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Articles avec #critiques 2011 tag

Les crimes de Snowtown (Snowtown)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Jamie (Lucas Pittaway), 16 ans, vit dans une banlieue déshéritée d’une petite ville d’Australie-Méridionale. C’est un adolescent mal dans sa peau, victime d’un voisin pédophile et d’un frère dégénéré. Mais tout change lorsque John Bunting (Daniel Henshall), le nouveau compagnon de sa mère (Louise Harris), débarque dans sa vie. L’homme exerce bientôt sur le jeune garçon, qui n’a jamais connu son père, un grand pouvoir de séduction. Une fascination qui va l’entraîner dans un maelström de violence… 
 
Fiche techniqueLes-crimes-de-Snowtown---Affiche.jpg
 
Film australien
Année de production : 2011
Durée : 1h59
Réalisation : Justin Kurzel
Scénario : Justin Kurzel, Shaun Grant
Image : Adam Arkapaw
Avec Lucas Pittaway (Jamie Vlassakis), Bob Adriaens (Gavin), Louise Harris (Elizabeth Harvey), Daniel Henshall (John Bunting)...   
 


Critique
 
Alors que les productions venues d’Asie ont quelque peu marqué le pas l’année dernière –mais leur qualité n’est pas forcément en cause, peut-être est-ce seulement le résultat de mauvais choix de la part des distributeurs- le cinéma australien connaît un retour en force sur les écrans hexagonaux, avec notamment des projets extrêmement audacieux de jeunes cinéastes. David Michôd s’est ainsi fait remarquer en 2011 avec une première œuvre puissante, Animal Kingdom (que je n’ai pas eu le temps de chroniquer). Il y a eu également Sleeping beauty de Julia Leigh (malheureusement pas programmé à Dijon). On citera également des réalisateurs plus expérimentés, comme Andrew Dominik, auteur du très stylisé Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, ou encore John Hillcoat, dont deux films sont sortis en France au cours des dernières années, La route, puis, à la faveur du succès de ce dernier, The proposition, un western rugueux, dans la lignée du cinéma de Peckinpah.

C’est au tour de Justin Kurzel de nous livrer un premier long métrage… glaçant… Et oui ! Je cède à la mode d’un vocabulaire que j’ai considéré avec un peu d’ironie dans ma critique de A dangerous method… Cependant, je ne vois pas d’autre terme pour rendre compte de la descente aux enfers de Jamie…
 
 
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Pour évoquer le lugubre quotidien dépeint dans Les crimes de Snowtown, je pourrais reprendre une partie de la critique que j’ai consacré à Winter’s bone : Debra Granik nous offre une peinture de l’Amérique des laissés-pour-compte dont la noirceur oppressante a quelque chose de terrifiant : terrains boueux, paysages désolés, masures menaçant ruines… Je sais, c’est assez narcissique –et un peu facile- de se citer, toutefois il existe une étonnante parenté entre les milieux décrits (sous-prolétariat), les thèmes abordés (absence de la figure paternelle, violences intrafamiliales…) et le style naturaliste de ces deux œuvres, même si les décors sont dissemblables : le spectateur n’est plus plongé dans les paysages fangeux et glacés des monts Ozarks, mais dans la poussière suffocante australienne… 
 
Le propos des deux films est néanmoins très différent. Ree Dolly (Jennifer Lawrence) ne subit pas passivement la cruauté de son entourage. Elle se bat. Et à aucun moment elle ne semble tentée d’imiter ses bourreaux. L’attitude de Jamie est plus ambiguë. Il est certes victime, pourtant jamais il ne montre de signe de révolte, comme s’il consentait aux sévices dont il est la cible. De plus, il se laisse entraîner au fond de l’abîme par John avec une malléabilité qui interroge. Le point de rupture est cet instant où, sans contrainte (du moins physique), il accepte d’abattre le chien de ce dernier. Et si l’insondable barbarie dont il se fait le complice était finalement inhérente à sa nature ? Le réalisateur ne nous apporte pas de réponse. Il nous laisse dans la position –inconfortable- de témoin. A nous de nous forger une opinion, de juger. Ou pas. On est un peu dans la situation de l’élève Törleß observant les actes de cruauté de ses camarades et le masochisme de Basini, dans le film de Schlöndorff, dont j’ai parlé il y a peu. 
 
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La mise en image de cette trajectoire terrifiante est âpre, mais sans effets inutiles. Si ce n’est la pénible scène de la salle de bain, Justin Kurzel montre peu, disséquant le mal à l’œuvre, sans chercher le spectaculaire sordide et nauséabond si courant lorsqu’un tel sujet est porté à l’écran. Un traitement qui donne une force vertigineuse au film. D’autant que celui-ci est porté par deux interprètes exceptionnels. Deux inconnus. Daniel Henshall et Lucas Pittaway. Le premier confère à son personnage une bonhomie qui rend sa perversion encore plus perturbante. Par son jeu très intériorisé, le second fait de Jamie un abîme de mystère. 
 
Justin Kurzel fait donc des choix toujours pertinents. Assurément, un auteur à suivre… 
 
Ma note - 4/5

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Killing fields (Texas killing fields)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
À Texas City, la police fait face à une série de disparitions, mais les rivalités internes qui minent le service compliquent l’enquête. Dans le comté voisin, les inspecteurs Mike Souder (Sam Worthington) et Brian Heigh (Jeffrey Dean Morgan) travaillent sur le meurtre d’une jeune prostituée de 15 ans. Quand Anne (Chloë Grace Moretz), une gamine des rues que Brian a prise sous son aile, est à son tour portée disparue, les deux inspecteurs commencent à se dire que la solution se cache peut-être du côté des bayous… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h45
Réalisation : Ami Canaan Mann
Scénario : Don Ferrarone
Image : Stuart Dryburgh
Avec Sam Worthington (Mike Souder), Jeffrey Dean Morgan (Brian Heigh), Chloë Grace Moretz (Anne Sliger), Jessica Chastain (Pam Stall), Sheryl Lee (Lucie Sliger)...  
 

 
Critique
 
Killing Fields est le deuxième long métrage de cinéma d’Ami Canaan Mann (après Morning, inédit en France), la fille de l’auteur de Heat, film sur lequel elle assistait le producteur exécutif, Pieter Jan Brugge. 
 
Sur le papier, ce projet laissait présager un polar dans la lignée de Dans la brume électrique, trouble et poisseux, Malheureusement, en jouant sur trop de strates narratives (suspense, intrigue amoureuse, peinture naturaliste d’une Amérique profonde frappée par la crise…), le récit finit par devenir assez inintelligible. D’autant que le découpage est des plus hasardeux. La réalisatrice ajoute à la confusion en se désintéressant de certains de ses personnages en cours de route, tel celui incarné par Jason Clarke, dont on n’entend plus parler après qu’il s’est débarrassé de son complice. La relation entre les trois agents n’est pas non plus très claire.
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A l’inverse, et de façon paradoxale, des éléments clés du scénario sont plus que transparents. Je pense notamment à l’identité de l’auteur de la série de crimes (je ne la dévoilerais pas, pour ne pas me faire lyncher, car depuis que les Français ont découvert cet anglicisme, c’est devenu un sacrilège de spoiler…). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a la tête de l’emploi. D’autant que son interprète (je ne vous dirai pas qui c'est, n'ayez crainte !) n’a pas un jeu très subtil. Son regard oblique et libidineux, derrière ses lunettes (oups !), en fait un pervers évident… Quant à la fin, elle est plus que téléphonée. 
 
Côté interprétation, Sam Worthington a –comme d’habitude- autant de charisme qu’un nématode. Il retrouve dans ce film sa partenaire de  L’affaire Rachel Singer, Jessica Chastain, l’étoile montante du cinéma américain. Elle fait cependant ici assez pâle figure (aussi attends-je avec impatience Take Shelter). Jeffrey Dean Morgan est plus convaincant, apportant de la complexité à son personnage de flic très croyant, mais dont les tourments de l’âme s’expriment parfois par de brusques accès de violence. Sheryl Lee, davantage présente sur le petit écran ces dernières années, fait un retour remarqué -pour notre plus grand bonheur- au cinéma (on l’a vue cette année dans le très beau Winter’s bone de Debra Granik). Chloë Grace Moretz, qui à 14 ans possède déjà une très belle filmographie, joue également avec beaucoup de justesse.
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Tout n’est certes pas à jeter dans Killing Fields. La mise en scène est soignée (l’héritage paternel transparait clairement). La photographie de Stuart Dryburgh -le chef opérateur de La Leçon de piano- est élégante. Il n’empêche, la déception est au rendez-vous… 
 
Ma note - 1,5/5

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Bruegel, le moulin et la croix (The mill and the cross)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Alors que les Flandres subissent l’occupation brutale des Espagnols, Pieter Bruegel l’Ancien achève son chef-d’œuvre Le Portement de croix, où derrière la Passion du Christ on peut lire la chronique tourmentée d’un pays en plein chaos… 
 
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Film suédois, polonais
Année de production : 2011
Durée : 1h32
Réalisation : Lech Majewski
Avec Rutger Hauer (Pieter Bruegel l'Ancien), Charlotte Rampling (La Vierge Marie), Michael York (Nicolaes Jonghelinck)...  
 

 
Critique
 
Bruegel, le moulin et la croix fait partie de ces œuvres conceptuelles laissant rarement le spectateur indifférent : cela passe ou ça casse. Je ne serais pas honnête en ne reconnaissant pas avoir été déconcerté par les premières minutes de ce film. J’avoue même avoir été au bord de la rupture. Pourtant, au final, cette expérience m’a séduit. J’ai vu dans cet exercice un lien avec L’arche russe d’Alexandre Sokourov, que j’ai chroniqué il y a peu. Tous les deux sont bâtis sur un tour de force technique et des choix esthétiques radicaux. Et si l’un nous propose une plongée dans l’histoire et la culture russe au travers d’un lieu symbolique, l’autre nous immerge dans l’un des tableaux les plus énigmatiques de l’art flamand, Le Portement de croix de Pieter Bruegel l’Ancien (1564), un thème pictural très répandu (Albrecht Dürer, Matthias Grünewald, Jérôme Bosch ont laissé sur ce sujet des chefs-d’œuvre), mais que le peintre brabançon illustre d’une manière singulière, le principal protagoniste de la scène, le Christ, étant perdu dans l’immense perspective qu’il construit. Il n’en est pas moins au centre de la toile tissée par l’artiste, pour reprendre une belle analogie du film. 
 
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Le scénario de Bruegel, le moulin et la croix, coécrit par Lech Majewski et l’historien d’art Michael Francis Gibson, auteur d’une analyse du Portement de croix (The way to calvary), suit le parcours d’une douzaine de personnages parmi les cinq cents qui composent ce tableau : Jésus, la Vierge Marie, le marchand Nicolaes Jonghelinck, ami et mécène du peintre (il possédait seize œuvres du maître, dont Le Portement de croix et La tour de Babel), une troupe de cavaliers, un meunier…

Le calvaire du Christ sert de prétexte à Bruegel pour témoigner de la situation politique troublée des Flandres sous domination espagnole. Sous le règne de Philippe II s’exerça en effet une véritable terreur, en particulier à l’égard des hérétiques protestants. Ce qu’illustrent plusieurs séquences du film, d’une cruauté sans concession qui n’a rien à envier au Salò de Pasolini : l’homme supplicié sur une roue sous le regard de son épouse, et dont le visage est dévoré par les corbeaux, la femme enterrée vivante… Le martyr du Christ dépeint sur la toile est à l’image de celui de la population flamande décrit dans Bruegel
 
 
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La photographie de Lech Majewski (artiste complet, il est également l’auteur de la musique et est intervenu comme sound designer) et d’Adam Sikora -on lui doit cette année Essentiel killing de Jerzy Skolimowski- est somptueuse. Evidemment très picturale, elle me rappelle par certains aspects celle de Jack Cardiff sur Le narcisse noir. La palette du cinéaste polonais n’est certes pas aussi flamboyante que celle du chef opérateur britannique. Les tuniques rouges de la soldatesque espagnole n’en évoquent pas moins la robe pourpre de sœur Ruth, dans le final du chef-d’œuvre de Powell et Pressburger. Tout comme le hennin de la Vierge répond à la transparence éburnéenne des voiles de sœur Clodagh. De la même manière, on peut établir un parallèle esthétique entre les décors peints de Bruegel et les matte paintings de Walter Percy Day. 
 
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Le travail sur les sons est également impressionnant, notamment dans les scènes se déroulant dans le moulin. Les pas du meunier sur les marches de l’escalier menant à la plateforme du bâtiment, le grincement des engrenages, le claquement de la toile des ailes confèrent à l’édifice une double dimension : fantastique, pour ne pas dire démoniaque, dans ses entrailles grondantes et expressionnistes, spirituelle et divine dans sa partie aérienne noyée dans une pâleur de limbes. Sans cesse en mouvement, il est comme une métaphore du cosmos… 
 
Au final, Bruegel, le moulin et la croix est un joyau, une expérience visuelle enthousiasmante. On lui reprochera seulement sa radicalité, qui rend cette œuvre assez peu accessible. Comme pouvait l’être, par exemple, La grotte des rêves perdus d’Herzog…
 
Ma note - 4/5

A consulter : Press-book du film

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Malveillance (Mientras duermes)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
César (Luis Tosar) est un gardien d’immeuble toujours disponible, efficace et discret. En apparence, du moins. Car il ne trouve un apaisement à ses démons intérieurs que dans la destruction du bonheur des autres. Sa principale cible est Clara (Marta Etura), une jeune femme insouciante et heureuse, sur laquelle il va s’acharner jusqu’à l’obsession… 
 
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Film espagnol
Année de production : 2011
Durée : 1H42
Réalisation : Jaume Balagueró 
Scénario : Albert Marini
Image : Pablo Rosso
Avec Luis Tosar (César), Marta Etura (Clara), Alberto San Juan (Marcos), Iris Almeida (Úrsula), Pep Tosar (Le père d'Úrsula)...
 

