Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La grotte des rêves perdus (Cave of forgotten dreams)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La grotte des rêves perdus 1
 
Synopsis
 
La grotte de Chauvet-Pont-d'Arc, est un sanctuaire que l’effondrement de son entrée à miraculeusement préservé. Un univers minéral et pictural venu de la nuit de temps. Un témoignage unique sur l’art pariétal et le quotidien des hommes de l’Aurignacien. Bref, l’un des plus grands trésors de la culture humaine…
 
Fiche techniqueLa-grotte-des-reves-perdus----Affiche-1.jpg
 
Film canadien, américain, français, allemand, britannique
Année de production : 2010
Durée : 1h30
Réalisation : Werner Herzog
Avec Werner Herzog (Lui-même), Dominique Baffier (Lui-même), Jean Clottes (Lui-même), Jean-Michel Geneste (Lui-même), Carole Fritz (Elle-même)...   
 

 
Critique
 
Il est rare que j’aille au cinéma pour voir un documentaire. Aussi est-ce avec une certaine réserve que j’ai rompu avec mes habitudes. Pourquoi me suis-je laissé convaincre ? D’abord à cause de son auteur, Werner Herzog, dont l’œuvre passée -Aguirre, la colère de Dieu, Nosferatu, fantôme de la nuit, Fitzcarraldo- le rend, plus que tout autre cinéaste, légitime pour évoquer cet univers primitif et flamboyant. Le réalisateur allemand reconnaît d’ailleurs l’influence des peintures rupestres sur son art : A l’âge de douze ans, j’ai vu un livre dans la vitrine d’une librairie dont la couverture était illustrée par la photo d’une peinture de cheval de la grotte de Lascaux. Il s’est écoulé plus d’une année avant que je puisse acheter et ouvrir ce livre, et le frisson et l’émerveillement que j’ai éprouvé en découvrant ce que contenaient ses pages ne m’ont jamais quitté. Mon intérêt pour La grotte des rêves perdus tient également à la sibylline beauté de son titre, propre à stimuler puissamment l’imagination…
    La-grotte-des-reves-perdus-5.jpg
 
Le réalisateur allemand trouve ici un juste équilibre entre données archéologiques et vision d’artiste. L’éclairage scientifique est bien sûr nécessaire au profane, cependant seuls la sensibilité du créateur, son imaginaire, peuvent permettre au spectateur d’appréhender l’essence d’un tel lieu. Et force est de reconnaître que Werner Herzog parvient à merveille à ressusciter l’âme des hommes du paléolithique. Par de subtils jeux de clairs-obscurs expressionnistes, il nous plonge en effet dans leur monde, nous fait revivre leur quotidien, rend palpables leurs angoisses, leurs désirs, leurs rêves, qu’illustrent leurs compositions d’une modernité parfois troublante. Je pense en particulier à cette représentation réalisée sur un pendant rocheux d’une femme au Minotaure qu’Herzog rapproche du célèbre dessin de Picasso consacré à la figure mythologique crétoise.

Son point de vue de cinéaste l’amène également à voir dans ces peintures rupestres -notamment celles figurant des bisons à pattes multiples- l’une des premières tentatives artistique de reproduction du mouvement. Une sorte de protocinéma, pour reprendre son expression. Certains verront dans ses interprétations des divagations saugrenues. Il n’est pourtant pas le seul à soutenir une telle théorie. Selon Marc Azéma, auteur de La préhistoire du cinéma (prochainement aux éditions Actes sud), les peintres du Paléolithique décomposaient des histoires complexes en tableaux successifs, comme dans la bande dessinée ou le cinéma. Les artisans de cette époque auraient même mis au point le premier Thaumatrope, un jouet optique exploitant le phénomène de la persistance rétinienne, supposé avoir été inventé par John Ayrton Paris ou William Henry Fitton… vers 1820-1825 !
     
La-grotte-des-reves-perdus-6.jpg
 
Werner Herzog nous invite donc à une expérience sensorielle hors du commun (et je pense qu’elle l’aurait été davantage pour moi si j’avais eu la chance de voir La grotte des rêves perdus en 3D), aussi intense sur le plan émotionnel que visuel. On regrettera seulement le traitement accordé à certains témoignages, comme ceux de l’archéologue expérimental et du maitre-parfumeur. L’interruption brutale de l’interview de ce dernier prête un peu à sourire. Cette approche très brute donne certes de la spontanéité aux interventions. Mais elle donne aussi matière à la moquerie… 
 
Ma note - 3,5/5

Voir les commentaires

Cowboys et envahisseurs (Cowboys & aliens)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Cowboys et envahisseurs 1     

Synopsis 

 

Un étranger (Daniel Craig) ne se souvenant plus de son passé arrive dans la ville désertique d'Absolution, en Arizona. Le shérif Taggart (Keith Carradine) le reconnaît bientôt comme étant Jake Lonergan, un dangereux bandit soupçonné de vol et de meurtre. Il le fait aussitôt incarcérer. Lonergan se retrouve alors dans la cellule voisine de celle occupée par Percy (Paul Dano), le fils du puissant et redouté colonel Woodrow Dolarhyde (Harisson Ford), qu’il a contribué à faire arrêter. Le soir même, les deux détenus sont conduits au chariot qui doit les mener jusqu’au juge. Mais soudain apparaissent dans le ciel des lumières menaçantes… 

 

Fiche techniqueCowboys-et-envahisseurs---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h58 

Réalisation : Jon Favreau 

Scénario : Roberto Orci, Alex Kurtzman, Damon Lindelof, Mark Fergus, Hawk Ostby 

Image : Matthew Libatique 

Avec Daniel Craig (Jake Lonergan), Harrison Ford (Colonel Woodrow Dolarhyde), Olivia Wilde (Ella Swenson), Paul Dano (Percy Dolarhyde)...  

 



Critique 

 

Cowboys et envahisseurs, adaptation d’un roman graphique de Scott Mitchell Rosenberg, repose sur une idée aussi saugrenue qu’originale : le croisement assez improbable entre western et film d’invasion extraterrestre (encore qu'un épisode des Mystères de l'Ouest avait plus ou moins osé ce mélange des genres dans La nuit de la soucoupe volante). On pouvait attendre –espérer- de cette rencontre entre ces deux univers la naissance d’une œuvre hybride savoureuse. Las ! Jon Favreau ne parvient jamais à mixer les deux genres qu’il aborde. Des vaisseaux venus de l’espace survolent bien des groupes de cowboys -et d'Indiens- ébahis. Mais c‘est à peu près tout. Rien de nouveau ne ressort de cette confrontation. Au bout du compte, les acteurs auraient pu être déguisés en Marines, comme dans l’inénarrable World invasion : battle Los Angeles, et le désert de Sonora être remplacé par les tours d'une ville moderne, le résultat aurait été à peu près le même. L’auteur des deux Iron man reste par conséquent très en deçà des possibilités offertes par son sujet. Finalement, peut-être aurait-il dû davantage jouer la carte de l’humour…

 

Pour autant, tout n’est pas à jeter. Le premier tiers du film est même plutôt réjouissant. Favreau lorgne alors, pour notre plus grand bonheur, du côté du western spaghetti, dont il maîtrise parfaitement les codes.

 Cowboys-et-envahisseurs-2.jpg

 

Côté interprétation, en revanche, le résultat est très inégal. Si Daniel Craig est impérial en héros taciturne, Harrison Ford vieillit assez mal. Ce n’est certes pas très élégant de me part de tenir de tels propos sur un comédien qui m’a apporté autant de joie dans ma jeunesse. Cependant, force est de constater que ce type de rôle n’est plus fait pour lui et qu’il compense par un cabotinage un peu navrant un physique déclinant. Il n’est plus qu’une parodie de ce qu’il était. Même s'il est plus jeune, il devrait s'inspirer de l'exemple de Sean Connery, qui a su prendre sa retraite cinématographique à temps... D'Olivia Wilde, on retiendra seulement la splendeur de ses yeux, plus bleus que notre planète vue de l’espace. Cela n’apporte évidemment pas grand-chose au film, néanmoins c’est une vision fort plaisante pour l’esthète que je suis ! 

 

Cowboys et envahisseurs n’est pas un film désagréable, ni même infamant. Toutefois, au regard du potentiel de cette histoire, on ne peut qu’être déçu. 

 

Ma note - 2/5

Voir les commentaires

Décès de Jimmy Sangster (19 août 2011)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La-revanche-de-Frankenstein.jpg

 

Jimmy Sangster, l’un des piliers de la Hammer, est décédé le 19 août dernier, à l’âge de 83 ans, dans une relative indifférence. 

 

Né le 2 décembre 1927 au Pays de Galles, Jimmy Sangster entra au service de la mythique société de production britannique à la fin des années 1940, par le biais d’Exclusive, la branche en charge de la distribution des films. D’abord cantonné dans des emplois subalternes, il devint premier assistant réalisateur sur Man in black de Francis Searle (1949). A partir de 1955, il se vit pour la première fois confier l’écriture d’un scénario : A man on the beach de Joseph Losey. Mais ce que la postérité retiendra, c’est surtout sa collaboration avec Terence Fisher, entamée en 1952 sur le tournage de The last page. Le tandem signa alors quelques-uns des plus grands succès du studio. L’un à l’écriture, l’autre à la réalisation, ils livrèrent ainsi Frankenstein s’est échappé (1957), Dracula et La revanche de Frankenstein (1958), La malédiction des pharaons (1959), Les maitresses de Dracula (1960) ou encore Dracula, prince des ténèbres (1965).

 

Sangster passa à la mise en scène en 1970, avec Les horreurs de Frankenstein. En dépit de l’échec de cet essai, il réalisa l’année suivante, sur une histoire inspirée d’un livre de l’écrivain irlandais Sheridan Le Fanu, Lust for a vampire, l’un des pires films jamais fait selon Ralph Bates, l’interprète principal de ce long métrage, puis Sueur froide dans la nuit.

