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Time out (In time)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Time out 1 
Synopsis
 
Année 2161, ghetto de Dayton. Will Salas (Justin Timberlake) et sa mère (Olivia Wilde) vivent au jour le jour, afin de gagner du temps, qui est la nouvelle unité monétaire depuis que l’être humain a été génétiquement modifié afin de ne plus vieillir après l'âge de 25 ans. Au-delà, un compteur crédité d'une année intégré à l'avant-bras se met en marche : s’il tombe à zéro, l'individu meurt. 
 
Un soir, le chemin de Will croise celui d’Henry Hamilton (Matthew Bomer), qu’il sauve de Fortis (Alex Pettyfer), un chef de gang local. Mais l’homme, qui a déjà vécu 105 ans, est las de l’existence. Avant de se suicider, il transfert à son sauveur un siècle de vie. Le jeune homme n’a cependant pas le temps de faire profiter sa mère de ce cadeau inespéré, cette dernière mourant dans ses bras après n'avoir pas pu se payer le bus. Will part alors pour la zone de New Greenwich, où vivent les nantis. A l’occasion d’une partie de poker dans un casino prestigieux, il fait la connaissance de Philippe Weis (Vincent Kartheiser), un homme si fortuné qu'il pourrait vivre éternellement. Celui-ci l’invite à une soirée, où il rencontre Sylvia (Amanda Seyfried), sa fille, avant d'être rejoint par des Gardiens du temps dirigés par Raymond Leon (Cillian Murphy), qui le suspecte d'avoir assassiné Henry Hamilton. Pour s'échapper, Will n’a d’autre choix que de prendre Sylvia en otage… 
 
Fiche techniqueTime-out---Affiche.jpg
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h49
Réalisation : Andrew Niccol
Scénario : Andrew Niccol
Image : Roger Deakins
Avec Cillian Murphy (Raymond Leon), Justin Timberlake (Will Salas), Amanda Seyfried (Sylvia Weis), Johnny Galecki (Borel)...
 

 
Critique
 
L’auteur de Bienvenue à Gattaca et du scénario de The Truman Show, Andrew Niccol, nous propose une nouvelle fois de décortiquer les dérives de notre société à travers le prisme de l’anticipation, un genre dont il s’est fait une spécialité. Ce n’est pas le premier film de l’année à jouer sur ce registre. On peut citer Never let me go de Mark Romanek, qui nous décrivait le parcours de jeunes gens destinés à donner leurs organes vitaux pour effectuer des transplantations, ou encore L'agence de George Nolfi, inspiré d’une nouvelle de Philip K Dick évoquant un monde où le libre-arbitre n’existe pas.
 
Time out est quant à lui une métaphore des ravages du capitalisme sauvage. Comme à Metropolis, mégapole divisée en deux parties, une ville haute où les dirigeants mènent une existence oisive et luxueuse, et une cité souterraine où les ouvriers s’affèrent pour faire vivre les premiers, deux univers coexistent ici, sans jamais se croiser. Si la division n’est plus verticale, mais horizontale (il faut franchir des péages pour passer d’un secteur à l’autre), le résultat est le même que dans le chef-d’œuvre de Fritz Lang : les plus pauvres, obligés d’être toujours plus productifs pour faire face à une inflation entretenue par les spéculateurs, enrichissent ces derniers en s’épuisant à reconstituer leur capital temps limité. Ils sont entraînés dans une véritable course contre la montre pour survivre.

Time out 6
L’action se situe en 2161. A une époque où l’on parle de repousser toujours plus l'âge de départ à la retraite et, surtout, d’un retour à la semaine de travail de 39 heures… payée 35… on peut se demander s’il était nécessaire d’imaginer un futur si éloigné... Dayton et New Greenwich, ce n’est peut-être pas aujourd’hui, mais c’est assurément demain.
Car, pour les salariés, l'ère du travailler plus pour... ne pas gagner moins va bientôt s'ouvrir. Les speculateurs, eux, peuvent continuer à dormir tranquille : leur argent, c'est notre temps. Et comme on va leur en donner un peu plus, sans contrepratie...
 
