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Hommage à Marilyn Monroe (1er juin 1926 - 5 août 1962)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Marilyn Monroe - André de Dienes 1

 

Il y a cinquante ans, dans la nuit du 4 au 5 août 1962, disparaissait Marilyn. L’une des rares personnalités du cinéma dont on peut se contenter d’écrire seulement le prénom. Si vous ne fréquentez pas seulement les salles obscures, mais aussi les librairies, vous avez sans doute remarqué que cet anniversaire n’a pas manqué d’aiguiser l’appétit des marchands du temple. Difficile de recenser tous les livres consacrés à l’interprète de Sept ans de réflexion. Je ne vais donc pas me lancer dans un inventaire, d’autant que la plupart de ces publications ne présentent pas beaucoup d’intérêt. Je signalerai uniquement un ouvrage de l’éditeur allemand Taschen, André de Dienes : Marilyn. Ce coffret publié il y a un peu plus d’un an reproduit, en deux volumes, les travaux de l’un des premiers photographes de Marilyn Monroe, André de Dienes. 

 

Le photographe d’origine hongroise connut la future star dès 1945. Il travaillait alors pour le magazine Vogue et était à la recherche de modèles féminins pour des photos de nu artistique. Emmeline Snively, de l’agence Blue Book, lui adressa une débutante de 19 ans : Norma Jeane Baker. Quant Norma Jeane se présenta à ma porte plus tard dans l’après-midi, explique-t-il dans ses mémoires, je crus à un miracle. Je clignai des yeux ébahis. On aurait dit un ange. Un ange charnel et sexy ! Envoyé rien que pour moi ! Elle me fit un effet monstre ! […] Entre nous, le courant passa instantanément.

 

Le livre présente des clichés assez rares, sans doute moins glamours que ceux auxquels nous sommes habitués, mais aussi plus authentiques. Les premiers nous montrent ainsi une jeune fille lumineuse, naturelle et pleine de vie, prompte à s’amuser. On la découvre sur la plage de Malibu, puis dans la vallée de la Mort, sur les routes de l’Arizona, la vallée de Yosemite ou sur le mont Hood, dans l’Oregon.

 

Marilyn Monroe - André de Dienes 2

 

De Dienes retrouva la jeune femme à l’été 1946. Norma Jeane, qui avait attiré l’attention d'un cadre de la Twentieth Century Fox, Ben Lyon, était devenue Marilyn Monroe.

Ces retrouvailles furent naturellement marquées par plusieurs séances, dont l’une, particulièrement émouvante et mélancolique, sur la plage de Malibu. Tous deux venaient de visiter le Hollywood Forever Cemetery. Peut-être marquée par le souvenir du mausolée de Rudolph Valentino, l’actrice eut l’idée de montrer au photographe à quoi elle ressemblerait une fois qu’elle serait morte : Je pris la photo. C’était la fin de l’après-midi. Nous nous trouvions au sommet d’une falaise, surplombant l’océan. Le paysage et la lumière du soleil couchant étaient magnifiques. De Dienes réalisa des montages de ce cliché, tous plus poétiques et prémonitoires les uns que les autres. En les voyant, on songe au poème de Rimbaud, Ophélie.

    Marilyn-Monroe---Andre-de-Dienes-9.jpg 

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…

 

Dans les années qui suivirent, le photographe et son modèle se perdirent de vue. Marilyn n’était plus la charmante Norma Jeane que j’avais connue, écrivit-il au soir de la séance de Malibu. Elle sortait au célèbre restaurant Romanoff’s de Beverly Hills. Je me sentais terriblement humilié, délaissé et laissé pour compte. Cette nuit-là, l’actrice l’appela, pour lui raconter l’épouvantable soirée qu’elle venait de passer et lui proposer de poser pour lui le lendemain. Mais De Dienes lui répliqua sèchement qu’elle ne l’intéressait plus et qu’il s’apprêtait à partir pour New York. 

 

Trois ans plus tard, au cours de l’été 1949, Marilyn, qui assurait la promotion à New York de La pêche au trésor de David Miller et Leo McCarey (avec les Marx Brothers), recontacta De Dienes. S’ensuivit une séance sur Tobey Beach. Ces photos que je pris d’elle en 1949 montrent une jeune Marilyn. Les poses sont décontractées […]. Peu m’importait la manière dont le vent soulevait ses cheveux, ni même qu’elle soit ébouriffée. 

 

Le photographe s’installa l’année suivante à Los Angeles. Marilyn lui rendait de temps à autres visite. Elle n’était pas encore la star absolue que l’on connait, même si elle était apparue dans Quand la ville dort de John Huston et Eve de Joseph L Mankiewicz. Elle venait se lamenter sur son sort, se rappelle De Dienes dans ses mémoires, discuter de certains de ses problèmes et même me demander mon avis au sujet de tout et de rien. Puis elle nous cuisinait un repas et faisait la vaisselle. 

 

L’année 1953 marqua l’apogée de leur collaboration. L’une des séries de photos les plus troublantes a pour décor une ruelle isolée de Beverly Hills : Tard une nuit, Marilyn me téléphona pour me dire qu'elle n'arrivait pas à dormir. Elle me proposa d'aller faire des photos […]. Elle voulait poser triste et esseulée. Je sautai hors de mon lit, rassemblai mon équipement et nous partîmes prendre des photos toute la nuit. Je n'avais pas de flash mais, la nécessité étant la mère de l’invention, je l'éclairai avec mes phares de voiture. Les images qui en résultèrent étaient très mélodramatiques. Jouait-elle la comédie, était-elle consciente que quelque chose n'allait pas dans sa vie ou sentait-elle que la tragédie l'attendait au tournant ? Difficile de répondre. Quoi qu’il en soit, il y a dans ces clichés quelque chose de spectral, une mélancolie profonde, annonciatrice de son destin… 

 

Marilyn Monroe - André de Dienes 4 

Par la suite, De Dienes et Marilyn ne se virent plus que par intermittence. La dernière fois, le 1er juin 1961, jour de son anniversaire : Elle était si ravissante, mais si triste, assise parmi les piles habituelles de valises et de malles, prête à repartir pour New York. […] Quel contraste étonnant entre cette rencontre et celle que nous avions eue plus de quinze ans plus tôt. A présent, l’âme de ma chère Norma Jeane était meurtrie.

Une âme que De Dienes représenta, dans un montage, flottant parmi les étoiles. Telle est bien sa place…

A lire : André de Diennes : Marilyn (Taschen, 2011)

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