 

Quittant peu après la Hammer, Jimmy Sangster émigra aux Etats-Unis, où il devint un prolifique auteur de scripts pour la télévision (L'homme de fer, Wonder Woman et L'homme qui valait trois milliards). Il ne retravailla que très occasionnellement pour le grand écran. Citons tout de même Phobia, de John Huston, en 1980. Sa dernière apparition date de 2010 dans l'anthologie de la BBC A history of horror with Mark Gatiss.

 

Filmographie complète sur IMDB.

Voir les commentaires

Lifeboat

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Lifeboat-1.jpg

 

Synopsis 

 

Un navire américain faisant route vers l’Angleterre vient d’être coulé par un sous-marin allemand. Quelques survivants parviennent à monter dans un canot de sauvetage. Il y a là Constance Porter (Tallulah Bankhead), une journaliste en quête d’images de guerre sensationnelles ; John Kovac (John Hodiak), un mécanicien ouvertement communiste ; Stanley Garett (Hume Cronyn), l'opérateur radio du navire ; Alice MacKenzie (Mary Anderson), une jeune infirmière ; Gus Smith (William Bendix), un marin grièvement blessé à la jambe ; Charles Rittenhouse (Henry Hull), un riche industriel, ami de Constance ; George Spencer (Canada Lee), un steward d’origine afro-américaine ; madame Higley (Heather Angel) et son bébé, une Anglaise qui, traumatisée par le bombardement de Bristol, avait été évacuée quelques mois plus tôt vers les Etats-Unis. Ce voyage la ramenait vers son pays natal, afin que son mari connaisse son enfant, né en Amérique. Mais les autres rescapés ne tardent pas à se rendre compte que celui-ci est mort. La mère, profondément choquée, refuse toutefois de se séparer de lui. 

 

Cependant, un autre naufragé monte bientôt à bord de la chaloupe. Il s’agit de Willy (Walter Slezak), l’un des membres de l’équipage de l’U-Boot qui a coulé le navire. Le sous-marin sur lequel il servait a lui-même été victime du bombardement mené par la Luftwaffe après l’attaque. Le tenant pour responsable de leurs malheurs, Kovac propose de le rejeter à la mer. De même que Smith, qui s’appelle en réalité Schmidt. Les Nazis, explique-t-il, lui font honte de ses origines allemandes. Mais Constance Porter s’oppose à cet acte barbare. Un autre rescapé affirme que s’ils font du mal à cet homme, ils ne vaudront pas mieux que lui. Un autre suggère qu’en le sauvant, ils pourront peut-être le convertir à leurs idées. Finalement, une majorité d’entre eux se prononce en faveur de la solution la plus humaine. Cette question réglée, les naufragés se recueillent sur la dépouille du bébé, qu’ils rendent ensuite à l’océan. C’est à cet instant que sa mère prend conscience de la situation. Elle est alors prise d’un accès de folie, qui contraint ses compagnons d’infortunes à la ligoter. Dans la nuit, toutefois, la malheureuse parvient à défaire en partie ses liens et se jette à l’eau. 

 

Le lendemain de ce drame, Rittenhouse décide de prendre en main les destinées de l’embarcation, distribuant à chacun un rôle : Stanley s’occupera de la navigation, George de l’intendance, Constance de la rédaction du journal de bord, Alice de l’infirmerie… Cependant, contesté par Kovac, il abandonne finalement la responsabilité de diriger la chaloupe à Willy, seul vrai marin présent à bord…

 

Fiche techniqueLifeboat---Affiche.jpg


Film américain

Année de production : 1944 

Durée : 1h37 

Réalisation : Alfred Hitchcock 

Scénario : Jo Swerling 

Image : Glen MacWilliams, Arthur C Miller 

Avec Tallulah Bankhead (Constance Porter), William Bendix (Gus Smith), Walter Slezak (Willy), Mary Anderson (Alice MacKenzie), John Hodiak (John Kovac), Henry Hull (Charles S Rittenhouse)... 

 


 

Critique

 

La scène d’introduction de Lifeboat est un chef-d’œuvre de concision. La première image nous montre ainsi la cheminée d’un bateau s’enfonçant lentement dans la mer, dans un jet de vapeur. Puis la caméra glisse au-dessus de l’océan, nous renseignant grâce à quelques débris sur la catastrophe qui vient d’avoir lieu : un journal nous révèle que le navire venait de New-York, une caisse nous indique qu’il se rendait en Angleterre, le corps sans vie d’un marin portant un gilet de sauvetage de la Kriegsmarine nous apprend finalement qu’il a été coulé par un sous-marin allemand. Une économie de moyens que l’on n’imagine plus aujourd’hui. Un cinéaste contemporain se sentirait sans doute obligé de reconstituer le naufrage à grand renfort de pixels, privilégiant ainsi le spectaculaire à l’ambiance et aux idées. A moins, bien sûr, que le manque de dollars ne le contraigne à être créatif (voir, par exemple, Monsters).

 

Lifeboat-4.jpg
Le drame qui va ensuite se jouer sur le canot de sauvetage est à l’image de celui qui secouait le monde à l’époque où Lifeboat a été tourné. La situation des passagers américains et anglais est en effet le reflet de l’impuissance des Alliés à contrer la puissance nazie (on est en 1943). Face au marin allemand, dont la volonté est tendue vers un seul but, ce sont eux qui, malgré leur supériorité numérique et leurs idéaux, se trouvent en difficulté, en raison de leurs dissensions, de leurs tergiversations. Willy, par sa duplicité, les emmène exactement là où il le souhaite, comme Hitler avec les démocraties européennes au moment des accords de Munich. In fine, ils ne devront leur salut (et ne retrouveront leur cohésion) qu’en cédant aux moyens de leur ennemi, qu’ils lyncheront. Un propos équivoque et provoquant, assez digne du cinéaste, mais qui incita Steinbeck, l’un des auteurs du scénario, à exiger -en vain- que son nom soit retiré du générique.

 

Œuvre de propagande, Lifeboat n’est pas pour autant dénuée d’humour. Celui-ci trouve notamment sa place dans le traditionnel caméo du réalisateur, qui, après avoir un temps envisagé d’apparaître sous la forme d’un cadavre flottant à la surface de l’océan, opta pour une solution moins sinistre, en se mettant en scène dans une publicité vantant les vertus d’un produit amaigrissant (Hitchcock suivait effectivement un régime très strict à cette époque). Il est également présent dans le personnage haut en couleur campé par Tallulah Bankhead, qui se verra, comme de nombreuses héroïnes hitchcockiennes, particulièrement mal traitée.

 

Lifeboat-2.jpg

 

 

Lifeboat n’est peut-être pas l’œuvre la plus connue du maître du suspense, elle n’en est pas moins une référence, ne serait-ce que parce qu'elle représente une véritable prouesse scénaristique, le huis-clos, un exercice de style que le cinéaste affectionnait particulièrement (voir La Corde ou Fenêtre sur cour).

 

Pour conclure, un mot sur l’édition DVD de ce film. Fox propose un coffret collector dans sa collection Cinéma référence, édition annoncée avec deux documentaires en VOST (en réalité uniquement en VO) et un livret (en fait, une feuille de papier A4 pliée en quatre). La qualité du son et de l’image, sans être exceptionnels, sont acceptables

 

Ma note - 4,5/5 

Voir les commentaires

Un troisième visage de Samuel Fuller

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Livre-Fuller.jpg

 

Les éditions Allia viennent de publier l’autobiographie de Samuel Fuller, Third face : my tale of writing, fighting and filmmaking.

 

Dans cet ouvrage richement illustré, traduit par Hélène Zylberait sous le titre Un troisième visage, l’auteur d’Au-delà de la gloire retrace son parcours de journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, mais aussi l'époque qu'il a traversée, marquée par la Prohibition, la crise économique de 1929 et la Seconde guerre mondiale. Il évoque également sa rencontre avec Al Capone et ses amitiés avec Martin Scorsese ou Quentin Tarantino.

 

Un troisième visage, Samuel Fuller (Allia, 2011)

Voir les commentaires

Les biens-aimés

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les-biens-aimes-1.jpg
 
Synopsis
 
En 1962 à Paris, Madeleine (Ludivine Sagnier), vendeuse de chaussure, se prostitue occasionnellement pour arrondir ses fins de mois. C’est ainsi qu’elle rencontre Jaromil (Rasha Bukvic), un médecin tchèque, qui tombe bientôt amoureux d’elle. La jeune femme se laisse convaincre de le suivre à Prague. Mais l’homme ne tarde pas à la tromper. En 1968, alors que les chars soviétiques pénètrent dans la capitale tchèque, Madeleine s’enfuit avec sa fille, Véra. Dix ans plus tard, Jaromil la retrouve à Paris, à l’occasion d'un congrès… 
 
Fiche techniqueLes-biens-aimes---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h19
Réalisation : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré
Image :
Rémy Chevrin
Avec Chiara Mastronianni (Véra Passer), Catherine Deneuve (Madeleine), Ludivine Sagnier (Madeleine jeune), Milos Forman (Jaromil Passer)...
 

 
Critique 
 
Les spectateurs des Bien-aimés doivent supporter la nouvelle purge de Christophe Honoré pendant 2h19. Une épreuve plus longue qu’un Marathon : les meilleurs athlètes le courent en 2h03 pour les hommes (Haile Gebreselassie) et 2h15 pour les femmes (Paula Radcliffe). C’est rude ! Surtout si, comme moi, l’on souffre d’un léger tassement lombaire. 
 
