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Une séparation (جدایی نادر از سیمین)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Lorsque sa femme, Simin (Leila Hatami), quitte le foyer conjugal, Nader (Peyman Moadi) se retrouve seul avec sa fille de 11 ans, Termeh (Sarina Farhadi), pour s’occuper de son père (Ali-Asghar Shahbazi) atteint de la maladie d’Alzheimer. Une charge qu’il est incapable d’assumer à plein temps. Il embauche donc Razieh (Sareh Bayat), une mère de famille. Mais celle-ci s’engage sans l’accord de son mari, Hodjat (Shahab Hosseini), et sans informer Nader de sa grossesse. Dès son premier jour de travail, la jeune femme est confrontée à des situations incompatibles avec ses convictions religieuses (changer le vieil homme, devenu incontinent, relève pour elle du péché). Elle présente donc à Nader sa démission. Elle lui promet toutefois de convaincre son mari, au chômage, de la remplacer. Elle lui dira qu’elle a lu l’annonce dans un journal. Cependant, Hodjat se retrouve temporairement en prison, à cause de ses dettes, obligeant Razieh à reprendre son emploi…
 
Fiche techniqueUne-separation--Affiche.jpg 
 
Film iranien
Année de production : 2010
Durée : 2h03
Réalisation : Asghar Farhadi
Scénario : Asghar Farhadi
Image : Mahmood Kalari
Avec Leila Hatami (Simin), Peyman Moadi (Nader), Sareh Bayat (Razieh), Shahab Hosseini (Hodjat), Sarina Farhadi (Termeh)... 
 

 
Critique 
 
Ce film présente bien des points communs avec A propos d’Elly, du même Asghar Farhadi. D’abord, de par sa structure narrative, qui repose là encore sur le mensonge et un incident (le père de Nader échappe un court instant à la surveillance de Razieh pour acheter un journal). Ensuite, parce qu’Une séparation immerge de nouveau le spectateur dans la classe moyenne iranienne. Ce récit gagne cependant en densité par rapport au précédent opus du réalisateur. Car il met en scène ici non plus un seul milieu, mais deux, que tout opposent : celui relativement aisé et ouvert dans lequel évoluent Simin et Nader, et celui plus fragile (financièrement) et respectueux des traditions, en particulier religieuses, de Razieh et Hodjat. En sorte que la séparation annoncée dans le titre est moins celle d’un homme et d’une femme -même si celle-ci a lieu dès la première scène- que le signe d’une fracture entre les différentes composantes de la société iranienne.
 
On aurait pu craindre, avec cette représentation dualiste, un traitement manichéen de ce sujet. La tentation aurait en effet pu être grande, pour son auteur, de prendre le parti du milieu apparemment le plus progressiste. Or, la grande force de cette confrontation, c’est justement qu’elle ne permet pas un jugement tranché. Chaque personnage à ses ambigüités, comme il a ses raisons d’agir. Hodjat est certes impulsif, violent, mais n’est-ce pas sa misère sociale qui l’a rendu ainsi ? Razieh est exploitée par Nader, toutefois n’a-t-elle pas menti plusieurs fois ? Et n’essaie-t-elle pas de tirer bénéfice de la perte de son bébé ? Nader, plus proche de nos valeurs occidentales, a lui aussi ses bassesses (je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer un élément essentiel de l’intrigue). Simin, femme -relativement- libérée au pays des mollahs, donc a priori plus susceptible de susciter l’empathie, paraît par moment avoir la tentation de profiter des faits pour obtenir la garde de sa fille (même si elle trouve l’argent nécessaire pour la caution de son mari). 
 
Une-separation-3.jpg
 
Au-delà de l’intelligence de son propos, Une séparation repose sur un scénario complexe, offrant au spectateur différentes pistes, de multiples interprétations. Sur la principale question de l’affaire (Nader a-t-il surpris la conversation entre l’enseignante de sa fille et Razieh au sujet de sa grossesse ?), on essaie de se rappeler le déroulement des faits. Mais, emporté par le flot des dialogues, le dynamisme de la mise en scène, on se perd (avec une certaine délectation) dans les méandres d’un suspense hitchcockien.
 
Une séparation est donc une œuvre dense, parfaitement maîtrisée. Un film qui mérite amplement les nombreuses récompenses que lui a décerné le jury de la dernière Berlinale. Un chef-d’œuvre en puissance ? On sait que je répugne à porter ce genre de jugement à chaud. Néanmoins, il n’est pas interdit de le penser, notamment en raison de sa portée universelle…
 
Ma note - 4/5 

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