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Articles avec #actrices du muet tag

Anna May Wong (1905 - 1961)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Anna May Wong 1  

Dans ma critique consacrée au Voleur de Bagdad de Raoul Walsh (1924), j’ai très rapidement évoqué la présence au générique d’Anna May Wong dans le rôle d’une esclave mongole. Cette actrice aujourd’hui assez méconnue, fut une star en son temps, même si sa filmographie révèle qu’elle se vit surtout confier des seconds rôles. 

 

Si l’on veut se convaincre de l’importance d’Anna May Wong dans l’histoire du cinéma hollywoodien, il suffit de considérer le Hollywood and La Brea Gateway (photo). Ce belvédère supporté par quatre caryatides est l’œuvre de Catherine Hardwicke, la réalisatrice du premier volet de la saga Twilight. Le Smithsonian Institution Research Information System (SIRIS) en donne cette description : Sculptural four-sided gateway is an art-deco style gazebo with four stainless steel full-length portraits of Hollywood actresses […]. The actresses portrayed are Mae West, Dorothy Dandridge, Anna May Wong and Dolores Del Rio. All four figures wear glamorous long gowns. A spire rises from the top of the rounded, open gazebo roof. Neon lettering runs vertically down the four sides of the spire. At the top of the spire is a small windvane. The windvane is a gilded full-length portrait of Marilyn Monroe holding her billowing skirt in place. 

 

Le Hollywood and La Brea Gateway a donc pour objet d’honorer la mémoire de quatre actrices issues de la diversité : Dolores Del Rio, représentante la plus connue du cinéma mexicain, Dorothy Dandridge, d’origine afro-américaine, Mae West, Juive et Irlandaise, et Anna May Wong, première vedette américaine d’ascendance chinoise. Cependant certains, comme Jean-François Staszak, voient dans ce monument une manière de disculper le système hollywoodien de son racisme et de son sexisme en instrumentalisant les quelques actrices de couleur qu’il a tolérées (La fabrique cinématographique de l’altérité : les personnages de Chinoises dans le cinéma occidental, Annales de géographie, 2011). Ce n’est pas totalement faux, comme le montre l’exemple d’Anna May Wong.

    Anna May Wong 2 

Anna -de son vrai nom Wong Liu Tsong- est née le 3 janvier 1905 dans un quartier proche de Chinatown, à Los Angeles, dans une famille installée en Californie au milieu des années 1850. Elle se lança très jeune dans le cinéma, en 1919, dans The red lantern d’Albert Capellani. Mais c’est en 1922 qu’elle obtint son premier grand rôle, dans le film de Chester M Franklin, The toll of the sea, première production en Technicolor bichrome (sur cette technique, voir Ben-Hur : a tale of the Christ de Fred Niblo).

Dans ce drame assez librement inspiré de Madame Butterfly, la jeune fille interprétait Fleur de Lotus, une prestation largement saluée par les critiques. Au lendemain de la première (26 novembre 1922), le chroniqueur du New York Times écrivait en effet : Miss Wong stirs in the spectator all the sympathy her part calls for, and she never repels one by an excess of theatrical feeling. She has a difficult role, a role that is botched nine times out of ten, but hers is the tenth performance. Completely unconscious of the camera, with a fine sense of proportion and remarkable pantomimic accuracy […]. She should be seen again and often on the screen (27 novembre 1922). Celui de The Film Daily relevait quant à lui : The racial question arises in the marriage of the American to the Chinese girl and later in the adopting of the girl's baby, of which the American is the father, by his American wife. […] The theme is really a very sympathetic one made doubly interesting and sincere by the splendid work of Anna May Wong. She is a clever little actress (3 décembre 1922).
 

 

The-toll-of-the-sea-2.JPG           

The toll of the sea, Chester M Franklin (1922)

 

Malgré ces commentaires élogieux, il fallut attendre Le voleur de Bagdad pour qu’Anna fût propulsée sur le devant de la scène. Le rôle que lui confia Walsh est certes très court, mais sa forte composante érotique marqua durablement les mémoires, déterminant ainsi en partie la suite de sa carrière, comme le note Staszak Staszak : Son personnage, qui se meut sensuellement comme un animal, porte une coiffure extraordinaire et une sorte de costume de bain deux-pièces tout aussi étrange qui laisse son corps largement apparaître. La scène où Douglas Fairbanks, lui-même torse nu, la soumet à son autorité en pointant un couteau très phallique sur son dos dénudé dégage un érotisme à connotation sadique qui n’échappe pas au spectateur (photo). C’est grâce à ce film que sa carrière décolle vraiment […]. Elle devient un sex-symbol. Cette performance lui valut également de bonnes critiques : Doug practically the whole show. Little for others to do. Snitzs Edwards pleasing as his evil associate. Julianne Johnston pretty as unimportant heroine. Anna May Wong good. Others don't count (The Film Daily, 23 mars 1924). 