Ce film conforte -était-il besoin d’une confirmation ?- ce que je disais à propos du cinéma français d’aujourd’hui dans ma précédente critique, consacrée à The murderer (lui aussi dure 2h20, mais c’est le seul point commun entre les deux). Ce nouvel opus de l’auteur de La belle personne est en effet une œuvre sans imagination, sans ambition, bref sans prise de risque. Bon, là, je suis un peu injuste, car faire chanter Ludivine Sagnier, c’en est un.
 
Les biens-aimés 2 
Pour être tout à fait honnête, je dois confesser mon peu de goût pour les films musicaux, un genre que je trouve trop artificiel. Mon jugement n’est donc pas très objectif. Néanmoins, rien n’est fait ici pour me faire changer d’avis. Tout sonne faux. Et pas seulement les voix des acteurs (il est à cet égard singulier que le seul vrai chanteur du casting, Michel Delpech, soit le seul interprète à ne pas chanter : mais peut-être est-ce cela l’audace made in France !). Je parle de l’histoire, dépourvue d’intérêt, des dialogues, d’une mièvrerie sans nom, du jeu exagérément appuyé des comédiens (pathétique fin de carrière pour Miloš Forman, réduit ici à manger de la choucroute et à prendre une branche sur la tête), des couleurs outrageusement acidulées, des mélodies un peu trop doucereuses d’Alex Beaupain… On ne peut même s’attacher aux personnages, tous plus antipathiques les uns que les autres !
 
Ma note - 1,5/5

Voir les commentaires

The murderer (황해)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The murderer 1
 
Synopsis 
 
Gu-nam (Jung-woo Ha) est chauffeur de taxi à Yanji, dans la préfecture autonome coréenne de Yanbian. Ce conducteur de taxi mène une vie misérable, dépensant le peu d’argent qu’il gagne au mah-jong. Or, il doit rembourser les 60 000 yuans qu’on lui a prêtés pour établir le passeport de sa femme, partie travailler en Corée du sud six mois plus tôt. Acculé par ses créanciers, il est bientôt obligé d’accepter le marché de Myun (Kim Yun-seok), un parrain local. Celui-ci lui propose d’honorer sa dette. En contrepartie, il devra assassiner le professeur Kim Seung-hyun (Byoung-kyu Kwak), à Séoul. Mais Gu-nam voit surtout dans ce marché l’occasion de retrouver son épouse, dont il n’a plus de nouvelles…
 
Fiche tecnhiqueThe murderer - Affiche
 
Film coréen
Année de production : 2010
Durée : 2h20
Réalisation : Na Hong-Jin
Scénario : Na Hong-Jin
Image : non renseigné
Avec Jung-woo Ha (Gu-nam), Kim Yun-seok (Myun), Seong-Ha Cho (Kim Tae-won), Chul-min Lee (Choi Sung-nam)...     
 


Critique 
   
Avant que Gu-nam n’apparaisse à l’écran, on entend sa voix. Le jeune homme se rappelle l’épidémie de rage qui avait dévasté son village et tué son chien lorsqu’il était enfant. Il conclut son propos en observant que cette maladie est de retour. De fait, c’est bien d’une forme de rage dont sont animés les différents protagonistes de ce film ultra-stylisé, qui confirme toute la virtuosité de Na Hong-Jin. Celle-ci transparaît particulièrement dans la sidérante course où le conducteur de taxi tente d’échapper aux forces de police lancées à ses trousses. Il y a bien longtemps que je n’avais pas vu une poursuite aussi haletante ! Je n’ai même pas d’exemple récent dans le cinéma américain. Car à la différence de ce dernier, qui recourt souvent pour ce type de scène aux seuls effets spéciaux, l'art du cinéaste coréen est très viscéral. Le montage (The murderer compterait 5 000 plans !), le travail sur les sons permettent aux spectateurs de ressentir pleinement l’essoufflement du héros, sa peur. C’est d’ailleurs un trait essentiel de la manière du réalisateur de The chaser : rendre sensibles les émotions les plus intimes de ses personnages. On s’en rend particulièrement compte lors des séquences où Gu-nam se remémore les moments où lui et sa femme faisaient l’amour. Les battements étouffés des cœurs des deux amants provoquent un trouble que des images plus érotiques auraient sans doute été incapables de faire naître. 
 
The murderer 2 
Na Hong-Jin n’est toutefois pas qu’un technicien brillant. C’est aussi un conteur hors pair, qui sait insuffler quand il le faut de la vitalité -par l’humour, notamment- à cette histoire désespérée et macabre. De plus, à l’instar de Peter Weir avec les Amish (Witness) et Clint Eastwood avec les Hmong (Gran Torino), il construit ce polar nerveux autour de l’évocation d’une communauté mal connue, les Joseonjok. La description de la misère sociale de ces citoyens chinois de nationalité coréenne confrontés au racisme, à la violence, à l’absence de loi, donne à The murderer toute sa singularité. Si bien que les 2h20 du film passent sans que l’on s’en rende compte. Et ce d'autant plus que Jung-woo Ha et Kim Yun-seok sont deux concentrés d’énergie pure !

The murderer
, après Melancholia, La piel que habito, Balada triste, Black swan, Winters’ bone, Une séparation, La ballade de l’impossible, ou encore La dernière piste, montre la grande richesse du cinéma mondial. J’y vois de l’ambition, de l’audace, de l'intelligence, de la virtuosité, de la beauté, qualités qui font hélas cruellement défaut à la production hexagonale contemporaine ! C’est une généralisation peut-être un peu excessive. J’ai toutefois le sentiment que les réalisateurs français (à part Gaspar Noé) préfèrent se cantonner frileusement dans ce qu’ils savent faire -j’ai beaucoup aimé Les contes de la nuit, cependant ce n’est pas très différent de ce que faisait son auteur il y a plus de dix ans dans Princes et princesses- plutôt que d’oser explorer de nouveaux horizons. Ainsi, que dire du dernier Klapisch (Ma part du gâteau) ? Tellement stéréotypé ! Et des Femmes du 6ème étage ? Sympathique, bien sûr, mais d’un consensuel ! Et de Poupoupidou ? Je n’oublie pas que ce film fut, par son originalité, l’un de mes premiers coups de cœur de cette année. Pourtant, Gérald Hustache-Mathieu ne fait ici qu’imiter ce que faisaient David Lynch avec Tiwn Peaks en 1990 et les frères Cohen avec Fargo en 1996. Pas très novateur... Dieu qu'il est loin le temps où Franju osait tourner Les yeux sans visage !

Ceux qui me font l’amitié de me lire s’étonneront sans doute de ce discours, moi qui professe un amour immodéré pour le cinéma de patrimoine. Ce n’est pourtant pas si contradictoire ! En effet, si j’admire Renoir ou Carné, Murnau et Dreyer, pour autant je n’attends pas des cinéastes d’aujourd’hui qu’ils fassent le cinéma d'hier ! C’est d’ailleurs mission impossible…
 
 
Ma note - 4/5

Voir les commentaires

Clara Bow (1905 - 1965)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Clara Gordon Bow est née le 29 juillet 1905 dans une famille pauvre. Pour échapper à la violence d’un père alcoolique et d’une mère schizophrène, elle passe ses premières années dans les rues de Brooklyn. A l’âge de 16 ans, la jeune fille s’inscrit à un concours de beauté dont elle remporte le premier prix, une figuration dans Beyond the rainbow de Christy Cabanne. Si les scènes dans lesquelles elle apparait sont coupées au montage (elles seront rajoutées lorsqu’elle sera devenue célèbre), elle ne se décourage pas pour autant et finit par être engagée dans Down to the sea in ships d’Elmer Clifton. Cet ancien assistant de D W Griffith -sur Naissance d’une nation, Intolérance et A travers l’orage- lui offre dans ce film un rôle de garçon manqué, qui la fait remarquer du public et des producteurs.

 

The-plastic-age-1.JPG

 

L’année suivante, Clara signe un contrat d’essai de trois mois avec Preferred Pictures, société fondée en 1919 par Benjamin Percival Schulberg. Jusqu’au dépôt de bilan du studio, le 21 octobre 1925, elle tournera dans plus d’une vingtaine de longs métrages, pour la plupart disparus. On la retrouve ainsi en 1923 à l’affiche de The daring years de Kenneth S Webb, aux côté de Mildred Harris, la première épouse de Chaplin. En 1925, elle tourne sous la direction d’Ernst Lubitsch dans Kiss me again, puis sous celle de Wesley Ruggles dans The plastic age, où elle croise Janet Gaynor, Carole Lombard et un débutant appelé à un bel avenir… Clark Gable.

 

Lorsque Schulberg devient producteur associé de Paramount Pictures, il entraîne avec lui sa vedette, dont il fait racheter le contrat par Jesse Lasky. Elle est alors dirigée par William C de Mille (le frère de Cecil) dans The runaway, puis par Victor Fleming dans Mantrap et Hula. La jeune femme entretiendra une brève relation amoureuse avec le futur réalisateur d’Autant en emporte le vent, jusqu’à sa rencontre avec Gary Cooper, dont elle sera le premier amour hollywoodien. Les deux comédiens partageront par ailleurs l’affiche à quatre reprises : Wings de William A Wellman, Children of divorce de Frank Lloyd, Red hair de Clarence G Badger, et surtout It, du même Badger, un rôle qui lui vaudra le surnom de It girl, un terme aujourd’hui entré dans le langage courant…

 

Her-wedding-night.JPG 

En 1928, Clara Bow est au faîte de sa popularité. Son étoile ne va pourtant pas tarder à décliner. En raison notamment d’une vie jugée dissolue. Ainsi, après Gary Cooper, lui attribue-t-on diverses aventures : Fredric March, son partenaire de The wild party (signé Dorothy Azner), Harry Richman, Rex Bell, rencontré sur le plateau de True to the navy, qu’elle épousera en 1931. Plus grave sont les folles rumeurs répandues sur sa supposée vie de débauche : activité sexuelle de groupe, homosexualité, inceste, exhibitionnisme, toxicomanie sont les principales accusations -toutes infirmées par son biographe, David Stenn- portées contre elle.

