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Les moissons du ciel (Days of heaven)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les moissons du ciel 1
 
Synopsis 
 
1916, près de Chicago. Bill (Richard Gere) doit fuir la fonderie où il a eu une altercation avec un contremaître. Il prend la direction du Texas en compagnie de sa sœur Linda (Linda Manz), âgée d'une douzaine d'années, et de sa petite amie, Abby (Brooke Adams), qu'il fait passer pour sa sœur aînée. Au terme du voyage, le trio est engagé pour la durée de la moisson dans une grande ferme dont le jeune et riche propriétaire (Sam Shepard) s'éprend d'Abby, qu'il demande bientôt en mariage. Bill accepte, par calcul, une union dont il pense qu'elle sera de courte durée. En effet, il a surpris une conversation au cours de laquelle Chuck a appris de son médecin qu'il n'avait guère plus de temps à vivre… 
 
Fiche techniqueLes moissons du ciel - Affiche
 
Film américain
Année de production : 1978
Durée : 1h34
Réalisation : Terrence Malick
Scénario : Terence Malick
Avec Richard Gere (Bill), Brooke Adams (Abby), Sam Shepard (Le fermier), Linda Manz (Linda), Robert J Wilke (Le contramaître)...  
 

 
Critique

En 1940, John Ford adaptait Les raisins de la colère de Steinbeck. Dans ce film, le réalisateur nous invitait à suivre la pénible migration vers la Californie d’une famille d’Okies expulsée de sa ferme à l’époque de la Grande dépression. Les moissons du ciel s’inscrit dans cette tradition du cinéma américain, celle des grands espaces et de l’attachement viscéral à une terre dont la conquête est fondatrice de la culture et de l’identité du Nouveau monde. On retrouve ici les mêmes thèmes que dans le chef-d’œuvre de Ford : un progrès technique -industriel et/ou agricole- qui aliène et déracine l’Homme, l’espoir vain de trouver l’Eldorado dans les états de l’Ouest et du Sud, une lutte des classes entre travailleurs saisonniers et grands propriétaires terriens, qui débouche sur un drame, et même une certaine parenté esthétique, notamment en termes de références picturales…
 
 
Dans Les moissons du ciel, Terrence Malick filme d’abord la majesté du monde, notamment rural, qui se love aussi bien dans le développement souterrain d’une graine (photo), que dans des gouttelettes de rosée s’accrochant aux barbes d’un épi de blé (photo)… La nature est l’enjeu majeur de ce récit. Elle n’est pas ici un simple décor. Elle est un personnage à part entière. Le cinéaste américain prend le temps de rendre sensibles ses manifestations les plus infimes, ses palpitations les plus intimes, comme il s’attarderait sur le visage d’un acteur pour en capter les émotions. Il la représente tel un être animé d’une force vitale susceptible de provoquer l’extase par sa beauté. Dans ce sens, Malick se fait l’écho de la pensée de Ralph Waldo Emerson. Le chef de file du mouvement Transcendantaliste dit ainsi dans Nature : A nobler want of man is served by nature, namely, the love of Beauty. The simple perception of natural forms is a delight. Cependant, pour susciter cette réaction, l’âme de l’Homme doit être en relation étroite, presque organique, avec celle de la nature : The greatest delight which the fields and woods minister, is the suggestion of an occult relation between man and the vegetable. […] Yet it is certain that the power to produce this delight, does not reside in nature, but in man, or in a harmony of both. 
 
Les moissons du ciel 2 
Les moissons du ciel est à relier aussi avec la philosophie d’Henry David Thoreau, le disciple d’Emerson, et l’auteur de Walden or life in the woods, un des textes fondateurs du nature writing. Dans ce livre qui raconte les deux années passées par l’écrivain dans une cabane proche de l’étang de Walden Pond, la Terre est présentée comme un organisme vivant. Dans le dernier chapitre, intitulé Spring, il écrit : Nature has some bowels, and there again is mother of humanity. […] The earth is not a mere fragment of dead history, stratum upon stratum like the leaves of a book, to be studied by geologists and antiquaries chiefly, but living poetry like the leaves of a tree, which precede flowers and fruit-not a fossil earth, but a living earth. La Terre est donc non seulement la mère de l’humanité, Gaïa, mais aussi un poème vivant, comme les feuilles d’un arbre. Une phrase qui est comme une définition du cinéma de Malick. 
 
