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Theda Bara (1885 - 1955)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Theda Bara 1

 

La notice que j’ai consacrée à Clara Bow m’avait permis d’apporter un éclairage sur l’origine du terme It girl. Cette courte biographie de Theda Bara sera l’occasion de revenir sur celui du mot vamp 

 

Theda Bara, de son vrai nom Theodosia Burr Goodman, est née le 29 juillet 1885 à Cincinnati. Selon la légende (et les fantasmes ne manquent pas autour de cette actrice), ce pseudonyme serait l’anagramme d'Arab Death. D’autres sources considèrent qu’il dériverait du nom de l’un de ses parents, Barranger… 

 

L’attirance de Theda Bara pour le métier de comédienne se manifesta très tôt, puisque, ses études à peine achevées, elle s’engagea dans une carrière théâtrale. Elle apparut sur la scène du Garden Theatre de Broadway d’août à novembre 1908 -sous le nom Theodosia de Cappet, un dérivé du patronyme de sa mère, Pauline Louise de Copett- dans The devil, de l’écrivain hongrois Ferenc Molnár (l’auteur de Liliom).

Sa première prestation au cinéma eut lieu en 1914, sous la direction de Frank Powell, dans The stain, un rôle modeste, mais qui lui permit de tourner l'année suivante sous la direction de Raoul Walsh (Siren of hell), puis de décrocher le rôle principal du mythique A fool there was, une adaptation par Powell d’un poème de
Rudyard Kipling, The vampire (dont le premier vers est A fool there was and he made his prayer), inspiré d’un tableau de Philip Burne Jones. 

 

The vampire - Kipling

 

The vampire, Rudyard Kipling

 

A fool there was raconte l’histoire d’une intrigante (Theda Bara) qui, comme un vampire, profite des hommes en véritable prédatrice et scelle leur perte. Son succès fut tel que les profits engrangés permirent à William Fox de fonder la Fox Film Corporation.

A fool there was marque aussi la naissance du terme vamp (abréviation de vampire) : La vamp cinématographique, écrit Antoine de Baecque dans Des corps à l'écran : une histoire du XXème siècle, […] possède une date de naissance : en 1915, elle apparaît sous les traits de Theda Bara, dans un film américain de Frank Powell. […] Le film fixe à jamais les caractéristiques de la vamp : regard fascinant, effet de cerne, jeu aux antipodes du naturel, costume luxueux, sensualité orientaliste, exhibitionnisme des poses, magnificence des cérémonies, perles et bijoux surabondants, culte de l'amour, destin fatal des victimes de cet amour. Il n’est pas impossible que l’expression ait été utilisée antérieurement, le poème de Kipling ayant connu plusieurs adaptations au cours des années qui ont précédé la sortie de film de Powell : The vampire (1910, auteur inconnu) avec Margarita Fischer dans le rôle titre, Vampire of the desert de Charles L Gaskill (1913) et The fool de George Pearson (1913). Ce qui est certain, c’est que Theda Bara contribua à la populariser.
 

 

Theda Bara 2 

Face au succès, le studio mit en œuvre une importante campagne autour de l’image de Theda Bara. On lui créa une nouvelle identité, propre à stimuler l’imagination des spectateurs. Ainsi prétendit-on qu’elle était née au Sahara d'une actrice française, Theda de Lyse, et d'un sculpteur Italien, Guiseppe Bara. Une sorte d’Antinéa avant l’heure, en quelque sorte (le roman de Benoit fut édité seulement en 1919). Surnommée le Serpent du Nil, on laissa même entendre qu’elle possédait des pouvoirs occultes… 

 

Fasciné par ce personnage, le public se pressa en masse à chacune de ses apparitions à l’écran. On citera quelques-uns de ses films, dont certains portent des titres évocateurs :The Clemenceau case d’Herbert Brenon (l’histoire d’Iza, une femme-vampire), Carmen de Raoul Walsh, The eternal sappho de Bertram Bracken, The darling of Paris, The tiger woman, Camille (d’après La dame aux camélias), Cleopatra, The rose of blood, Madame Du Barry, The soul of Buddha (le scénario, inspiré de la vie de l'espionne Mata Hari, est l’œuvre de l’actrice) et Salome de J Gordon Edwards. Ce dernier dirigea d’ailleurs la jeune femme dans tous les films qu’elle tourna entre 1916 et 1919.

 

Theda Bara 4

 

En 1919, Theda Bara était au sommet de sa gloire : elle n'était alors dépassée en popularité que par Chaplin et Mary Pickford. Cependant, las des personnages de femmes fatales dans lesquels on l’enfermait, elle rompit soudainement son contrat avec la Fox. Par la suite, on ne la vit plus que dans une dizaine de longs métrages. Elle tira définitivement sa révérence au cinéma en 1926, avec Madame Mystery de Richard Wallace et Stan Laurel, dans un rôle où elle parodie son propre mythe. Un projet de film sur sa vie fut envisagé par le producteur Jerry Wald, mais n’aboutit pas. Elle s’est éteinte le 7 avril 1955, d'un cancer abdominal.
 

Theda Bara fut l’un des premiers sex-symbols de l’histoire du cinéma. Aussi, lorsque le Motion picture production code, ou Code Hays, entra en application, nombre de ses films furent interdits à la diffusion, notamment Cleopatra, où elle apparaissait vêtue seulement de voiles transparents (photo). Des œuvres qui, pour la plupart, ne sont malheureusement plus visibles. En effet, sur les quarante-quatre longs métrages que l’actrice tourna au cours de sa carrière, seules quelques rares copies ont échappé à la destruction. On trouve tout de même en DVD (zone 1) A fool there was (Alpha Home Entertainment). De Cleopatra, il ne subsiste que quelques fragments. The soul of Buddha et Salome sont considérés comme perdus. 

 

Filmographie complète sur IMDB 

 

Carrière à Broadway sur IBDB

Album de l'actrice 

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mymp 22/02/2012 12:09

Cool, je vais pouvoir crâner en soirée en devisant sur l'apparition du terme "vamp" ! Merci pour cette leçon. Les photos que tu as choisies sont magnifiques (la 1 et la 3 surtout). Quel personnage
fascinant en tout cas, éminemment cinématographique et romantique. Elle mériterait presque qu'on fasse un film sur elle...

CHRISTOPHE LEFEVRE 22/02/2012 14:34



Merci ! Oui, je suis assez content des photos (1 et 3, effectivement, sont magnifiques : le genre de choses qu'on ne ferait plus aujourd'hui). C'est souvent difficile pour cette période de
trouver des illustrations correctes. Mais dans le cas de Theda Bara, son personnags à tellement été "médiatisé" à l'époque, que c'est plus simple... Il existe un site américain où sont scannés
des revues de cinéma des premiers temps, comme Photoplay : c'est une source précieuse pour moi Et c'est vrai que
certains actrices ou acteurs de l'époque du muet mériteraient leur "biopic"...



Magusneri 21/02/2012 19:48

Quelle tristesse qu'il ne subsiste que des fragments de son Cleopatra ! ça aurait été passionnant de pouvoir le comparer à celui de Mankievicz...

CHRISTOPHE LEFEVRE 21/02/2012 20:43



C'est clair... Il nous reste ceux de De Mille avec Claudette Colbert, et de Gabriel Pascal avec Vivien Leigh. Mais cela aurait été interessant de pouvoir comparer. Et c'est frustrant de se dire
que tant de films sont aujourd'hui perdus... même si on en retrouve régulièrement...