurs de ressentir pleinement l’essoufflement du héros, sa peur. C’est d’ailleurs un trait essentiel de la manière du réalisateur de The chaser : rendre sensibles les émotions les plus intimes de ses personnages. On s’en rend particulièrement compte lors des séquences où Gu-nam se remémore les moments où lui et sa femme faisaient l’amour. Les battements étouffés des cœurs des deux amants provoquent un trouble que des images plus érotiques auraient sans doute été incapables de faire naître. 
 
The murderer 2 
Na Hong-Jin n’est toutefois pas qu’un technicien brillant. C’est aussi un conteur hors pair, qui sait insuffler quand il le faut de la vitalité -par l’humour, notamment- à cette histoire désespérée et macabre. De plus, à l’instar de Peter Weir avec les Amish (Witness) et Clint Eastwood avec les Hmong (Gran Torino), il construit ce polar nerveux autour de l’évocation d’une communauté mal connue, les Joseonjok. La description de la misère sociale de ces citoyens chinois de nationalité coréenne confrontés au racisme, à la violence, à l’absence de loi, donne à The murderer toute sa singularité. Si bien que les 2h20 du film passent sans que l’on s’en rende compte. Et ce d'autant plus que Jung-woo Ha et Kim Yun-seok sont deux concentrés d’énergie pure !

The murderer
, après Melancholia, La piel que habito, Balada triste, Black swan, Winters’ bone, Une séparation, La ballade de l’impossible, ou encore La dernière piste, montre la grande richesse du cinéma mondial. J’y vois de l’ambition, de l’audace, de l'intelligence, de la virtuosité, de la beauté, qualités qui font hélas cruellement défaut à la production hexagonale contemporaine ! C’est une généralisation peut-être un peu excessive. J’ai toutefois le sentiment que les réalisateurs français (à part Gaspar Noé) préfèrent se cantonner frileusement dans ce qu’ils savent faire -j’ai beaucoup aimé Les contes de la nuit, cependant ce n’est pas très différent de ce que faisait son auteur il y a plus de dix ans dans Princes et princesses- plutôt que d’oser explorer de nouveaux horizons. Ainsi, que dire du dernier Klapisch (Ma part du gâteau) ? Tellement stéréotypé ! Et des Femmes du 6ème étage ? Sympathique, bien sûr, mais d’un consensuel ! Et de Poupoupidou ? Je n’oublie pas que ce film fut, par son originalité, l’un de mes premiers coups de cœur de cette année. Pourtant, Gérald Hustache-Mathieu ne fait ici qu’imiter ce que faisaient David Lynch avec Tiwn Peaks en 1990 et les frères Cohen avec Fargo en 1996. Pas très novateur... Dieu qu'il est loin le temps où Franju osait tourner Les yeux sans visage !

Ceux qui me font l’amitié de me lire s’étonneront sans doute de ce discours, moi qui professe un amour immodéré pour le cinéma de patrimoine. Ce n’est pourtant pas si contradictoire ! En effet, si j’admire Renoir ou Carné, Murnau et Dreyer, pour autant je n’attends pas des cinéastes d’aujourd’hui qu’ils fassent le cinéma d'hier ! C’est d’ailleurs mission impossible…
 
 
Ma note - 4/5

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nolan 30/08/2011 20:31


Concernant la poursuite (très réussie) on pense tout de même aux poursuites en voiture de Jason Bourne dans les épisodes réalisés par Paul Greengrass (La Mort puis la Vengeance dans la Peau, 2004
et 2007).
Sur le cinéma français, il y a encore quelques trucs pas mal (Honoré - mal aimé - et Audiard fils). D'ailleurs je linke l'article de mon acolyte sur ce point :
http://desoncoeur.over-blog.com/article-les-maux-du-cinema-fran-ais-46138001.html


CHRISTOPHE LEFEVRE 30/08/2011 21:04



Parfaitement d'accord sur Audiard ! Je l'ai un peu oublié ! Mea culpa. C'est un grand, qui fait exception à la règle...