Autre point commun entre les deux œuvres : la place accordée aux sons. Walden or life in the woods est un livre qui s’écoute autant qu’il se lit. Les bruits les plus divers –sifflement d’un train, chant des cloches, hululement d’une chouette…- y sont rendus par de délicates touches impressionnistes : All sound heard at the greatest possible distance produces one and the same effect, a vibration of the universal lyre […]. There came to me in this case a melody which the air had strained, and which had conversed with every leaf and needle of the wood. On retrouve dans les nombreux silences des Moissons du ciel la même vibration de la lyre universelle, qui fait de ce film une symphonie de la nature…
  Les moissons du ciel 3
 
Plus loin, on peut lire : You may melt your metals and cast them into the most beautiful moulds you can ; they will never excite me like the forms which this molten earth flows out into. Là encore, la vision de Thoreau inspire le réalisateur des Moissons du ciel. Pour lui, comme pour l’écrivain (lire à ce sujet son essai Life without principle), progrès technique et harmonie spirituelle entre l’Homme et la nature sont antagonistes.

Le début du film oppose ainsi clairement l’environnement dégradé de la fonderie où travaillent Bill et Abby (photo) et la pureté nitescente des paysages agrestes du Texas (photo). Celle-ci est toutefois fragile. Elle aussi est menacée, en particulier par la mécanisation, qui meurtrit la nature (photo). Consciente des blessures infligées à la Terre par l’être humain, la jeune Linda confie d’ailleurs qu’elle aimerait devenir un docteur de la Terre (photo). On retrouve ici un thème développé dans Les raisins de la colère, où Ford filmait l’avancée des tracteurs à travers la plaine telle une scène de guerre.

Le progrès, lorsqu’il est motivé par le seul appât du gain, est porteur de périls, aussi bien pour l’Homme que pour son milieu (les deux étant dans l’idéal intimement liés, comme on l’a vu). Ce dont témoignent en creux, et sous forme d’avertissement, ces paroles du contremaître du fermier, annonciatrices de la catastrophe finale : Je pense que vous êtes l’un des hommes les plus riches du Texas. Je crois que vous devriez vous retirer maintenant. Vous ne ferez jamais mieux.
 
 
Cette catastrophe prend devant la caméra de Malick des accents très bibliques. Les sauterelles renvoient en effet à l’antépénultième châtiment infligé par Dieu à l'Egypte pour convaincre Pharaon de laisser partir le peuple d'Israël : Si tu refuses de laisser aller mon peuple, voici, je ferai venir demain des sauterelles dans toute l'étendue de ton pays. Elles couvriront la surface de la Terre, et l'on ne pourra plus voir la Terre ; elles dévoreront le reste de ce que vous a laissé la grêle, elles dévoreront tous les arbres qui croissent dans vos champs ; elles rempliront tes maisons, les maisons de tous tes serviteurs et les maisons de tous les Egyptiens. […] Quand ce fut le matin, le vent d'orient avait apporté les sauterelles. Les sauterelles montèrent sur le pays d'Egypte, et se posèrent dans toute l'étendue de l’Egypte ; elles étaient en si grande quantité qu'il n'y avait jamais eu et qu'il n'y aura jamais rien de semblable. Elles […] dévorèrent toute l'herbe de la Terre et tout le fruit des arbres, tout ce que la grêle avait laissé ; et il ne resta aucune verdure aux arbres ni à l'herbe des champs, dans tout le pays d'Egypte (Livre de l’Exode, chapitre 10, v 4-15).
 Les-moissons-du-ciel-102.PNG 
Ce fléau apparaît d’abord sous la forme de deux insectes d’aspect inoffensifs, simples éléments d’une magnifique nature morte d’inspiration flamande (photo). Mais bien vite, leur monstruosité se révèle. Leur œuvre de destruction est alors amplifiée par l’image -ils sont filmés en gros plan (photo)- et les sons. L’invasion est la réponse de la Terre à sa surexploitation et à l’avidité de l’Homme.