 

Anna apparut ensuite dans une vingtaine de films, rarement en tête d’affiche, même lorsque l’héroïne principale était chinoise. Ainsi, le rôle de Wu Nang Ping dans Mr Wu de William Nigh (1927) fut-il attribué à l’actrice française Renée Adorée, tandis qu’Anna fut reléguée dans un emploi de domestique, qui lui valut une modeste dixième place au générique. Cet exemple rend compte de l’une des traditions de l’époque, celle du yellowface, qui consistait à confier à des acteurs blancs grimés le soin d’incarner des personnages d’origine asiatique. Outre son caractère particulièrement odieux, cette pratique donnait des résultats assez grotesques (photo).

        Anna May Wong 13    

Au cours de ces années, Anna se vit proposer des rôles d’Amérindienne, d’Arabe, d’Inuit, de Bohémienne, de Russe…, dans ce que Jean-François Staszak appelle le vaste fourre-tout de l’altérité. Sa trajectoire exprime en fait les préjugés de race régnant déjà à Hollywood, qui se traduiront légalement au début des années 1930 avec la mise en place du Motion Picture Production Code (Code Hays), lequel stipulait, entre autres : Miscegenation (sex relationships between the white and black races) is forbidden. En raison de ces dispositions, Anna connut l’humiliation de voir sa candidature refusée par la MGM pour le rôle principal de The good earth -Visages d'Orient ou La terre chinoise- de Sidney Franklin (d’après l’œuvre de Pearl S Buck), au seul prétexte qu’il était interdit de montrer à l’écran des gestes intimes –en l’occurrence un baiser- entre acteurs d’origines ethniques différentes. Luise Rainer lui fut préférée. Ce choix causa à Anna une déception d’autant plus grande que l’actrice allemande obtint pour l’occasion l’Oscar de la meilleure actrice en 1938 (le second de sa carrière, après celui décroché pour Le grand Ziegfeld) : Ce casting, remarque Staszak, fit dès l’époque scandale et reste aujourd’hui dénoncé comme une des plus évidentes manifestations des discriminations raciales pratiquées à Hollywood. 

 

Cantonnée dans des rôles exotiques stéréotypés, Anna décida de relancer sa carrière d’abord en Europe, où elle joua dans plusieurs productions importantes (Picadilly d’Ewald-Andre Dupont ou Shanghaï Express de Josef von Sternberg, par exemple), puis en Chine. Mais victime de la propagande du gouvernement de Tchang Kaï-chek, qui considérait que ses rôles donnaient une mauvaise image du peuple chinois, elle revint en Amérique, où elle tourna dans plusieurs films de série B. Durant la guerre sino-japonaise, elle mit sa carrière entre-parenthèses et consacra son temps à défendre la cause de la Chine. Elle revint à l'écran dans les années 1950 dans plusieurs séries télévisées (dontThe gallery of madame Liu-Tsong). Elle est morte d'une crise cardiaque en 1961.

                Anna May Wong 6 

Au cours de sa carrière, Anna fut donc enfermée dans des stéréotypes, liés à son sexe et à ses origines. Selon Jean-François Staszak, son parcours témoigne des discriminations raciales et sexuelles alors en vigueur aux Etats-Unis. Pour autant, selon lui, l’actrice ne doit pas être présentée comme une victime de ce système. Elle a tiré sa gloire et sa réussite de l’exacerbation de sa féminité et de son exotisme : Son altérité lui donne un pouvoir, dont elle ne manque pas de jouer. […] Anna May Wong a participé à la perpétuation d’un système racial dont elle était largement protégée ou dont elle tirait dans une certaine mesure parti. Elle savait et disait que son statut de star la prémunissait du racisme ordinaire. Elle n’ignorait pas qu’elle devait son succès non seulement à son talent mais aussi à son exotisme. Elle en jouait, disposant par exemple de l’encens et des objets orientaux dans les chambres d’hôtel où elle était interviewée.

