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Articles avec #annees 2000 tag

Memento

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Memento 1
 
Synopsis
 
Leonard Shelby (Guy Pearce) ne porte que des costumes de grands couturiers et ne se déplace qu'au volant de sa Jaguar. En revanche, il habite dans des motels miteux et règle ses notes avec d'épaisses liasses de billets. Leonard n'a qu'une idée en tête : traquer l'homme qui a violé et assassiné sa femme. Sa recherche est rendue plus difficile par le fait qu'il souffre d'une forme rare et incurable d'amnésie. Bien qu'il puisse se souvenir de détails de son passé, il est incapable de savoir ce qu'il a fait dans le quart d'heure précédent, où il se trouve, où il va et pourquoi. Pour ne jamais perdre son objectif de vue, il a structuré sa vie à l'aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C'est ce qui l'aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l'espace et du temps… 
 
Fiche techniqueMemento - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2010
Durée : 1h53
Réalisation : Christopher Nolan
Image : Wally Pfister
Avec Guy Pearce (Leonard Shelby), Carrie-Anne Moss (Natalie), Joe Pantoliano (Teddy), Mark Boone Junior (Burt), Jorja Fox (La femme de Leonard)...      
 

 
Critique 
 
Une question a taraudé mon esprit en regardant Memento. Je me suis demandé si ma chronique hostile d’Inception n’avait pas provoqué le courroux de Nolan, le nouveau Dieu des cinéphiles geeks. Devant ce film, dont la même scène se répète pendant presque deux heures, avec quelques variantes fournissant un fragment d’intrigue supplémentaire, j’ai en effet eu le sentiment de subir un supplice aussi effroyable que celui supporté par Prométhée, dont vous vous rappelez sans doute que, pour avoir offert aux Hommes le feu sacré de l'Olympe, il fut enchaîné à un rocher des montagnes du Caucase, avant d’être soumis à un tourment infernal et éternel. Cependant, ce n’est pas mon foie, mais mon cerveau que les images défilant à rebours sur l’écran ont déchiqueté.

Malheureusement, mon interrogation m’a maintenu dans un état de lucidité pénible. En sorte que les lobes de mon encéphale, se régénérant à la fin de chaque séquence, n’ont pas connu de repos. Comme j’aurais aimé trouver la paix qu’offre l’opium lors de cette séance qui m’a donné l’impression d’être précipité dans la Géhenne !
 
 
Memento 2 
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Nolan nous prouve une fois de plus qu’il a fait sien cet adage shadok. Le parti pris scénaristique de Memento est de fait d’une complexité assez vaine. On m’objectera sans doute que la forme est ici métaphorique de l’amnésie antérograde de Leonard. Une remarque qui serait pertinente si le réalisateur anglais n’était pas coutumier des récits labyrinthiques. Que ce soit pour Le prestige ou Inception, il complique presque tous ses films. Leur sujet ne justifie pourtant pas une telle sophistication.

Peut-on alors dire que cette afféterie est pour Nolan une façon de farder le vide de son cinéma ? Je suis tenté de le croire. D’autant que, lorsqu’il se fait enfin ambitieux sur le fond (The dark knight), il n’a plus besoin d’abrutir le public par d’inutiles circonlocutions et sait être simple sur la forme. Comme le disait Boileau dans L’art poétique :
 
 
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément…
 
 
Reconnaissons toutefois que cette manière est assez habile. Car elle confère à Nolan une posture flatteuse. Non seulement elle induit chez les spectateurs qui ne comprennent pas ce cinéaste (une majorité silencieuse, selon l'expression consacrée) le sentiment que leur intelligence est prise en défaut, mais encore –conséquence logique- elle donne à ce dernier une apparente supériorité intellectuelle, puisque, seul, il est capable d’exprimer, donc d’appréhender, des mystères que le commun des mortels n’est pas à même de pénétrer.