C’est à une véritable guerre que celui-ci va être confronté. L’arrivée du nuage est d’ailleurs annoncée par une sirène, comme s’il s’agissait d’une attaque aérienne. Des millions de sauterelles s’abattent soudainement sur les champs, rependant les ténèbres (photo), la neuvième plaie d’Egypte : Moïse étendit sa main vers le ciel ; et il y eut d'épaisses ténèbres dans tout le pays d'Égypte, pendant trois jours. On ne se voyait pas les uns les autres, et personne ne se leva de sa place pendant trois jours. Mais il y avait de la lumière dans les lieux où habitaient tous les enfants d'Israël (Livre de l’Exode, chapitre 10, v 22-23).

Pour défendre son bien, le fermier lance contre l’insaisissable ennemi ses troupes (photo). Les cultures deviennent champs de bataille. Rien ne peut toutefois repousser cette Blitzkrieg dévastatrice, pas même les engins agricoles, transformés en chars d’assaut (photo). Il ne reste plus qu’une solution, désespérée, la politique de la terre brûlée, comme en Russie en 1812 et en 1941. L’Homme finit tout de même par l’emporter. C’est cependant une victoire à la Pyrrhus : tout est détruit…
 
 
Les moissons du ciel 5 
La dimension religieuse des Moissons du ciel transparait également dans la manière qu’à Malick de filmer la maison du maître. Elle s’élève au-dessus des blés, telle la cathédrale de Chartres dominant la Beauce. On peut la regarder aussi comme une sorte d’arche, car le vent transforme les cultures l’entourant en un océan d’or ondoyant (photo). On songe évidemment à la Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres de Péguy : 
 
    Et la profonde houle et l’océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés…
 
 
La nature fondamentalement marine de la vaste étendue céréalière est encore soulignée par les mouettes la survolant (photo), la silhouette du bateau dessinée avec des pierres par le fermier sur les terres labourées (photo) et la musique de Camille Saint-Saëns, Aquarium, dont la pureté cristalline, due à l’harmonica de verre -l’orgue angélique, selon la belle expression de Paganini- et aux arpèges descendants de piano, confère une fluidité toute aquatique au balancement des épis.
     Les moissons du ciel 56
 
Cette transmutation contribue à l’onirisme de cette œuvre. D’autres images y participent, tel ce groupe de chevaux s’ébattant à la tombée de la nuit sur une terre givrée (photo), cette ombrelle arachnéenne oubliée dans un pré (photo) ou ce verre abandonné au fond d’un cours d’eau (photo). Un plan d’une insolite beauté, qui me rappelle ce passage d’A la recherche du temps perdu : Je m'amusais à regarder les carafes que les gamins mettaient dans la Vivonne pour prendre les petits poissons, et qui, remplies par la rivière, où elles sont à leur tour encloses, à la fois contenant aux flancs transparents comme une eau durcie, et contenu plongé dans un plus grand contenant de cristal liquide et courant, évoquaient l'image de la fraîcheur d'une façon plus délicieuse et plus irritante qu'elles n'eussent fait sur une table servie, en ne la montrant qu'en fuite dans cette allitération perpétuelle entre l'eau sans consistance où les mains ne pouvaient la capter et le verre sans fluidité où le palais ne pourrait en jouir.
 