 

The-wild-party-1.JPG

 

Malgré les scandales, on la voit encore dans Call her savage (1932) et Hoop-La (1933) qui rencontrent le succès, mais se heurtent aux principes moraux définis dans le Code Hays. Ces deux films marquent le terme de la carrière de la jeune femme, qui connaîtra par la suite plusieurs internements. Ses problèmes psychiatriques seront attribués par les médecins au viol dont elle aurait été victime de la part de son père dans sa seizième année.

 

Clara Bow est morte d’une crise cardiaque le 27 septembre 1965 à Los Angeles, oubliée du public.

 

Filmographie complète sur IMDB.

 

Album de l'actrice

Voir les commentaires

Entr'acte et Paris qui dort de René Clair (France 3, 29 août 2011 à partir de 00h20)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Dans le cadre du Cinéma de minuit, France 3 diffusera dans la nuit de dimanche à lundi prochain les deux premiers courts métrages de René Clair : Entr’acte (1924) et Paris qui dort (1925).

 

Le premier fut projeté à l'entracte de Relâche, ballet dadaïste de Jean Börlin et Francis Picabia créé au Théâtre des Champs-Élysées, le 27 novembre 1924 (en réalité, la représentation fut annulée ce soir-là par la maladie dont souffrait Jean Börlin, et repoussée au 4 décembre de la même année). Ce film expérimental composé d’une suite d'images surréalistes représente la première incursion du cinéma dans un spectacle de danse.

 

Dans le second, l’auteur imagine un Paris dont la population, à l’exception du gardien de la Tour Eiffel et de cinq personnes arrivées dans la capitale par avion, a été plongée dans un état cataleptique par un savant fou inventeur d’un rayon mystérieux. Selon certains, il faut voir dans cette histoire une métaphore de la Grande guerre.

 

Paris-qui-dort-2.JPG

 

A noter que ces deux œuvres rares sont disponibles en bonus sur les éditions Criterion d’A nous la liberté et de Sous les toits de Paris. 

Voir les commentaires

La piel que habito

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La piel que habito 1
 
Synopsis 
 
La femme du docteur Ledgard (Antonio Banderas) est morte brulée vive dans un accident de voiture. Depuis lors, cet éminent chirurgien esthétique s’est consacré à la création d’une peau synthétique susceptible de résister à toutes les agressions. Dénué de scrupules, il n’hésite pas à recourir à l’expérimentation humaine pour arriver à ses fins. Il la pratique sur Vera (Elena Anaya), une jeune femme qu’il maintient captive dans sa demeure grâce à la complicité de Marilia (Marisa Parades), la femme qui l’a élevé…
 
Fiche techniqueLa-piel-que-habito---Affiche.jpg
 
Film espagnol
Année de production : 2011
Durée : 1h57
Réalisation : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Avec Antonio Banderas (Robert Ledgard), Elena Anaya (Vera), Blanca Suarez (Norma), Marisa Paredes (Marilia), Jan Cornet (Vicente)...
 


Critique 
 
Avec cette libre adaptation de Mygale de Thierry Jonquet, Almodóvar croise l’univers de Georges Franju. Les premières scènes de La piel que habito sont en effet très explicitement inspirées du chef-d’œuvre du cinéaste français, Les yeux sans visage. La conférence du docteur Ledgard sur les greffes de visage est ainsi à mettre en perspective avec celle du professeur Génessier sur l’hétérogreffe. Tous les deux ont installé dans le sous-sol de leur demeure une clinique où ils se livrent à des expériences contraire à l’éthique. On peut encore relever l’importance des animaux dans leurs travaux. L’activité criminelle des deux chirurgiens bénéficie en outre de la complicité d’une femme entièrement dévouée à leur personne, l’une par amour maternel (Marilia), l’autre par passion (Louise). Par ailleurs, Vera est amenée à porter un masque, comme Christiane. Et à l’instar de cette dernière, la femme de Ledgard a été gravement blessée dans un accident de voiture. Enfin, lorsque celle-ci découvre le reflet de ses traits défigurés dans une vitre, elle se défénestre, comme Edna, l’une des victimes de Génessier. 
 
La-piel-que-habito-2.jpg 
Almodóvar se démarque cependant très vite de son modèle. De fait, si Génessier et Ledgard sont de modernes incarnations de Frankenstein, les crimes du premier ont pour but de redonner figure humaine à sa fille, tandis que ceux du second ont pour seul motif une vengeance terrifiante. De plus, à la différence de Franju, l’auteur de La mauvaise éducation fait le choix d’une mise en scène très aseptisée. Non pas que Les yeux sans visage fût gore. Pourtant, il proposait quelques scènes que l’on peut juger assez crues pour l’époque : succession de portraits matérialisant les différentes étapes de l’échec de la greffe dont a bénéficié Christiane, prélèvement du masque facial de l’une des jeunes femmes enlevée par le médecin. Ici, Vera ne présente extérieurement aucun signe monstrueux. Au contraire, son visage et son corps sont vierges de tout défaut. La création de Ledgard est même si parfaite qu’elle nous apparaît comme une pure œuvre d’art lorsqu’il la contemple nue depuis sa chambre, sur un écran. Pour autant, aseptisé ne signifie pas fade. Car en refusant les effets exagérément démonstratifs du cinéma d’épouvante actuel, c’est-à-dire en stimulant davantage l’imagination du spectateur que son regard (l’horreur de la situation de Vera n’est pas montrée par des cicatrices ou des mutilations, mais suggérée par son expression fiévreuse et sombre), Almodóvar donne une force inouïe à cette histoire glaçante. 
 
La-piel-que-habito-3.jpg 
Le réalisateur espagnol ménage ses effets non seulement sur la forme, mais également par son sens consommé du récit, organisé selon différentes strates narratives (identité sexuelle, dérives de la science, thriller…) et articulé autour d’un twist central saisissant parfaitement amené par deux flash-backs. A cet égard, pour ne pas gâter votre plaisir, je vous déconseille la lecture de la critique publiée dans les Cahiers du cinéma, qui est plus qu’explicite sur l’identité réelle de Vera. Je sais que l’intérêt du film se situe à un autre niveau. Néanmoins, cela me semble assez indélicat de déflorer une intrigue si habilement construite… 
 
Côté interprétation, on appréciera le retour d’Antonio Banderas à un rôle plus dense que ses dernières prestations (qui se réduisent pour l’essentiel à la série Spy kids de Robert Rodriguez et à la voix du Chat potté). Elena Anaya (vue dans A bout portant de Fred Cavayé), par sa beauté immaculée et énigmatique, remplace ici avantageusement une Penélope Cruz qui a préféré les aventures granguignolesques du capitaine Sparrow…

Bref, ce nouvel opus est un excellent cru. Seule -petite- ombre au tableau, l'épisode avec le fils de Marilia, déguisé en tigre. Son caractère grotesque, s'il est cohérent avec l'univers habituel d'Almodóvar, entraîne une rupture de ton assez malheureuse.  
 
Ma note - 3,5/5 

Voir les commentaires

Captain America : first Avenger

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Captain-America-1.jpg
 
Synopsis
 
Steve Rogers (Chris Evans) se désole de ne pas être jugé médicalement apte à servir son pays dans sa guerre contre les Nazis. Mais un jour, il est repéré par le docteur Erskine (Stanley Tucci), un savant qui vient de mettre au point un sérum destiné à créer des super-soldats. Le jeune homme accepte que ce produit soit expérimenté sur sa personne. Devenu un combattant redoutable, il va affronter l’infâme Johann Schmidt (Hugo Weaving), détenteur du mythique cube d’Odin qui confère à l’officier nazi d’incommensurables pouvoirs… 
 
Fiche techniqueCaptain-America---Affiche.jpg
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée :
Réalisation :
Scénario :
Image :
Avec
 

 
Critique
 
En cette fin d’été caniculaire, je suis en passe de friser l’overdose de blockbusters et d’effets spéciaux. Je commence également à être las de ces super-héros qui envahissent nos écrans tout au long de l’année. D’autant que les studios américains sont tellement réduits à racler les fonds de tiroirs qu’ils en exhument les plus obscurs d’entre eux (Green lantern) ou les plus ignoblement nationalistes. Captain America appartient à cette dernière catégorie. 
 
Pourtant, le film de Joe Johnston ne commence pas si mal. Steve Rogers est une figure très atypique dans cet univers : d’apparence délicate, effacé, maladroit avec les femmes… Bref, tout le contraire de Tony Stark, l’insupportable Iron man. Et même lorsqu’il se voit doter d’un physique plus impressionnant, il reste dans un premier temps un antihéros dont le rôle est limité à vendre des bons du Trésor pour financer la guerre. Une approche inhabituelle, qui rend ce personnage d’abord assez attachant. L’évocation des années 1940 est par ailleurs plutôt soignée et la personnalité de l’héroïne -jouée par la charmante Hayley Atwell- suffisamment fouillée pour qu’elle ne soit pas un simple faire-valoir. En sorte que l’on pense être devant l’une des bonnes surprises d’un mois d’août déjà fertile en la matière. 
 
