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Only lovers left alive (1)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Vampires, mélancolie et décadentisme

Victime du Mormonisme sirupeux de la saga Twi­light et de l’infantilisme abâtardissant de la « cul­ture » geek, le film de vampires semble aujour­d’hui plus mort que vivant. Heureusement, il existe encore quelques cinéastes suffisamment adultes et ambitieux pour soulever de temps à autre le lin­ceul lunaire ce genre est enseveli. Ce fut le cas ces dernières années de Guy Maddin avec Dracula : pages from a virgin’s diary (2002), Tomas Alfredson avec Låt den rätte komma in (2008) ou Francis Ford Coppola avec Twixt (2011). Jim Jarmusch lui offre également l’occasion de quitter le tombeau avec cette œuvre sophistiquée et élégante, véritable gourmandise d’esthète la figure vampirique est abordée sous un angle assez inhabituel, laissant peu de place au folklore.

C’est un phare allumé sur mille citadelles…[1]
 

« Les vampires […] ne sont ni la vie ni la mort […] ; ils sont la vie morte, ils sont la mort qui affecte la vie[2] ». Ce sont des créatures revenues du sépulcre pour affliger les vivants.

Le cinéaste américain procède dans Only lovers left alive à un renversement de cette condition. Si ses héros sont bel et bien dans un état intermédiaire entre la mort et la vie, ils ne représentent plus pour celle-ci un danger, sauf lorsqu’il s’agit de l’évaporée Ava. Au contraire, loin de contami­ner les humains, ce sont eux qui se trouvent menacés par ces derniers, notamment par leur sang, potentiellement infecté. Car les vivants, désignés ironiquement dans le film sous le terme « zom­bies », et représentés sous forme d’ombres dans les ruelles de Tanger ou les avenues de Détroit, méprisants de la vie, ont corrompu jusqu’à son principe essentiel, et par la même ce qui est beau, noble, élevé[3].

A l’image des artistes célébrés par Baudelaire[4], Rubens, Léonard de Vinci, Rembrandt, Michel-Ange, Puget, Goya, Delacroix, les vampires sont donc ici les phares de la civilisation, les sentinelles de la culture humaine (ce n’est certes pas un hasard s’ils portent les noms du premier homme et de la première femme), dont ils collectionnent, ou plutôt préservent de la ruine, quelques-unes de ses productions les plus précieuses, littéraires pour Eve, musicales pour Adam…

Article complet sous format PDF : ici (droits réservés)




[1] BAUDELAIRE Charles, Les phares, in Les fleurs du mal, Poulet-Malassis et de Broise, 1857, p. 25.

[2] GOZLAN Léon, Le faubourg mystérieux : le vampire du Val-de-Grâce, E. Dentu, 1861, p. 260.

[3] Sur la symbolique du sang, voir : CHEVALIER Jean, GHEERBRANT Alain (sous la direction), Dictionnaire des symboles : mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Robert Laffont-Jupiter, 2012, p. 976.

[4] BAUDELAIRE Charles, Les phares, in Les fleurs du mal, Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pp. 23-25.

[5] BAUDELAIRE Charles, Le désir de peindre, in Le spleen de Paris ou les cinquante petits poèmes en prose, Emile-Paul Frères, 1917, p. 128.

[6] BAUDELAIRE Charles, Un fantôme : les ténèbres, in Les fleurs du mal, Poulet-Malassis et de Broise, 1861, p. 86.

[7] BAUDELAIRE Charles, La muse malade, in Les fleurs du mal, Poulet-Malassis et de Broise, 1857, p. 26.

[8] BYRON George, She walks in beauty, in Hebrew melodies, W. Drugulin, 1890, p. 6 : « Elle marche dans sa beauté, semblable à la nuit des climats sans nuages et des cieux étoilés ; et tout ce qu’ont de plus beau la lumière et l’ombre est réuni dans ses traits et dans ses yeux ».

[9] METTA Andrée, METTA Nicolas, Les pierres précieuses, Presses Universitaires de France, 1953, p. 99.

[10] Selon Sénèque le Jeune, dégoût, fatigue de la vie.

[11] CLAIR Jean, Machinisme et mélancolie, in Mélancolie, génie et folie en Occident, Réunion des Musées Nationaux-Gallimard, 2005, p. 445.

[12] BAUDELAIRE Charles, Le goût du néant, in Les fleurs du mal, Poulet-Malassis et de Broise, 1861, p. 181.

[13] Nietzsche Friedrich, Humain, trop humain, Société du Mercure de France, 1906, p. 274.

[14] BYRON George, Darkness, in The prisoner of Chillon, W. Chubb-Fetter Lane, 1824, p. 19 : « Un monceau de morts, un chaos de misérable argile » (traduction de Paulin Paris - 1830). Le lien avec ce texte est manifeste, car deux fois dans le film revient cette phrase « I had a dream… », premier vers du poème.

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Dallas Buyers Club

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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N'ayant pas le courage de me lancer dans la critique de ce film, ni le temps, je vous propose cette lecture d'un bel article, écrit en anglais, dans le cadre d'un atelier ciné. N'hésitez pas à le commenter ici

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