L’idée de départ de Time out, plutôt finaude, est plus ou moins bien exploitée par son auteur, qui cède un peu facilement à la tentation du thriller basique. Il évacue trop rapidement certains des aspects les plus fascinants –et les plus troublants- de son récit, notamment celui découlant du nivellement des âges, qui culmine dans la scène où Will arrive dans la demeure de Philippe Weis : l’homme lui présente sa fille, son épouse et sa belle-mère, toutes trois ayant l’apparence de jeunes femmes à la beauté resplendissante. Pas un instant la possibilité d’une transgression générationnelle ne semble envisagée. Will est naturellement attiré vers Sylvia, qui a à peu près son âge. Il ne faut pas choquer… Niccol ne s’interroge pas non plus sur les conséquences des actes de Will et Sylvia, qui, en redistribuant le temps à ceux qui en manquent, provoquent en retour une inflation, qui rendra la situation des indigents encore plus difficile… A ces questions, Niccol préfère l’action, quitte à être répétitif (voir les deux courses désespérées de Will vers sa mère, puis vers Sylvia, pour leur injecter du temps). 
 
Time out 4 
Les deux héros, sortes de Bonnie et Clyde du futur, ne sont pas non plus très convaincants. Non pas que Justin Timberlake et Amanda Seyfried jouent faux, mais leur côté très –trop- glamour va à l’encontre de ce que Niccol cherche à dénoncer : leur beauté, leur classe, rendent en effet le capitalisme infiniment plus séduisant que la misère crasseuse du ghetto de Dayton. En sorte qu’on prendrait bien le parti des cyniques spéculateurs du temps ! 
 
Time out n’est pas déplaisant à regarder, d’autant que Roger Deakins, fidèle chef opérateur des frères Coen, à qui l’on doit cette année la photographie de True grit et The company men, fait une nouvelle fois du très beau travail. Cependant, on peut regretter qu’Andrew Niccol n’ait pas suffisamment fouillée son idée de départ. 
 
PS – Quelqu’un peut-il m’expliquer par quel miracle In time, titre original du film, est devenu, en français, Time out ? 
 
Ma note - 2,5/5

Commenter cet article

Marie Fontaine 13/08/2012 14:13

Bonjour Christophe,

Il est très bien ton article, je suis d'ailleurs d'accord avec ton avis, qui relève bien autant les points forts que les faibles. J'ai vu que tu avais essayé de le mettre en lien sur mon mur FB,
mais il n'apparaît pas... Bug FB ou est-ce toi qui finalement n'as pas validé ton commentaire ? Quoi qu'il en soit, cet avis mérite d'être partagé.

Bien amicalement !

CHRISTOPHE LEFEVRE 13/08/2012 15:51



C'est un bug Facebook, je pense, car je voulais qu'il apparaisse  Merci pour ton commentaire !



nolan 07/12/2011 19:10

Bon et bien je t'aurai apporté une réponse sur le titre dans ma critique.
Pour le reste, Metropolis bien sûr, bien vu. Nous sommes globalement d'accord (et sur la photo aussi, c'est à cause des scènes de nuit que je suis allé cherché le nom du directeur photo vraiment
fameux). Donc le film est une déception. Pas désagréable mais pas convaincant. C'est un peu frustrant vu l'estime que j'accorde à l'auteur.

CHRISTOPHE LEFEVRE 07/12/2011 19:14



Il est effectivement capable de bien mieux...



Wilyrah 05/12/2011 14:35

Assez proche de cet avis, à nouveau un bel article, intéressant à lire.
Cependant, on peut regretter qu’Andrew Niccol n’ait pas suffisamment fouillée son idée de départ.
-> Voilà ce que l'on se dit en sortant du film.

PS – Quelqu’un peut-il m’expliquer par quel miracle In time, titre original du film, est devenu, en français, Time out ?
-> Voilà ce qu'on se dit avant même de l'avoir vu !

CHRISTOPHE LEFEVRE 05/12/2011 19:56



Une belle synthèse



palilia 03/12/2011 13:24

ça flanque la chair de poule cette histoire. J'ai juste relevé l'histoire des 39 H payées 35. En fait, nous on faisait 39H et on en fait 35 payées 39, ce que j'ai toujours trouvé bizarre, et remet
les choses au point de départ ! Mais en fait, on nous en a fait faire 38 et on nous donne 13 jours de rtt, les 3 autres jours ayant été pris d'office pour faire des ponts.
En tous les cas, tes articles sont toujours extrêmement bien soignés et agréables à lire

CHRISTOPHE LEFEVRE 03/12/2011 20:12



Merci, c'est gentil. Tes visites et tes commentaires me font toujours super plaisir !



Bob Morane 02/12/2011 10:22

En fait, je trouve ta critique bien plus passionnante que le film. En effet, tu reléves les points qui font gripper l'histoire qui aurait mérité meilleur réalisation.

CHRISTOPHE LEFEVRE 02/12/2011 14:09



Merci beaucoup ! Mais c'est vrai que le film aurait pu donner lieu à d'autres développement. Là, c'est un peu mou...