 
Critique 
 
Malveillance nous rappelle, si besoin était, la prédilection de Jaume Balagueró pour les univers clos et la terreur nocturne. Lui-même avoue être obsédé par ce qui peut se passer autour de lui quand il dort. L’émission télévisée de [REC] s’appelait d’ailleurs Pendant que vous dormez. Précisément le titre original de ce nouvel opus, Mientras duermes 
 
Le réalisateur catalan abandonne ici l’horripilant genre du documenteur, qui a fait sa renommée, pour un thriller horrifique dans la lignée du Locataire de Polanski ou du cinéma d’Hitchcock (en voyant César un couteau de la main, on songe inévitablement à Psychose). Dans le même temps, son style se fait plus sobre, ce dont on ne se plaindra pas.
 
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Le cinéaste préfère se concentrer sur son récit, qu’il maîtrise parfaitement, manipulant habilement le spectateur, au point de rendre dans les premières scènes son héros sympathique. En butte à l’indifférence ou à l’hostilité de la plupart des occupants de l’immeuble qu’il garde, on éprouve d’abord de la compassion pour cet homme dont la vie ingrate et solitaire se résume à rendre service aux autres et à tenir compagnie à sa mère grabataire. En sorte que l’on pourrait presque comprendre ses actes. Bien sûr, la perception que l’on a de lui bascule lorsque l’on saisit ses motivations. D’autant que sa malévolence ne vise pas les locataires les plus antipathiques (Carlos Lasarte, déjà présent dans La secte sans nom et les deux premiers volets de [REC], campe ici un personnage assez odieux), mais la plus aimable d’entre eux, celle qui lui manifeste le plus d’attention, Clara. 
 
Au-delà du divertissement, Malveillance propose en filigrane une peinture assez sombre d’une humanité de plus en plus égoïste, où l’individu -en l’occurrence le gardien d’un immeuble- n’est guère plus qu’un élément du décor. La résidence n’est par ailleurs plus un lieu de vie collective. Ses habitants s’y croisent en s’ignorant poliment (dans le meilleur des cas). C’est aussi un théâtre de la cruauté et de la perversité, à l’image de la société.
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Malveillance doit forcément beaucoup à l’interprétation de Luis Tosar. Déjà impressionnant dans Cellule 211 de Daniel Monzón (où il partageait déjà l’affiche avec Marta Etura), il réussit le tour de force d’incarner un psychopathe avec une réserve qui le rend d’autant plus glaçant. Face à lui, on retiendra surtout la performance d’Iris Almeida (Úrsula), une gamine d’une dizaine d’années, dans un rôle plutôt casse-gueule pour son âge. Machiavélique et perverse, malgré son angélique visage et ses yeux très clairs, elle est la seule à tenir tête à César (dans une certaine mesure, tout de même…). 
 
Jaume Balagueró nous livre donc un suspense sans effets inutiles (pas de jump scares, pas de musique ronflante), mais très efficace et jusqu’au-boutiste, ce qui le différencie des productions hollywoodiennes classiques. Il confirme par la même occasion la bonne santé du cinéma d’horreur ibérique. Bref, une bonne surprise… 
 
 Ma note - 3/5

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Bilan 2011

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Tout le monde l’attendait ! Enfin, presque… Voici donc le panorama des films que j’ai aimés en 2011. Un bon cru, selon moi. En tous cas supérieur à 2010. Est-ce lié au fait que l’ami Nolan n’a pas pollué nos écrans cette année (spéciale dédicace à Gabriel !) ? Je ne dirai rien sur ce qui m’a déçu, irrité, ennuyé. Je préfère être positif, ne retenir que le meilleur. On relèvera quand même dans ma liste la présence d’un seul film asiatique. En 2010, ils étaient quatre : Poetry, Lola, The housemaid et Breathless… A noter que si j’élargissais ma liste, il y aurait de la place pour Carnage, A dangerous method, La guerre est déclarée, The murderer, Black Swan ou encore La balade de l'impossible. Essential killing, de Jerzy Skolimowski, pourrait également y figurer, mais je n’ai pas pu le chroniquer (à cause des dysfonctionnements d’AlloCiné). Mon regret : ne pas avoir vu Le cheval de Turin. Mais il est annoncé pour début février à Dijon… Côté acteur, je retiens deux belles révélations féminines : Elle Fanning (Somewhere et Super 8) et Jennifer Lawrence (Winter’s bone et Le complexe du castor). Bonne année 2012 à tous !

 

1---Melancholia.jpgMelancholia - N’en déplaise à ses détracteurs, Lars von Trier nous livre une nouvelle fois une œuvre d’une sidérante beauté et d’une rare intelligence. Thomas Vinterberg, l’auteur de Festen, a dit à son propos : Comment faire un film après ça ? Une remarque que je suis tenté de faire mienne.

 

 

 

2---L-apollonide.jpgL’Apollonide : souvenirs de la maison close - Un des films les plus ardemment féministes qu’il m’ait été donné de voir. Si la chair des femmes y ait blessée, souillée, humiliée, c’est pour mieux en clamer la beauté, le mystère, mais aussi pour dénoncer la domination exercée par les hommes sur elle.

 

 

 

3---Hara-kiri.JPG Hara-kiri : vie et mort d’un samouraï - Miike livre une œuvre aussi réussie sur le plan narratif que visuel. Chaque plan, très épuré, est composé avec une rigueur quasiment picturale. Ici, le style devient métaphore d’une société certes raffinée, mais sclérosée par ses traditions et ses codes. Un drame rouge sang.

 

 

 

4---Drive.jpgDrive - Une œuvre virtuose, qui transcende les codes du film d’action. Après Le guerrier silencieux, Refn s’affirme comme un très très grand du cinéma contemporain.

 

 

 

 

 

5---La-derniere-piste.jpgLa dernière piste - Une œuvre déroutante par la sécheresse de son propos et de sa mise en scène, mais sublime et magnifiquement portée par Michelle Williams, dont les choix audacieux -et judicieux- en font l’une des comédiennes américaines les plus attachantes de sa génération.

 

 

Winter’s bone - Ce second long métrage de Debra Granik nous offre une peinture de l’Amérique des laissés-pour-compte dont la noirceur oppressante a quelque chose de terrifiant. Avec un tel sujet, le risque était grand de basculer dans le sordide. Mais par sa photographie crépusculaire, par la grâce de Jennifer Lawrence, Winter’s bone trouve son équilibre entre naturalisme et poésie. Une œuvre belle et intense, dans la lignée du cinéma des frères Dardenne.

       

Habemus Papam - Nanni Moretti a l’intelligence de trouver un juste équilibre entre grotesque et gravité, évitant ainsi de tomber dans une charge trop lourde contre l’institution vaticane. Un beau portrait et un interprète en état de grâce.

 

Balada triste - Récit enragé et engagé, Balada triste est une réussite tant visuelle que thématique, qui marque une sorte d’accomplissement pour son auteur, Alex de la Iglesia. On aimerait que le cinéma français aborde d’une manière aussi frontale et audacieuse notre histoire.

 

Hugo Cabret - Avec cette adaptation d’un classique de la littérature enfantine signé Brian Selznick, Scorsese nous propose un somptueux livre d’images et un vibrant hommage à son art. Une splendeur.

 

Une séparation - Une œuvre dense et parfaitement maîtrisée, dans la lignée d’A propos d’Elly, du même auteur. Ce récit gagne cependant en densité, car il met en scène non plus un seul milieu, mais deux, que tout opposent. En sorte que la séparation annoncée dans le titre est moins celle d’un homme et d’une femme -même si celle-ci a lieu dès la première scène- que le signe d’une fracture entre les différentes composantes de la société iranienne.

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A dangerous method

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Sabina Spielrein (Keira Knightley), une jeune femme souffrant d'hystérie, est internée à la clinique du Burghölzli, où elle soignée par le psychanalyste Carl Jung (Michael Fassbender). Elle devient bientôt sa maîtresse. Une relation bientôt révélée lorsque Sabina entre en contact avec Sigmund Freud (Viggo Mortensen)...
 
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Film britannique, allemand, canadien, suisse
Année de production : 2011
Durée : 1h39
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : Christopher Hampton
Avec Keira Knightley (Sabina Spielrein), Michael Fassbender (Carl Jung), Viggo Mortensen (Sigmund Freud), Vincent Cassel (Otto Gross), Sarah Gadon (Emma Jung)...  
 


Critique
 
On ne sera pas étonné que David Cronenberg s’intéresse aujourd’hui à la psychanalyse. Au regard des thématiques abordés depuis le début de sa carrière, c’était en effet un passage quasiment obligé. On pourra en revanche être déstabilisé -en première analyse- par sa manière de traiter son sujet. Lui qui se fait parfois si cru lorsqu’il nous parle du corps, à la façon d’un Francis Bacon, adopte un style singulièrement épuré pour évoquer les tourments de l’esprit. D’où, peut-être, l’accueil mitigé réservé à A dangerous method par certains.

Les seuls moments où les troubles de l’âme s’extériorisent sont ceux où Sabina, en proie à une grave crise d’hystérie, arrive à la clinique du Burghölzli. Curieusement, les mêmes qui reprochent au cinéaste canadien d’être trop sage, critiquent le jeu de Keira Knightley, qu’ils jugent outrancier (elle livre pourtant ici la prestation la plus remarquable de sa carrière). C’est oublier que la névrose dont souffre son personnage se manifeste, entre autres, par une grande labilité émotionnelle, une dramatisation de l’expression, un théâtralisme -on parle aussi d’histrionisme- dû au besoin de se mettre en valeur, de séduire ou d'attirer le regard... Quelques-uns se sont amusés à compter le nombre de fois où l’actrice jouait en avançant le menton. Je leur rappellerais bien les signes organiques de cette maladie (contractures musculaires, mouvements anormaux, dyskinésie faciale…), mais ce serait perte de temps, car je devine derrière leur propos moqueur quelque malveillance…
 
 
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J’ai pris le soin de nuancer ma remarque concernant la surprise que peut susciter la forme si peu cronenbergienne de ce film. Elle n’est en réalité pas si étonnante qu’il y paraît de prime abord. Elle tient à son sujet, qui est la psychanalyse. La grande place accordée à la parole est plus que justifié ici, puisqu’elle est le vecteur thérapeutique, n’en déplaise à ceux qui trouvent A dangerous method trop littéraire, trop verbeux. Sans doute attendaient-ils quelques scènes un peu plus épicées. Je les entends se lamenter : Ah ! si la séquence où Jung fouaille le juvénile fessier de Sabina avait été filmée plus frontalement ! Cependant, doit-on regretter que Cronenberg s’adresse plus à l’intellect du spectateur qu’à son voyeurisme, contrairement à McQueen avec son inutile et ennuyeux Shame (même si je comprends que le pénis de Michael Fassbender -ou de sa doublure- en fasse fantasmer certains, ou suscite des réactions complexées d’autres moins bien dotés par la nature...) ? Qu’il se refuse à déverser sur l’écran des images racoleuses ? Si ce n’est pas courant dans la production actuelle, ce n’est pas pour autant synonyme de médiocrité. Au contraire ! Alors, c’est vrai, les critiques en seront pour leur frais, ils ne pourront pas recourir au vocabulaire à la mode (qui est également parfois le mien) : dérangeant, sidérant, choc, charnel, viscéral, animalité, hypnotique, coup de point, vénéneux… et j’en passe… Tant pis pour eux (et pour moi)… 
 
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Les contempteurs du classicisme y sont aussi allés de leur petit couplet aigre sur la mise en scène de A dangerous method, soit disant un peu trop empesée. S’ils en reconnaissent l’élégance formelle, c’est pour mieux en stigmatiser la vacuité. Je trouve au contraire ce classicisme particulièrement inspiré, car il est à l’image de la culture des protagonistes. Le bureau de Freud montre l’intellectuel, le littéraire, l’amateur d’art, notamment antique, qu’il était. A cet égard, on peut saluer le travail de deux fidèles de Cronenberg, Peter Suschitzky, le directeur de la photographie, qui a collaboré à neuf films du cinéaste, et James McAteer, le chef décorateur, qui a également travaillé sur La mouche, Faux-semblants, Le festin nu, M Butterfly ou encore A history of violence. 
 
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A dangerous method n’est cependant pas parfait. Je lui reproche surtout de trop pratiquer l’ellipse. Est-ce dû au fait qu’il s’agit d’une adaptation d’une œuvre théâtrale, The talking cure de Christopher Hampton (titre sans doute plus parlant) ? Quoi qu’il en soit, certains personnages semblent n'être que des fantoches. C’est le cas notamment d’Emma Jung et d’Otto Gross. Le rôle de la première est réduit à celui de mère, alors qu’elle fut une psychologue analytique de renom (lire à son sujet Emma Jung, analyste et écrivain, par Imelda Gaudissart). Le second traverse le film tel une sorte de satyre (le jeu de Cassel rappelle fâcheusement son rôle dans Sa majesté Minor), nous faisant oublier qu’il fut avec Wilhelm Reich l’un des théoriciens fondateurs de la libération sexuelle.

De la même manière, on s'interrogera sur l'absence d'empathie suscitée par le couple Jung-Spielrein. Est-elle le résultat d'une approche trop clinique du sujet ? Ou bien est-elle voulue par l'auteur, qui aurait abordé leur névrose en ayant soin d'éviter tout mécanisme de transfert ? On regrettera aussi son laconisme lorsqu'il évoque les motifs de la rupture entre Freud et Jung ou les expériences de ce dernier dans le domaine de la psycho-galvanométrie, lesquelles améliorèrent les résultats de la méthode des associations verbales mise au point avec son cousin Franz Riklin. Au risque de faire pousser des cris d’orfraie aux détracteurs du film, je crois que Cronenberg aurait dû se donner plus de temps pour aller au bout de son sujet…

Des défauts qui n'empêchent pas A dangerous method d'apporter un éclairage passionnant sur l'une des aventures de la pensée les plus fascinantes, en dépit de ses erreurs et de ses dérives. Mais celles-ci sont inhérentes à toute activité humaine...
 
Ma note - 4/5

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Carnage

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la victime, Penelope (Jodie Foster) et Michael Longstreet (John C Reilly) demandent à s'expliquer avec la famille du coupable, Nancy (Kate Winslet) et Alan Cowan (Christoph Waltz). Les échanges, d’abord cordiaux tournent bientôt à l'affrontement. Où s'arrêtera le carnage ? 
 