Captain-America-2.jpg 
Las ! La seconde partie du film est sérieusement plombée par la vision –abjecte- d’une Amérique sauveuse du monde, incarnée par un héros portant sur son costume et son bouclier les couleurs de son pays. Difficile de faire plus cocardier ! Bien sûr, il faut replacer la création de ce comic dans son contexte historique. Les traits de caractère de Captain America n’avaient sans doute rien de choquant en pleine guerre contre l’Allemagne nazie. Cependant, en ces temps d’impérialisme américain encore trop vaillant pour ne pas insupporter, la perception que l’on peut avoir de ce personnage est très différente. Aussi peut-être aurait-il mieux valu ne pas le ressusciter… La faiblesse du scénario et de la mise en scène ne font malheureusement pas oublier cette vision détestable du monde. Car à partir du moment où Captain America combat frontalement l’Hydra, l’histoire ne se limite plus qu’à une accumulation de séquences dont la pauvreté technique et visuelle est mal compensée par une débauche d’effets pyrotechniques des plus assommants et une musique tonitruante signée des très peu inspirés Menken -spécialiste du dessin animé- et Silvestri. Si bien que j’ai préféré faire un petit voyage astral (ceux qui ont vu Insidious comprendront)...
 Captain-America-3.jpg
 
Comme souvent dans les productions Marvel, le spectateur se voit offrir un petit bonus à l’issue des 10 minutes du générique final. Il ne s’agit en fait que d’un trailer annonçant pour le printemps 2012 une suite, The Avengers, qui réunira les principaux héros de l’éditeur. L’occasion de revoir Scarlett Johansson dans son costume de Veuve noire (j’ai une bouffée de chaleur en l’imaginant dans son body si… si… si… seyant !), mais aussi –et c’est une perspective moins séduisante !- d’endurer la prestation de l’agaçant Robert Downey Jr, qui ne semble plus savoir faire autre chose que de cabotiner… 
 
Ma note - 1,5/5

Voir les commentaires

Décès de Raoul Ruiz (19 août 2011)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Raoul-Ruiz.jpg

 

Le cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz est décédé ce jour, 19 août 2011, à l'âge de 70 ans, des suites d'une infection pulmonaire. 

 

Né le 25 juillet 1941 au Chili, le réalisateur, qui s'était exilé en France à l'avènement de la dictature de Pinochet en 1973, a tourné 114 films (si l’on prend en compte les courts métrages et les téléfilms). Il était actuellement en train de finir le montage d'un film consacré à son enfance au Chili (La noche de enfrente). Son dernier projet, en pré-production, devait évoquer une bataille napoléonienne célèbre (As Linhas de Torres). John Malkovich, Léa Seydoux, Mathieu Amalric ou encore Melvil Poupaud en constituaient le casting.

 

Rappelons que Raoul Ruiz reçut l’année dernière le prix Louis-Delluc pour ce que l'on peut regarder comme son chef-d'oeuvre, Mystères de Lisbonne.

 

Filmographie complète sur IMDB.

Voir les commentaires

Le silence de la mer

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le-silence-de-la-mer-1.jpg
 
Synopsis
 
Un homme d'une soixantaine d'années (Jean-Marie Robain) vit avec sa nièce (Nicole Stéphane) dans une maison du Dauphiné occupé pendant la Seconde guerre mondiale. La Kommandantur envoie un officier allemand loger chez eux, Werner von Ebrennac (Howard Vernon). Pendant plusieurs mois, ce dernier, très imprégné de culture française, essaie d'engager un dialogue avec ses hôtes, malgré le silence immuable dans lequel ceux-ci restent murés. Par ses visites quotidiennes du soir, il leur fait ainsi partager son amour de la France, de la littérature, de la musique, et son espoir de voir naître de la guerre un rapprochement entre la France et l'Allemagne. Cependant, une permission à Paris lui révèlent les vrais objectifs de son pays, détruisant sa vision utopique. Découvrant par la même occasion l’existence des camps d’extermination, il déclare au vieil homme et à sa nièce, à son retour de la Capitale : Tout ce que j’ai dit, il faut l’oublier. La jeune fille lui adresse alors, pour la première fois, un regard éblouissant, qui est bientôt suivit d’un adieu à peine audible, lorsque Werner annonce son prochain départ pour le front de l’Est. Son oncle communiquera lui aussi avec l’officier par le biais d’un article d’Anatole France, affirmant qu’il est beau qu'un soldat désobéisse à des ordres criminels.
 
Fiche techniqueLe-silence-de-la-mer---Affiche.jpg
 
Filme français
Année de production : 1949
Durée : 1h28
Réalisation : Jean-Pierre Melville
Scénario : Jean-Pierre Melville
Image : Henri Decaë
Avec Howard Vernon (Werner von Ebrennac), Nicole Stéphane (La nièce), Jean-Marie Robain (L'oncle), Ami Aaröe (La fiancée de Werner)... 
 


Critique 
 
Ce film n’a pas la prétention d’apporter une solution au problème des relations entre la France et l’Allemagne, problème qui se posera aussi longtemps que les crimes de la barbarie nazie, perpétrés avec la complicité du peuple allemand, resteront dans la mémoire des hommes… C’est par cette phrase que débute cette adaptation de la célèbre nouvelle de Vercors, premier long métrage de Jean-Pierre Melville. 
 
Le silence de la mer est d’abord porté par une esthétique épurée, reposant sur le contraste presque expressionniste entre les extérieurs très lumineux (car souvent enneigés) et les scènes d’intérieurs, où les personnages sont filmés à contre-jour d’un feu de cheminée omniprésent. Une cheminée qui joue un rôle essentiel dans l’histoire, car elle est à la fois le prétexte des visites de l’officier, qui fuit une chambre mal chauffée, et un lieu symbolique, refuge de l’esprit et de la culture, que l’Allemagne veut annihiler, étouffer. La flamme, insaisissable comme la pensée, est ainsi menacée d’extinction par l’ombre de Werner projetée sur la hotte du foyer, au moment de l'une de ses visites. 
 
Le-silence-de-la-mer-2.jpg 
Le climat de tension régnant entre les trois protagonistes est en outre parfaitement rendu par les nombreux plans en contre-plongée (qui ne sont pas sans évoquer Orson Welles), par le bruit du mécanisme de l’horloge, qui rend plus pesant encore le silence, et par le rôle émotionnel joué par la musique (Werner est compositeur). 
 
Il convient de noter que ce film a eu une influence importante sur la nouvelle Vague, en particulier par ses méthodes de tournage. Ainsi, cette séquence où l’on voit Werner acheter des allumettes dans un bureau de tabac. La froideur des personnes présentes dans le commerce, que le spectateur interprète comme le signe de leur haine pour l’occupant allemand, n’est en fait que le reflet de la surprise de comédiens improvisés à qui Melville n’avait pas expliqué ses intentions.
    Le-silence-de-la-mer-6.jpg 
L’extrême exigence du réalisateur et la grande dignité de cette œuvre surprendront sans doute bon nombre de spectateurs d’aujourd’hui, davantage habitués à une caméra survoltée et à l’impudeur des sentiments. Preuve de cette incompréhension, les 19 % de critiques ne donnant aucune étoile à ce film sur le site d’AlloCiné, le reproche le plus fréquemment formulé étant le manque d’action ! Il est vrai que, comme l’observe Philippe Labro, Le silence de la mer nous donne surtout à voir le temps au travail. Ce qui est bien éloignée des préoccupations de notre société... 
 
Dernière précision, ce film bénéficie d’une nouvelle sortie DVD (Gaumont), avec, en bonus, un documentaire d’une quarantaine de minutes de Pierre-Henri Gibert intitulé Le silence de la mer - Melville sort de l’ombre, présentant des témoignages de Volker Schlöndorff, Pierre Lhomme, Rui Nogueira, Denitza Bantcheva, Philippe Labro et Nicole Stéphane. Il nous apprend, entre autres, que Melville n'avait d'abord pas obtenu les droits d'adaptation du livre. Ce qui ne l'empêcha pas de se lancer dans l'aventure, promettant toutefois de brûler son négatif si, une fois terminé et projeté devant un jury de Résistants, une seule voix s'élevait contre son film. Malgré le jugement négatif de Pierre Brisson, alors directeur du Figaro, Vercors donnera finalement son aval pour la sortie du Silence de la mer
 
A noter enfin que Nicole Stéphane, qui interprète la nièce, a elle-même participé à la Seconde guerre mondiale et, après avoir connu la prison en Espagne, en 1942, en franchissant les Pyrénées pour rejoindre les Forces françaises libres, a été agent de liaison en Allemagne. Elle obtint en 1962 les droits de filmer A la recherche du temps perdu, ce qui lui valu de collaborer avec Luchino Visconti, Harold Pinter, Joseph Losey, Peter Brook et Volker Schlöndorff.
 
Album du film 
 
Ma note - 5/5

Voir les commentaires

La planète des singes : les origines (Rise au the planet of the apes)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La-planete-des-singes-1.jpg
 
Synopsis 
 
Will Rodman (James Franco) mène des recherches au sein de Gen-Sys en vue de mettre au point un médicament pour soigner la maladie d’Alzheimer, dont est atteint son propre père, Charles (John Lithgow). Les premiers tests de son sérum, réalisés sur une femelle chimpanzé, sont si encourageants qu’il convainc son supérieur de présenter les résultats aux actionnaires de l’entreprise. Mais l’expérience tourne mal, l’animal étant soudainement pris de folie. La direction de Gen-Sys décide aussitôt de mettre un terme aux travaux de Will et d’euthanasier ses cobayes. Le jeune homme parvient tout de même à sauver l’un des petits mis au monde dans son laboratoire… 
 
Fiche techniqueLa-planete-des-singes---Affiche.jpg

Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h00
Réalisation : Rupert Wyatt
Scénario : Rick Jaffa, Amanda Silver
Image: Andrew Lesnie
Avec James Franco (Will Rodman), Freida Pinto (Caroline Aranha), John Lithgow (Charles Rodman), Tom Felton (Dodge Landon), Andy Serkis (César)...
 


Critique
 
En 1968, Franklin J Schaffner réalisait La planète des singes, donnant à la science-fiction un authentique chef-d’œuvre qui allait connaître quatre suites d’inégale valeur, une série télévisée, un téléfilm (Le temps des singes) et un reboot navrant signé Tim Burton. Le roman dystopique de Pierre Boulle demeure à l’évidence une franchise rentable, puisque la Twentieth century fox enrichit aujourd’hui la légendaire saga d’une préquelle nous racontant les prémices de la révolution simienne.
 