Dans Les experts (de la poudre aux yeux), article que j’ai déjà largement cité en chroniquant Prometheus, Stéphane Delorme stigmatise ces gestes inutiles – Mikael Blomkvist rattrapant une bouteille tombée d’un frigo dans Millenium, par exemple- et ces détails pour rien –effets sonores de La taupe- qui émaillent un certain cinéma aujourd’hui à la mode, hyper-maîtrisé, mais désaffecté et sans émotion. Cette surdétermination de l’insignifiant, selon l’expression du critique, n’a d’autre but que de maintenir en éveil le spectateur, ou plutôt le fan, qui remplira les vides, mobilisera toute son énergie pour décoder, décrypter… car il y a forcément une vérité derrière ces images sibyllines… L’ombrelle et le verre des Moissons du ciel relèvent-ils de ce maniérisme irritant ? Non. Malick ne nous abuse pas en faisant semblant de nous révéler quelque secret. Il se contente de filmer un pur moment de grâce. Tout simplement. Et comme tout ce qui est beau, cela suffit à élever l’âme...
  Les moissons du ciel 7
 
La chronologie aberrante des saisons -une journée d’été succède ainsi à une nuit hivernale (photo)- concourt également à cette atmosphère fantasmatique. Tout comme le passage dans la nuit du train fantomatique transportant le Président Wilson (photo), l’apparition inopinée de la troupe de comédiens en avion (photo), l’épouvantail se dressant à contre-jour entre un ciel rouge sang et une terre d’ébène, et le subtil travail sur la photographie.
 
Celle-ci est l’œuvre de Néstor Almendros, collaborateur régulier de Rohmer et Truffaut, en particulier sur Le dernier métro, pour lequel il obtint un César. L’essentiel du film a été tourné à l’heure bleue, aux premières lueurs de l’aube ou aux derniers feux du jour, comme pour mieux rendre compte des états d’âme des personnages, sans cesse sur le fil, entre ombre et lumière.

Malick et Almendros amalgament ici des sources d’inspiration très diverses. Si la maison du fermier renvoie au célèbre tableau d’Eward Hopper, The house by the railroad (photo), qui servit également de modèle à l’inquiétante demeure de Norman Bates dans Psychose (photo), c’est à la peinture de Georges de La Tour que le traitement de la lumière renvoie le plus explicitement -un autre point commun avec Les raisins de la colère (photo). Almendros compose de sublimes clairs-obscurs grâce à une photographie sans éclairage additionnel (photo), imitant ainsi John Alcott, le chef opérateur de Barry Lyndon, sorti quelques mois seulement avant le début du tournage des Moissons du ciel. Leur travail respectif valut d’ailleurs aux deux hommes d’être oscarisés…
  Les moissons du ciel 8
 
L’influence de Johannes Vermeer est aussi perceptible dans plusieurs plans, dont celui nous montrant la jeune Linda en train de préparer le repas. La perspective, la source de lumière (une fenêtre), la palette de couleur et le sujet sont typiques du maître de Delft.

On retiendra encore le lien manifeste avec
City girl de Murnau, cinéaste particulièrement admiré par Almendros. Outre les scènes de moissons (photo), on retrouve en effet la même approche de la lumière (photo), comme le confirme John Bailey, cadreur sur Les moissons du ciel : L’analogie est telle, ne serait-ce que dans l’emploi de la lumière, entre Les moissons du ciel et City girl, que je serais très étonné d’apprendre que c’est fortuit.

D’autres effets expriment cet amour d’Almendros pour le cinéma muet. Ainsi, quand le fermier observe à la longue-vue Abby (photo), songe-t-on aux transitions par fermeture et ouverture d’iris caractéristiques des premiers temps du Septième art.
 
 
Les moissons du ciel 9 
Œuvre d'une ampleur exceptionnelle, Les moissons du ciel est aussi l’occasion d’une réflexion sociale. En effet, si Malick est un panthéiste naturaliste, il n’en oublie pas l’Homme. Il est au centre de son récit. Et ce d’autant plus qu’il nous immerge, comme toujours, dans les pensées de l’un de ses personnages, en l’occurrence Linda.