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Film français, allemand, polonais, espagnol 
Année de production : 2011
Durée : 1h19
Réalisation : Roman Polanski
Image : Pawel Edelman
Avec Jodie Foster (Penelop Longstreet), Kate Winslet (Nancy Cowan), Christoph Waltz (Alan Cowan), John C Reilly (Michael Longstreet), Elvis Polanski (Zachary Cowan), Eliot Berger (Ethan Longstreet)...
 

 
Critique
 
En préambule, je voudrais revenir sur la question de la VO-VF, sujet qui a été à l’origine d’une polémique entre Chris et moi il y a quelques semaines. J’ai été de ceux qui ont le plus vivement protesté contre le retrait de 50/50 de la sélection du Festival d’automne au seul prétexte que sa diffusion en VO était insuffisante (je sais, nos motifs de révolte sont bien futiles !). Je reconnais cependant qu’un doublage raté peut non seulement dénaturer le jeu des acteurs, mais également nuire à l’atmosphère d’une œuvre. Carnage en est la preuve. Je dois en effet avouer que la bande annonce en VF de cette adaptation de la pièce de Yasmina Reza m’en avait donné une image à tout le moins faussée. J’avais en particulier trouvé l’interprétation de Kate Winslet à la limite de l’hystérie. Une impression corrigée par la VOST… Malgré cette concession à mes contradicteurs, je reste sur l’idée qu’il est préférable de regarder un film en langue étrangère en VF que de ne pas le voir du tout. En toute chose, je n’aime pas les positions extrêmes. Sauf en matière de Kâma-Sûtra, évidemment (Shame, sors de mon esprit !). Fermons la parenthèse…
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Polanski nous rappelle avec Carnage que l’humain est un être pulsionnel dont le vernis de civilisation, d’éducation peut se craqueler à tout instant. Il suffit d’une parole, d’un geste, d’une simple allusion pour que les belles manières volent en éclat, que les instincts les plus primaires ressurgissent brutalement. Un propos qui n’est pas sans évoquer L’ange exterminateur de Luis Buñuel (1962), film dans lequel les invités d’un notable se trouvent, à la suite d’un étrange phénomène, dans l’impossibilité physique de sortir de la demeure de leur hôte. L’enfermement entraîne bientôt l’abolition des convenances, ce qui révèle la vraie nature de chacun. On songe également au Repas des fauves de Christian-Jaque (1964), qui met en scène sous l’Occupation un groupe de personnes réunies pour fêter un anniversaire. Suite à l’assassinat de deux officiers allemands, un agent de la Gestapo fait irruption dans la pièce où ont pris place les convives, enjoignant à ceux-ci de désigner deux d’entre eux comme otages pour être exécutés si les coupables de l’attentat ne sont pas arrêtés. Perdant toute dignité, les sept amis vont alors s’entredéchirer pour sauver leur vie. La thèse n’est donc pas nouvelle. Mais les comédiens de Carnage sont suffisamment remarquables et les dialogues ciselés pour faire de ce jeu de massacre en huis clos un spectacle jubilatoire, qui est aussi -sans doute- un règlement de compte personnel du cinéaste avec la société, la morale et le politiquement correct...
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Les adaptations d’œuvres théâtrales au cinéma sont souvent assez pauvres sur le plan de la mise en scène. Reconnaissons que Polanski s’en sort ici avec virtuosité (avec la complicité de son chef opérateur attitré depuis Le pianiste, Pawel Edelman), se jouant des contraintes spatiales avec une caméra très mobile, qui passe d’un visage à l’autre au rythme soutenu des joutes verbales. On relèvera également le soin apporté aux accessoires, aux décors, conçus comme des personnages à part entière par Dean Tavoularis (Bonnie and Clyde, Little big man, Le parrain 1, 2 et 3, Apocalypse now, Outsiders, Rusty James, Jardins de pierre, Tucker, La neuvième porte, No country for old man). Dans l’appartement, chaque élément est ainsi révélateur de la mesquinerie du couple Longstreet. De la même manière, l'étroitesse d'esprit de Nancy et Alan est symbolisée par leur mise crypto petite-bourgeoise.

Ces détails permettent en outre à Polanski de stigmatiser le consumérisme, le matérialisme (Penelope et Michael se révèlent finalement plus soucieux de sauver leur Kokoschka, un catalogue d’exposition du peintre autrichien souillé par Nancy, que de régler effectivement le différent les opposant aux Dowan), la bonne conscience occidentale, qu’elle soit écologique ou humanitaire, l’addiction technologique qui désociabilise (Alan est incapable de décrocher de son mobile), le cynisme du monde des affaires… Polanski dresse un portrait au vitriol de notre société. Et ce, en seulement 79 minutes. Brillant et efficace !
 
 
 Ma note - 4/5

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Mission impossible : protocole fantôme (Mission impossible : ghost protocol)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Impliquée malgré elle dans un attentat terroriste contre le Kremlin, l'agence Mission impossible (IMF) se retrouve totalement discréditée. Le Président des Etats-Unis déclenche aussitôt le Protocole fantôme, une procédure mettant fin aux activités de l’organisation. Privé de ressources et de renforts, Ethan Hunt (Tom Cruise) doit trouver le moyen de blanchir l'agence et de déjouer toute nouvelle tentative d'attentat… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h13
Réalisation : Brad Bird
Scénario : Josh Appelbaum, André Nemec 
Image : Robert Elswit
Avec Tom Cruise (Ethan Hunt), Jeremy Renner (Brandt), Simon Pegg (Benji), Paula Patton (Jane), Michael Nyqvist (Hendricks)...    
 


Critique
 
C’est donc au tour de Brad Bird, double Oscar du meilleur film d'animation pour Les Indestructibles et Ratatouille, de se coller à la réalisation de ce quatrième volet de Mission impossible. Chacun de ses prédécesseurs ont marqué la saga de son propre style : Brian de Palma en avait fait un thriller élégant et cérébral, John Woo s’était laissé aller à un délire baroque, JJ Abrams, quant à lui, avait apporté un sens du rythme né de son expérience pour la télévision.
 
Si l’approche de Brad Bird est sans doute moins personnelle, elle est aussi peut-être plus conforme à l’esprit de la série qui l’inspire. Mission impossible : protocole fantôme est en effet centré sur le travail de l’équipe dirigée par Ethan Hunt et sa mission. L’intrigue ne se perd pas dans de vains méandres narratifs inutilement complexes.

On saura également gré au cinéaste de ne pas recourir abusivement à la shaky cam, comme Paul Greengrass, ou de ne pas nous infliger un montage épileptique à la Tony Scott, procédés toujours déplaisants pour le spectateur souffrant de cinétose…. Il est simplement efficace dans l’action et inventif visuellement (voir l’écran derrière lequel progressent Ethan et Benji (Simon Pegg) sans être vu -enfin presque !- dans le couloir menant aux archives du Kremlin). Après tout, n’est-ce pas ce que l’on attend de ce type de film ? Bien sûr, le scénario est tout sauf crédible. Mais c’est le propre du genre…
 
 
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Mission impossible : protocole fantôme vaut surtout pour quelques séquences survitaminées. Difficile de citer tous les morceaux de bravoure du film. Quatre scènes d’anthologie dominent tout de même l’ensemble : l’explosion de la tour Spasskaïa, la plus haute du Kremlin, l’ascension ultra-chorégraphiée du Burj Khalifa de Dubaï, la poursuite en pleine tempête de sable et l’affrontement entre Ethan et Kurt Hendricks (Mikael Nyqvist) dans un parking automatique de Mumbai.

Côté interprétation, Tom Cruise, n’en déplaise à ses détracteurs, est au meilleur de sa forme, ayant, dit-on, assuré lui-même toutes ses cascades. Simon Pegg apporte un contre-point humoristique fort bien venu à la figure un peu trop inébranlable du héros. Ses maladresses et ses réparties empêchent le film de sombrer dans un sérieux plombant. On retiendra également le beau travail du directeur de la photographie, Robert Elswit, oscarisé en 2008 pour There will be blood. 
 
Bref, un spectacle qui n’a d’autre prétention que de distraire, mais qui respecte le public. Agréable à regarder. 
 
Ma note - 2,5/5

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Hugo Cabret (Hugo)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Hugo Cabret (Asa Butterfield), orphelin d’une douzaine d’années, vit en cachette dans la gare Montparnasse. Il veille au bon fonctionnement des horloges du bâtiment à la place de son oncle Claude (Ray Winstone), un alcoolique, tout en s’efforçant d’échapper à la vigilance d’un policier (Sacha Baron Cohen) et de son chien. De son père (Jude Law), il lui reste seulement un étrange automate, qu’il essaie de remettre en état en chapardant des pièces (ressorts, engrenages…) et des outils dans une boutique de jouets de la gare. Mais un jour, son propriétaire, Monsieur Georges (Ben Kingsley), le surprend au moment où il tente de dérober une souris mécanique. L’obligeant à vider ses poches, il découvre un carnet dans lequel sont reproduits les plans de sa machine. Profondément troublé, le vieil homme refuse de lui rendre son bien. Hugo va alors le suivre jusque chez lui, où il rencontre sa fille adoptive, Isabelle (Chloë Grace Moretz). L’adolescente porte en pendentif une clef en forme de cœur. Précisément celle qui pourrait rendre à la vie l’automate du jeune garçon… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h06
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : John Logan
Image : Robert Richardson
Avec Ben Kingsley (Georges Méliès), Sasha Baron Cohen (Le policier), Asa Butterfield (Hugo Cabret), Chloë Grace Moretz (Isabelle), Jude Law (Le père d'Hugo)... 
 


Critique
 
La séquence d’introduction d’Hugo Cabret m’a quelque peu décontenancé. Le long traveling sur le quai de la gare Montparnasse, en dépit de sa belle fluidité et de sa beauté plastique, m’a en effet d’abord donné le sentiment de m’être fait voler sur la marchandise, de regarder un film d’animation dans le genre Pôle express de Zemeckis, avec des créatures numériques, et non pas de vrais acteurs faits de chair et d’os. Une impression heureusement bien vite corrigée… Avec cette adaptation d’un classique de la littérature enfantine signé Brian Selznick, Scorsese nous propose en effet un somptueux livre d’images et un vibrant hommage à son art. 
 
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Je n’étais jusque-là pas vraiment convaincu par la 3D (même sur Avatar), que je regardais un peu comme une attraction de foire (mais après tout, le cinéma était aussi considéré comme tel à ses débuts !). L’auteur de Taxi driver bouleverse profondément ma perception de cette technologie. D’abord parce que les effets obtenus ici sont à la fois spectaculaires et élégants. Deux scènes sont à cet égard particulièrement bluffantes. Celle où le policier se penche vers Hugo : il semble presque sortir de l’écran (Scorsese réalise le vieux rêve de Woody Allen dans La rose pourpre du Caire), au point qu’on a la tentation d’étendre le bras pour le toucher. Imaginez que ce soit Eva Green à la place de l’interprète de Borat : dans ce cas, ce serait plutôt ses lèvres que… cependant cessons de nous échauffer les sens (la faute à Shame !) et revenons à notre sujet… La seconde se situe vers la fin du film, au moment où Méliès est enfin honoré par ses pairs. L’espace derrière lui est sombre. Tout comme son costume. Seul élément éclairé, son visage flotte alors comme un hologramme.

Hugo Cabret remet en cause ma perception du relief au cinéma également parce qu’il nous fait revivre l’expérience des premiers spectateurs du cinématographe (comme on l’appelait à l’époque), qui, d’après la tradition, crurent en voyant L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat des frères Lumière que le convoi allait les percuter. La 3D nous rappelle ici que la profondeur de champ, l’immersion sont l’essence même du cinéma. Ce sont des notions que l’on avait perdues, notre œil étant aujourd’hui habitué à l’image animée. Le dimensionnement permet au public d’Hugo Cabret d’y être de nouveau sensible.
 
 
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Au-delà de cet aspect, le Paris de Scorsese est une splendeur. C’est bien sûr une ville fantasmée, ainsi que l’était celle de Woody Allen dans Minuit à Paris. Mais c’est surtout un enchantement, comme peuvent l’être les illustrations d’un ancien livre de contes. Il y a évidement l’ensorcelant univers de la gare, qui est un terrain de jeu géant propre à faire rêver les enfants (je n’ai pas eu de mal à concevoir le bonheur d’Isabelle et Hugo, ayant eu moi-même la chance dans ma jeunesse de vivre dans l’un des plus fascinants monuments de Bourgogne…).