On avait tout lieu d’être circonspect en considérant ce blockbuster estival confié à un cinéaste pour l’heure assez obscur, Rupert Wyatt, auteur auparavant d’un seul long métrage, inédit en France. Or, ce nouvel opus est une excellente surprise. Non pas que je fasse miennes les analyses absconses de quelques critiques professionnels, qui voient dans la révolte de César et de ses congénères le symbole de l’éveil d’une conscience de classe de type marxiste (certains devraient arrêter la marijuana !). Certes, La planète des singes : les origines n’est pas dénué de message. On pourra y lire une fable écologique, une dénonciation des dérives de la science. Cependant, même s’il est toujours louable de ne pas prendre les spectateurs pour des demeurés, ces thèmes plus que rebattus depuis quelques années au cinéma -Phénomènes de Night M Shyamalan, Avatar de James Cameron, Splice de Vincenzo Natali, Monsters de Gareth Edwards, pour ne citer que quelques titres- ne suffiraient pas à démarquer véritablement ce film. L’intérêt est avant tout dans le spectacle que nous offre son auteur. Car cette préquelle est un formidable divertissement, aussi nerveux qu’efficacement construit, et devant lequel il est difficile –sans mauvaise foi- de bouder son plaisir. A moins d’être journaliste à Libération… Et moi qui porte toujours un regard tendre sur les œuvres originales (même s’il ne s’agit pas ici d’un remake), je dois bien admettre que les techniques numériques d’aujourd’hui renvoient les maquillages à base de mousse de caoutchouc de John Chambers au rang d’antiquités.
 
La-planete-des-singes-2.jpg
 
Mais La planète des singes : les origines ne serait sans doute pas aussi bluffant sans la nouvelle performance d’Andy Serkis, qui est en passe de devenir un comédien aussi mythique que Lon Chaney ou Boris Karloff. Après Gollum, King Kong, et avant le capitaine Haddock, il prête une fois de plus ses traits expressifs à une créature imaginaire. Et comme à chacune de ses prestations, le résultat est fascinant. En sorte qu’en comparaison, comme le note avec beaucoup de justesse l’ami Fred, les autres acteurs font bien pâle figure. Je serai toutefois plus indulgent que lui pour Freida Pinto. Bien sûr, son personnage est assez inutile, néanmoins elle a un si ravissant minois ! Tom Felton (Draco Malfoy dans Harry Potter), en revanche, a toujours autant une tête à claques...
 
Ma note - 3,5/5

Voir les commentaires

Gribiche de Jacques Feyder (Arte, 30 août 2011 à minuit)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Gribiche---Affiche.jpg

 

Arte diffusera le 30 août prochain, à minuit, Gribiche (1926) de Jacques Feyder. Ce film muet où évolue Françoise Rosay, épouse du cinéaste, immerge le spectateur dans l'ambiance trépidante du Paris des années 1920, des faubourgs populaires aux beaux quartiers, de la foire du Trône aux brasseries survoltées.

 

Ce film, qualifié à sa sortie de fantaisie charmante, sera par ailleurs présenté à la Cinémathèque française dans le cadre d’une intégrale Feyder, au printemps prochain (voir ce lien). Il devrait à cette occasion sortir en DVD, dans un coffret Arte comprenant également Carmen et Les nouveaux messieurs. A noter que Gribiche a bénéficié il y a quelques années d’une restauration minutieuse. Sur ce sujet, je vous recommande la lecture de cet article.

Voir les commentaires

Colombiana

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Colombiana-1.jpg   
Synopsis
 
Cataleya Restrepo (Amandla Stenberg) n’a que 9 ans lorsqu’elle assiste au meurtre de ses parents, commandité par Don Luis (Beto Benites), un narcotrafiquant colombien. Échappant de peu au massacre, elle se réfugie aux États-Unis, chez son oncle Emilio (Cliff Curtis), un gangster. Quinze années passent. La jeune femme (Zoe Saldana) est devenue tueuse à gages. Elle signe ses forfaits d'une orchidée dessinée sur le torse de ses victimes : un message destiné aux assassins de ses parents. Car elle est bien décidée à les venger…
 
Fiche techniqueColombiana---Affiche.jpg

Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h45
Réalisation : Olivier Megaton
Avec Zoe Saldana (Cataleya Restrepo), Amandla Stenberg (Cataleya Restrepo jeune), Michael Vartan (Danny Delanay), Cliff Curtis (Emilio Restrepo), Beto Benites (Don Luis)...
 

 
Critique 
 
J’ai d’abord hésité à faire la critique de Colombiana. Devais-je consacrer une partie de mon temps à écrire sur cette nouvelle production signée EuropaCorp ? La haute valeur morale de cette histoire, la grande vraisemblance d’un scénario dont chaque rebondissement est subtilement amené, la charge émotionnelle de certaines scènes (soulignée par une musique idoine), l’extrême complexité des personnages, la qualité de l’interprétation -mention spéciale au jeu dense, pour ne pas dire shakespearien, de Cliff Curtis- m’ont décidé à prendre la plume (ou plutôt le clavier)...
 
J'ai été d'autant plus convaincu qu’Olivier Megaton -prononcez à la française (ton), non pas à l’anglaise (tonne), pour éviter toute confusion avec l’unité utilisée pour mesurer l’énergie dégagée lors de l’explosion d’une arme nucléaire- n’hésite pas à mêler divertissement et culture. En effet, outre une scène située dans une bibliothèque (!), le prénom de l’héroïne interprétée par la sobre Zoe Saldana (je me demande si je ne la préfère pas avec sa carnation bleue et ses yeux de félin d’Avatar), Cataleya, renvoie discrètement le spectateur un peu lettré à l’une des œuvres phares de notre littérature, Un amour de Swann. Pour les béotiens, je rappelle que cette variété d’orchidée était l’une des préférées d’Odette de Crécy, future madame Swann : Elle trouvait à tous ses bibelots chinois des formes amusantes, et aussi aux orchidées, aux catleyas surtout, qui étaient, avec les chrysanthèmes, ses fleurs préférées, parce qu’ils avaient le grand mérite de ne pas ressembler à des fleurs, mais d’être en soie, en satin. Ses fleurs devinrent même au fil du temps, pour le couple, une manière métaphorique de désigner l’acte sexuel : Et bien plus tard, quand l'arrangement (ou le simulacre rituel d'arrangement) des catleyas fut depuis longtemps tombé en désuétude, la métaphore faire catleya, devenue un simple vocable qu'ils employaient sans y penser quand ils voulaient signifier l'acte de la possession physique -où d'ailleurs l'on ne possède rien-, survécut dans leur langage.

Colombiana-3.jpg
Bref, Colombiana est un film d’action intelligent et… Bon, je plaisante ! C’est particulièrement crétin. Et si vous voulez voir une histoire de tueuse, préférez Hanna, de Joe Wright. Car même s’il est très imparfait, tout vaut mieux que cet inénarrable navet (qui m’a quand même permis de citer Proust !). Décidément, après The tree of life, Halal police d’Etat et La source des femmes, la société de Luc Besson fait le grand écart cette année…
 
Ma note - 0,5/5

Voir les commentaires

Autour de L'argent de Jean Dréville

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Making of L'argent 1

 

Réalisé en 1928 par Jean Dréville, Autour de L’argent est un documentaire d’une quarantaine de minutes sur le tournage de L’argent de Marcel L’herbier, deuxième adaptation du roman éponyme de Zola, après celle de Karl Mantzius (1916). Il s’agit de l’un des premiers making of de l’histoire du cinéma (peut-être même le premier, mais je ne suis pas assez sûr de mes sources pour être affirmatif !).

 

Ce document infiniment précieux sur la conception de l’un des chefs-d’œuvre du muet n’a cependant rien à voir avec ce que l’on trouve sur la plupart des DVD en complément des films récents. Aujourd’hui, en effet, à quelques rares exceptions près (Hearts of darkness, par exemple, consacré à Apocalypse now), les making of se limitent très souvent à des interviews d’acteurs expliquant, avec plus ou moins de conviction, à quel point leur collaboration avec l’auteur du film dans lequel ils ont eu la chance de jouer fut une expérience enrichissante (parlent-ils de leur cachet ?). Autour de L’argent, au contraire, est une œuvre d’art à part entière. Et ce n’est pas mon goût légendaire pour le passé qui s’exprime ! Car Dréville se livre ici à une vraie recherche esthétique, confessant dans un commentaire ajouté a posteriori (1971) avoir tenté d’imiter les grands créateurs de l’époque (tel D W Griffith). De fait, on est parfois à la limite du cinéma expérimental : construction très géométrique de certains plans, superpositions d’images, montage accéléré…

 

Dréville n’oublie toutefois pas de nous éclairer sur le tournage. On découvre ainsi le travail de L’Herbier avec ses comédiens, la minutie de ses indications pour véritablement modeler leur jeu. Il s’intéresse également beaucoup à la technique, nous révélant, par exemple, comment fut improvisé un travelling circulaire, ou nous renseignant sur les différents types de caméras utilisées.

 

Making-of-L-argent-2.png

 

    Marcel L'Herbier dirigeant Brigitte Helm et Pierre Alcover

 

Un mot, pour conclure, sur l’auteur de ce documentaire. Jean Dréville débuta sa carrière comme photographe. En 1926, à peine âgé de 20 ans, il créa la revue Cinégraphie. On lui doit une cinquantaine de longs métrages, dont La cage aux rossignols (1945) avec Noël-Noël -Christophe Baratier s’en est inspiré pour Les choristes- et Les casse-pieds (prix Louis-Delluc 1948). Il fit en outre débuter Bourvil dans La ferme du pendu (1945) et offrit à Orson Welles le rôle de Benjamin Franklin dans La Fayette (1961).