 

Que reste-il d’Anna May Wong aujourd’hui ? Quelques films mythiques (Picadilly a été restauré par le British Film Institute). Et surtout des personnages qui ont conditionné les représentations occidentales de la femme asiatique. Ils marquent encore profondément l’imaginaire occidental, écrit Jean-François Staszak, et comptent parmi les motivations des touristes qui vont chercher en Asie la femme de leurs rêves ou de leurs fantasmes. Ces touristes sexuels ont-ils vu [ses] films, pour une part perdus, pour beaucoup d’entre eux muets et en noir et blanc […] ? Probablement pas. Mais ils ont été abreuvés de films en couleur et de séries télévisées qui en reproduisent les stéréotypes à l’envi. 

 

Filmographie complète sur IMDB

Album de l'actrice

 

A lire : La fabrique cinématographique de l’altérité : les personnages de Chinoises dans le cinéma occidental, Jean-François Staszak, Annales de géographie, 2011

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Theda Bara (1885 - 1955)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Theda Bara 1

 

La notice que j’ai consacrée à Clara Bow m’avait permis d’apporter un éclairage sur l’origine du terme It girl. Cette courte biographie de Theda Bara sera l’occasion de revenir sur celui du mot vamp 

 

Theda Bara, de son vrai nom Theodosia Burr Goodman, est née le 29 juillet 1885 à Cincinnati. Selon la légende (et les fantasmes ne manquent pas autour de cette actrice), ce pseudonyme serait l’anagramme d'Arab Death. D’autres sources considèrent qu’il dériverait du nom de l’un de ses parents, Barranger… 

 

L’attirance de Theda Bara pour le métier de comédienne se manifesta très tôt, puisque, ses études à peine achevées, elle s’engagea dans une carrière théâtrale. Elle apparut sur la scène du Garden Theatre de Broadway d’août à novembre 1908 -sous le nom Theodosia de Cappet, un dérivé du patronyme de sa mère, Pauline Louise de Copett- dans The devil, de l’écrivain hongrois Ferenc Molnár (l’auteur de Liliom).

Sa première prestation au cinéma eut lieu en 1914, sous la direction de Frank Powell, dans The stain, un rôle modeste, mais qui lui permit de tourner l'année suivante sous la direction de Raoul Walsh (Siren of hell), puis de décrocher le rôle principal du mythique A fool there was, une adaptation par Powell d’un poème de
Rudyard Kipling, The vampire (dont le premier vers est A fool there was and he made his prayer), inspiré d’un tableau de Philip Burne Jones. 

 

The vampire - Kipling

 

The vampire, Rudyard Kipling

 

A fool there was raconte l’histoire d’une intrigante (Theda Bara) qui, comme un vampire, profite des hommes en véritable prédatrice et scelle leur perte. Son succès fut tel que les profits engrangés permirent à William Fox de fonder la Fox Film Corporation.

A fool there was marque aussi la naissance du terme vamp (abréviation de vampire) : La vamp cinématographique, écrit Antoine de Baecque dans Des corps à l'écran : une histoire du XXème siècle, […] possède une date de naissance : en 1915, elle apparaît sous les traits de Theda Bara, dans un film américain de Frank Powell. […] Le film fixe à jamais les caractéristiques de la vamp : regard fascinant, effet de cerne, jeu aux antipodes du naturel, costume luxueux, sensualité orientaliste, exhibitionnisme des poses, magnificence des cérémonies, perles et bijoux surabondants, culte de l'amour, destin fatal des victimes de cet amour. Il n’est pas impossible que l’expression ait été utilisée antérieurement, le poème de Kipling ayant connu plusieurs adaptations au cours des années qui ont précédé la sortie de film de Powell : The vampire (1910, auteur inconnu) avec Margarita Fischer dans le rôle titre, Vampire of the desert de Charles L Gaskill (1913) et The fool de George Pearson (1913). Ce qui est certain, c’est que Theda Bara contribua à la populariser.
 