La reconstitution de l’atmosphère des années 1930 est de la même manière une absolue réussite, même si certains trouveront peut-être la photographie de Robert Richardson –entre autres Platoon, Wall Street, Né un 4 juillet, JFK, Casino, Nixon, Kill Bill, Aviator, Inglourious Basterds, Shutter Island- un peu trop chatoyante et les décors de Dante Ferretti -oscarisé pour Aviator et Sweeney Todd- trop léchés. Laissons les râleurs à leur mauvaise humeur ! Le square sous la neige, avec ses gisants, près de la maison de Méliès, est pour ma part une merveille…
 
 
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Passionné par l’histoire du cinéma, j’ai évidemment été touché par l’hommage révérencieux rendu ici aux pionniers du Septième art, et particulièrement à son premier magicien. Il faut dire que Martin Scorsese est le plus cinéphile de tous les réalisateurs en activité. On connaît son implication dans la préservation du patrimoine cinématographique, notamment au travers de la World cinema fondation. Et même si l’évocation de la carrière de Méliès se fait ici sur un ton sans doute trop didactique, c’est un ravissement de voir ce grand créateur inventer devant nous, dans son studio de verre semblable à une serre, un monde peuplé de nymphes et de Sélénites (photo)…
 
Mais le cinéaste américain ne se contente pas de convoquer l’auteur du Voyage dans la Lune (dont on peut apprécier au passage quelques extraits de la version restaurée et coloriée). Il cite aussi Fred C Newmeyer (lorsque, pour échapper au policier, Hugo rejoue la fameuse scène de Safety last ! où Harold Lloyd se retrouve suspendu dans le vide accroché à l’aiguille d’une horloge (photo)), Charles Chaplin, Georg Wilhelm Pabst (et son actrice fétiche, Louise Brooks), Buster Keaton (Le mécano de la General), Louis Feuillade (Judex, Fantômas) et même Renoir, avec une image furtive du rêve de  La fille de l’eau. Quant à l’automate, ne renvoie-t-il pas à la femme-robot de Metropolis (photo) ? Le cinéma est un art de l’illusion, de la beauté et de l’émotion, ce que ces séquences nous rappellent avec bonheur…  
 
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Hugo Cabret est plus imparfait sur le plan narratif. Il souffre ainsi de quelques ruptures de rythme. Je suis toutefois en complet désaccord avec ceux qui lui reprochent sa niaiserie ou qui regrettent que Scorsese n’ait pas construit une intrigue alambiquée à la manière du Prestige (parfois, ce sont les mêmes, n’est-ce pas Gabriel ?). C’est oublier que ce film est un conte ! Je reconnais qu'il hésite parfois sur le public auquel il s’adresse et que les aspects historiques paraîtront peut-être indigestes aux enfants. Il n’empêche... Il y a ici assez d’aventures, de décors féériques, de mystères, de transgressions d'interdits pour stimuler l’imagination des plus jeunes (et même des plus grands lorsqu'ils ont conservé une âme innocente... comme moi...), et donc les séduire. Ce dont aurait été incapable le cinéma prétentieux de Nolan…
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Le soin accordé à la forme aurait pu nuir à l’émotion. Ce n’est pas le cas. Deux scènes m’ont plus spécialement touché. Celle où l’automate commence à écrire. Hugo espère qu’il lui transmettra un message de son père disparu. Mais la machine ne trace d’abord sur le papier, au grand désespoir du jeune garçon, que d’indéchiffrables caractères. Puis le miracle se produit, les lignes forment peu à peu un dessin, celui d’une Lune grimaçante dans l’œil de laquelle est fiché un obus, et une signature : Georges Méliès. Une image du film que son père aimait tant…

La seconde met en scène les deux enfants essayant de trouver l’endroit où Méliès a caché le carnet d’Hugo. Repérant un tiroir secret dans la traverse supérieure d’une armoire, ils découvrent une boite, qu’ils font tomber. Des centaines d’esquisses et de croquis du cinéaste s’envolent alors dans la pièce, et flottent, tels de fantasmagoriques papillons que la 3D rend presque palpables (photo)…
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L’interprétation est à la hauteur de ce superbe spectacle, Ben Kingsley en tête, véritablement habité par son personnage. Face à lui, Asa Butterfield est formidable de détermination. La jeune Chloë Grace Moretz apporte quant à elle ce qu’il faut de fantaisie et de fraîcheur à ce conte. J’ai moins apprécié l’interprétation de Sacha Baron Cohen. Il est vrai cependant que je n’aime pas trop cet acteur. Jean Dujardin aurait sans doute été idéal pour ce rôle… 
 
Etrange année que 2011, qui a vu le taux d’équipement numérique des salles de cinéma françaises franchir le seuil des 50 %, certains établissements n’étant même plus équipé pour la projection en 35 mm (voir le rapport de CN Films), et un retour plus ou moins mélancolique aux sources de cet art (dont le support finit parfois en talon de chaussure pour femme...), avec The artist et ce film. Dans les deux cas, singulière coïncidence, des chiens occupent une place importante dans l’histoire. Faut-il mener Une vie de chien pour voyager aux origines du cinéma ?

Ma note - 4/5

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Shame

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Brandon (Michael Fassbender) vit seul dans un vaste appartement, à quelques pâtés de maisons de Wall Street. Toute son existence est organisée autour de son addiction au sexe. Mais un jour sa sœur, Sissy (Carey Mulligan), arrive sans prévenir à New York et s'installe chez lui. Brandon aura le plus grand mal à supporter cette présence, qui bouleverse ses habitudes de vie... 
 
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Film britannique
Année de production : 2011
Durée : 1h41
Réalisation : Steve McQueen
Scénario : Abi Morgan, Steve McQueen
Image : Sean Bobbitt
Avec Michael Fassbender (Brandon), Carey Mulligan (Sissy), James Badge Dale (David Fisher), Nicole Beharie (Marianne)...
 


Critique
 
Ma diatribe contre le cinéma britannique -voir We need to talk about Kevin- m’avait valu quelques remontrances de la part de camarades blogueurs. Certains se disaient gênés par ma généralisation. Peut-être me soupçonnaient-ils de britannophobie… Je me garderai de démentir cette hypothétique accusation, car ce serait lui donner une importance qu'elle ne mérite pas et une forme de réalité. D’autres m’invitaient à découvrir l’œuvre de réalisateurs que je ne connaissais pas. Parmi les noms les plus souvent cités figurait celui de Steve McQueen. Je n’ai toujours pas vu Hunger. Mais avec Shame, je suis en mesure d’apprécier enfin son style. Hélas, ce n’est pas ce cinéaste qui me réconciliera avec la production cinématographique anglaise ! Sans doute me répliquera-t-on, comme pour le film de Lynne Ramsay, que l’action de Shame se situe aux Etats-Unis et que ses thématiques n’ont rien de spécifiquement britanniques. Il n’empêche, Steve McQueen est originaire de Londres et ce long métrage produit au Royaume-Uni. Il est donc représentatif de ce que ce pays est capable en matière de Septième art…
      Shame 4
   
Avant de passer aux critiques, reconnaissons tout d’abord l'élégance visuelle de Shame. Son auteur est un artiste plasticien. Cela se ressent dans la composition de chaque plan, dont le premier, très pictural, qui nous montre Brandon étendu sur un lit, le corps en partie recouvert d’un drap gris-bleu au plissé somptueux : on dirait un Christ d’une scène de Déploration. Je n’ai pas dit défloration, bande d’obsédés ! Bon, j’espère que cette boutade un tantinet impie ne me vaudra pas l’invective des catholiques intégristes, très actifs en ce moment... Mais fermons cette parenthèse.

McQueen et son chef opérateur, Sean Bobbitt (qui a surtout travaillé pour la télévision), jouent sur les contrastes entre couleurs chaudes et froides. C'est le cas, par exemple, quand Brandon attend l’ascenseur au rez-de-chaussée de sa résidence : son manteau tranche avec le fond mordoré du couloir. Il y a quelque chose de vermeerien -voir La jeune fille à la perle, par exemple- dans cette alliance chromatique antithétique. Ce qui me fait penser à un texte de Proust : Enfin [Bergotte] fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu […] et la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune (La prisonnière).
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Shame convainc également lorsque McQueen met en scène la misère affective de Brandon. Son addiction au sexe est triste. Elle ne lui procure à l’évidence aucune satisfaction, si ce n’est éphémère. Car très vite, le besoin –dans son cas, ce n’est pas un désir à assouvir, avec tout ce que cela comporte de stimulation, mais une simple nécessité organique morbide à apaiser- renaît, occupant tout le champ de sa conscience. Une dépendance est une prison mentale dont on s’échappe moins facilement que d’une geôle faite de murs… 
 
Malheureusement, le réalisateur parvient si bien à nous faire ressentir la vacuité de l’existence de son héros que ce spectacle fait naître en retour un ennui assez puissant (j’ai eu le même sentiment en regardant Lady chatterley de Pascale Ferran). D’autant que ce film comprend un certain nombre de scènes sans intérêt. Au premier rang desquelles je citerai celle où l’on nous montre Brandon en train d’uriner. Non pas que je sois pudibond. Je ne vois néanmoins pas en quoi cette séquence nourrit l’histoire. Elle me paraît gratuite. Sauf à supposer que Steve McQueen ou Michael Fassbender soient paraphiles et prennent leur pied dans la pratique de l’ondinisme…

Autre moment tout aussi inutile, celui où Sissy chante New York New York. Inutile et insipide ! Car on a en tête la version de Liza Minnelli dans le film de Scorsese. En sorte que l’on a envie de bousculer un peu Carey Mulligan (même si Fassbender s’en charge très bien tout au long du film !), afin d'insuffler de l'énergie à son interprétation mollassonne de ce classique. Je sais, c'est du jazz vocal. Mais c'est d'un barbant!

 

Shame 2 
Et puis il y a ce final où la rame de métro dans laquelle se trouve Brandon est stoppée par ce que l’on suppose être une tentative de suicide. Il se rappelle alors que, quelques jours auparavant, sa sœur s’amusait à se pencher sur le bord du quai. Et de se précipiter jusqu’à son appartement, où il la trouve baignant dans son sang. Mais que le lecteur de cette chronique se rassure : il sauvera la jeune femme, devenue soudain plus essentielle à sa vie que ses hormones… Désolé pour ce spoiler, toutefois il était nécessaire pour faire comprendre le côté lourdaud de cette conclusion en totale dissonance avec ce qui précède. Comment croire, en effet, à cette brusque renaissance de l’instinct familial chez Brandon, qui un peu plus tôt dans le film a tenté d’étrangler Sissy… Steve McQueen aurait dû s’arrêter au moment où son héros regarde sur le quai de la station de métro le brancard recouvert d’un drap : cela laissait au spectateur la possibilité de construire une autre fin, moins guimauve.

    
Shame aurait dû être un vertige sensoriel. Cependant, en raison du traitement quasi clinique de son sujet, il ne provoque pas le moindre trouble. Un comble ! Pourtant, Michael Fassbender donne beaucoup. Reste un bel objet agréable à la rétine, mais aussi un brin ennuyeux. On retiendra aussi l’interprétation de Carey Mulligan, qui offre une prestation intéressante (sauf lorsqu’elle pousse la chansonnette !), a des lieues des personnages sages et timides qu'elle incarne habituellement. Bref, un film un peu vain, que certains esprits turpides ne manqueront pas de rapprocher -à tort !- de Drive (qu'à l'inverse, j'ai beaucoup aimé). Je les vois venir ! Et je me prépare à leur répondre… 
 
Ma note - 2,5/5

A consulter : Press-book du film   

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Les Lyonnais

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Edmond Vidal (Gérard Lanvin), surnommé Momon, a grandi dans un camp de Gitans. Il en a retenu le sens de la famille, la loyauté et la fierté de ses origines. Il est resté très proche de Serge Suttel (Tchéky Kario), son ami d’enfance avec qui il a été en prison pour un vol de cerises. Les deux hommes ont ensuite plongé dans le grand banditisme, connaissant leurs heures de gloire avec le gang des Lyonnais, une bande de braqueurs célèbres du début des années 1970. Mais en 1974, lors d’une arrestation spectaculaire, l’aventure prend fin. Aujourd’hui à l’approche de la soixantaine, Monmon tente d’oublier cette période de sa vie, prenant soin de Janou (Valeria Cavalli), son épouse, de ses enfants et petits enfants. Cependant, Serge Suttel ne s’est pas assagi... 
 
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Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h42
Réalisation : Olivier Marchal
Scénario : Olivier Marchal
Image : Denis Rouden
Avec Gérard Lanvin (Edmond Vidal), Tchéky Kario (Serge Suttel), Daniel Duval (Christo), Patrick Catalifo (Commissaire Max Brauner)...
 

 
Critique
 
Il était difficile pour Olivier Marchal de tomber plus bas que son pathétique et sordide MR 73. Dans ce sens, et par comparaison, Les Lyonnais pourrait presque passer pour un bon film. J’insiste quand même lourdement sur le presque ! Il n’y a en effet pas grand-chose à retenir de ce nouvel opus de l’ex-policier reconverti à la réalisation.

L’intrigue est d'abord assez maladroitement construite. Le trop plein de flash-backs et l’absence de ressemblance des acteurs incarnant les personnages jeunes avec leur alter ego plus âgé -même si on a prit le soin de mettre a
u coin de la bouche des différents interprètes de Momon un grain de beauté (des effets spéciaux à la française !)- font qu’on a le sentiment de regarder deux films différents. Une impression due peut-être au fait que Marchal a d’abord envisagé de conter l’histoire des Lyonnais en deux volets, comme Jean-François Richet avec Mesrine. Il aurait été plus inspiré de l’imiter. Il aurait également pu se contenter d'évoquer le présent. Car non seulement il n'est pas un virtuose de la narration, mais en plus, les incessants aller et retour entre le passé et le présent n'ont pas de réelle raison d'être. Dans Il était une fois en Amérique, du côté duquel Olivier Marchal lorgne clairement, ils avaient une justification, le héros de Leone portant un regard désabusé sur sa vie manquée. Ici, pas de  mélancolie. Seule compte la (pseudo-)droiture de Momon, que symbolisent -sans subtilité- les mâchoires serrées et le torse bombé d’un Gérard Lanvin de moins en moins bien utilisé (que l’on songe à son inénarrable accent méridional dans Mesrine : l'ennemi public n° 1 !). Marchal aurait donc pu nous épargner ces séquences sépia qui n'apportent rien à son récit. Bon, c'est vrai qu'il ne serait pas resté grand chose...  
 
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Les Lyonnais n’est pas plus convaincant sur le fond que sur la forme. Son auteur a une théorie : les voyous d'hier avaient des valeurs, les truands d’aujourd’hui n’ont plus aucune règle. C’est son fantasme. C’est aussi, et surtout, un mythe. Car où est l’honneur lorsqu’on enlève un enfant de neuf ans -en l'occurrence Christophe Mérieux- ou qu’on abat froidement un juge devenu gênant (Louis Guillaud, dit la Carpe, reconnu dans une confession post-mortem avoir fait partie du groupe qui tua le juge Renaud en juillet 1975) ? Faits bien sûr éludés par le cinéaste… Et cette manière d'imputer à une justice trop inflexible le passage de Momon et Suttel de la petite délinquance au grand banditisme ! C’est d’un démagogique ! Certes, Marchal ne prétend pas faire un documentaire. Et je respecte sa liberté d’artiste. Cependant, puisqu’il fait le choix de s’inspirer de faits réels, il aurait pu se livrer à une réflexion morale. Bien sûr, Momon paraît regretter que la libération de son ancien compagnon se soit soldée par la mort d’une jeune policière mère de famille. Mais si cette opération a tourné au bain de sang, ce n’est pas parce qu’il a pris le risque de l’organiser : c’est parce qu’il l’a confiée à d’autres, de jeunes têtes brûlées, sans aucun principe. Une façon pour le moins tendancieuse d'envisager la responsabilité d'un criminel...
 