A l’harmonie de la nature, symbolisée par une horizontalité que rien ne rompt (photo), le cinéaste oppose -pour mieux les dénoncer- les divisions profondes du corps social, organisé en strates verticales indépassables. Plusieurs fois, on voit le fermier en position dominante (photo), sur le toit de la maison, occupé à régler une girouette (photo), ou sur la galerie du premier étage, assistant au départ de Bill. A l’inverse, celui-ci est essentiellement filmé en plongée (photo). Un instant, il tente de s’élever –métaphoriquement- au-dessus de sa condition, s’embarquant à bord de l’avion des comédiens (photo). Sa chute n’en sera que plus tragique. La société ne permet pas de telles d’audaces…
 
 
Pour porter cette tragédie, Terrence Malick réunit un casting d’exception. En tête, Sam Shepard, dans son troisième film en tant qu’acteur (il ne faut pas oublier qu’il fit ses débuts comme scénariste en 1969, pour Me and my brother de Robert Frank). Il compose ici un personnage complexe, a priori étranger à la notion d’ordre social, puisque tombant amoureux d’Abby. Un monologue de Linda le présente de cette façon : Il n’y avait pas de méchanceté en lui. Si on lui donnait une fleur, il la gardait pour toujours. Il savait qu’il allait mourir bientôt, mais il ne se plaignait pas, et il n’allait pas pleurnicher partout, comme font la plupart des gens. J’avais un peu pitié de lui, car il n’y avait personne pour le défendre, ou être à ses côtés, lui tenir la main quand il était triste ou qu’il avait besoin qu’on s’occupe de lui. Il était touchant.

Cependant, lorsque la ruine s’abat sur lui, il nous montre un tout autre visage, celui du propriétaire, qui a tout pouvoir, même de vie et de mort, sur ceux qui sont à son service. Ainsi, une fois la catastrophe accomplie, ligote-il la jeune femme à l’un des piliers de la maison (photo) et part-il à la recherche de son amant, une arme à la main, pour se venger. Le film prend alors des accents de western. Un genre dans lequel Sam Shepard excelle ces dernières années (L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et Blachtorn).
    Les moissons du ciel 10
 
Dans un rôle initialement écrit pour John Travolta, rôle très éloigné des play-boys de comédies romantiques qui ont fait sa gloire, Richard Gere nous montre toute l’étendue d’un talent hélas souvent mal exploité. La scène où le fermier le met en joue est à cet égard exemplaire. Face à une mort qu’il pense inévitable, Bill lance un bref regard de côté, comme pour contempler une ultime fois les beautés du monde (photo). Son expression n’est certes pas très spectaculaire. Sans doute passe-t-elle inaperçue à la plupart des spectateurs. Elle donne néanmoins une intensité incroyable à cette confrontation.

Gere, comme Shepard, incarne un personnage ambigu. En jetant la femme qu’il aime dans les bras d’un autre, il échafaude un plan en apparence sordide, le fermier étant atteint d’une maladie incurable. Mais peut-on le juger ? Face à la misère, au désespoir, a-t-il un autre choix ?
 
Abby est le centre de gravité du trio, comme Catherine dans Jules et Jim. Elle n’a cependant aucune prise sur les évènements. Elle ne calcule pas. N’écoutant que son cœur, elle succombe d’abord aux sentiments que lui inspire le fermier, puis suit Bill dans sa fuite lorsqu’il commet l’irréparable. Brooke Adams lui prête son visage mélancolique. Dommage que ses apparitions au cinéma aient été aussi rares, l'actrice ayant privilégié une carrière théâtrale...
    Les moissons du ciel 79 
Les moissons du ciel est pour moi le chef-d’œuvre de Terrence Malick, avec La ligne rouge, peut-être encore plus fort, en raison du contexte historique. Ce qui me fascine chez cet auteur, c’est son extrême cohérence. Cela l’expose certes au risque de se répéter (certains le lui reprochent). Il n’empêche, c’est sans doute le seul cinéaste en activité dont on peut dire qu'il est l'héritier de Kubrick...
 