Tout cela est certes fallacieux, cependant le tour de passe-passe de Nolan est réussi. C’est le prestige de son numéro de magicien ! Et la plus belle opération alchimique depuis les tentatives de transmutations du plomb en or. L’opacité de sa supposée virtuosité narrative est la pierre philosophale qui transforme la vacuité de son inspiration en œuvre et lui permet d’être élevé par ses idolâtres au rang de démiurge. Un véritable opus magnum
 Memento 4
 
Il est également amusant de constater que, dans notre société de plus en plus athée, Nolan et ses films font l’objet d’un véritable culte. Au point que ses adorateurs étudient son message avec la ferveur de théologiens scripturaires commentant les Saintes Ecritures. Si ! Je vous assure ! J’ai fait l’effort de lire sur quelques blogs les interprétations possibles de Memento (comme quoi, je ne suis pas sectaire). Les hypothèses fumeuses émises par certains m’ont pas mal égayé…

Pour ma part, je ne me hasarderai pas à cet exercice. Car, je le confesse humblement, je me suis très vite désintéressé de ce galimatias. Leonard a-t-il tué sa femme ? Teddy est-il un menteur ? Nolan révolutionne-t-il la grammaire du cinéma, ainsi qu’il l’affirme modestement ? A vrai dire, je n’en sais rien. Je dirais même plus : cela m’est complètement indifférent. Quant à sa soi-disant réflexion sur la mémoire, l'identité, je préfère lire Proust ou Bergson, qui, eux, ne se regardent pas le nombril...
  Memento-5.jpg
 
Mes propos ne doivent néanmoins pas laisser entendre que je suis absolument réfractaire à l’idée d’être bousculé intellectuellement. Je considère ainsi 2001, l’odyssée de l’espace comme l’un des films les plus fascinants de l’histoire du Septième art. L’œuvre de Lynch, bien que souvent absconse, me paraît tout aussi passionnante. Mais dans le premier cas, la complexité est au service d’une méditation métaphysique éblouissante, dans le second elle est la projection mentale de l’univers d’un auteur singulier. Dans Memento ou Inception, elle ne sert que l’ego d’un farceur très surestimé parce qu’il a la prétention de faire un cinéma de divertissement intelligent, alors qu’il ne nous livre que des thrillers sans grande originalité ou des films d’action insipides. The dark knight excepté. Ceci dit en toute bonne foi...

Ma note - 1,5/5

Christopher Nolan sur ce site : Inception
   

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Miracle à Santa-Anna (Miracle at St Anna)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Miracle à Santa-Anna 1
 
Synopsis
 
New York, années 1980. Hector Negron (Laz Alonso), un employé de banque noir, abat sans raison apparente un immigré italien venu acheter des timbres. Un jeune journaliste, Tim Boyle (Joseph Gordon-Levitt), est autorisé à rencontrer le tueur avant son procès. Celui-ci s'avère posséder une tête de statue dérobée en 1944 dans l'Italie alors occupée par les Allemands. Hector était membre des Buffalo Soldiers, premier bataillon entièrement constitué d'hommes de couleur, ayant débarqué notamment en Toscane cet été là, près d'un village martyr nommé Sant’Anna... 
 
Fiche techniqueMiracle à Santa-Anna - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2008
Durée : 2h40
Réalisation : Spike Lee
Scénario : James McBride
Avec Derek Luke (Le sergent Aubrey Stamps), Michael Ealy (Le sergent Bishop Cummings), Laz Alonso (Le caporal Hector Negron)...
 

 
Critique
 
Un film qui, en France, n’a pas bénéficié d’une sortie en salle. Pour d’obscurs motifs. Certains parlent de censure, en raison de son sujet. Cette explication ne me paraît pas très plausible. En effet, d’autres œuvres, bien plus brûlantes pour l’histoire de notre pays, n’ont rencontré -du moins à ma connaissance- aucune oppsition à leur sortie (Indigènes, par exemple). Quelques-uns mettent en cause la faible qualité du film (non sans raison !). Cela ne tient guère plus la route, eu égard aux nombreux navets distribués chaque année dans les cinémas français. Mais peu importe, en vérité. La polémique n'a plus lieu d'être aujourd'hui, puisque l'hommage de Spike Lee aux combattants noirs de la Seconde guerre mondiale bénéficie d'une édition DVD...
 
Miracle à Santa-Anna est d’abord miné par un certain nombre d’artifices scénaristiques. L’un des plus ridicules étant ce journal relatant l’histoire d’Hector Negron s’envolant par la fenêtre d’une chambre d’hôtel en Italie pour tomber sur la table d’un homme qui se révélera à la fin du film être… Angelo, le petit garçon sauvé par le groupe de soldats évoqué ici. Un peu tiré par les cheveux, non ? 
 