Ma note - 1,5/5

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Time out (In time)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Time out 1 
Synopsis
 
Année 2161, ghetto de Dayton. Will Salas (Justin Timberlake) et sa mère (Olivia Wilde) vivent au jour le jour, afin de gagner du temps, qui est la nouvelle unité monétaire depuis que l’être humain a été génétiquement modifié afin de ne plus vieillir après l'âge de 25 ans. Au-delà, un compteur crédité d'une année intégré à l'avant-bras se met en marche : s’il tombe à zéro, l'individu meurt. 
 
Un soir, le chemin de Will croise celui d’Henry Hamilton (Matthew Bomer), qu’il sauve de Fortis (Alex Pettyfer), un chef de gang local. Mais l’homme, qui a déjà vécu 105 ans, est las de l’existence. Avant de se suicider, il transfert à son sauveur un siècle de vie. Le jeune homme n’a cependant pas le temps de faire profiter sa mère de ce cadeau inespéré, cette dernière mourant dans ses bras après n'avoir pas pu se payer le bus. Will part alors pour la zone de New Greenwich, où vivent les nantis. A l’occasion d’une partie de poker dans un casino prestigieux, il fait la connaissance de Philippe Weis (Vincent Kartheiser), un homme si fortuné qu'il pourrait vivre éternellement. Celui-ci l’invite à une soirée, où il rencontre Sylvia (Amanda Seyfried), sa fille, avant d'être rejoint par des Gardiens du temps dirigés par Raymond Leon (Cillian Murphy), qui le suspecte d'avoir assassiné Henry Hamilton. Pour s'échapper, Will n’a d’autre choix que de prendre Sylvia en otage… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h49
Réalisation : Andrew Niccol
Scénario : Andrew Niccol
Image : Roger Deakins
Avec Cillian Murphy (Raymond Leon), Justin Timberlake (Will Salas), Amanda Seyfried (Sylvia Weis), Johnny Galecki (Borel)...
 

 
Critique
 
L’auteur de Bienvenue à Gattaca et du scénario de The Truman Show, Andrew Niccol, nous propose une nouvelle fois de décortiquer les dérives de notre société à travers le prisme de l’anticipation, un genre dont il s’est fait une spécialité. Ce n’est pas le premier film de l’année à jouer sur ce registre. On peut citer Never let me go de Mark Romanek, qui nous décrivait le parcours de jeunes gens destinés à donner leurs organes vitaux pour effectuer des transplantations, ou encore L'agence de George Nolfi, inspiré d’une nouvelle de Philip K Dick évoquant un monde où le libre-arbitre n’existe pas.
 
Time out est quant à lui une métaphore des ravages du capitalisme sauvage. Comme à Metropolis, mégapole divisée en deux parties, une ville haute où les dirigeants mènent une existence oisive et luxueuse, et une cité souterraine où les ouvriers s’affèrent pour faire vivre les premiers, deux univers coexistent ici, sans jamais se croiser. Si la division n’est plus verticale, mais horizontale (il faut franchir des péages pour passer d’un secteur à l’autre), le résultat est le même que dans le chef-d’œuvre de Fritz Lang : les plus pauvres, obligés d’être toujours plus productifs pour faire face à une inflation entretenue par les spéculateurs, enrichissent ces derniers en s’épuisant à reconstituer leur capital temps limité. Ils sont entraînés dans une véritable course contre la montre pour survivre.

Time out 6
L’action se situe en 2161. A une époque où l’on parle de repousser toujours plus l'âge de départ à la retraite et, surtout, d’un retour à la semaine de travail de 39 heures… payée 35… on peut se demander s’il était nécessaire d’imaginer un futur si éloigné... Dayton et New Greenwich, ce n’est peut-être pas aujourd’hui, mais c’est assurément demain.
Car, pour les salariés, l'ère du travailler plus pour... ne pas gagner moins va bientôt s'ouvrir. Les speculateurs, eux, peuvent continuer à dormir tranquille : leur argent, c'est notre temps. Et comme on va leur en donner un peu plus, sans contrepratie...
 
L’idée de départ de Time out, plutôt finaude, est plus ou moins bien exploitée par son auteur, qui cède un peu facilement à la tentation du thriller basique. Il évacue trop rapidement certains des aspects les plus fascinants –et les plus troublants- de son récit, notamment celui découlant du nivellement des âges, qui culmine dans la scène où Will arrive dans la demeure de Philippe Weis : l’homme lui présente sa fille, son épouse et sa belle-mère, toutes trois ayant l’apparence de jeunes femmes à la beauté resplendissante. Pas un instant la possibilité d’une transgression générationnelle ne semble envisagée. Will est naturellement attiré vers Sylvia, qui a à peu près son âge. Il ne faut pas choquer… Niccol ne s’interroge pas non plus sur les conséquences des actes de Will et Sylvia, qui, en redistribuant le temps à ceux qui en manquent, provoquent en retour une inflation, qui rendra la situation des indigents encore plus difficile… A ces questions, Niccol préfère l’action, quitte à être répétitif (voir les deux courses désespérées de Will vers sa mère, puis vers Sylvia, pour leur injecter du temps). 
 
Time out 4 
Les deux héros, sortes de Bonnie et Clyde du futur, ne sont pas non plus très convaincants. Non pas que Justin Timberlake et Amanda Seyfried jouent faux, mais leur côté très –trop- glamour va à l’encontre de ce que Niccol cherche à dénoncer : leur beauté, leur classe, rendent en effet le capitalisme infiniment plus séduisant que la misère crasseuse du ghetto de Dayton. En sorte qu’on prendrait bien le parti des cyniques spéculateurs du temps ! 
 
Time out n’est pas déplaisant à regarder, d’autant que Roger Deakins, fidèle chef opérateur des frères Coen, à qui l’on doit cette année la photographie de True grit et The company men, fait une nouvelle fois du très beau travail. Cependant, on peut regretter qu’Andrew Niccol n’ait pas suffisamment fouillée son idée de départ. 
 
PS – Quelqu’un peut-il m’expliquer par quel miracle In time, titre original du film, est devenu, en français, Time out ? 
 
Ma note - 2,5/5

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L'ordre et la morale

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L'ordre et la morale 1
 
Synopsis 
 
En avril 1988, la France se prépare à l'élection présidentielle qui voit s'affronter le président de la République, François Mitterrand, et le Premier ministre, Jacques Chirac. Le vendredi 22 avril au matin, à Fayaoué, sur l'île d'Ouvéa, deux jours avant le premier tour, des indépendantistes kanaks du FLNKS attaquent la gendarmerie, dans le but de l’occuper. Cependant, l’attaque dégénère et quatre gendarmes sont tués. Les survivants, soit une trentaine de personnes, sont pris en otage et séparés en deux groupes. Le premier, mené par Chanel Kapoeri, se rend dans le sud de l’île, à Mouli, où les captifs sont finalement libérés trois jours plus tard, à la demande des anciens et des coutumiers. Le second, conduit par Alphonse Dianou (Iabe Lapacas), est emmené dans une grotte près de la tribu de Gossanah.

Le capitaine du GIGN, Philippe Legorjus (Mathieu Kassovitz), est dépêché sur place avec un groupe d’intervention pour entamer le dialogue avec les preneurs d’otages. Mais il se voit bientôt placé sous les ordres des militaires, commandé par le Général Vidal (Philippe de Jacquelin Dulphé). Il comprendra vite que, lorsque les enjeux sont politiques, l’ordre n’est pas toujours dicté par la morale... 
 
Fiche techniqueL-ordre-et-la-morale---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h16
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Image : Marc Koninckx
Avec Mathieu Kassovitz (Capitaine Philippe Legorjus), Iabe Lapacas (Alphonse Dianou), Malik Zidi (JP Perrot), Philippe Torreton (Christian Prouteau)... 
 

 
Critique 
 
Encore un film que je suis allé voir avec un a priori assez négatif. Parce qu’un tel sujet se prêtait à un traitement manichéen, voire démagogique. Surtout de la part de l’auteur de La haine… Or, j’ai été heureusement surpris...

Je ne suis pas assez informé sur les faits pour évaluer l’authenticité du déroulement des événements dépeints ici, toutefois Mathieu Kassovitz me semble adopter un ton mesuré, tout en étant parfaitement documenté sur son sujet. S’il est clair qu’il choisit son camp, celui des Kanaks, il ne nous donne en effet pas à voir une réalité simpliste, exception faite, peut-être, de certains portraits de militaires dont la psychologie est assez grossière. L’assassinat des quatre gendarmes à Fayaoué nous est ainsi montré sans concession (ils sont abattus d’une balle dans le dos), même si l’on nous présente cet acte davantage comme un dérapage que comme un crime prémédité.

Il apparaît par ailleurs clairement que Kassovitz a soigneusement préparé son projet, qu’il a porté pendant dix ans. Il a recueilli les témoignages des principaux protagonistes de l’affaire, confronté les versions. S’appuyant en outre sur les rares sources écrites existantes, tel le rapport de la Ligue des droits de l’Homme ou le livre de capitaine Legorjus, il a écrit une trentaine de moutures de son scénario. Le seul reproche que l’on puisse adresser au réalisateur, sur ce point du moins, c’est que certains faits encore entourés de zones d’ombre soient mis en scène. Mais c’est la différence entre un documentaire et une fiction inspirée d’événements réels : des choix doivent être réalisés, des libertés peuvent être prises…
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Pour ma part, j’ai trouvé que Mathieu Kassovitz cerne bien les enjeux politiques dans lesquels ont été pris les acteurs sur le terrain, qu’ils fussent militaires, gendarmes, militants indépendantistes ou civils, ce qui donne de la crédibilité à son film. J’y vois de la sincérité, de l’honnêteté. Bien sûr, une telle œuvre ne manquera pas de soulever quelques polémiques, tant il est difficile –impossible ?- en France de se pencher sur l’histoire récente. Même si quelques jeunes cinéastes font preuve en la matière de plus d’audace -et de courage- que par le passé (voir L’assaut de Julien Leclercq, autre bonne surprise de cette année).
 
L’ordre et la morale est moins réussi sur le plan de sa construction. Il peine en effet à trouver son équilibre entre action et conflit intime du personnage principal, d’où une impression de faux rythme. Sur la forme, ses clins d’œil répétés à Apocalypse now ont pour conséquence qu'il ne peut échapper à une comparaison avec le monument de Coppola. Un parallèle qui se fait au désavantage évident du réalisateur français. Sa mise en scène manque singulièrement de souffle. Kassovitz n’est pas un visionnaire, contrairement à son aîné américain. Sans doute est-il aussi trop appliqué à reconstituer fidèlement la tragédie d’Ouvéa…
 L'ordre et la morale 2
 
Malgré tout, l’assaut final est filmé avec une belle d’énergie. Sa représentation presque abstraite, avec une caméra très mobile, restitue bien l’extrême confusion des combats dans la jungle. Il y a également cette lumineuse idée de mêler deux temps dans une même séquence, permettant ainsi à Legorjus de vivre en direct l’attaque de la gendarmerie de Fayaoué grâce au récit, déroulé sous forme de flash-back, de Samy. On retiendra enfin la qualité de la bande originale, dont les chants mélanésiens ne sont pas sans évoquer un autre grand film de guerre, La ligne rouge. Rien de très étonnant, puisque son auteur, Klaus Badelt, a collaboré avec Hanz Zimmer sur la partition du chef-d’œuvre de Terrence Malick… 
 
Après l’échec artistique de son exil américain, Mathieu Kassovitz nous revient donc avec un film solide, à défaut d’être inspiré. A voir… 
 
Ma note - 2,5/5

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50/50

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Le quotidien d'Adam (Joseph Gordon-Levitt), 27 ans, bascule le jour où on lui diagnostic une forme très rare de cancer. Il l'annonce alors à sa petite amie, Rachael (Bryce Dallas Howard), son meilleur ami, Kyle (Seth Rogen), et sa mère (Anjelica Huston) qui, tous trois, vont réagir différemment à la nouvelle et conduire le jeune homme à s'interroger sur la manière dont il veut vivre cette épreuve… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h40
Réalisation : Jonathan Levine
Scénario : Will reiser
Image : Terry Stacey
Avec Joseph Gordon-Levitt (Adam), Seth Rogen (Kyle), Anna Kendrick (Katherine), Bryce Dallas Howard (Rachael), Anjelica Huston (Diane)...
 

 
Critique
 
Le principal mérite de Jonathan Levine et de son scénariste, Will Reiser, est d’aborder ici un sujet grave sans jouer la carte du pathos. L’histoire est pourtant très personnelle, puisque Reiser est lui-même un ancien malade du cancer. Un thème dramatique, largement autobiographique : deux points qui rapprochent 50/50 de La guerre est déclarée. La comparaison s’arrête cependant là, car le film de Valérie Donzelli est traité avec plus d'intensité. Mais peut-être le regard sur ce dernier est-il faussé par le fait qu’il mettait en scène un enfant… 
 
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L’autre force de 50/50 réside dans sa galerie de personnages, éminemment attachants. En tête, je citerai Anna Kendrick, dans un rôle de débutante maladroite proche de celui qu’elle tenait dans In the air de Jason Reitman. Et même si elle est assez improbable dans la peau de cette jeune thérapeute, elle est infiniment touchante. Joseph Gordon-Levitt offre une nouvelle fois une composition très juste (il était déjà formidable dans (500) jours ensemble), évoluant avec une adresse funambulesque entre humour sensible et émotion. Seth Rogen fait son numéro habituel, cependant c’est sans doute grâce à lui que le film ne bascule pas dans le genre larmoyant. Quelques beaux seconds rôles illuminent également cette histoire, notamment Mitch (Matt Frewer) et Alan (Philip Baker Hall), avec qui Adam se lie d’amitié pendant ses séances de chimiothérapie. La délicatesse de ses portraits fera d’autant plus regretter celui du médecin qui annonce à Adam son cancer : la scène où il enregistre son compte rendu d’examen, sans même prêter attention à la présence du malade, est un brin caricaturale. Peut-être est-ce du vécu, car il est vrai que certains très bons praticiens sont parfois assez dépourvus de psychologie, même si ce n’est pas la majorité. Dans ce cas, son attitude dans cette séquence est en contradiction avec son ton certes direct, mais plus humain, lorsqu’il annonce à son patient que le traitement n’a pas eu l’effet espéré et qu’il va devoir être opéré.
 