 

Theda Bara 2 

Face au succès, le studio mit en œuvre une importante campagne autour de l’image de Theda Bara. On lui créa une nouvelle identité, propre à stimuler l’imagination des spectateurs. Ainsi prétendit-on qu’elle était née au Sahara d'une actrice française, Theda de Lyse, et d'un sculpteur Italien, Guiseppe Bara. Une sorte d’Antinéa avant l’heure, en quelque sorte (le roman de Benoit fut édité seulement en 1919). Surnommée le Serpent du Nil, on laissa même entendre qu’elle possédait des pouvoirs occultes… 

 

Fasciné par ce personnage, le public se pressa en masse à chacune de ses apparitions à l’écran. On citera quelques-uns de ses films, dont certains portent des titres évocateurs :The Clemenceau case d’Herbert Brenon (l’histoire d’Iza, une femme-vampire), Carmen de Raoul Walsh, The eternal sappho de Bertram Bracken, The darling of Paris, The tiger woman, Camille (d’après La dame aux camélias), Cleopatra, The rose of blood, Madame Du Barry, The soul of Buddha (le scénario, inspiré de la vie de l'espionne Mata Hari, est l’œuvre de l’actrice) et Salome de J Gordon Edwards. Ce dernier dirigea d’ailleurs la jeune femme dans tous les films qu’elle tourna entre 1916 et 1919.

 

Theda Bara 4

 

En 1919, Theda Bara était au sommet de sa gloire : elle n'était alors dépassée en popularité que par Chaplin et Mary Pickford. Cependant, las des personnages de femmes fatales dans lesquels on l’enfermait, elle rompit soudainement son contrat avec la Fox. Par la suite, on ne la vit plus que dans une dizaine de longs métrages. Elle tira définitivement sa révérence au cinéma en 1926, avec Madame Mystery de Richard Wallace et Stan Laurel, dans un rôle où elle parodie son propre mythe. Un projet de film sur sa vie fut envisagé par le producteur Jerry Wald, mais n’aboutit pas. Elle s’est éteinte le 7 avril 1955, d'un cancer abdominal.
 

Theda Bara fut l’un des premiers sex-symbols de l’histoire du cinéma. Aussi, lorsque le Motion picture production code, ou Code Hays, entra en application, nombre de ses films furent interdits à la diffusion, notamment Cleopatra, où elle apparaissait vêtue seulement de voiles transparents (photo). Des œuvres qui, pour la plupart, ne sont malheureusement plus visibles. En effet, sur les quarante-quatre longs métrages que l’actrice tourna au cours de sa carrière, seules quelques rares copies ont échappé à la destruction. On trouve tout de même en DVD (zone 1) A fool there was (Alpha Home Entertainment). De Cleopatra, il ne subsiste que quelques fragments. The soul of Buddha et Salome sont considérés comme perdus. 

 

Filmographie complète sur IMDB 

 

Carrière à Broadway sur IBDB

Album de l'actrice 

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Clarine Seymour (1898 - 1920)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Clarine Seymour est née le 9 décembre 1898, à Brooklyn, comme Clara Bow, dont j’ai déjà parlé. Cependant, à la différence de celle-ci, elle grandit dans un milieu aisé. A l’âge de 18 ans, ses parents déménagent à New Rochelle, dans la banlieue nord de New York. Son père, malade, est alors contraint de vendre l’entreprise qu’il dirigeait. Pour aider sa famille, la jeune fille décide de travailler. Elle obtient bientôt un emploi à la Thanhouser Film Company (la même année que Jeanne Eagels), pour laquelle elle tourne quelques films (Pots-and-Pans Peggy, It happened to Adele…). En 1917, elle apparaît dans un serial d’Astra Film, The mystery of the double cross. Elle rejoint ensuite la Rolin Films, qui la fait jouer dans une douzaine de courts métrages (souvent signé Hal Roach, auteur de nombreux films d’Harold Lloyd), dont Just rambling along, aux côtés de Stan Laurel.

 

Clarine-Seymour-1.jpg

 

La carrière de Clarine tarde toutefois à décoller. Elle envisage même un temps d’y mettre un terme. Jusqu’au jour où elle rencontre David Wark Griffith, qui lui offre un petit rôle dans The girl who stayed at home. Le réalisateur d’Intolérance la fait de nouveau tourner dans True heart Susie, film dans lequel elle partage l’affiche avec Lillian Gish, puis dans Scarlet days et The idol dancer (avec Richard Barthelmess).

L’avenir de la jeune femme semble enfin assuré. Elle signe même un contrat de quatre ans avec la société de production de Griffith. En 1920, elle entame le tournage de Way down east, où elle retrouve Richard Barthelmess et Lillian Gish. Elle ne verra jamais ce film terminé (Mary Hay reprendra son rôle), puisqu’elle succombe brutalement à une infection intestinale contractée lors d’une opération, le 25 avril 1920.