Miracle à Santa-Anna 2 
A cela s’ajoute des incohérences. Ainsi, ce soldat qui se déplace et se bat en portant sans cesse à la ceinture la tête de la Primavera du pont de la Santa-Trinita de Florence. Certes, il a une carrure impressionnante, cependant on a du mal à croire que ce fragment de statue puisse se balancer à sa taille comme un vulgaire morceau de résine... matériau peu utilisé par les sculpteurs de la Renaissance tardive... On peut également se demander comment Hector Negron a pu ramener cette pièce en Amérique à la fin de la guerre... alors qu’elle fut retrouvée dans le cours de l'Arno seulement en 1961.

La théâtralité grossière de la mise en scène est également souvent agaçante. C’est par exemple le cas du gros plan sur les épaulettes et les insignes du colonel SS, gros plan maladroitement appuyé par une musique exagérément dramatique : était-il besoin d'en faire autant pour nous faire comprendre que le personnage est peu sympathique ? Même remarque pour la scène religieuse, où tous le petit monde décrit par Spike Lee -soldats afro-américains, villageois italiens, prisonnier allemand- se trouve réunit par la prière. Cet excès de mysticisme naïf (on ne devrait toutefois pas être surpris, car le titre du film annonçait sa bigoterie) serait presque comique si le contexte n’était pas si dramatique…
    Miracle à Santa-Anna 3
 
On m’objectera que ce ne sont que des détails au regard du projet du réalisateur, à savoir rendre hommage aux soldats afro-américains qui ont combattu durant la Seconde guerre mondiale. C’est vrai… Néanmoins, même sur le fond, le film de Spike Lee pose problème. D’abord, son propos est d’un manichéisme assez saisissant. Au point que certains soldats allemands sont traités avec plus de nuances que les officiers blancs américains : ainsi le capitaine Eicholz, interprété par Christian Berkel, qui laisse la vie sauve au caporal Negron ; ou encore ce soldat allemand qui sauve le petit Angelo. Les officiers blancs sont quant à eux droits dans leurs bottes. Ce fut sans doute vrai, pour une part d’entre eux, mais de la même façon que tous les Allemands n’étaient pas des nazis convaincus, tous les blancs ne sont pas des racistes bornés. L’absence de subtilité de la démonstration de Spike Lee apparaît encore dans un flash-back en Louisiane, où l'intrigue nous montre des civils animés de préjugés de race caricaturaux.
 
Plus grave, sans doute, est l'interprétation audacieuse (pour ne pas dire à la limite de la falsification historique, en l'absence de preuves tangibles) des faits par Spike Lee. Car celui-ci attribue le massacre de Sant’Anna à la trahison d'un résistant. Or, selon le jugement du tribunal militaire de La Spezia en 2005, les troupes nazies ont agi sans nécessité ni motif valable avec comme objectif une vaste opération de nettoyage planifiée et menée contre les résistants et la population civile. A aucun moment il n'est fait mention d'une dénonciation. Même Francesco Bruni, qui a participé à l'adaptation et à la traduction des dialogues, parle à ce sujet d'exagération romanesque... 
 
Miracle à Santa-Anna 4 
Une scène surnage pourtant de cet ensemble confus et décevant : celle du massacre des habitants de Sant’Anna di Stazzema, bien sûr bouleversante. Mais il pouvait difficilement en être autrement, lorsque l’on montre le meurtre d’un bébé à la baïonnette sur le corps de sa mère. Même le moins inspiré des réalisateurs parviendrait à faire verser quelques larmes... 
 
Au final, Spike Lee paraît si obsédé par l’idée de répondre à Mémoire de nos pères, de Clint Eastwood (qui n’avait mis en scène aucun combattant noir, au grand dam du premier), qu’il semble perdre son sens de la narration. Bref, ce sujet important aurait mérité d'être traité avec plus de finesse... Spike Lee avait été plus habile dans Inside man, car sous couvert de divertissement, il avait réussi à faire passer quelques messages assez bien vus sur les tensions de la société américaine post 11 septembre. Sans tomber dans une pesante caricature... 
 
Ma note - 1,5/5

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