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Bien qu’imparfait, 50/50 n’en méritait pas moins son maintien dans la sélection du Festival d’automne organisé sur Christoblog. Je m’en suis largement expliqué, toutefois je souhaite revenir un instant sur cette controverse. La raison invoquée pour son exclusion, à savoir qu’il n’est pas assez diffusé en VO, me semble en effet des plus ambiguës, Chris disant par ailleurs sur un groupe d’expression qu’il n’a pas hésité à enlever [50/50] du festival : les critiques sont plus que moyennes partout...

En son temps, Tron : l’héritage (programmé dans le cadre du Festival d’hiver) fut probablement vu majoritairement en VF. Or, cela n’avait dérangé personne. Je ne comprends donc pas pourquoi ce point soulève une telle difficulté aujourd’hui. Avant de prendre cette décision radicale, on aurait au moins pu interroger les participants sur leur volonté ou non de conserver ce film. C’eût été une manière de montrer du respect envers ceux qui ont fait l’effort de jouer le jeu en se déplaçant pour une oeuvre qu’ils n’avaient pas spécialement envie de voir.

Je conviens de bonne grâce que, au regard des problèmes auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée, tout cela est bien dérisoire ! Cependant, la question de la VO-VF l’est tout autant. Aussi quand Chris écrit je ne peux absolument pas envoyer des gens voir un film en VF, c'est trop dur pour moi !, peut-on également sourire. Je ne doute pas que l’intéressé me rétorquera que c’était de l’humour. Néanmoins, si tel n'est pas le cas, je tiens à l'assurer qu'on peut se faire violence et consentir à
voir, si la cause est digne, un film en langue étrangère en français...

Quoi qu’il en soit, on ne m’y reprendra plus. C’est la dernière fois que je m’inscris à ce Festival, dont les règles sont à géométrie variable. Pour moi, le seul motif légitime d’exclusion d’un film est sa diffusion limitée (peu importe la version). Pour le reste, c’est du purisme de pacotille, pour ne pas dire du snobisme. N’en déplaise à certains, je pense en effet que l’on peut voir un film de Jonathan Levine en VF sans que son sens en soit fondamentalement dénaturé. Cela leur apparaîtra sans doute comme une forme de dédain. Pas du tout ! La preuve que je ne méprise pas le cinéma de cet auteur, c’est que j’ai fortement milité pour le maintien de 50/50 dans la sélection du Festival. Las ! les piliers historiques de cette vénérable manifestation en ont décidé autrement. Leur parole a force de loi. Comme celle que reçut Moïse de la part de Yahweh sur le mont Sinaï.
 
 
Aucun film en VF tu ne verras...
 
PS – Je précise à Chris qu’il dispose bien sûr d'un droit de réponse… 
 
Ma note - 2,5/5

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Intouchables

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Intouchables 1
 
Synopsis 
 
A la suite d’un accident de parapente, Philippe (François Cluzet), riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss (Omar Sy), un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. A priori, la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… intouchables… 
 
Fiche techniqueIntouchables - Affiche
 
Filme français
Année de production : 2011
Durée : 1h52
Réalisation : Olivier Nakache, Eric Toledano
Avec François Cluzet (Philippe), Omar Sy (Driss), Anne Le Ny (Yvonne), Audrey Fleurot (Magalie), Alba Gaïa Kraghede Bellugi (Elisa)...
 

 
Critique 
 
Encore un film tire-larmes et bien-pensant me suis-je dit en lisant le pitch d’Intouchables. Aussi avais-je exclu a priori d’aller le voir. Mais le phénomène qui l’entoure depuis sa sortie, l’excellent bouche à oreille dont il bénéficie, ont éveillé ma curiosité et m’ont amené à penser que j’avais, peut-être, porté un jugement un peu rapide sur cette nouvelle réalisation du tandem Eric Toledano-Olivier Nakache, dont j’avais par ailleurs apprécié Nos jours heureux. Au bout du compte, qu’en est-il ? Certes, comme le relève quelques commentateurs, ce n’est pas du grand art en matière de mise en scène, hormis la séquence d’ouverture, qui ne manque pas d’une certaine virtuosité. On pourrait également lui reprocher quelques clichés un peu faciles ou le classicisme de son scénario (la plupart des comédies reposent sur cette rencontre entre deux personnages issus d’univers que tout oppose). Cependant, il faudrait avoir l’esprit sacrément mal disposé pour s’en tenir à ces défauts et rester insensibles au formidable duo formé par François Cluzet et Omar Sy. Leurs échanges sont réjouissants et font presque systématiquement mouche. Et bien que le sujet soit des plus délicats, jamais leurs traits d’humour ne mettent mal à l’aise. 
     
Intouchables 2
 
C’est que le rire est ici vital, salvateur. Non seulement il aide les deux protagonistes à ne pas sombrer dans le désespoir de leur handicap respectif, l’un physique, l’autre social, mais il permet aussi au film d’éviter un pathos toujours désastreux. L’émotion ne pointe que discrètement, pudiquement, essentiellement dans la dernière scène, lorsque le regard de Philippe, attablé dans le restaurant où il attend la jeune femme avec qui il correspond depuis plusieurs mois (il ne sait en fait pas à cet instant qu’il a rendez-vous avec elle), croise celui de Driss, qui s’éloigne sur la plage de Dunkerque. 
 
Intouchables ne serait évidemment pas ce qu’il est sans ses deux interprètes principaux, en parfaite osmose. On connaissait déjà l’immense talent de François Cluzet. Omar Sy révèle ici toute l’étendue du sien, qui va bien au-delà de son rôle d’amuseur cathodique. Les deux comédiens forment un beau couple de comédie, comme on n’en a plus vu depuis longtemps.
    Intouchables 4
 
Bref, un grand film populaire au sens noble du terme (une formule qui devrait me valoir les sarcasmes de l’intelligentsia de la blogosphère !), c’est-à-dire sachant divertir, tout en respectant le public. Eric Toledano et Olivier Nakache ne prennent en effet pas les spectateurs pour des demeurés, à la différence d’un Dany Boon. Derrière l’amusement, il y une dimension humaine et sociale. Peut-être n’est-elle pas très originale. Du moins a-t-elle le mérite d’exister, ce que relève avec une jolie formule le journal Le Monde : En deuxième rideau, le film file une métaphore généreuse, qui montre tout l'intérêt de l'association entre la vieille France paralysée sur ses privilèges et la force vitale de la jeunesse issue de l'immigration. 
 
Ma note - 3/5

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Contagion

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Une pandémie dévastatrice ravage la planète… Au Centre de prévention et de contrôle des maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le docteur Ellis Cheever (Laurence Fishburne), confronté à un vent de panique collective, fait appel à une jeune doctoresse, Erin Mears (Kate Winslet). Leonora Orantes (Marion Cotillard), de l’OMS, s’efforce quant à elle de remonter aux sources du fléau… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h46 
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z Burns
Avec Gwyneth Paltrow (Beth Emhoff), Laurence Fishburne (Docteur Ellis Cheever), Kate Winslet (Docteur Erin Mears), Matt Damon (Mitch Emhoff), Jude Law (Alan Krumwiede), Marion Cotillard (Docteur Leonora Orantes)...
 

 
Critique 
 
Ma grande nosophobie me faisait craindre un spectacle particulièrement anxiogène. Mais il n’en est rien. Pourtant, ce thriller choral se distingue par son traitement particulièrement réaliste, pour ne pas dire clinique (voir l’autopsie de Beth Emhoff). Alors, qu’est-ce qui fait que Contagion ne fonctionne pas, qu’il ne provoque pas l’effroi, qu’on ne se sent pas concerné ? Peut-être est-ce un effet de l’emballement médiatique de l’épisode H1N1, qui nous amène aujourd’hui à considérer un tel sujet avec un brin de cynisme. Sans doute cela tient-il aussi au fait que le propos de Soderbergh se dilue dans plusieurs intrigues secondaires mettant en scène des personnages trop désincarnés pour susciter l’intérêt. C’est le cas, par exemple, de celui du docteur Leonora Orantes, interprété par une Marion Cotillard qui poursuit une carrière hollywoodienne aussi prestigieuse… qu’insignifiante et muette. En effet, que ce soit sous la direction de Michael Mann (Public ennemies) ou de Christophe Nolan (Inception), on ne peut pas dire qu’elle se soit vu jusque-là confier des rôles très denses et très dialogués. Bon, sachons gré tout de même à Soderbergh de ne pas lui avoir fait fredonner La vie en rose ou L’hymne à l’amour 
 
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On reprochera également à Soderbergh certains traits caricaturaux : l’origine du mal vient ainsi d’Asie ; la famille recomposée est décimée, alors que le modèle plus traditionnel est préservé ; la femme adultère figure parmi les premières victimes (ah ! l’infâme pécheresse !), tandis que l’homme trompé bénéficie d’une miraculeuse immunité…
 
Tout n’est toutefois pas à rejeter. On retiendra notamment l’intéressant rôle dévolu à Jude Law, blogueur militant aux motivations ambiguës, dont il aurait été tendant de faire, par démagogie, une sorte de chevalier blanc face aux autorités étatiques et à l’industrie pharmaceutique, mais qui en réalité joue sur les rumeurs pour asseoir sa notoriété et s’enrichir, ainsi que la mise en scène de Soderbergh, toujours d’une absolue élégance. C’est néanmoins un peu mince pour convaincre, surtout de la part d’un tel auteur. Cependant, avant de le juger trop sévèrement, il faut garder à l’esprit qu’il nous a habitués, depuis le début de sa carrière, a alterné projets ambitieux et films ludiques, lesquels lui permettent généralement de financer les premiers. Espérons que son prochain opus, Haywire, programmé pour février prochain, appartiendra à ceux-ci… 
 
Ma note - 2,5/5

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Polisse

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Le quotidien des policiers de la Brigade de protection des mineurs ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… 
 
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Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h07
Réalisation : Maïwenn Le Besco
Image : Pierre Aïm
Avec Karin Viard (Nadine), Joey Starr (Fred), Marina Foïs (Iris), Nicolas Duvauchelle (Mathieu), Maïwenn Le Besco (Melissa)...
 


Critique 
 
Maïwenn Le Besco nous propose ici une plongée dans le quotidien à la fois professionnel et personnel de policiers de la Brigade de protection des mineurs. Un sujet délicat, qui aurait pu vite sombrer dans le manichéisme. La diversité des personnages et des situations permet cependant à la cinéaste d’éviter le piège d’une vision simpliste, voire démagogique. Par le rire, elle échappe aussi à l’écueil du sordide et du pathos. L’humour est certes parfois en décalage avec des situations particulièrement dérangeantes. Je pense, par exemple, à cette scène où une adolescente avoue avoir accepté de faire une fellation à plusieurs garçons pour récupérer son téléphone mobile. Si les rires des policiers qui l’interrogent peuvent sembler obscènes, ils permettent également de dédramatiser l’instant. De plus, ils sont pour moi d’un total réalisme. Dans des métiers au quotidien éprouvant, on exorcise en effet souvent l’intolérable ainsi. Ce n’est peut-être pas très fin, mais cela permet de tenir. 
 
Cette impression de vérité est l’autre point fort du film de Maïwenn. Elle tient d’abord à l’incroyable implication des acteurs, tous formidables. Comme dans L’Apollonide, le magnifique film de Bertrand Bonello, ils forment un ensemble cohérent et parfaitement crédible, duquel il est difficile de faire ressortir une personnalité. Je citerai tout de même la prestation de Joey Starr. Si je continue de ne pas tenir en haute estime l’homme (et c’est un euphémisme), son jeu à fleur de peau est ici bluffant. Et inattendu. La vérité se dégage aussi du style nerveux de la réalisatrice, qui, contrairement à ce que prétendent certains critiques (Le Monde, Cahiers du cinéma), ne fait pas du sitcom. 
 
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Si Polisse ne cède pas à la tentation du pathétique, il n’en contient pas moins quelques scènes très poignantes. La plus marquante étant celle du petit garçon africain arraché à sa maman SDF. Son désespoir résonne longtemps dans le cœur du spectateur. A moins d’être insensible… 
 
Ce film n’est bien sûr pas parfait. La seconde partie s'étire en longueur. Les situations sont un peu répétitives. Maïwenn aurait certainement gagné à resserrer son propos. Le rôle qu’elle s’attribue n’est pas non plus d’une grande utilité. Certains personnages sont en outre un peu caricaturaux, tel ce père accusé d’inceste, dont l’attitude provocante face aux enquêteurs me paraît peu crédible. Malgré tout, Polisse est une œuvre forte, qui prend aux tripes. Et tant pis si elle agace les cérébraux ou les spectateurs avides de sensations plus troubles ! En tous cas, le cinéma français nous a offert en cette fin d’année trois très belles surprises, dont deux signées par des femmes (La guerre est déclarée). Seraient-elles l’avenir du Septième art hexagonal ? 
 
Ma note - 3,5/5

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The thing

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The thing 1
 
Critique 
 
La paléontologue Kate Lloyd (Mary Elizabeth Winstead) part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s'abat sur les membres de l'expédition, les décimant un à un. Kate s'allie au pilote américain Carter (Joel Edgerton) pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer… 
 
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Film américain
Durée : 1h43
Année de production : 2011
Scénario : Eric Heisserer 
Avec Mary Elizabeth Winstead (Kate Lloyd), Joel Edgerton (Braxton Carter), Ulrich Thomsen (Sander Halvorson), Eric Christian Olsen (Adam Goodman)... 
 