 

Clarine-Seymour-4.png

 

True heart Susie, David Wark Griffith (1919)

   

Clarine n’apparaît donc que dans une vingtaine de films, dont trois sont disponibles en France en DVD, chez Bach Films (The girl who stayed at home, commercialisé sous le titre Dans la tourmente, True heart Susie et The idol dancer). Ces éditions, si elles ont le méritent d'exister, sont cependant d'assez médiocre qualité. True heart Susie est par ailleurs visible sur YouTube.

 

Filmographie complète sur IMDB.

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Jeanne Eagels (1890 - 1929)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Jeanne Eagels est née le 26 juin 1890 à Kansas City. C’est dans cette ville qu’elle commence sa carrière d’actrice, apparaissant dès son plus jeune âge dans plusieurs spectacles. A l’âge de 12 ans, elle intègre le théâtre itinérant des frères Dubinsky et participe à des tournées dans le Midwest.

Peu après la mort de son père, Jeanne s’installe à New York, où elle devient une Ziegfeld Girl. Mais la jeune femme rêve avant tout de devenir comédienne. Une ambition satisfaite en 1915, où elle apparaît pour la première fois au cinéma, dans The house of fear de John Ince et Ashley Miller. L’année suivante, elle tourne sous la direction de Frank Lloyd dans The world and the woman. Dans le même temps, elle joue à Broadway The great pursuit au Shubert Theatre.

 

Jeanne mène alors une double carrière, enchaînant tournages et apparitions au théâtre. Elle devient rapidement l’une des vedettes de Broadway, triomphant notamment dans Rain, une pièce adaptée d’une nouvelle de William Somerset Maugham, qu’elle joue 904 fois entre novembre 1922 et mars 1926. Face au succès, le dramaturge britannique écrit pour elle une autre pièce, The letter, portée à l’écran par Jean de Limur en 1929. L’actrice reprend pour l’occasion le rôle qu’elle avait créé, une prestation qui lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice en 1930. La première de l'histoire à titre posthume…

    Jeanne-Eagels-5.jpg

 

Car Jeanne Eagels est morte d’une overdose le 3 octobre 1929. Epuisée par son rythme de travail, la jeune femme souffrait depuis plusieurs années de nombreuses addictions : médicaments, alcool, drogues... La nouvelle de sa mort fut rapportée par le New York Evening Graphic, un journal de New York. L’auteur de l’article n’est pas un inconnu, puisqu’il s’agit de… Samuel Fuller.

L’auteur d’Au-delà de la gloire, qui était alors journaliste, raconte dans son autobiographie comment il reçu un soir d’octobre une information l’invitant à se rendre dans l’un des funérariums de Manhattan : Le funérarium était divisé en deux pièces, le salon or et le salon rouge. Il y régnait un silence de mort. Dans le salon or, j’ai vu un très beau cercueil avec six poignées en cuivre poli. Des montagnes de fleurs avaient été placées tout autour sur une estrade. J’ai soulevé le couvercle massif du cercueil. A l’intérieur se trouvait le plus beau corps que j’avais jamais vu et, croyez-moi, j’en avais vu pas mal. J’ai cessé de respirer et j’ai regardé Jeanne Eagels, l’une des actrices les plus célèbres de Broadway. J’avais du mal à croire que c’était elle. Elle était pourtant là, allongée dans une robe du soir magnifique, ses cheveux décolorés parfaitement coiffés, comme si elle s’apprêtait à sortir dans le monde. Elle n’allait nulle part. Elle était morte. J’étais bouleversé. […]Toute cette beauté et tout ce talent s’étaient maintenant éteints. Il ne restait plus qu’un corps froid, dans un magnifique putain de cercueil. […] Je me souviendrai toujours de l’expression angélique sur le visage de Jeanne Eagels dans ce maudit cercueil.

Jeanne Eagels 3
Fuller explique ensuite comment les autorités tentèrent de dissimuler les causes de la mort de la jeune femme : Le chef des légistes a confirmé que c'était bien Eagels, mais qu'aucune déclaration officielle ne serait faite avant que la cause exacte de la mort ne soit déterminée. Shainmark suspectait les autorités d'essayer de gagner du temps pour dissimuler une overdose. A cette époque, l'abus d'alcool était couramment mentionné dans les journaux, mais à cause des réactionnaires moralistes, le mot drogue restait tabou dans la presse. [...] Nous savions très bien que la consommation de drogues, probablement de l'héroïne, était d'usage dans l'entourage de Jeanne Eagels. Finalement, la cause officielle de sa mort a été : intoxication alcoolique, détérioration des organes. Quelqu'un tentait de protéger la réputation d'Eagels et faisait un très bon boulot. Plus tard, la cause a été modifiée et est devenue : auto-administration de sédatifs.