Autour de L'argent est proposé en bonus de la somptueuse édition collector de L'argent commercialisée par Carlotta.

Voir les commentaires

Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Warner annonce pour l’automne la commercialisation en Blu-ray de Ben-Hur. L’épopée biblique aux onze Oscars sera proposée en édition limitée dans un boitier métal contenant de nombreux suppléments, dont un nouveau making of, un livret de 68 pages, le fac-similé du journal de tournage de Charlton Heston et la version muette de Fred Niblo (1925). Un évènement jugé suffisamment important par l’éditeur pour qu’il réalise un film de présentation. En France, la sortie est programmée le 26 octobre. Apparemment, dans un visuel différent de celui présenté ci-dessous…

 

Blu-ray Ben-hur

 

Pour célébrer le 70ème anniversaire de la sortie de Citizen Kane, Warner s’apprête également à mettre en vente le 13 septembre -si l’on en croit le site Amazon- une édition Blu-ray du chef-d’œuvre d’Orson Welles. Un coffret de toute beauté dans lequel on retrouvera le film dans un transfert respectant le format 1.37 d'origine, le documentaire The battle over Citizen Kane, le docu-drama RKO 281 (avec Liev Schreiber dans le rôle d'Orson Welles et James Cromwell dans celui de William Randolph Hearst) et La splendeur des Amberson, réalisé en 1942. Hélas, aucune date de sortie n'a pour le moment été annoncée en France (du moins, à ma connaissance)…

 

Blu-ray-Citizen-Kane.jpg

 

Pour conclure, je signale également la sortie, le 6 juillet dernier, du DVD et du Blu-ray de Winter's bone, signé Debra Granik. Le contenu n’est certes pas aussi riche en termes de contenu que les objets de collection qui précèdent, mais pour ceux qui n’ont pas vu ce très beau film au cinéma, je vous incite à le découvrir de toute urgence (voir ma critique).

Voir les commentaires

Le port de l'angoisse (To have and have not)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le-port-de-l-angoisse-1.jpg
 
Synopsis 
 
La Martinique, été 1940. Harry Morgan (Humphrey Bogart) est un aventurier américain qui gagne sa vie en louant son bateau, le Queen conch, à de riches touristes recherchant dans la pêche à l’espadon des émotions fortes, mais s’avérant souvent mauvais payeurs. Profondément individualiste, il regarde avec indifférence la lutte opposant les partisans de la France libre aux autorités de Vichy. Aussi refuse-t-il dans un premier temps d’apporter son concours à Gérard-Frenchy (Marcel Dalio), patron de l’hôtel où il loge, lorsque celui-ci lui demande de faire entrer clandestinement à Fort-de-France un chef de la Résistance, dont la mission consiste à organiser l’évasion de Pierre Villemars, emprisonné sur l’île du Diable. Mais se retrouvant démuni à la suite de la mort accidentelle de son dernier client dans une rafle, il se voit contraint d’accepter la proposition de Gérard. La somme d'argent que lui propose ce dernier est d’autant plus importante pour lui qu’il veut payer un billet d’avion pour les Etats-Unis à Mary Browning-Slim (Lauren Bacall), une jeune américaine récemment sortie de prison, dont il est tombé sous le charme.
 
Harry part donc avec son second, Eddie (Walter Brennan), un vieil homme alcoolique, pour l’île où l’attendent Paul et Hélène de Brusac (Walter Molnar et Dolores Moran). La traversée ne se passe cependant pas sans difficulté, puisque les clandestins croisent une vedette de la police, qui tirent sur eux. Blessé à l’épaule dans la fusillade, Paul de Brusac est soigné par Harry, qui est bientôt l’objet des soupçons de la police vichyssoise, à la tête de laquelle officie le commissaire Renard (Dan Seymour)…
 
Fiche techniqueLe-port-de-l-angoisse--Affiche.jpg
   
Film américain
Année de production : 1944
Durée : 1h40 
Réalisation : Howard Hawks
Image : Sidney Hickox
Avec Humphrey Bogart (Harry Morgan), Walter Brennan (Eddie), Lauren Bacall (Mary Browning), Dolores Moran (Hellene de Bursac), Marcel Dalio (Gérard), Hoagy Carmichael (Cricket)...
 
 
Critique
 
Le port de l’angoisse est l’adaptation d’une nouvelle d’Ernest Hemingway, To have and have not. La légende affirme que ce film serait né d’un défi entre Hawks et Hemingway, le premier ayant affirmé qu'il pouvait tirer un bon film du plus mauvais écrit du second. Selon d’autres sources, ce serait l’écrivain lui-même qui aurait défié son ami de transformer son plus mauvais roman en succès du grand écran. Au final, après le traitement que lui ont fait subir les deux scénaristes de Hawks, Jules Furthman (collaborateur de Josef von Sternberg sur plusieurs films, dont The dragnet, The docks of New-York, The case of Lena Smith, Thunderbolt, Morocco, Over the hill, Shanghai express, Bonde Venus), et William Faulkner, il ne reste pas grand chose du texte original d’Hemingway. L’intrigue est ainsi déplacée de Cuba à la Martinique, et les clandestins chinois que doit transporter Morgan remplacés par des Résistants français. 
 
On doit noter en premier lieu que To have and have not est moins un film d’aventures (contrairement à ce que suggère le titre français), que la mise en image de la naissance d’un couple (les deux interprètes principaux se marieront peu après le tournage). Il suffit pour s’en convaincre de s’attarder sur les regards complices que s’échangent Humphrey Bogart et Lauren Bacall lorsque celle-ci interprète How little we know : il est évident que, dans cette scène, les deux acteurs ne jouent plus la comédie.
 
Le-port-de-l-angoisse-2.jpg
 
Bogart incarne dans ce film un personnage proche de celui qu’il interprétait dans Casablanca (Michael Curtiz – 1942), à savoir celui d’un aventurier américain établi dans un territoire français pendant la Seconde guerre mondiale. Considérant d’abord les évènements avec une neutralité cynique, son détachement s’effritera peu à peu, une évolution qui symbolise l’attitude des Etats-Unis durant le conflit.
 
Découverte par l’épouse d’Howard Hawks, qui l’avait remarquée en couverture d’Harper’s Bazar, Lauren Bacall, dont c’est ici le premier rôle, compose quant à elle une héroïne indépendante, à la fois mystérieuse et déterminée. Pourtant, elle avouera plus tard que son attitude lors de sa première scène, menton baissé sur sa poitrine, le regard frondeur, adossée à l’encadrement de la porte de chambre de Bogart, contenance troublante qui lui vaudra d’être surnommée The look, n’avait d’autre but que de dissimuler son émotion et sa grande nervosité. Comme l’observe un critique, les mythes tiennent finalement à peu de choses
    Le-port-de-l-angoisse-5.jpg
 
Le spectateur sera également sensible à l’interprétation d’Hoagy Carmichael, dans le rôle de Cricket, le pianiste de l’hôtel tenu par Marcel Dalio. Sa décontraction et ses compositions -il est l’auteur des chansons du film- sont un pur bonheur. La séquence où il chante Hong-kong blues est à cet égard particulièrement savoureuse : on sera notamment attentif à son regard significatif quand l’une des clientes du bar, emportée par sa musique, ondule des hanches d’une manière un rien lascive.
 
Même si l’essentiel du film se déroule en intérieurs (le bar de l’hôtel de Gérard, la chambre de Morgan, la cave où trouve refuge le couple de Brusac), un soin particulier est apporté par Hawks aux séquences tournées en extérieurs. Il en est ainsi de la scène de pêche à l’espadon, qui est l’occasion pour le cinéaste de nous rappeler que pour lui, comme pour son ami Hemingway, cette activité relève d’un véritable art de vivre.
 
A noter pour conclure que Le port de l’angoisse a fait l’objet de deux remakes, l’un signé Michael Curtiz (The Breaking Point - 1950), l’autre réalisé par Don Siegel (The gun runners - 1958).

Album du film
 
Ma note - 5/5

Voir les commentaires

Double assassinat dans la rue Morgue (France 3, 8 août 2011 à 00h15)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Double-assassinat-dans-la-rue-Morgue-1.jpg

 

Dans le cadre du Cinéma de minuit, France 3 diffusera le 8 août Double assassinat dans la rue Morgue. Cette adaptation de la célèbre nouvelle d’Edgar Poe, tournée en 1932 par Robert Florey, n’est sans doute pas inoubliable. Cependant, cet ancien assistant de Louis Feuillade (sur L’orpheline et Parisette), Joseph von Sternberg (Exquisite sinner) et Henry King (The magic Flame) a su s’entourer ici de personnalités de premier ordre, qui justifient à elles seules le détour. Tout d’abord Béla Lugosi, remarquable dans un rôle de savant fou. Et surtout Karl Freund, chef opérateur -la liste laisse rêveur !- de Lang (Les araignées, Metropolis), Dreyer (Michael), Lubitsch (Rausch), Wegener (Le Golem, La fin du duc de ferrante) et d’un grand nombre de films de Murnau (entre autres Satanas, Le bossu et la danseuse, Le crime du docteur Warren, La terre qui flambe, Les finances du grand-duc, Le dernier des hommes,Tartuffe). Plus tard, il collabora aussi avec Milestone (A l’ouest rien de nouveau), Browning (Dracula), Cukor (Le roman de Marguerite Gautier) ou encore Huston (Key Largo). On devine donc la forte influence expressionniste de ce moyen métrage.