 
Critique 
 
The thing version 2011 est plus un remake qu’une préquelle du film de John Carpenter. Comme la chaîne Action a eu la bonne idée de rediffuser ce dernier samedi soir, j’ai pu comparer ces deux adaptations de La chose d’un autre monde, de l’écrivain John W Campbell (déjà portée à l’écran en 1951 par Howard Hawks et Christian Nyby). Et force est de constater que les évènements représentés ici sont pour l’essentiel une réplique de l'original. On y retrouve les mêmes effets narratifs (dysfonctionnements du lance-flamme, isolement des individus suspectés d’avoir été infectés, évasion de ceux-ci…) et esthétiques (usage des lens flares, qui connaissent aujourd’hui un retour en grâce (Super 8)). Aussi est-il singulier de constater que ceux qui crient au génie devant le film de Carpenter font la fine bouche devant ce spectacle, presque en tous points identique. Tout au plus peut-on reprocher à Matthijs van Heijningen Jr son manque d’originalité (même s’il se démarque de son modèle en introduisant –n’y voyez pas un mauvais jeu de mots de ma part !- un élément féminin dans son intrigue) ou l’inutilité de sa démarche. 
 
The thing 2 
Cependant, la copie qu’il nous livre est honorable. Les scènes d’action sont efficacement menées, les métamorphoses de la créature plutôt réussies… De plus, il a le bon goût de ne pas abuser de certaines ficelles un peu usées (il y a quelques jump scares, mais pas trop). Enfin, il réussit à relier assez astucieusement son film à celui de Carpenter, justifiant ainsi -in extremis, certes- son statut de préquelle.
 
Le casting est également convaincant. Joel Edgerton, après ses prestations dans Animal Kingdom et Warrior, confirme sa belle année. Mary Elizabeth Winstead, quant à elle, se voit enfin confier un rôle plus dense qu’à l’accoutumée. Son personnage n’est en effet pas uniquement là pour satisfaire le public masculin (même si elle est loin d’être désagréable à regarder !). Il possède une véritable autorité sur l’équipe de scientifiques. Et puis, il est le seul à échapper à la Chose. Si bien que l’on peut imaginer –craindre- une rencontre future entre Kate Lloyd et MacReady.
 
Ma note - 2/5

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The artist

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Hollywood, 1927. George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du muet à qui tout sourit. Son dernier film, A russian affair, est un succès. Mais le studio qui l’emploie, la Kinograph, est convaincu que l’avenir du cinéma passe par le parlant. Or, George refuse cette évolution. C’est le début pour lui de la chute. Dans le même temps, Peppy Miller (Bérénice Bejo), une jeune figurante qu’il avait croisée à la première de son ultime triomphe, va être propulsée au firmament des stars… 
 
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Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h40
Réalisation : Michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin (George Valentin), Bérénice Bejo (Peppy Miller), John Goodman (Zimmer), James Cromwell (Clifton)...
 

 
Critique 
 
The artist n’est pas un objet si unique qu'on veut bien le dire. S’ils ne sont pas légion, d’autres films muets ont en effet été tournés bien après l’avènement du parlant. On peut citer, parmi les plus récents, Dracula, pages tirées du journal d'une vierge (2002), du Canadien Guy Maddin. Cependant, le plus souvent il s’agit de démarches expérimentales.

Comme toujours chez Michel Hazanavicius, on se situe ici au niveau du pastiche. Un genre dont les qualités artistiques peuvent être réelles (Proust imita à merveille Balzac, Flaubert ou encore Sainte-Beuve dans Pastiches et mélanges), mais qui a aussi ses limites. The artist nous le rappelle. Car si l’auteur d’OSS 117 rend une copie plaisante, le résultat est somme toute assez impersonnel, ce qui fait qu’on peine à se sentir concerné par la déchéance de cette gloire du muet et par son histoire d’amour avec une étoile montante.
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The artist pose également problème sur un plan plus formel. J’ai eu le sentiment d’un décalage entre ce à quoi mon œil d’amoureux du muet est habitué et ce que nous propose Hazanavicius. Je ne sais comment expliquer clairement cette impression. Car l'habillage est parfait... En fait, si le film est en noir et blanc et sans parole, il n’en appartient pas moins à notre époque. Sa grammaire, son montage sont contemporains, malgré ses multiples allusions aux grands maîtres du genre (voir la belle scène où Peppy Miller passe, avec une tendresse toute chaplinesque, son bras dans la manche de la redingote de George, ou cet effet de surimpression d’une bobine sur l’œil de ce dernier, qui lui donne un faux-air de Fritz Lang). En sorte que The artist apparaît aussi un peu artificiel…
 
Michel Hazanavicius nous apporte une nouvelle fois la preuve de ses talents d'imitation. J’attends maintenant qu’il nous démontre qu’il possède un style propre. Néanmoins, son pari audacieux et son amour du cinéma –que l’on devine sincère- méritent d’être salués, même s'il doit se méfier : à force de faire des films-hommages, il risque de faire un cinéma nécrologique... On retiendra également le jeu de Dujardin et de sa partenaire. Le visage du premier, d’une plasticité rare, lui permet de retrouver l’expressivité des acteurs du muet. Quant à Bérénice Bejo, elle n’a sans soute jamais été aussi juste.
 
Ma note - 2,5/5

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Drive

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

  Drive 1

 

Synopsis 

 

Un jeune homme solitaire, Driver (Ryan Gosling), conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Dans ce dernier cas, il a son propre code : jamais il ne prend part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant. Shannon (Bryan Cranston), le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose (Albert Brooks), un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse participer à des compétitions de stock-car. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino (Ron Perlman), dans le projet. C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene (Carey Mulligan) et de son fils… 

 

Fiche techniqueDrive---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h40

Réalisation : Nicolas Winding Refn 

Scénario : Hossein Amni 

Image : Newton Thomas Sigel 

Avec Ryan Gosling (Driver), Carey Mulligan (Irene), Bryan Cranston (Shannon), Albert Brooks (Bernie Rose), Ron Perlman (Nino)...  

 


 

Critique 

 

Pour certains, Drive serait un exercice de style virtuose, mais creux. Pour d’autres, Nicolas Winding Refn se contenterait ici de faire du Tarantino. Ce qui n’est évidemment pas, sous leur plume, un compliment. Car après l’avoir porté injustement aux nues, de nombreux cinéphiles vouent aujourd’hui le cinéaste américain -avec tout en autant d’excès- aux gémonies (et j’ai le sentiment que Tim Burton est en train de subir le même sort…).

 

La première critique me semble très imméritée et bien dans la mentalité française, toujours prompte à intellectualiser, donc à regarder avec une sorte de dédain la forme. Or, qu’est-ce que le cinéma ? Un art essentiellement visuel. Aussi les seules qualités esthétiques peuvent-elles suffire à faire un grand film. Je vois aussi poindre derrière ce type de propos un mépris -également très ancré dans notre culture- pour le cinéma de genre.

 

Le second reproche me semble tout aussi ténu. Il y a en effet pour moi peu de liens entre les œuvres des deux réalisateurs fréquemment associés dans les chroniques des blogueurs. Ils ont une manière différente de représenter la violence. Chez Refn, elle est brute et sans concession, chez l’auteur de Kill Bill elle a souvent un côté ludique, presque folklorique. L’univers du Danois est par ailleurs très éloigné des logorrhées tarantinesques, certes parfois brillantes (voir l’échange entre le major Dieter Hellstrom et Hicox dans Inglourious Basterds), mais aussi souvent abrutissantes (Boulevard de la mort)… 

 

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Si je devais chercher une influence à Drive, ce serait –outre Martin Scorsese et Michael Mann, bien sûr- dans le cinéma coréen que je la trouverais. D’abord par l’importance des scènes nocturnes, par la manière avec laquelle Newton Thomas Sigel, le directeur de la photographie du film (un fidèle de Bryan Singer), utilise les lumières de la nuit. Il réalise ici un travail d’une élégance absolue, captant chaque nuance de l’éclairage urbain, chaque reflet. Autre point commun avec les productions venues du pays du Matin calme, Drive raconte la trajectoire solitaire d’un homme usant d'une violence sans limite pour jouer les bons samaritains. Ce schéma est celui de The chaser (Jung-ho, l’ex-flic devenu proxénète, se lance dans une chasse à l'homme pour tenter de sauver l'une de ses filles, Mi-jin), Breathless (Sang-hoon impitoyable recouvreur de dettes, s’humanise au contact d’une jeune lycéenne) ou encore The man from nowhere (Cha Tae-sik, un ancien agent des forces spéciales, décide de sortir de sa retraite pour arracher aux mains d’un parrain de la drogue la fille de sa voisine). Une trame narrative certes classique, mais terriblement efficace. Et elle n’est pas moins dense ici que chez Na Hong-jin, Yang Ik-joon ou Lee Jeong-beom.

 

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Refn ne se contente cependant pas d’appliquer des recettes éprouvées. Il s’en joue aussi, notamment grâce à une galerie de personnages des plus atypiques. Driver, magnifiquement incarné par Ryan Gosling, visage lisse et blouson satiné, est ainsi très éloigné du héros viril auquel le cinéma d’action a habitué le spectateur. Carey Mulligan, avec son expression douce et mélancolique, est également à des lieues du cliché de l’épouse de détenu. De la même manière, le réalisateur se démarque de ses modèles par son refus d’une mise en scène tape-à-l’œil (pas de montage frénétique à la Tony Scott, par exemple).

 

Drive, œuvre viscérale et virtuose, n’est donc pas -contrairement à ce que prétendent ses détracteurs- qu’un exercice de style appliqué. Refn transcende les codes du film d’action, qu'il réinvente. Alors, bien sûr, il ne nous fait pas voyager dans différentes strates de rêves. Il ne nous ménage pas non plus une rencontre avec un velociraptor prenant soudain conscience, au détour d’une rivière, des notions de bien et de mal. Mais ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre ! 

 

Ma note - 4,5/5

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Dream house

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis

 

Editeur à succès, Will Atenton (Daniel Craig) quitte son emploi à New York pour déménager avec sa femme, Libby (Rachel Weisz) et ses enfants dans une ville pittoresque de Nouvelle Angleterre. En s’installant, ils découvrent que leur maison de rêve a été le théâtre du meurtre d’une mère et de ses deux enfants. Toute la ville pense que l’auteur n’est autre que le père, qui a survécu aux siens…

 

Fiche techniqueDream-house---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h31

Réalisation : Jim Sheridan 

Scénario : David Loucka 

Image : Caleb Deschanel 

Avec Daniel Craig (Will Atenton), Naomi Watts (Ann Patterson), Rachel Weisz (Libby), Elias Koteas (Boyce), Marton Csokas (Jack Patterson)... 

 


 

Critique 

 

Ce thriller psychologique a été très fraichement accueilli –c’est un euphémisme- par la critique. Il faut bien avouer que cette histoire n’est pas d’une folle originalité : un couple récemment installé dans une nouvelle maison se retrouve bientôt confronté à d’étranges phénomènes. Autour de ce sujet, on peut citer, rien que pour cette année, The silent house, Insidious, Derrière les murs. Les deux premiers n’ont pas laissé dans mon esprit une trace indélébile, si ce n’est, pour le deuxième, le craquant minois de Rose Byrne. Ici, le spectateur masculin n’est pas mal servi non plus, puisqu’il a droit, pour le prix d’une place, à Rachel Weisz et Naomi Watts…

 

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Il est vrai également qu’on a connu Jim Sheridan plus inspiré. A sa décharge, on doit signaler qu’il n’est pas vraiment aidé par le scénario imaginé par l'obscur David Loucka. L’intérêt d’un film à twists, c’est que ceux-ci soient suffisamment bluffants pour nous donner envie à la fin de la projection de remonter mentalement le fil du récit, afin de déterminer à quel moment on s’est laissé abuser et de vérifier si tous les éléments sont cohérents. M Night Shyamalan nous a offert un modèle avec Sixième sens. On ne retrouve pas ici cette virtuosité narrative. Les rebondissements sont très vite éventés. La faute peut-être à Shutter Island, qui nous donne pas mal de pistes quant au profil psychologique du personnage incarné par Daniel Craig. Et les explications sont parfois un peu capillotractées (voir celle donnée par le psychiatre sur la construction du nom de Will). 

 

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Dream house n’est cependant pas aussi infâmant que certains se plaisent à le dire. L’auteur d’Au nom du père ne manque pas de talent, même si l’orientation prise par sa carrière est aujourd’hui un peu décevante. Son équipe technique est par ailleurs solide. Le travail de Caleb Deschanel -directeur de la photographie de L’étoffe des héros, The patriot : le chemin de la liberté ou encore de La passion du Christ- est d’excellente facture. Il a su créer une ambiance assez intrigante, en particulier grâce au contraste entre les scènes extérieures, essentiellement nocturnes et hivernales, et les intérieurs, éclairés de lumières chaudes. Entre les deux, les fenêtres, très présentes, forment une sorte d'interface mentale entre la réalité et le monde fantasmé par Will. Givrées ou couvertes de buée, elles sont pour moi comme le symbole de ses désordres psychologiques… 

 

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Côté interprétation, Rachel Weisz et Naomi Watts sont parfaites, même si la seconde est un peu sous-employée. Rachel Weisz excelle dans ce type de rôle empreint de douceur maternelle. Daniel Craig est en revanche moins à l'aise. C’est un acteur physique, pas un cérébral. Aussi peine-t-il à rendre sensibles (et crédibles) les tourments de son personnage. 

 

Dream house est évidemment très loin de rivaliser avec Shining, le chef-d’œuvre absolu du genre. Mais ce n’est pas non plus un honteux navet. A voir, pour son casting en tétons… Heu ! en béton (merci Nicolas de m’avoir suggéré ce délicat jeu de mots)… 

 

 Ma note - 2/5

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We need to talk about Kevin

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

We need to talk about Kevin 1

 

Synopsis

 

Eva (Tilda Swinton) a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin (Ezra Miller). Mais la communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire. 