 

Le destin tragique de Jeanne Eagels a inspiré plusieurs films, dont Un seul amour, un biopic signé George Sidney, avec Kim Novak dans le rôle titre. D’après Fuller, il semble que Joseph Mankiewicz se soit également inspiré d’elle pour le personnage de Margo Channing (Bette Davis) dans Eve

 

Filmographie complète sur IMDB.

 

Carrière à Brodway sur IBDB.

A lire : Un troisième visage, Samuel Fuller (Allia, 2001)

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Clara Bow (1905 - 1965)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Clara Gordon Bow est née le 29 juillet 1905 dans une famille pauvre. Pour échapper à la violence d’un père alcoolique et d’une mère schizophrène, elle passe ses premières années dans les rues de Brooklyn. A l’âge de 16 ans, la jeune fille s’inscrit à un concours de beauté dont elle remporte le premier prix, une figuration dans Beyond the rainbow de Christy Cabanne. Si les scènes dans lesquelles elle apparait sont coupées au montage (elles seront rajoutées lorsqu’elle sera devenue célèbre), elle ne se décourage pas pour autant et finit par être engagée dans Down to the sea in ships d’Elmer Clifton. Cet ancien assistant de D W Griffith -sur Naissance d’une nation, Intolérance et A travers l’orage- lui offre dans ce film un rôle de garçon manqué, qui la fait remarquer du public et des producteurs.

 

The-plastic-age-1.JPG

 

L’année suivante, Clara signe un contrat d’essai de trois mois avec Preferred Pictures, société fondée en 1919 par Benjamin Percival Schulberg. Jusqu’au dépôt de bilan du studio, le 21 octobre 1925, elle tournera dans plus d’une vingtaine de longs métrages, pour la plupart disparus. On la retrouve ainsi en 1923 à l’affiche de The daring years de Kenneth S Webb, aux côté de Mildred Harris, la première épouse de Chaplin. En 1925, elle tourne sous la direction d’Ernst Lubitsch dans Kiss me again, puis sous celle de Wesley Ruggles dans The plastic age, où elle croise Janet Gaynor, Carole Lombard et un débutant appelé à un bel avenir… Clark Gable.

 

Lorsque Schulberg devient producteur associé de Paramount Pictures, il entraîne avec lui sa vedette, dont il fait racheter le contrat par Jesse Lasky. Elle est alors dirigée par William C de Mille (le frère de Cecil) dans The runaway, puis par Victor Fleming dans Mantrap et Hula. La jeune femme entretiendra une brève relation amoureuse avec le futur réalisateur d’Autant en emporte le vent, jusqu’à sa rencontre avec Gary Cooper, dont elle sera le premier amour hollywoodien. Les deux comédiens partageront par ailleurs l’affiche à quatre reprises : Wings de William A Wellman, Children of divorce de Frank Lloyd, Red hair de Clarence G Badger, et surtout It, du même Badger, un rôle qui lui vaudra le surnom de It girl, un terme aujourd’hui entré dans le langage courant…

 

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En 1928, Clara Bow est au faîte de sa popularité. Son étoile ne va pourtant pas tarder à décliner. En raison notamment d’une vie jugée dissolue. Ainsi, après Gary Cooper, lui attribue-t-on diverses aventures : Fredric March, son partenaire de The wild party (signé Dorothy Azner), Harry Richman, Rex Bell, rencontré sur le plateau de True to the navy, qu’elle épousera en 1931. Plus grave sont les folles rumeurs répandues sur sa supposée vie de débauche : activité sexuelle de groupe, homosexualité, inceste, exhibitionnisme, toxicomanie sont les principales accusations -toutes infirmées par son biographe, David Stenn- portées contre elle.

 

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Malgré les scandales, on la voit encore dans Call her savage (1932) et Hoop-La (1933) qui rencontrent le succès, mais se heurtent aux principes moraux définis dans le Code Hays. Ces deux films marquent le terme de la carrière de la jeune femme, qui connaîtra par la suite plusieurs internements. Ses problèmes psychiatriques seront attribués par les médecins au viol dont elle aurait été victime de la part de son père dans sa seizième année.

 

Clara Bow est morte d’une crise cardiaque le 27 septembre 1965 à Los Angeles, oubliée du public.

 

Filmographie complète sur IMDB.

 

Album de l'actrice

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