Ma note - 5/5
 
Terrence Malick sur ce site : The tree of life

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The tree of life

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The tree of life 2
 
Synopsis
 
Jack grandit entre un père autoritaire (Brad Pitt) et une mère aimante (Jessica Chastain), qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire… 
 
Fiche techniqueThe tree of life - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h19
Réalisation : Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Avec Brad Pitt (Monsieur O'Brien), Sean Penn (Jack), Jessica Chastain (Madame O'Brien), Hunter McCracken (Jack jeune), Tye Sheridan (Steve)...  
 


Critique
 
Pour moi, qui suis un admirateur -jusque-là inconditionnel- de Terrence Malick, The tree of life est une claque. Au mauvais sens du terme, malheureusement ! J’attendais un grand film sur la vie, sur ses origines, sur son sens, sur la mort... Hélas, la réflexion métaphysique tourne court. Elle se limite ici à quelques commentaires en voix-off d’une affligeante banalité et à un patchwork d’images certes magnifiques, mais sans grand intérêt : un volcan en éruption (s’agit-il de l’Eyjafjöll ?), la nébuleuse de la Tête de cheval… Au détour d’une rivière du Crétacé, on croise un raptor épargnant l'un de ses semblables. Quelques 70 millions d'années plus tard, on verra le jeune Jack s'amuser sur les berges du même cours d'eau, dont le tracé n'aura pas varié. L'érosion n'existe pas dans l'univers de Malick... La scène du dinosaure me pose d'ailleurs problème. Quelle est sa raison d’être ? Fait-elle pendant à l’homme préhistorique de 2001, l’odyssée de l’espace ? S'agit-il de montrer que l'affrontement entre le bien et le mal remonte à la nuit des temps ? Peu importe, en réalité. Elle est avant tout une faute de goût impardonnable -par la médiocrité de l’animation et son anthropomorphisme incongru- et incompréhensible... J’en ai été gêné pour Malick… 
 
The-tree-of-life-5.png 
Le discours très religieux du film m’a aussi pas mal embarrassé. Non pas que je sois athée. Je ne rejette en effet pas a priori l'éventuelle dimension divine de nos origines. Cependant, ici, on est assez proche de la bigoterie. En tous cas, on est loin de la subtilité des autres films du réalisateur, et notamment La ligne rouge. Sur la forme, si l'on retrouve souvent le style de Malick (nombreuses vues d'arbres en contre-plongée, par exemple), le réalisateur s'égare tout de même en chemin, nous faisant alors du Danny Boyle : main effleurant le rocher, contre-plongée au fond d'une gorge, comme dans 127 heures. Mais si cette esthétique clipesque fonctionne dans ce dernier cas, elle me paraît peu appropriée quand on ambitionne une démarche philosophique.

Côté interprétation, on n’est également pas loin du gâchis, avec un Sean Penn qui semble se demander ce qu’il fait dans cette galère. Il prend l’air las, sans doute pour masquer son ennui. Pourtant, il a la chance de n’être présent à l’écran que quelques minutes. Le spectateur, lui, doit supporter l’épreuve durant 138 longues minutes. Le volet familial de The tree of life est finalement ce qu'il y a de plus réussi. Cette partie donne même lieu à quelques -trop rares- moments de grâce : la mère jouant avec ses enfants, le père écoutant son fils jouer de la guitare… Alors, seulement, surgit l’émotion. C’est toutefois très peu ! 
 
 
The-tree-of-life-6.jpg 
Ainsi, même si cela me fait mal de l’admettre, Malick n’a à l’évidence pas grand-chose à nous dire cette fois. Ou alors, il pèche par orgueil, comme Aronofsky avec The fountain. A moins que je ne sois passé à côté, ou que les coupes réalisées (la version initiale faisait près de 3 h 30, si mes souvenirs sont exactes) n'aient rendu son propos inintelligible. Quoi qu'il en soit, le meilleur du film était sa bande-annonce. Et son affiche. Mauvaise année, qui a déjà vu trébucher Eastwood. Et après les relatifs faux-pas de Jackson, Burton, Scorsese et Fincher l’année dernière, c’est un peu dur… 
 
Ma note - 2/5 

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