 

Fiche techniqueWe need to talk about Kevin - Affiche 1

 

Film britannique

Année de production : 2011

Durée :

Réalisation : Lynne Ramsay

Scénario :

Image :

Avec

 


 

Critique

 

Voilà le genre de film qui donne raison à la fameuse phrase de Truffaut : On peut se demander s’il n’y a pas incompatibilité entre le mot cinéma et le mot Angleterre. Il ne dément pas non plus l’analyse de Godard à propos du cinéma des années 1940-45 : Les Russes ont fait des films de martyre. Les Américains ont fait des films de publicité. Les Anglais ont fait ce qu'ils font toujours dans le cinéma, rien. Ni celle de la critique Pauline Kael : Les Anglais savent écrire, ils savent jouer la comédie (ou à tout le moins ils savent merveilleusement dire un texte, ce qui suffit à nous remplir d'admiration), mais ils ne savent pas réaliser des films. Bon, je reconnais que ces propos sont aussi méprisants qu’injustes -Hitchcock et Powell, pour ne citer qu’eux, ce n’est quand même pas rien- et que je fais preuve d’une parfaite mauvaise foi en m’appuyant sur eux pour critiquer ce film dégueulasse

 

We need to talk about Kevin 2 

Désolé pour ce mot vulgaire, mais c’est le premier qui me vient à l’esprit lorsque je repense à We need to talk about kevin. Je sais que je ne vais pas m’attirer de nouveaux amis en écrivant ces lignes, cependant, après ce que j’ai déjà dit sur Harry Potter, je crois que je n’ai plus rien à craindre… Il faut dire que j’en ai assez de voir qualifier de chef-d’œuvre des films malsains qui n’ont souvent d’autre objet que de provoquer, de choquer... Certes, ce troisième long métrage de Lynne Ramsay est glaçant et le trouble qu’il provoque dure longtemps après la projection (pour reprendre des expressions largement usitées à son propos). Est-ce pour autant un gage de qualité ? Pas toujours, ainsi que le prouve ce film. Le propos de la cinéaste est d’un symbolisme si insistant -la couleur rouge, omniprésente- qu’il frise très vite le ridicule. Et ce n’est pas son évocation d’une relation mère-enfant dénaturée qui rattrape l’affaire. C’est de la psychologie de hussard. Ta mère préférait le bruit d’un marteau-piqueur à tes pleurs d’enfant ? Tu seras donc un sociopathe ! Une thèse aussi subtile que celle qui explique l’antisémitisme pathologique d’Hitler par l’origine juive du médecin qui soignait sa mère… 

 

Démonstratif (Ezra Miller surjoue son personnage), tape-à-l’œil, We need to talk about kevin interroge tout de même sur la manière dont les sociétés anglo-saxonnes envisagent -via leurs cinéastes- leur jeunesse. Que l’on songe à l’éprouvant Eden Lake de James Watkins ou au récent Neds de Peter Mullan, mais aussi à Elephant ou Bowling for Columbine. Le tableau est très sombre, voire inquiétant… Quant au cinéma britannique, je trouve que sa production actuelle relève de la surenchère. Une évolution qui ne m'intéresse pas...

 

Ma note - 1/5

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Mes meilleures amies (Bridesmaids)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Mes meilleures amies 2
 
Synopsis
 
Annie (Kristen Wiig) a la poisse. Son fiancé l’a quittée et son nouvel amant est un goujat. Lillian (Maya Rudolph), sa meilleure amie, file quant à elle le parfait amour. Lorsqu’elle lui annonce son futur mariage, Annie oublie ses soucis pour se consacrer à son rôle de témoin et transformer les préparatifs en un moment magique et privilégié. Mais c’est sans compter sur les autres amies de Lillian, l’insatiable et athlétique dragueuse Megan (Melissa McCarthy), la candide Becca (Ellie Kemper), l’ex-beauté Rita (Wendi McLendon-Covey) et l’ultra-snob Helen (Rose Byrne)… toutes incontrôlables et décidées à donner de la voix pour imposer leurs choix dans l’organisation de l’enterrement de vie de jeune fille. Débute alors une délirante aventure…      
   
Fiche techniqueMes meilleures amies - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h05
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Kristen Wiig, Annie Mumolo
Image : Robert D Yeoman
Avec Kristen Wiig (Annie Walker), Rose Byrne (Helen Harris), Maya Rudolph (Lillian), Melissa McCarthy (Megan), Ellie Kemper (Becca)...   
 


Critique
 
Avec ce Very bad trip au féminin, Paul Feig ne fait pas dans la dentelle. On est dans la lignée du cinéma de Judd Apatow (ici producteur) ou des frères Farrelly. Autant dire que l’humour n’est pas des plus légers et frise souvent le mauvais goût ! C’est la raison pour laquelle on peut être quelque peu surpris par l’accueil très élogieux que la critique professionnelle française réserve à Mes meilleures amies. Même les journaux les plus exigeants -ou les plus prétentieux, c’est selon le point de vue- sont dithyrambiques. Le Monde, par exemple, parle à son propos de cimes burlesques inexplorées...

Mais peut-être ce point de vue n’est-il pas si étonnant. On pourrait même y voir une tendance de fond. Que l’on se souvienne du dossier de plus de vingt pages consacré à Judd Apatow par les Cahiers du cinéma en octobre 2009. La critique hexagonale affiche depuis quelques années -par snobisme ?- une sorte de vénération pour les comédies les plus trashs produites outre-Atlantique, percevant derrière le grotesque, la scatologie, la vulgarité, une critique acerbe de la société américaine, voire un discours social. Fabien Reyre, sur le site Critikat, écrit ainsi : De même, le discours social sur fond de crise (l’héroïne a dû fermer sa pâtisserie) ancre Mes meilleures amies dans un contexte qui, s’il peut paraître un brin opportuniste, a le mérite de donner un bref aperçu des angoisses de l’Américain(e) moyen de 2011
 
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Que l’on me pardonne mon approche beaucoup plus terre-à-terre, mais pour ma part j’attends seulement d’un tel film qu’il soit drôle. Mes meilleures amies y parvient incomplètement. Quelques scènes devraient certes rester dans les mémoires pour leur exubérance burlesque, comme celle de l’essayage. L’interprétation de Kristen Wiig (auteur du scénario), parfaite en paumée à qui rien ne réussit, l’abattage de Melissa McCarthy, presque aussi allumée et incontrôlable que Zach Galifianakis (pour poursuivre la comparaison avec Very bad trip) sont également à porter au crédit de ce film. Mais l’ensemble comporte trop de ruptures de rythme (l’histoire finit comme une banale comédie romantique) pour totalement convaincre et justifier l’adjectif hilarant du San Francisco Chronicle apposé sur les affiches… Ah ! j’oubliais : il y a Rose Byrne. Définitivement délicieuse…
 
Ma note - 2/5

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Restless

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Restless 1
 
Synopsis
 
Bien qu’en phase terminale d’un cancer, Annabel Cotton (Mia Wasikowska) est animée d’un amour profond de la vie et de la nature. De son côté, Enoch Brae (Henry Hopper) a cessé d’avoir envie de faire partie du monde depuis que ses parents sont tragiquement morts dans un accident. Lorsque ces deux êtres à part se rencontrent à un enterrement, ils se découvrent d’étonnants points communs. Pour Enoch, dont le meilleur ami se trouve être le fantôme d’un pilote de guerre kamikaze (Ryo Kase), et Annabel, qui voue une fascination à Charles Darwin et à la vie de toute créature, c’est le début d’une relation exceptionnelle. En apprenant la mort imminente d’Annabel, Enoch propose de l’aider à vivre ses derniers jours avec intensité, au point de défier le destin, les traditions et la mort elle-même.
 
Fiche techniqueRestless - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h31
Réalisation : Gus van Sant
Scénario : Jason Lew
Image : Harris Savides
Avec Mia Wasikowska (Annabel Cotton), Henry Hopper (Enoch Brae), Ryo Kase (Hiroshi Takahashi), Schuyler Fisk (Elizabeth Cotton)...
 


Critique
 
Cette histoire d’amour est évidemment touchante. Le couple formé par Mia Wasikowska et Henry Hopper est certes très mignon. Quant aux couleurs de l’automne portlandais, elles flattent indubitablement la rétine. Cependant, soyons honnête, si ce film était signé d’un obscur tâcheron hollywoodien, et non pas d’un auteur respecté, on crierait au mélo ! Car il faut bien reconnaître que Gus van Sant nous a habitués par le passé à un peu plus d’audace que cette guimauve douceâtre…
 
Restless 2
 
Restless est très fadement mis en scène. Les dialogues véhiculent quelques platitudes, pour ne pas dire des clichés assez lourdauds. C’est le cas de l’échange entre les deux médecins dans un couloir de l’hôpital, qui se donnent rendez-vous au golf, à 17 heures : on se croirait dans un sketch des Inconnus ! Plus problématique est cette vision immature -bien sûr, les deux héros sont adolescents, mais tout de même- de la maladie et de la mort. On ne meurt pas ainsi, même à cet âge. Je sais d’expérience –récente- que le cancer n’a rien de romantique. Ce n’est pas un calme endormissement dans des limbes délicieux où les lumières de l’esprit s’éteignent, où le corps, délivré de son tyran, s’abandonne aux joies délirantes de la liberté (Honoré de Balzac, La peau de chagrin). Aussi préfère-je –et de loin- le regard porté sur ce fléau par Valérie Donzelli dans La guerre est déclarée. Ce qu’elle nous dépeint est crûment réaliste, sans pour autant être désespéré…

Le jeu d’Henry Hopper ne m’a pas plus convaincu. Son dandysme lymphatique m’a même donné envie de le souffleter copieusement. Mia Wasikowska n’est pas plus à son avantage. En fait, le seul personnage véritablement incarné du film est, paradoxalement, Hiroshi, le fantôme du pilote japonais, interprété par Ryo Kase, vu il y a quelques années dans Lettres d’Iwo Jima. Bon, un autre point positif tout de même, Restless dure seulement 1h31. C’est un moindre mal !
 
Ma note - 2/5

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L'Apollonide : souvenirs de la maison close

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
L’Apollonide est une maison close installée dans une demeure d’apparence luxueuse. Quelques habitués s’y rendent le soir, pour retrouver dans un cadre feutré une dizaine de jeunes femmes obligées de vendre leurs charmes pour rembourser leurs dettes à la tenancière de l’établissement (Noémie Lvovsky). Il y a là Samira (Hafsia Herzi), Clotilde (Céline Sallette), Julie (Jasmine Trinca), Léa (Adèle Haenel), Madeleine (Alice Barnole)... Leur vie s’écoule entre attente, satisfaction des fantasmes des clients, crainte de la maladie et menace d’expulsion…
 
Fiche techniqueL-Apollonide---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h02
Réalisation : Bertrand Bonello
Scénario : Bertrand Bonello
Image : Josée Deshaies
Avec Hafsia Herzi (Samira), Céline Sallete (Clotilde), Jasmine Trinca (Julie), Adèle Haenel (Léa), Alice Barnole (Madeleine), Noémie Lvovsky (Marie-France)... 
 


Critique
 
L’Apollonide évoque a priori le très controversé -et néanmoins magnifique- film de Louis Malle, La petite. Ce n’est cependant qu’une illusion. Car bien que ce dernier traitât d’un sujet extrêmement grave (la prostitution enfantine), il y avait quelque chose de lumineux et de presque joyeux dans son traitement. Ici, au contraire, hormis une échappée impressionniste au bord d’un étang, on reste confiné dans le clair-obscur spleenétique de la maison close, sorte de serre tropicale étouffante et privée de lumière où s’étiolent peu à peu, sous les effets conjugués de l’ennui, de la syphilis, du champagne et des vapeurs d’opium, les femmes-fleurs qui y sont emprisonnées. Le plaisir y est un poison mortifère. On songe bien sûr au poème de Baudelaire, Femmes damnées : 
 
 L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.
 
L’univers de l’auteur des Fleurs du mal traverse d’ailleurs tout le film. Ainsi, lorsque la Juive -surnom de l’une des pensionnaires de l’établissement- se voit infliger une blessure qui laissera son visage figé dans un sourire éternel et tragique, pense-t-on à cette autre pièce : 
 
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma sœur !
 
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L’apollonide est sans doute l’un des films les plus ardemment féministe qu’il m’ait été donné de voir. Si la chair des femmes y ait blessée, souillée, humiliée, c’est pour mieux en clamer la beauté, le mystère, mais aussi pour mieux dénoncer la domination exercée par les hommes -et plus globalement la société- sur elle depuis la nuit des temps. Deux scènes mettant en scène la Juive illustrent douloureusement ce propos. La première, particulièrement éprouvante, concerne sa mutilation par un client. La seconde, tout aussi cruelle, même si elle est moins violente en apparence, la met en scène dans une soirée libertine où elle est exhibée comme un monstre. L’une des participantes, une femme d’un certain âge, demande très dignement que l’on pince ses seins afin de vérifier qu'elle continue à sourire, malgré la douleur… Malgré de nombreuses scènes de nudité, ce film est donc tous sauf sensuel. Ce que semble regretter l’un des critiques de Télérama : Vu le sujet, le comble est de priver le film de toute sensualité. Autant dire qu’il n’a rien compris aux intentions de Bertrand Bonello…

L'Apollonide 1
 
Au-delà du propos, qui m’a profondément touché, j’ai admiré la qualité de la reconstitution. L’esprit de l’époque est subtilement rendu au travers de bribes de conversation tenues hors-champ (affaire Dreyfus, inauguration du métro…), de même que l’esthétique. Le récit, construit tel une mosaïque complexe où se répètent certaines scènes, et la mise en scène ne manquent par ailleurs pas d’audace (on notera en particulier le recours, inhabituel dans un film historique, au split-screen). Tout comme la bande originale, qui utilise quelques musiques modernes. Cependant, à la différence de Sofia Coppola dans Marie-Antoinette, il ne s’agit pas ici de faire dans le dépoussiérage branché. Cet anachronisme permet de marquer l’intemporalité de la condition de ses femmes, que la dernière scène rend magnifiquement, même si elle peut surprendre… 
 
L'Apollonide 4
 
L’interprétation est au diapason. Côté féminin, il est impossible de détacher une actrice plutôt qu’une autre, tant elles forment un groupe cohérent, ce que recherchait le réalisateur : Il fallait que les filles fonctionnent ensemble, en synergie. J’étais beaucoup plus obsédé par l’idée de former un groupe que par avoir un premier rôle. On soulignera tout de même la performance d’Alice Barnole, dans un –premier- rôle très difficile (la Juive). On relèvera également, côté masculin, la présence de nombreux cinéastes, dont Xavier Beauvois, parfait d’ambigüité perverse… 
 
L’Apollonide est un grand film, certes parfois glaçant, mais nécessaire. Pour l’instant, le meilleur film français de cette année, avec La guerre et déclarée. 
 
Ma note - 4,5/5

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