Voir les commentaires

La dernière piste (Meek's cutoff)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La-derniere-piste-1.jpg

 

Synopsis

 

Une caravane composée de trois familles progresse sur les hauts plateaux arides de la chaîne des Cascades, dans l’Oregon. Elle est conduite par un trappeur, Stephen Meek (Bruce Greenwood), qui a choisi d'emprunter ces chemins de traverse désertiques pour arriver plus vite à destination. Mais dans ce no man’s land de pierres, les vivres, et surtout l’eau, ne tardent pas à manquer. Les pionniers finissent par douter de leur guide. Au cours de leur périple, leur route croise bientôt celle d’un indien Cayuse (Ron Rondeaux), qu’ils capturent. Meek propose de le tuer. Solomon (Will Patton) et sa femme, Emily (Michelle Williams), suggèrent pour leur part de le laisser en vie, car sa connaissance de la région peut les aider à trouver un point d’eau. Ils parviennent finalement à convaincre leurs compagnons de remettre leur destinée entre les mains de cet homme…

 

Fiche techniqueLa-derniere-piste---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2010

Durée : 1h44

Réalisation : Kelly Reichardt

Scénario : Jonathan Raymond

Image : Chris Blauvelt

Avec Michelle Williams (Emily Tetherow), Bruce Greenwood (Stephen Meek), Will Patton (Soloman Tetherow), Zoe Kazan (Millie Gately), Paul Dano (Thomas Gately)...

 


 

Critique 

 

Malgré la sidérante beauté des images, la grande sécheresse de la mise en scène (à l’image des paysages de l’Oregon) et l’absence de véritable enjeu dramatique de la première partie –exception faite de la lutte pour la survie des colons et la défiance grandissante de ces derniers à l’égard du trappeur- m’ont d’abord pas mal rebuté. On assiste de fait à une succession de scènes presque documentaires qui fige peu à peu le film. Heureusement, l’intrusion de l’Indien provoque une montée en tension salutaire pour le récit et donne lieu à un point de vue original sur la conquête de l’Ouest sauvage. En effet, ce personnage presque mutique -il évoque One-Eye, le héros du Guerrier silencieux, de Nicolas Winding Refn- va non seulement devenir un sujet de conflit entre les membres de la caravane, mais également être l’occasion pour Kelly Reichardt de casser l’imagerie traditionnelle du western. La figure mythologique du cow-boy (interprétée ici par un Bruce Greenwood aussi hirsute que Jeff Bridges dans True grit) est ainsi particulièrement mise à mal, puisque obligée de capituler devant la volonté d’Emily Tetherow. Cette approche féminine donne toute sa singularité à ce film appartenant à un genre jusque-là éminemment masculin.

 

La-derniere-piste-2.jpg

 

Si la réalisatrice bat en brèche les stéréotypes, si elle revisite l’Histoire, en l’humanisant et en la féminisant, elle a aussi la grande intelligence de ne pas céder à la tentation simpliste d’adopter une posture radicalement opposée à ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui dans le western. Il aurait pu être séduisant de faire de l’Indien ou de la femme, ces personnages secondaires d’hier, sans réelle identité, des héros (au sens noble du terme). Or, tous les deux ont leurs ambigüités : l’Indien, par son regard chargé d’ironie lorsque l’un des chariots des pionniers se brise au fond d’une vallée ; Emily, quand elle avoue à l’une de ses compagnes d’infortune que l’empathie dont elle fait preuve envers le Cayuse est moins guidée par sa charité que par son désir de le rendre redevable de ses bienfaits, et donc de les sauver.

 

De par ses choix radicaux, La dernière piste est une œuvre déroutante, mais sublime, à l’image de son final, qui nous montre le groupe de pionniers réunis autour d’un arbre de vie (plus convaincant que celui de Malick), tandis que l’Indien se fond peu à peu dans la brume du désert, sous le regard d’Emily. Elle est servie par une éblouissante Michelle Williams, dont les choix audacieux -voir le magnifique Blue Valentine- en font l’une des comédiennes américaines les plus attachantes de sa génération. 

 

Ma note - 4,5/5

Voir les commentaires

Découverte d'un film perdu d'Alfred Hitchcock

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The white shadow (1923), film perdu de Graham Cutts, et auquel Alfred Hitchcock collabora en tant que scénariste, décorateur, monteur et assistant réalisateur (c’est sa troisième expérience dans le monde du cinéma), vient d’être en partie retrouvé aux Archives du film de Nouvelle-Zélande. En fait, ce sont les trois premières bobines de cette œuvre qui ont été découvertes dans un amas de pellicules données à l’institution en 1993 par la famille d’un projectionniste, Jack Murtagh, qui travaillait dans un cinéma de Hastings dans la première moitié du XXème siècle. À l'époque, les cinémas étaient supposés détruire les films à la fin de la période de diffusion, mais l’homme les avait conservés dans un abri de son jardin.

 

The-white-shadow-1.jpg

 

Selon David Sterritt, président de la Société nationale américaine des critiques de films, cette trouvaille est l'une des plus significatives pour les chercheurs, les critiques et les admirateurs de l'œuvre d'Hitchcock. Ces trois premières bobines de The white shadow, soit plus de la moitié du film, présentent une occasion unique d'étudier ses idées narratives et visuelles alors même qu'elles prenaient forme.

 

Le scénario imaginé par le jeune Hitchcock -il avait alors 24 ans- suit l'histoire de deux sœurs, l'une angélique et l'autre sans foi ni loi.

 

Les Archives du film de Nouvelle-Zélande sont une mine pour les cinéphiles, puisqu’en juin 2010 elles avaient déjà annoncé la découverte de deux films perdus d’auteurs majeurs : John Ford (Upstream - 1927) et Charlie Chaplin (A thief catcher - 1914).

Voir les commentaires

Harry Potter et les reliques de la mort - Deuxième partie (Harry Potter and the deathly hallows : part 2)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Harry Potter et les reliques de la mort II 3

 

Synopsis 

 

A l'aube d'une guerre sans précédent déclenchée par Voldemort (Ralph Fiennes), Poudlard se prépare à contrer l'offensive de celui dont on ne dit pas le nom. Harry Potter (Daniel Radcliffe) comprend rapidement que l'opération nécessitera un sacrifice qu'aucun sorcier n'a jamais fait, à savoir revenir d'entre les morts pour exterminer sa part ingérée, à travers sa blessure au front, de l'âme du maître des ténèbres…

 

Fiche techniqueHarry-Potter-et-les-reliques-de-la-mort-II---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 2h10

Réalisateur : David Yates

Scénario : Steve Kloves

Image : Eduardo Serra

Avec Daniel Radcliffe (Harry Potter), Rupert Grint (Ron Weasley),  Emma Watson (Hermione Granger), Ralph Fiennes (Lord Voldemort), Alan Rickman (Severus Snape)... 

 


 

Critique 

 

Ce final d’Harry Potter m’a autant passionné qu’un débat sur le caractère identitaire ou non de la production du saucisson d’âne en Corse. C’est dire ! En sorte que, comme pour chaque volet de cette interminable saga, je me suis autorisé un petit voyage astral (petit clin d’œil au très navrant Insidious de James Wan)...

 

J’entends déjà les adulateurs du jeune sorcier me dire que, puisque je ne suis pas amateur de cette série, je n’étais pas obligé de délester une nouvelle fois ma bourse de 6 euros. C’est que je ne suis pas sectaire ! Et que, dans ma grande naïveté, je crois toujours à un sursaut de génie possible de l’inénarrable David Yates. Las ! ce n’est pas le cas… Pourtant, mon ennui a été moins profond que lors du précédent opus. Sans doute parce que la mise en images de la bataille de Poudlard est assez réussie. Rien à voir, évidemment, avec celles du Seigneur des anneaux, mais quelques trouvailles visuellement assez intéressantes -les guerriers de pierre, par exemple- maintiennent l’attention. De plus, le film gagne en clarté sur le plan narratif, ce qui le rend davantage accessible aux moins initiés.

    Harry-Potter-et-les-reliques-de-la-mort-II-4.jpg

 

Mais trop de scories souillent encore cet épisode pour pleinement séduire. Certaines sont liées à l’histoire imaginée par JK Rowling. Cet antagonisme binaire entre bien et mal est loin de me satisfaire. On me répliquera probablement que je caricature ! Que l’histoire de Potter est infiniment plus complexe. Qu’elle est avant tout une quête identitaire d’un adolescent en train de devenir adulte… Il n’empêche, la construction du jeune homme s’inscrit dans un affrontement manichéen qui me rappelle trop la vision du monde développée par George W Bush au lendemain des attentats du 11 septembre.

Ensuite, il y a les défauts propres à la réalisation de Yates, souvent assez paresseuse. Les effets numériques de la scène d’incendie dans La salle sur demande sont ainsi particulièrement ratés (on imagine bien le fond vert…). Tout comme ceux de l’épilogue, où l’on voit l’un des marmots d’Harry traverser avec son chariot un mur de la gare de King’s cross. On dirait que la technique n’a pas évolué depuis Méliès. Je ne ferai pas de commentaire sur le vieillissement de Potter, consternant. Dire que le cinéaste anglais risque de devenir, dans deux ou trois décennies, dans le souvenir des adolescents d'aujourd'hui devenus adultes, une sorte de Spielberg des années 2000 ! Et qu'ils regarderont peut-être son cinéma indigent avec la même nostalgie que je considère celui de l'auteur de Rencontre du troisième type (voir ma critique de Super 8) !

 

Finalement, quel bilan tirer de cette saga ? Lord Voldemort en est sans doute le personnage le plus intéressant (même si, dans le film, on lui a donné une voix qui évoque un peu trop pour moi celle du père Fouras...). Aussi aurais-je préféré qu’il triomphât. Quand est-ce qu’on osera enfin faire la part belle au méchant dans une œuvre de fiction ? Car Harry, avec ses petites lunettes rondes et son air de premier de la classe, est particulièrement agaçant ! D’autant que l’interprétation de Radcliffe a toujours été d’un fade !

A lire :
Harry Potter et les reliques de la mort - Première partie

 

Ma note - 2/5

Voir les commentaires